Confrontation

7 minutes de lecture

Point de vue d'Anéon :

J'avais su, au visage de Soraya, que ça allait barder. Et j'ai eu parfaitement raison. Elle me traita au moins une bonne dizaine de fois d'inconscient et d'idiot. En plus, c'était à peine si elle le disait en hurlant. Bon, je n'avais pas vraiment été très fin lorsque je lui avais dit que j'avais promis sur Lokhim de lui obéir. Cela n'avait fait que redoubler sa fureur. Alors, je dois bien avouer que je n'en menais pas large.

J'avais bien essayé de me défendre, mais à chaque fois que je disais << Mais... >> en cherchant à lui rappeler que je venais de leur sauver la vie, elle ne cessait de me foudroyer du regard en m'ordonnant de me taire. Soraya arriva au fait que, bien que je les ai aidé à se sortir ce pétrin, il était absolument intolérable que j'ai, de nouveau, risqué ma vie pour elle, alors que précédement la jeune adolescente m'avait clairement fait comprendre qu'elle ne le voulait pas. En finissant à nouveau par me traiter d'idiot.

Au moins, après plusieurs minutes à enchaîner ses phrases, elle dut s'arrêter pour reprendre son souffle, et tant mieux. Jamais je n'avais encore vu quelqu'un tenir si longtemps à parler comme elle le faisait. Je pris donc la parole sans tarder :

  • Bon, t'as fini ? Si je suis venu c'est que, contrairement à ce que tu penses, je n'ai absolument rien à perdre à t'accompagner, ni famille, ni proches connaissances, si ce n'est la vie. De plus, je vis dans cette forêt depuis maintenant cinq ans. Alors, sans me vanter, j'ai un peu l'habitude de me défendre face aux monstres.
  • Comment ça ? Tu crois que je vais peut-être te croire ? Tu n'es qu'un gamin, c'est impossible que tu n'aies pas été dévoré en l'espace de cinq ans en restant seul dans ce lieu maudit ! rétorqua-t-elle, le regard noir.

J'eus un hoquet d'indignation en l'entendant m'appeler << gamin >>. Fronçant les sourcils, les bras croisés, je plantais mes yeux dans les siens, furieux.

  • Ne te fie surtout pas à mon apparence, grondais-je. Je ne fais pas l'âge que je donne. Mon corps laisse peut-être présager que je ne suis encore qu'un enfant, mais cela ne veut certainement pas dire que j'en suis un. Es-tu aveugle au point de ne pas voir que je suis un ancien résident des terres du Peuple Caché ?

D'accord, j'avais oublié d'être plus poli. Mais j'étais vraiment plus qu'agacé. Pour qui se prenait-elle ? Une princesse ? En tout cas, j'avais tapé fort. Soraya était dans le même état d'esprit que moi, car ses joues rougir sous sa colère.

  • J'ai remarqué que tu l'étais, imbécile. Me crois-tu inculte à ce point ?

Je ne lui répondis pas, mais j'haussais un sourcil, l'air de dire << Je me trompe ? >>. Soraya jugea donc bon d'en rajouter un peu, dans le but probable de me clouer le bec avec mes insinuations.

  • Je sais également les effets que peut avoir un séjour prolongé en ces lieux, comme le fait de voir son apparence changer ou son corps cesser de grandir sous l'effet du sceau temporel de Chronos, dieu gardien du temps. Mais, poursuivit-elle, posant son index sur mon front, peu importe ton âge réel, tu resteras indéfiniment un enfant, sans jamais grandir ni changer de ce que tu étais. Tu restes donc plus vulnérables aux attaques, qu'elles soient physiques ou magiques, qu'un homme plus âgé. Pour ces deux raisons, sans en citer d'autres, un enfant n'a pas à s'exposer à des choses aussi dangereuses, termina-t-elle en tapant à chaque mot sur mon front.

Rageusement, je retirais son doigt.

  • Mais enfin ! hurlais-je, exaspéré. Tu as bien vu tout à l'heure que je n'étais pas sans défenses ! Si ce n'est qu'un simple voyage, pourquoi m'interdis-tu de vous accompagner ?!
  • Par ce que ce n'est pas qu'un simple voyage ! On tente de me tuer ! me répondit-elle, plaquant sa main sur sa bouche en comprenant d'en avoir trop dire.

Moi, je sentis mes muscles se glacer tant je ne m'y attendais pas. Le masque de colère qui était au visage de Soraya s'ôta, et une expression à la fois triste et fatiguée prit alors place. Aucun de nous ne bougea plus durant quelques secondes. Comprenant alors le sens de ses paroles, je cherchais à m'excuser lorsque Soraya s'éloigna, sans plus rien ajouter. Je me sentais si mal.

oOo

Point de vue de Soraya :

Je m'en voulais tant. J'ai été si odieuse avec Anéon. Tout ce qu'il avait fait, c'était nous aider. Et moi, au lieu de le remercier, je lui avais hurlé dessus. Ce n'était pas étonnant qu'il l'ait mal pris. Surtout que, sans lui, il était certain que ces gobelins nous auraient capturé et torturé. Voire dévoré. Me traitant mentalement d'idiote, je mis ma tête dans mes genoux que j'avais replié et ne bougeais plus. Anéon n'avait pas menti quand il m'avait affirmé qu'il vivait seul, je l'aurais aussitôt deviné si cela n'avait pas été le cas. Mais moi, emportée à cause de mes émotions, je l'ai presque traité de menteur. Au moins, l'avantage, c'est qu'il ne voudra plus accompagner une fille comme moi, avec un aussi mauvais caractère et des assassins à mes trousses. Triste compensation. J'avais bien remarqué que mes paroles l'avaient choqué. Jusqu'à quel point, je l'ignorais.

J'entendis Rolan discuter avec le jeune garçon, sans vraiment chercher à comprendre de quoi. Après quelques minutes, il y eut du mouvements, des bruits de meubles cassés et une odeur de bois brûlé avec une vague de chaleur bienvenue dans l'air glacée de la nuit. La voix satisfaite du capitaine m'indiqua qu'ils avaient réussi à faire démarrer un feu de fortune. Apaisée par la chaleur environnante, je glissais rapidement dans un état proche du sommeil. Je n'avais pas remarqué toute la fatigue qui s'était accumulée en moi depuis mon départ du village. C'est à peine si je distinguais ce qui m'entourais. Des bruits de pas qui s'éloignaient, un bruit d'herbes arrachées, quelques voix...


oOo

Ce n'est que lorsqu'une douce odeur familière de menthe se répandit que j'ouvris à nouveau les yeux, intriguée. J'avais du dormir quelques heures bien qu'il fasse encore nuit car je vis Anéon occupé à surveiller un bol suspendu au-dessus du feu et d'où émanait l'odeur, ainsi qu'un bruit d'eau bouillonante, et quelques sacs qui appartenaient à notre expédition remplir le peu d'espace qu'il y avait, dont des armes qui ressemblaient à s'y méprendre à celles des gobelins. Un peu somnolente, je me remis droite contre le mur, ce qui attira l'attention d'Anéon. Rien ne laissait suggérer qu'il était encore en colère, ses yeux gardaient la même couleur habituelle. Il me sourit un peu, bien que légèrement crispé.

  • Tu t'es enfin réveillée. Si tu veux savoir, Rolan m'a demandé de repartir chercher vos affaires au campement des gobelins. J'en ai profité pour leur prendre quelques trucs, vu qu'ils n'en auront plus besoin, alors que vous, oui. Oh ! J'ai aussi préparé un peu de thé, vu qu'il y avait un parterre de menthes près de là, rajouta-t-il en versant un peu du contenu du bol dans un verre en bois qu'il me tendit.

Un peu traumatisée par sa précédente préparation, j'hésitais vaguement à la prendre. Mais il était évident qu'il me l'avait fait pour se faire pardonner, aussi je finis par l'accepter avec un petit << merci >>. Je reniflais rapidement le contenu fumant, et je ne sentis que l'odeur de menthe. Alors je bus une légère gorgée, et j'écarquillais les yeux, surprise. C'était déliceux ! Mieux, je pouvais même discerner un léger goût sucré.

  • Tu n'aimes pas ? grimaça Anéon, interprétant mal ma réaction. Désolé, c'est la première fois que j'en fais, et seulement grâce aux conseils de Rolan, m'expliqua-t-il en désignant l'homme emmitouflé dans une cape, profondément endormi.
  • Non, non, non. le rassurais-je, secouant la tête. C'est délicieux, merci encore. J'en avais besoin.

Je me mis à siroter alors doucement l'exquis liquide, me rappelant certaines de mes journées passées. Mes muscles se détendirent peu à peu. Je vis du coin de l'œil Anéon s'asseoir à deux mètres de moi, sa fée se posant sur son épaule, se mit en tailleur et sortant de sous sa tunique une flûte assez étrange, mais superbement sculptée et d'une blancheur immaculée. Portant le bec à ses lèvres, il se mit à jouer un air apaisant qui se propagea dans l'air de la nuit. Cette mélodie était si belle... Alors que j'avais fini de boire mon thé, je me mis dans une meilleure position et écoutais Anéon un long moment. Mes yeux commencèrent à se refermer à nouveau lorsque je m'étais mis à détailler les mouvements de doigts du jeune garçon. Un motif attira alors mon attention. Il m'était familier... très familier. J'étais sûre de l'avoir déjà vu quelque part. Un arbre à neuf feuillages. Mais je m'assoupis avant de me souvenir. Peut-être qu'au réveil, la mémoire me reviendrait.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 26 versions.

Recommandations

Ange S SecretGarden
Comme tout le monde, j'ai ma propre vision, définition de ce monde qu'est la soumission/domination.

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous faire entrer dans mon monde durant une journée entière, afin de vous faire découvrir qui je suis et la vie que je mène.

Je me présente, Taryn, une jeune femme soumise aux désirs sadiques soient-ils de Son Maitre.

Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers.
71
87
77
40
Johane
La planète nous explique ce qu'elle ressent face aux actions de l'humanité.
3
1
0
1
Défi
Aloysius May


1 : Le big-bang


L’univers est en perpétuelle expansion. Les galaxies s’éloignent les unes des autres, repoussant toujours plus loin les limites de l’univers. Le temps est linéaire : il est né avec la matière et il semble qu’il ne s’arrêtera jamais. Du moins c’est ce que tout le monde croit sans s’en apercevoir.
Jean-Daniel en tout cas s’en soucie peu : le big-bang, la naissance et l’expansion de l’univers tout ça ne le regarde pas. Tout juste est-ce bon pour les scientifiques et quelques illuminés fans de métaphysique ou de science-fiction.
Il se prépare comme à son habitude pour aller au travail. Il déguste une tartine qu’il plonge dans son café, et il pense à la journée qui l’attend. Aujourd’hui, décide-t-il, il ira à pied. Cela le changera. Il fait beau, il faut en profiter. Il enfile donc sa plus belle chemise puis le pantalon qu’il a repassé la veille, et il sort de chez lui. Sur la route qui le mène à son travail, il rencontre une jeune femme. Il la trouve belle, hésite à lui parler, mais y renonce finalement par timidité, et poursuit son chemin.
Il aide ensuite une vieille dame à traverser la rue. Il éprouve soudain une impression de déjà-vu qu’il ne peut expliquer. Mais alors qu’il est presque arrivé deux choses qu’il n’avait pas prévues se produisent.
Tandis qu’il traverse avec légèreté, la première chose est cette voiture qui perd le contrôle et qui va le percuter, lorsque le second événement se produit : l’univers a terminé son expansion. Le big-bang a pris fin, laissant sa place big- crunch. L’univers se rétracte, et le temps avec lui cesse d’aller de l’avant pour revenir sur ses pas, de ce moment charnière où Jean Daniel allait se faire écraser jusqu’aux origines des temps…


2 : Le big-crunch
Daniel-Jean voit une voiture qui s’éloigne de lui. Il marche à reculons, il veut s’étonner de ce nouveau paradigme temporel mais il n’a pas le temps d’y penser. Il aide la vieille dame à reculer sur le passage clouté. À peine se dit-il, dans un instant de fulgurance, que cette impression de déjà-vu était due à ce mouvement de l’univers, que déjà il a honte de sa timidité. Puis il revoit cette femme dont il sait pertinemment qu’il ne lui adressera pas la parole, et continue de marcher à reculons jusqu’à chez lui. Il enlève d’abord son pantalon puis sa chemise. Le café disparaît devant lui, et de plein qu’il était dans la cafetière il se vide. Il prépare ensuite le café toujours à l’envers puis va se coucher. Sa vie va continuer à défiler de cette manière jusqu’au jour de sa naissance, tandis que l’univers se rétracte inéluctablement jusqu’au moment de son apparition.
3
5
2
2

Vous aimez lire Dragon Fire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0