Le "loup"

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Point de vue de Soraya :

Devant nous, le loup ne cessait de nous dévisager, jouant du pouvoir de mort qu'il détenait sur nous tous. Personne n'osait bouger, que ce soit moi et Rolan, que ce soit nous et les gobelins, bien que ces derniers commençaient à sortir de leur état de terreur. Le plus téméraire d'entre eux brandit son épée face au loup, qui se mit à le regarder fixement en posture d'attaque. Avec un cri d'intimidation, il s'élança sur lui et abattit sa lame en direction de la tête du canidé. L'animal l'esquiva prestement et, d'un coup de dent bien placé, il mordit le cou de l'assaillant, lui tranchant par la même occasion la carotide. La courte lutte ne dura à peine que cinq seconde et la créature s'écroula morte aux pattes du loup, qui dévoila ses crocs comme quand quelqu'un souriait à l'attention des prochains qui tenteraient de l'affronter. Cela suffit pour déclencher l'assaut des trois autres gobelins survivants, ivre de vengeance et de sang.

Sous nos yeux, le loup fit couler le sang des monstres, parfois de manière directe en mordant et déchirant la chair, et parfois indirectement lorsque l'un des gobelins ratait sa cible et touchait l'un de ses semblables, qui hurlait alors ou tombait, blessé.

Je sentis Rolan exercer une pression sur mon épaule. Je détournai mon regard de ce combat sanglant, et je le vis me faire signe de profiter de la situation pour s'enfuir. Je ne me fis pas prier et nous disparûmes rapidement, moi en trottinant, et Rolan à cloche-pied. Bien que ce loup venait indéniablement de nous sauver la vie par son intervention, rien ne nous assurait qu'il ne s'en prendrait pas à nous par la suite. De plus, peut-être avait-il l'avantage maintenant, mais nos assaillants restaient plus nombreux, et armés. Les cris des gobelins et les hurlements du loup dans notre dos, nous mîmes le plus de distance possible entre nous et eux, sans la moindre pause.

Enfin, nous faisions ce que nous pouvions pour ne pas nous arrêter trop souvent. Je soutenais Rolan depuis longtemps maintenant, et mes jambes commençaient à fatiguer, sans parler de mes épaules meurtries par son poids qui devait sans aucun doute être le double du mien. Et avec la visibilité quasiment nulle dans cette nuit à lune qui commençait à peine son premier quartier, nous trébuchions assez souvent. Je me pris même les pieds contre la racine d'un arbre et tombais en avant en emmenant Rolan avec moi, sans parvenir à me retenir de m'étaler de tout mon long. Cela me fit plutôt mal, surtout avec mon dos qui était encore sensible depuis l'épisode des rapides, et le fait que le capitaine retomba sur moi, je poussais contre ma volonté un léger gémissement en sentant la douleur revenir au galop. Le pauvre homme m'aida à me relever du mieux qu'il put.

Je massais légèrement mon dos, histoire de faire passer la douleur et, en souriant, je lui assurais que cela allait mieux. Ce qui n'était absolument pas le cas. Il était évident qu'en continuant ainsi, nous allions nous écrouler de fatigue. Et le faire dans la plaine sans rien pour nous abriter et seulement armés de ma dague ne faisait que m'encourager à progresser afin de trouver un endroit convenable pour nous reposer. J'en parlais à Rolan, qui ne répliqua pas, devant sûrement ressentir davantage que moi le besoin de reprendre des forces. Alors, tout deux, nous essayâmes de trouver des signes prouvant la présence d'une quelconque habitation : une odeur de brûlée, de ragoût, des éclats de voix, une lumière ou des morceaux de bois qui pouvait servir à délimiter une propriété. C'est cette chose que Rolan me désigna du doigt après une bonne demi-heure de marche, une vieille clôture recouverte de mousse dont il ne restait presque plus rien. À cette simple vue pourtant, je me mis à regarder frénétiquement autour de nous tout en avançant, consciente que cet indice signifiait que quelque chose avait été bâti.

Je veillais à ne rester que dans le terrain défini par la clôture, me fiant au moindre morceau de bois pour ne pas m'éloigner. Finalement, je vis plus loin devant les ruines d'une petite maison en pierre. Rolan se redressa en m'entendant m'exclamer, et je le vis sourire également en comprenant que notre marche épuisante s'achevait enfin. Ce n'était qu'une bâtisse sans toit, avec en tout et pour tout qu'une vieille chaise à bascule qui menaçait de s'écrouler au moindre poids, d'une table en bois qui tenait encore, recouverte d'une pellicule vert, quelques étagères pour la plupart cassées et un pilier craquelé de partout, mais c'était déjà ça. J'aidais Rolan à s'asseoir contre ce qui restait du mur et me laissais tomber au sol sur mes genoux, épuisée.

  • Qu'en dîtes-vous ? lui demandais-je, totalement à bout
  • Pour notre situation actuelle, on ne pouvait trouver mieux, m'affirma-t-il, relevant son visage avec un soulagement qu'il ne cachait pas.

J'hochais la tête, approuvant entièrement ce qu'il disait. Nous n'étions pas à plaindre. Me rapprochant à mon tour du mur, je fermais mes yeux afin de pouvoir me détendre un peu. Rapidement, je sentis mes pensées se calmer, et mon dos commença à me laisser un peu en paix. Je profitais de cette exquise sensation de bien-être. Nos étions en vie. Après avoir échappés tant de fois à la mort, le constater était un véritable bonheur. Maintenant, je devais absolument emmener Rolan voir un médecin ou un apothicaire qui possèderait des plantes médicinales. Ensuite, il faudra que je me prépare davantage pour le reste du voyage. Je rouvris mes yeux, heureuse de savoir ce qu'il fallait que je fasse par la suite, mais quelque chose attira mon attention.

Plus loin en bas, près de la clôture, je voyais une lueur blanche qui y brillait. Perplexe, je me rapprochais du mur où je voyais la forme afin d'observer sans être vue. Je me figeais en comprenant qu'il s'agissait du loup, qui venait droit sur nous. Peu à peu, je le voyais se rapprocher en trottant, et le vis très distinctement renifler le sol, relevant parfois sa tête pour épier les environs. Je veillais à rester cachée, tout en regardant d'un air inquiet Rolan qui s'était assoupi. Que faire ?

Je regardais ma dague, résolue. J'allais me battre. Même si ce loup avait très certainement réussi à vaincre à lui seul les gobelins, je n'allais pas me laisser tuer sans rien dire, ni laisser tomber Rolan qui avait tout risqué pour m'accompagner dans ma quête. Il n'était pas question que quelqu'un d'autre meurt par ma faute. J'attendis.

Après quelques minutes, j'entendis les reniflements du loup et, alors, je me dressais en barrage en face de la petite entrée. En me voyant, le loup s'arrêta net, relevant son museau abaissé et me regarda droit dans les yeux. Je le menaçais avec la dague, sans qu'il ne fasse le moindre mouvement. Il ne grognais pas, n'hérissait pas sa fourrrure. Il ne fixais même pas mon arme. L'animal ne faisait que me dévisager. Je grognais. Qu'attendait-il ? Excédée, je me rapprochais en hurlant, réveillant par la même occasion Rolan qui bredouilla :

  • Que... ?
  • Ne bougez surtout pas capitaine ! l'avertis-je, ne lâchant pas le fauve des yeux. Pars ! Allez, pars ! hurlais-je alors au grand loup.

Aucun changement, si ce n'est qu'il s'asseya sur son arrière-train. Il se fichait de moi ! Remarquant un morceau de bois, j'allais pour le lui jeter lorsqu'une petite lumière fonça devant mon visage, m'éblouissant temporairement.

  • Soraya, arrête ! C'est Anéon ! me hurla une petite voix, que je reconnus aussitôt. Elle appartenait à la fée de ce dernier !
  • Hein ?! m'étonnais-je, plissant mes yeux à cause de la subite luminosité que dégageait le petit être qui me fixait avec sévérité.

Je sais que tu dois te poser un bon millier de questions, mais attend une seconde, me parla dans ma tête la voix du jeune garçon, me faisant sursauter tant je ne m'y attendais pas.

Je le regardais alors lever une de ses pattes qu'il plaça derrière ses oreilles et, au même instant, la tête du << loup >> sembla se figer, comme si elle devenait un objet. Mais alors, la patte se floutta et devint une main humaine. Devant moi se trouva Anéon, assis par terre, tenant de sa main un masque de loup. Il me regarda une courte seconde, puis soupira.

  • Je crois déjà savoir ce que tu vas dire, murmura-t-il.

La surprise passée, je sentis montée en moi une sourde colère.

Et encore, tu ne dois en savoir qu'une partie, pensais-je, avant d'inspirer afin d'entamer à forte tonalité la discussion.

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