Hors de danger ?

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Point de vue de Soraya :

Mon cœur tambourinait violemment dans ma poitrine par la pensée du monstre qui nous pourchassait avec des hurlements bestiaux qui faisaient trembler le sol, tandis que le crissement de ses écailles de corbat était douloureux pour mes oreilles. Sa démarche lourde, mais rapide, parvenait à faire tomber de la roche du plafond.

Plusieurs fois j'eus l'impression de sentir le souffle proche du monstre et je m'abaissais à chaque tremblements lorsque sa patte frappait bruyamment le sol. Plus d'une fois, Anéon tournait brusquement, me faisant presque lâcher prise, peu avant que l'une des pattes du monstres ne touche le sol, et je pouvais déduire que nous échappions à chaque fois qu'il virait de bord de peu à la mort.

Par chance, après plusieurs dizaines de mètres de course à ne rien voir, les couloirs furent jonchés de champis-lumis* qui éclairaient convenablement le chemin. Aussi, malgré ma peur envers ce monstre, je surveillais en regardant en arrière autant de fois que nécessaire l'amas d'écailles qui essayait de nous dévorer afin d'avertir mes compagnons du moindre danger. Car il fallait se rendre à l'évidence : Anéon avait beau être très rapide, le Gueule-de-Fer l'était tout autant. Lorsque je le vis s'élancer, la gueule grande ouverte sur nous, j'hurlais à plein poumons :

  • Tourne à gauche !!!

Le jeune garçon m'obéit aussitôt, et les crocs du titanesque prédateur se refermèrent dans le vide, à seulement trois mètres de là où nous étions un instant plus tôt. Par chance, la tentative raté du reptile le fit s'écrouler, tête en avant, nous permettant de le distancer rapidement. Infatiguable, Anéon courrait sans jamais ralentir, malgré sa respiration bruyante, afin de nous éloigner du prédateur, dont les rugissements et les sifflements s'estompèrent peu à peu.

Après plusieurs minutes à me retourner, sans plus ni l'entendre ni le voir, je me détendis un peu.

  • Je crois... Je crois qu'on l'a semé, déclarais-je à mes amis, faisant pousser un soupir de soulagement à Titania.

Tu es sûr ? s'étonna Anéon qui s'arrêta alors, langue pendante, ses oreilles pivotant de droite à gauche. Tu as raison, je ne le vois plus, et je n'entend rien à part un étrange bourdonnement.

  • On ne devrait pas s'en inquiéter ? s'enquit alors la petite fée, prononçant à voix haute ce que je me disais tout bas.

Nous attendions toutes deux la réponse d'Anéon qui, au bout de quelques secondes, secoua la tête.

C'est vraiment trop déconcertant pour avoir une idée de ce que c'est. Peut-être que ce n'est rien, peut-être est-ce un danger. Au cas où, nous devrions continuer d'avancer. Je ne crois pas que le Gueule-de-Fer va renoncer à nous attraper. Et il faut l'attirer où le chef nain m'a dit d'aller.

  • Très bien, mais tu peux y aller plus doucement. Inutile de te fatiguer pour rien jusqu'à ce qu'on le recroise, lui recommandais-je, remarquant sa tête abaissée vers le bas.

Le pauvre devait être épuisé bien qu'il semblait en pleine forme lorsque nous nous étions retrouvé. J'avais remarqué que pour provoquer le Gueule-de-Fer, il avait intensifié sa Présence qui avait écrasé la mienne, me rendant assez mal. Maintenant, celle d'Anéon était bien plus faible, me poussant à m'inquiéter.

Sans protester, Anéon adopta un petit trot, flancs convulsés. Il n'a pas l'air bien, me dis-je intérieurement. Pour voir si c'était le cas sans nous mettre en danger, je demandais à Titania d'assurer nos arrières en lui demandant de nous avertir dès lors qu'elle percevrait une Aura suspecte, ce qu'elle fit sur-le-champs en se perchant sur ma tête, tandis que je surveillais l'état d'Anéon qui me préoccupais de plus en plus au fur et à mesure que le temps d'écoulait.

Les traits bleus qui étincellaient sa fourrure diminuaient d'intensité, et lorsque je parvenais à voir ses yeux lorsqu'il tournait sa tête, leur éclat devenait plus terne. Ses mouvements devenaient aussi maladroits, butant plus d'une fois contre une pierre et zigzagant comme s'il était ivre. Ce qui ne changeait pas, c'était son entêtement à maintenir son allure.

  • Anéon, est-ce que tu vas bien ? le questionnais-je, convaincue désormais que quelque chose n'allait pas.

Il ne me répondit pas, sans interrompre sa course. Je savais qu'il m'avait entendu, mais il était décidé à ne pas me parler. Néanmoins c'était mal me connaître, car je pouvais tout de même avoir ma réponse. Certaine de mon coup, je fermais les yeux et ignorais ce qui m'entourait, à l'exeption d'Anéon vers qui je dirigeais toute mon attention et mes pensées. Parallèlement, je me détendis et me vidais l'intérieur de mon être de ce que je ressentais. Il ne me fallut que deux secondes, et je sentis une fatigue effroyable envahir comme une vague violente mes muscles et mon esprit. Le choc fut tel que je ne pus me retenir au dos d'Anéon, relâchant ma prise avant de m'écrouler mollement contre le sol. Je ne perçus que les exclamations paniquées de Titania et l'aboiement d'Anéon avant de m'évanouir.

oOo

  • ... raya ! Soraya ! me hurlais une voix lointaine qui me tirait du sommeil.

J'étais aussi secouée dans tous les sens, ne me permettant pas de retourner à la douce sensation du repos. Lorsque j'ouvris à grand peine les yeux, la première chose que je vis fut le visage humain d'Anéon, paniqué mais qui se calma en me voyant émerger. Je pouvais aussi constater qu'il était toujours aussi blessé en voyant son œil à demi fermé et ses stigmates. N'avait-il donc pas pris la mousse curative ?

Avec délicatesse, il m'aida à me redresser en me soutenant. Le malaise que j'avais ressentis se dissipait peu à peu, aussi je n'eus pas à attendre longtemps avant de me tenir debout seule. Anéon, qui semblait avoir retrouvé son énergie, resta près de moi, probablement par crainte de me voir m'évanouir de nouveau.

  • Combien de temps me suis-je évanouie ? me renseignais-je.
  • Une heure je crois. J'ai eu peur, tu es tombée comme ça et, ensuite, impossible de te réveiller ! m'informa Anéon. Enfin, je suis content de voir que tu as l'air d'aller mieux.

Me rappelant en un éclair ce qui s'était passé, je continuais donc :

  • Pourquoi tu ne m'as pas avertis ?
  • Quoi ? Qu'est ce que tu veux dire ? s'étonna le garçon.
  • Pourquoi ne m'as-tu pas dis que tu étais épuisé à ce point ?! m'agaçais-je face à sa stupéfaction. J'ai sentis ce que tu éprouvais, et je peux te dire que n'importe quelle autre personne se retrouverait à bout dans un tel état de fatigue !

Devant ma colère, Anéon avait reculé d'un pas, désarçonné. C'est à ce moment que je vis son masque et, pris de soupçon, je m'en approchais et le pris dans ma main. En me concentrant, je perçus une grosse quantité de Mana accumulé, mais en même temps, je pouvais percevoir certains filaments venir en lui, comme aspiré.

  • Anéon, j'ai compris que tu usais de ce masque pour changer d'apparence. Tu as bien dit que, grâce à ça, tu ne ressentais plus tes blessures ni autre chose pouvant t'handicaper ?
  • Heu... oui, me confirma-t-il à voix basse.
  • Alors j'aimerais que tu m'expliques pourquoi tu étais si mal en point. Et ne me mens pas, je sais que c'est à cause de ça que tu t'es retrouvé ainsi, l'avertis-je avec un ton dur en agitant son masque devant lui.

Mal à l'aise, il regarda un peu le sol, mais le garçon remonta ses yeux vers moi. Je distinguais dans ses iris un étrange mélange de bleu et de vert. Avec sa gêne apparente, je compris qu'il avait honte.

  • Ce masque vient de l'écorce du bois d'Yggdrasil. C'est un cadeau que j'ai reçu il y a quelques années maintenant, m'avoua-t-il en reprenant son bien maudit. Grâce à lui, je peux prendre la forme d'un loup, avec ces trois perles qui y sont accrochées. Elles contiennent l'esprit d'un loup qui vit grâce à une grande quantité de Mana.

Tout à ses explications, il posa son doigt sur l'une d'elles, et j'en fis autant. Effectivement, c'était là que je sentais le plus de Mana.

  • Il y a cependant une contrainte. Pour maintenir cette apparence, je dois offrir mon propre Mana au masque, qui l'aspire afin que son énergie ne s'épuise pas. Je... je ne peux pas y échapper. Et tout à l'heure, comme j'ai dû user d'une quantité non négligeable de mon Mana pour amplifier mon Aura, dans le but de rendre plus importante ma Présence, mes réserves en ont pris un coup. Voilà pourquoi j'étais si épuisé, sinon, j'aurais pû continuer encore longtemps. Je sais, poursuivit-il, que j'aurais dû t'en parler, mais je ne voulais pas t'inquiéter avec ça. Je te demande pardon.

Il s'arrêta, penaud, n'osant plus me regarder. Moi, je ne savais pas comment réagir. Il venait de m'avouer à demi-mot qu'en faisant ce qu'il faisait, il se mettait en danger. S'il restait trop longtemps ainsi, son corps en subirait de lourdes conséquences. L'idée de lui faire comprendre que ce qu'il venait de faire était complétement irresponsable me tentait mais, dans le fond, je savais qu'il avait fait ça pour m'aider. Et parce qu'à cause de notre dispute, Anéon s'était retrouvé blessé en partant à la salle d'entraînement, je savais que j'étais aussi en partie responsable.

Je pris donc ma tête dans mes deux mains, soupirant longuement. Je regardais alors à nouveau Anéon, mis mes mains sur ses épaules et me baissais à sa hauteur afin qu'il me regarde.

  • Non Anéon. C'est à moi de m'excuser. Tout ce qui arrive est de ma faute.

Surpris par ce que je venais de dire, Anéon ouvrit la bouche mais je poursuivis, l'empêchant de m'interrompre :

  • C'est parce que je ne t'ai pas fait confiance que nous sommes désormais dans cette situation. Alors... disons que, si tu me permets de te soigner et en échange de ta promesse de n'utiliser ton masque qu'en cas d'extrême nécessité, nous serons quittes. Qu'en penses-tu ?

En réponse, le jeune garçon me sourit joyeusement, exprimant sa satisfaction et, très certainement, son soulagement de voir que j'en restais là.

  • Marché conclu ! Ah, mais avant ça, il faut se remettre en route ! Les autres nous attendent depuis un moment déjà ! se souvint-il, me ramenant aussi à la situation actuelle.

* champis-lumis : champignons dorés lumineux vivant en colonie dans les lieux souterrains et obscures. Servent d'éclairage.

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