Sauvetage

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Point de vue de Soraya :

Alors, c'était ces gobelins qui nous avaient attaqués ? Mes compagnons de voyages étaient morts... par leur faute ? Cela me semblait assez peu probable. À première vue, ils montaient des doubles poneys. Les pauvres étaient dans un état déplorable, rattachés à un piquet. Ils n'étaient armés que d'épées courtes dans un état plus ou moins avancé de rouille, de lances et d'un fouet que l'un d'eux utilisait pour frapper Rolan. Le pauvre martysé ne faisait plus que gémir.

  • Hurle ! Hurle humain ! Toi pas assez souffrir ? ricanait celui qui faisait claquer le fouet, une lueur de colère dans le regard.

Chaque fois que je voyais le pauvre homme se prendre un coup, je ne pouvais m'empêcher de grimacer en imaginant sa souffrance. Et dire qu'il devait subir cette torture depuis plus de trois jours me faisait sentir encore plus coupable. Je serrais mon poing sur le manche de la dague, décidée à lui venir en aide. Mais, seule contre cinq gobelins, cela me demanderait une grande prudence. Et l'affrontement ne semblait pas être la meilleure option. Il allait falloir ruser. Heureusement pour moi, les gobelins n'étaient pas réputés pour leur intelligence.

Doucement, je me rapprochait du campement, près du tas d'affaire appartenant à notre expédition que ces créatures avaient sûrement volé. Aucune d'entre elles ne fit attention à ma présence, trop occupées à leur jeu sadique. Une fois installée, je regardais à mes pieds et remarquais quelques pierres. Je sentis dans mon esprit se dessiner un plan assez simple, mais qui marcherait très certainement contre eux. Je pris dans ma main l'un des gros cailloux, visait sur le feu et l'y lança. Des braises en jaillir, atterissant sur celui qui l'entretenait. Ce dernier se mit à couiner de douleur, faisant se retourner les autres qui rirent aux éclats en le voyant gigoter, dévoilant une dentition jaunâtre. Rageur, il attrapa le bâton qui servait à retourner les braises et se jeta sur le plus proche. Les deux gobelins se frappèrent mutuellement, encouragés par les autres gobelins captivés par la lutte.

Plus bête qu'un gobelin, tu meurs, pensais-je en me rapprochant des chevaux, qui me regardèrent venir sans crainte, les yeux fatigués.

Cependant, alors que je commençais à trancher leurs liens, toujours cachée derrière le tas d'affaire, ils commencèrent à s'emballer. Lorsque les gobelins tournèrent leur tête verdâtre dans leur direction, intrigués, il était trop tard. Libres, les montures se sauvèrent droit devant, une énergie nouvelle les poussant à la fuite. Hurlant de colère, les gobelins se mirent à les poursuivre, laissant alors le campement sans surveillance. C'était le moment. Je me précipitais vers Rolan, qui leva vers moi des yeux à la fois surpris et remplis de joie.

  • Dame Soraya ! Que faites-vous là ? me demanda-t-il faiblement.
  • Ne parlez pas. Je vous libère puis nous partirons de là, lui intimais-je en tranchant les cordes qui le maintenait attaché à un tronc d'arbre.

Quand, enfin, il fut libre, je pris de ma sacoche mon élixir de guérison, créé par les Alfes de Lune. Mais, le temps nous manquant, je lui appliquais la totalité du breuvage sur ses plaies les plus récentes, puis sur celles qui restreignaient ses mouvements. Normalement, ces breuvages devaient être bu pour assurer une récupération complète à travers tout le corps. Malheureusement, nous devions fuir, et le plus rapide était de le soulager au mieux. Rapidement, le sang cessa de couler, et c'est avec difficulté qu'il parvint à se relever. Le maintenant debout en l'aidant en tant qu'appui, nous nous éloignâmes au plus vite, profitant de la distraction que j'avais créé afin de ne pas recroiser ces monstres.

Le bonheur de le retrouver m'allégea légèrement, mais j'étais toujours anxieuse. Je tournais ma tête vers lui, une question me taraudant l'esprit. Mais j'attendis encore, cherchant un endroit où nous pourrions nous cacher, surtout que l'état de Rolan me préoccupait au plus haut point. Nous finîmes par arriver vers un petit étang, où quelques arbres avaient élu domicile. J'y déposais le pauvre homme, suant à grosses gouttes et respirant bruyamment. Avisant les nombreuses blessures où la peau était d'un rouge inquiétant, je mis ma main sur son front d'où étaient collés ses cheveux poivre sel et la retirais vivement. Il était brûlant de fièvre !

  • Tenez bon ! Je vais essayer de vous rafraîchir un peu, lui dis-je en me rapprochant de l'eau froide.

Sans perdre un instant, je déchirais un morceau de manche de mon pull blanc, puis le plongeais et appliqua le tissus mouillé sur son visage. Rolan poussa à son contact un soupir de soulagement, et je veillais à ce que le tissus reste à son front. J'attendis un peu, assise devant lui. Finalement, sa respiration se calma un peu, et il me regarda en entrouvant les yeux.

  • Capitaine Rolan, est-ce les gobelins qui nous ont attaqué il y a de cela trois jours ? demandais-je doucement, consciente de son état.
  • Humm... Non. Les gobelins m'ont pris en embuscade dans la forêt, alors que j'essayais de vous retrouver... Ils... ils prévoyaient très certainement de me dévorer, mais ils ont décidé de << s'amuser >> un peu avec moi avant... Ceux qui nous ont attaqué je... je ne les ais vu qu'un très court instant... Mais ils étaient habillés de noirs et... leurs yeux brillaient... ahhh.... m'apprit-il en gémissant, de plus en plus faible.
  • Très bien. Nous allons partir. Il doit sûrement y avoir une maison quelque part, me dis-je à moi-même, aggripant de la même occasion le bras de Rolan.

Une lance se figea dans le sol où, un instant plus tôt, je me tenais. Je compris avec effroi que les gobelins nous avaient rattrapé. Ils déambulèrent droit sur nous et, quelques secondes plus tard, nous encerclèrent, nous menaçant de leurs armes en grondant, un rictus de haine et de joie au visage.

  • Pas bien humains. Pas bien d'avoir fait partir les porteurs de gobelin. Vous servir de repas ! nous lança l'un d'eux, relevant sa lance à hauteur de ma poitrine tout en se léchant les crocs d'une langue violette dégoulinante de bave.
  • Non ! D'abord faire souffrir ! Viande fraîche souffrir ! rétorqua un autre, qui releva son fouet encore tâché de sang.

Je frissonais en les entendant se chamailler sur notre sort, mais il n'était pas question que cela finisse ainsi. Je dégainais ma dague, sous l'œil ahuris des gobelins.

  • Venez si vous en avez le courage, les défiais-je, mais ma gorge serrée ne rendit pas ma voix aussi courageuse que l'aurais espéré.

Les gobelins se turent, se regardèrent entre eux... puis rirent en désignant de leur doigt crochu ma piètre arme. Je sentis le désespoir monter en moi, mais Rolan posa sa rude main sur mon épaule, une étincelle d'audace dans ses yeux gris éclairant son visage fièvreux. Je repris contenance, essayant de calmer les tremblement de mes bras. Deux des gobelins finirent par de nouveau s'approcher, leurs yeux noirs exorbités par la faim et, alors qu'ils s'apprêtaient à nous sauter dessus avec leurs épées, j'entendis un cri empli de terreur et de douleur s'échapper de l'un d'eux, ainsi que d'étranges grognements. Toutes nos têtes le regardèrent alors, et mon cœur rata un battement.

Le gobelin à terre s'aggripait à la fourrure d'un énorme loup doré et luisant d'une lueur blanche. De ses flancs et sa tête s'illuminaient d'étranges marques bleues, ses yeux brillaient tels des flammes glacés, et ses griffes noires comme l'ébène fermement ancrées dans la chair verdâtre du malchanceux qui évitait du mieux qu'il pouvait les crocs blancs acérés du fauve qui essayait de lui déchirer la gorge. Finalement, le loup attrapa le bras qui protégeait le cou qu'il ne parvenait pas à atteindre et qu'il broya sans pitié dans sa gueule. Le hurlement du gobelin se propagea dans l'étendue et je plaquais mes mains contre mes oreilles tant il était assourdissant. Avec une force incroyable, le loup souleva le gobelin dans les airs et, lorsqu'il relâcha son étau sur le membre sanguignolent, le gobelin percuta violement l'arbre où il atterit. Il s'écroula inerte sur le sol, le corps étrangement tordu, sous le regard empli d'horreur de ses confrères qui étaient restés interdit face à ce spectacle.

Le loup observa sa victime encore quelques secondes, puis détourna son regard glacial dans notre direction, ses babines frémissantes vierges de la moindre trace de sang et sa fourrure hérissée, émettant un étrange grondement qui évoquait davantage le souffle bruyant du vent.

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