La forêt

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Point de vue de Soraya :

  • Si mes souvenirs sont bons, je suis passée dans cette direction. Tu es VRAIMENT sûr de vouloir venir ? demandai-je au garçon, dans l'énième tentative de le raisonner.
  • Soraya, tu as dit que je pouvais venir, souviens-toi ! me répondit-il, les yeux toujours rivés devant lui et le poignard en avant.

Je soupirai de résignation. Il était vraiment pas croyable ! Quel enfant de son âge s'aventurerait de nuit au milieu d'une forêt qu'il disait habité de monstres amateurs de chair humaine ?

Je me concentrais à nouveau sur tout ce qui m'entourait, tenant fermement mon bâton - que j'avais trouvé plus tôt et affûté - fermement empoigné et brandi . Comme ça, si l'un des résidents de la forêt se risquait à venir nous déranger, je pourrais au moins protéger ce voyou.

La forêt demeurait sombre par la faute des arbres qui étouffaient la lumière lunaire. Ce n'était cela dit pas le plus dérangeant pour moi. En effet, nous avancions dans un silence trop parfait. Bien trop calme. Pas le moindre rugissement, ni le moindre bruissement, et encore moins d'odeur répugnante. Je ne nourrissais pas spécialement l'envie de me trouver nez à nez avec un gobelin, une goule ou tout autre chose, seulement, un tel silence prenait un aspect sinistre. Ainsi je progressais au travers du bois, les yeux souvent jetés sur Anéon de qui je me gardais proche, par méfiance de l'obscurité et du silence opaques qui nous enserraient ( j'avais fini par me rappeler son nom avant de partir, même si je l'avais un peu écorché la première fois en Anon ). Ce dernier se tenait aussi en alerte que moi. Il épiait les alentours avec un sérieux incroyable. Sa prudence me soulageait, bien que j'eus préféré qu'il rentre au village .

Dans un des moments où je veillai sur lui, Anéon se jeta brusquement sur moi pour m'entraîner sur le côté. Mon crâne se heurta par la même occasion à une pierre. Furieuse, j'ouvris la bouche mais Anéon y plaqua sa main et me fit signe de rester silencieuse. À ses yeux écarquillés, je compris que quelque chose n'allait pas. Je sondais les alentours et me fiai à mon ouïe. Dans le silence de la forêt, je distinguai alors des grognements rauques, accompagné d'un bruit de mastication. Je dirigeais mes yeux vers leur source, et mon cœur se serra à la vue de la scène qui se déroulait devant moi, à moins de vingt mètres.

S'acharnant sur le cadavre d'un mouton, une gargouille qui ressemblait à l'hybridation entre un homme et une chauve-souris se repaissait de sa chair et engloutissait de gros morceaux de viande grâce à ses crocs aiguisés. Les uniques griffes de ses ailes lacéraient profondément sa victime. Devant son teint blâfard, sa peau nue et son affreuse tête de chauve-souris au nez écrasé et aux oreilles tombantes, je ne pus m'empêcher de frémir d'effroi. Quelques fois, elle levait sa tête barbouillée de sang et scrutait les alentours avec vigilance, sans cependant nous voir, alors que rien ne nous cachait, avant de reprendre sa tâche. La créature semblait aveugle.

Anéon me tapota l'épaule en invitation à poursuivre notre chemin. J'hochais la tête, pressée de déguerpir et, à pas de loup, nous nous éloigniâmes de cette monstruosité. Ce n'est qu'après nous être séparés d'elle d'une bonne centaine de mètres que je me détendis. Je me mis à chuchoter, assez bas au cas où :

  • Bien joué Anéon, tu as été plus vigilant que moi !
  • Tu vois que tu as bien fait de me laisser t'accompagner. Tu étais bien partie pour aller buter contre elle. Et dire que tu m'affirmais toi-même que ce n'était pas un jeu ! Je crois bien que je vais devoir être attentif pour deux ! me répondit-il avec sarcasme en souriant, le visage moqueur.

Je n'en croyais pas mes oreilles : non mais quel sale gosse ! Cela dit, bien que cela me coûtait de l'admettre, il avait raison. Je devais me ressaisir. Aussi, je redoublais d'attention.

Peu après cette rencontre, nous dûmes semer un ogre armé d'une massue qui nous prit par surprise alors que nous passions près d'une grotte. Heureusement, sa corpulence et son arme l'handicapèrent et, au bout d'une minute de course bruyante, il poussa dans notre dos un hurlement de dépit, furieux de voir s'échapper son dîner. Cependant, dans sa rage, il balança son gourdin contre un arbre et le fracassa. Dans son effondrement, une nuée d'une cinquantaine chauve-souris vampiriques jaillit de son feuillage, et elles n'étaient pas contentes du tout ! Elles s'en prirent tout d'abord à l'ogre qui, trop surpris, passa de "chasser son dîner" à "devenir le dîner".

En nous voyant, certaines laissèrent tomber l'ogre apeuré, et se mirent à tournoyer autour de nous, griffer nos bras et essayer de nous ensevelir de part leur nombre. Plus grosses que les chauve-souris normales, elles se différenciaient aussi par leur alimentation exclusivement sanguine, et leur intolérance à la lumière du jour. Anéon agitait son poignard dans tous les sens, en blessa certaines qui sifflèrent de rage, tandis que j'en assomai avec mon arme improvisée, qui tombèrent dans un bruit mat. Nous avançâmes lentement, parvenant tant bien que mal à nous défendre à leur assaut. Mais d'autres s'ajoutaient et, bientôt, je ne vis plus que leur pelage noir et leurs yeux rougeoyant.

  • Elles sont trop nombreuses ! paniquai-je en grimaçant, lorsqu'une griffe entailla ma joue.
  • Il y a un cours d'eau pas très loin d'ici. Suis moi ! hurla Anéon

Il asséna un dernier coup de lame et m'attrapa par la manche. Nous perçâmes le tourbillon de cris et de crocs et, à une allure folle, je suivis Anéon qui avait quelques longueurs d'avance. Derrière nous, nos assaillantes ne nous lâchaient pas, sans parvenir à nous rattraper. Mes poumons s'enflammaient et mon cœur martelait ma poitrine. Notre lutte commençait à m'épuiser. J'allais pour finalement affronter à nouveau les chauves-souris, lorsque je vis que, devant nous, les arbres s'arrêtaient net pour laisser diffuser l'aube. Nous nous élancions vers le vide !

  • Anéon, attention ! hurlai-je.

Il ne ralentit même pas, alors qu'il était évident que le garçon l'avait aperçu, accélérant même davantage sa course.

  • Anéon ! m'époumonai-je.
  • Saute ! m'ordonna-t-il en disparaissant dans le vide.

Je m'arrêtai au dernier moment, indécise. Seulement, avec les chauves-souris qui s'apprêtaient à fondre sur moi, je devais me décider. Ou je choisissais de me battre et, au final, me vider de mon sang dans une lente et douloureuse agonie ou je l'imitai, avec au moins, l'espoir de mourir rapidement. Mon choix était vite fait. Je sautai à mon tour, à l'instant où les créatures me rattrapèrent, et poussai un long cri de terreur qui s'arrêta lorsque je heurtai la surface liquide qui m'engloutit tout entière.

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Je rapporte tout à l’amour, constamment.
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