Chasseurs

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Point de vue d'Anéon :

Nous arrivons bientôt. Encore quelques minutes et nous atteindrons son repaire. Tu crois que tu peux t'accrocher encore un peu Soraya ? leur indiquais-je en reconnaissant les tournants que m'avais indiqué Grögh un peu avant, le trajet m'apparaissant aussi clairement que si je l'avais moi-même parcouru avant.

  • Oui, ne t'inquiète pas. Je commence à saisir comment me mettre, me répondit Soraya.

Deux changements de directions plus tard, je ralentis mon allure en sentant un courant d'air froid annonçant que l'entrée de la caverne où logeait le Gueule-de-Fer n'était plus très loin. Je n'avais d'ailleur pas besoin de savoir ça pour deviner que nous approchions.

Ce monstre dégageait une incroyable Présence oppressante, tellement intimidante que je sentis malgré moi ma nervosité s'intensifier à mesure que l'on progressait. Je pouvais sentir que Soraya et Titania étaient dans le même état que moi : la première tenait bien plus fermement qu'au début les poils de ma fourrure, tandis que la seconde émettait une lueur bien plus faible qu'avant et assombrissant progressivement le trajet. Mais ma vision animale me permettait de m'orienter tout de même et d'éviter les obstacles devant nous.

À quelques mètres de la caverne, je ralentis mon allure en prenant garde à ne pas buter contre une pierre. Une affreuse odeur de putréfaction envahissait désormais mes narines maintenant devenue trop sensible, et fit tousser Titania. Je vis l'arme de Soraya pivoter au-dessus de ma tête, me faisant suggérer qu'elle venait de mettre son coude contre son nez.

Lorsque nous atteignîmes l'entrée, je m'arrêtais et permis à Soraya de descendre de mon dos. Elle attrapa de son autre main son hallebarde en restant parfaitement immobile, observant les environs à la recherche du Gueule-de-Fer. J'en fis de même et contempla le spectacle désolant qui se tenait juste devant nos yeux.

Sur un sol noir que nous voyons en parti, surmonté en son centre d'un amas de roches pointus, de nombreux ossements et squelettes de différentes créatures, humanoïdes ou non, reposaient dans un incroyable désordre. Elles étaient parfois blanches ou, au contraire, encore en possession de morceaux de chair avariées ou encore frais qui tenaient misérablement, envahis par des insectes ou des rongeurs venus se repaître. Des poils de fourrure ou des plumes étaient près de leur anciens propriétaires dévorés. Il n'y avait pas que ça. Des vêtements en lambeau tâchés de sang pour la plupart à leur côtés, des morceaux d'armures brisés éparpillés, des outils de mineurs ou des sacs pourris de voyage dévoilaient ce que furent ceux qui finirent dans l'estomac du Gueule-de-Fer.

Mais, à ma plus grande surprise, je ne voyais nul part l'auteur de ces atrocités.

Devant un tel spectacle, Titania vola se réfugier derrière le cou de Soraya, apeurée et tremblante. La pauvre humaine était dans le même état au fur et à mesure de son observation. Mais, pour ma part, j'avais déjà vu pire. Je lui donnais un petit coup de museau pour la réveiller de son état d'horreur, ce qui la fit détourner son regard vers moi.

Tu peux partir si tu le souhaites, lui rappelais-je avec compréhension en devinant ce qu'elle devait ressentir.

La princesse secoua la tête et ouvrit la bouche, mais la referma presque aussitôt en se rappelant où nous nous trouvions. Quelques secondes plus tard, je sentis une Présence hésitante se glisser dans mon esprit. Je la laissais faire et entendis ce qu'elle voulait me dire :

Je t'accompagne. Je me sens mieux, et je tiens à venger ses victimes. Elles ne méritaient pas ça.

D'accord. Alors, on approche un peu. Je ne vois le Gueule-de-Fer nul part de là où nous sommes.

Nous te suivons, me répondirent en synchronisation Titania et Soraya.

Ensemble, nous pénétrâmes alors dans cet affreux endroit de mort. Ouvrant la marche, j'empruntais les chemins les plus faciles où nous ne rencontrions pas les squelettes des morts. J'avais d'abord avancé avec la crainte de voir arriver à tout instant le reptile mais, après plusieurs minutes de marche, je commençais à avoir de sérieux doute sur sa présence ici. Et après que Titania vérifia en vain s'il y avait une Aura inhabituelle, je me dis que le Gueule-de-Fer devait être parti chasser. C'était plausible. Après tout, nous n'entendions rien et ne voyons pas le moindre signe de lui.

Ce qui me dérangeait était sa Présence étouffante qui ne diminuait pourtant pas d'une intensité depuis que nous étions entrés. Au contraire, elle ne faisait que se renforcée lorsque nous nous enfoncions davantage. Il ne pouvait y avoir que deux raisons : ou alors cet être était si puissant que sa Présence diminuait incroyablement lentement, ce qui était plutôt inquiétant sur nos chance de le vaincre, ou il était encore ici malgré l'absence d'Aura et risquait de nous attaquer d'une minute à l'autre en restant caché jusqu'au dernier moment. Ces deux perpectives n'étaient guère rassurantes.

Je fis part de mes réflexions aux deux jeunes filles qui les accueillir avec beaucoup d'hésitation, ne sachant qu'elle pourrait être la meilleure conduite à adopter.

Je vérifie une dernière fois et, s'il n'est vraiment pas là, on sortira. Ce serait vraiment trop risqué d'attendre à découvert, décida finalement Titania qui se posa sur le sol.

Décidant d'en faire de même, je gravis le tas de pierre pour avoir une vue d'ensemble de la zone. Rien. Tout ça n'avait aucun sens. Normalement, il devrait être tout près. J'allais redescendre lorsqu'une brusque vibration sous mes pattes me fis m'arrêter net. Sous mes pattes ? J'attendis encore un peu, puis je ressentis de nouveau la même chose. Quelques secondes plus tard, encore une troisième, mais plus proche. C'était comme si un cœur battait. Comprenant soudain là où j'étais, j'allais prévenir les autres du danger si près de nous lorsque Titania hurla :

  • ANÉON, DESCEND VITE !!!

Au même instant, une secousse suivit d'un grognement me fit glisser du dos... du Gueule-de-Fer. Je retombais brusquement sur le sol, grimaçant avec la réception, et le vit se dérouler, se remettre sur ses pattes qui le levèrent à au moins six mètres de hauteur. Il ouvrit deux affreux yeux rouges qui me fixèrent avec malveillance. Une gigantesque gueule s'ouvrit, dévoilant des crocs impressionant qui se dirigèrent vers moi. J'eus néanmoins le temps de sauter, évitant de justesse le monstre qui referma sa gueule dans le sol. Lorsqu'il la releva dans un bruit de mastication, je pus voir l'incroyable cratère qu'il avait formé, sans perdre une seule dent.

D'où son nom de Gueule-de-Fer, devinais-je en restant là à le regarder engloutir son dîner.

  • Ressaisis-toi Anéon !!! m'interpella Soraya, me tirant de ma rêverie juste à temps pour éviter de me faire écraser par l'une des pattes avant du monstre.

Grognant sourdement, le Gueule-de-Fer se tourna et chercha à nous balayer avec sa queue renforcée au bout d'un boulet de piques. Je pus me baisser juste à temps, tandis que Soraya invoqua un mur de pierre qui la protégea du coup. Mais presque aussitôt, le Gueule-de-Fer chargea et buta contre la protection de la jeune fille. Des débris volèrent et Soraya se protégea avec ses bras. Ne pensant pas à contourner l'obstacle pour l'attraper, il ne fit que cogner son crâne contre le mur de pierre. J'en profitais alors pour foncer vers Soraya qui m'attrapa et se hissa correctement au premier essai, sans doute sous le coup de la peur.

  • Il faut trouver un moyen de le pièger. Là, je me vois mal lui faire de quelconque dégats avec mon arme, me confia-t-elle, la voix calme malgré son stress apparent.

Pour ça, je laisse nos amis s'en charger, lui dis-je en me dirigeant vers la sortie, attendant le Gueule-de-Fer.

Celui-ci venait de finir son œuvre et, découvrant que sa proie lui avait échappé, il poussa un long rugissement en envoyant un gros coup de patte sur ce qu'il restait du fruit de son acharnement. Il balaya la caverne du regard et, nous retrouvant, il siffla en sortant une longue langue violacée, les pupilles rétrécies par la rage. Pour le pousser à nous poursuivre, je déployais au maximum, en grognant férocement, toute mon Aura afin de renforcer ma Présence, égalisant celle qui émanait de lui. Il se pétrifia, mais sa queue fouetta rageusement le sol en envoyant valser tout ce qu'elle recontrait. Ne perdant plus de temps après mon défi, il fonça sur nous dans un fracas asourdissant. Nous replongeâmes dans l'obscurité des tunnels afin de rejoindre le lieu de rendez-vous.

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