Minerais à sec

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Point de vue de Soraya :

Lorsque je l'avais vu à mon réveil, ce nain à la gauche de Rosvak qui se tenait prudemment en arrière m'avait semblé impressionant. Il l'était davantage avec tout cet or qui le parait. Sur ses cheveux gris reposait une couronne parsemée de rubis et de diamant qui fut sculptée dans de l'or massif. Son armure reluisait doucement comme la lueur du jour et ne portait aucun défaut, avec une cotte de maille qui était assemblée d'anneaux dorés. Ses gros doigts portaient de très nombreuses bagues, dont la plupart étaient ornés de pierres précieuses d'une grosseur exorbitante. Plus loin, il y avait lourd casque reposé sur une table. L'ornement sur le dessus, aussi réaliste que s'il était vivant, représentait un félin qui dévoilait ses crocs, taillés dans du cristal pur, avec des yeux rouges incrustés de rubis. D'un seul regard, Grögh FortPoing imposait le respect et démontrait par son attirail que la place qu'il occupait était des plus importante.

Sitôt que je le vis, je m'inclinais respectueusement comme le veut le protocole nain que j'avais par le passé étudié, soit en m'agenouillant le pied gauche en avant et en mettant le poing de ma main droite dans la paume de ma main gauche. Mais, étant de famille royale, je devais relever la tête et regarder le chef nain dans les yeux.

  • C'est un honneur pour nous de vous rencontrer, Grögh FortPoing.
  • Vous pouvez vous relever ( ce que je fis sans attendre ). Il en va de même pour moi, princesse Soraya el Lumis ed Sariel tet ad Maria. Je suis ravi de rencontrer un membre de l'illustre famille Lumis. Mais dîtes moi, sauf votre respect, je suis surpris de votre présence dans mon modeste village, surtout alors que vos fiançailles furent annoncés. Quelle est donc la raison de votre visite ?

Il n'a pas attendu longtemps pour me le demander, pensais-je en réfléchissant activement.

Il ne fallait pas que la raison de ma fuite s'ébruite au risque de trop attirer l'attention, sans pour autant manquer de respect au chef nain. Aussi, j'adoptais une réponse neutre.

  • Une intuition, Grögh'wêh.
  • Une intuition ? me demanda-t-il en ayant l'air surpris.
  • Oui. Une intuition qui pourrait se révéler, disons, problématique. Je souhaite seulement m'assurer que cela ne vous atteigne pas, ainsi que d'autres peuples. De plus, si j'ai bien compris, vous même avez quelques difficultés depuis un certain temps. Notre présence ici ne peut donc qu'être que la bienvenue si vous avez décidé de ne rien dire de ma présence ici, à ma famille et à vos citoyens, lui expliquais-je en mesurant chacune de mes paroles.

Une lueur s'illumina dans les yeux presque dorés de mon interlocuteur. Rosvak me dévisagea d'un air horrifié, mais je ne m'en inquiétais pas. Je savais, en le sentant au fond de mon être, que Grögh était admiratif de mes capacités d'oratrice en détournant la conversation à mon avantage. Je pus entendre provenir du nain un étrange bruit, que j'identifiais rapidement comme un gros rire grave.

  • Hummm... Vous êtes bien rusée, chère princesse, me félicita-t-il. Bien que jeune, peu seront ceux qui pourront vous obliger à dire quelque chose. Vous seriez capable de leur faire oublier leur question initiale. Bien, je ne me contenterais que de cette réponse. Ceci étant dit, je ne souhaite pas m'immiscer dans vos affaires. Ce que je vais vous raconter est assez grave, poursuivit-il d'un air plus sombre, et touche non seulement notre économie mais aussi risque de mettre en danger les êtres de cette région.
  • Quel est-il ? lui demandais-je, précoccupée par ce qu'il venait de nous annoncer.
  • Par où commencer ?... Je vais vous emmener à notre principale réserve où nous stockons nos fouilles. Vous pourrez alors constater de vos propres yeux une partie de l'ennui auquel nous sommes confrontés.

Grögh se dirigea vers la porte où nous sommes entrés, ouvrant d'un seul mouvement la porte lourde et faisant s'écarter les gardes en leur ordonnant de rester là. Anéon ne tarda pas à le suivre en leur jetant un rapide coup d'œil avant de se hâter de les dépasser. Accompagnée de Rosvak qui emporta le casque de son chef, je les suivis en me demandant ce qui allait nous y attendre.

oOo

Nous venions de sortir du village après une marche au pas de course car j'avais rallongé le trajet en refusant de manière diplomatique de monter de nouveau dans une nacelle. Nous avions donc dû prendre une légion d'escalier sous les protestations d'Anéon. Enfin, sitôt sortis, j'avais regardé avec beaucoup d'intérêt les entrées des mines creusées dans l'énorme mur de pierre qui entourait le village, éclairées par des cristaux lumineux où l'on extrayait ce minerais si précieux qui faisait la fierté et l'éloge de ForgeFer partout dans le monde. D'après mes livres que j'étudiais souvent durant mon temps d'étude, ces mines regorgeaient tant de cette merveille que les charriots venaient en continu. Les mineurs se permettaient même de laisser tomber une partie de leur trouvaille quand les quantités dépassaient celle autorisée. Devant moi se tenait un tout autre spectacle. En nous dirigeant vers notre objectif, nous avions rencontré des mineurs à la mine fatiguée et découragée qui sortaient et entraient dans les mines, pioches à la main. Et ils étaient si peu à encore y aller.

Ceux présent saluaient sans entrain ou secouaient négativement la tête en l'abaissant devant leur chef, de plus en plus en fureur. Rosvak était dans le même état d'esprit, insultant toujours plus ce fameux << Foutu écailleux >> qui avait bien l'air d'être pour lui sa phrase fétiche. Enfin, nous venions d'approcher un petit cours d'eau coupé par un pont que nous franchîmes. Devant nous se trouvait deux maisons en pierre où un vieil homme à la longue barbichette blanche en bouc était assis devant la plus grande sur une chaise à bascule et fumait avec des yeux endormis une longue pipe dont il formait avec sa bouche des petits ronds chaque fois qu'il expirait. Une fois de l'autre côté, le chef nain s'arrêta devant lui, le faisant sortir de sa transe.

  • Rien n'a changé, n'est-ce pas ? se renseigna-t-il d'un air bourru.
  • Oui. Absolumment rien n'a changé, lui confirma-t-il d'une voix chevrotante. Ce reptible a presque tout mangé. Aujourd'hui, aucun mineur n'a trouvé le moindre filon de corbat*. Tiens ? Voilà des visiteurs, ajouta-t-il en nous désignant Anéon, Titania et moi avec sa pipe.
  • Nous les avons trouvés dans la clairière de roche.
  • Pauvres jeunôts, je vous plains bien, soupira-t-il en fourrageant dans sa poche pour en ressortir une clé qu'il tendit à Grögh. Tenez, je crois que c'est ce que vous vouliez.
  • Merci. Tu peux aller te reposer. Il ne sert à rien de se fatiguer à rester là, le congédia-t-il.

Le vieil homme ne se fit pas prier et s'en alla en boitillant quelque peu vers une maison plus petite à proximité, qui était sûrement sa demeure. Grögh s'approcha de la porte dont, une fois plus près, on voyait qu'elle possédait un mécanisme de serrure des plus complexes. On pouvait observer sur elle tous les rouages qui le composait. Quand Grögh inséra et tourna la clé, ils se mirent à s'embriquer en tournant les uns dans les autres. La porte s'ouvrit, laissant apparaître la lumière d'une petite lanterne dont Grögh s'empara. J'entrais à l'intérieur en fronçant les narines à cause de l'odeur de renfermé, puis remarquais la présence d'un levier.

  • Mettez-vous sur le côté je vous pris, nous ordonna le nain qui abaissa sans plus attendre l'objet.

Comme je m'y attendais, une trappe se leva du sol, nous dévoilant un tunnel souterrain. Sans attendre que Grögh l'y invite, Anéon se précipita à l'intérieur, sous les reproches de Titania qui s'excusa de l'impolitesse du jeune garçon. Grögh les suivit donc d'un air à la fois amusé et lassé, puis je laissais Rosvak rejoindre son chef avant de plonger à mon tour.

Je prenais garde à ne pas trébucher dans les marches de l'escalier qui nous entraînait toujours plus profondémment sous terre, sous les murmures excités d'Anéon qui étaient amplifiés par l'écho des lieux.

  • Titania, tu crois qu'il y a quoi tout au bout ?
  • Quoi qu'il y ait, ne touche à rien. C'est sûrement très précieux pour ce village, lui interdit-elle d'une voix ferme.
  • Mais bien sûr que je ne vais rien toucher, tu me prends pour qui ! s'indigna-t-il devant sa remarque avec des yeux littéralement sombres.
  • Pour quelqu'un qui n'a de cesse de faire le contraire de ce qu'on lui demande.

Alors ça, c'est pas faux, me dis-je en me retenant de le prononcer à voix haute, sachant que cela risquait de ne pas plaire au garçon. Lorsqu'Anéon se préparait à riposter, la voix de Grögh retentit alors :

  • Soyez rassurée Dame fée. Il ne risque pas de voler quoique ce soit, déclara-t-il alors qu'il descendit la dernière marche qui menait un petit endroit heureusement plus large où au fond se trouvait une nouvelle porte.
  • Ah ? Est-ce bien gardé ? s'informa-t-elle en jetant un dernier regard d'avertissement à Anéon qui l'ignora superbemment.
  • Non. Et même sans, il n'y a aucun risque que l'on nous prenne quelque chose..., s'interrompit-il en ouvrant la porte.

Elle nous révéla une immense caverne, si grande que nous ressemblions à des fourmis en comparaison. Pourtant, alors que je m'attendais à voir le fameux minerais tant recherché en quantité astronomique, il n'y avait rien. Cet endroit était totalement, assurément, sans doute possible, vide. Pas la moindre parcelle. Une deuxième chose me sauta aux yeux : c'était la présence assez particulière d'écaille noires qui devait bien faire pour les plus grandes que j'apercevais au sol la moitié de ma taille.

  • ... que l'on ne possède plus, termina-t-il en frappant violemment du pied l'une des écailles près de lui.

*corbat : nom nain donné au minerais du village de ForgeFer. Il est à la fois très résitant et léger. Ce minerais si précieux et particulier ne se trouve que là-bas et est très prisé des forgerons qui en font des armes et des armures qu'ils revendent à des prix relativement élevés.

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