Au village

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Point de vue d'Anéon :

  • Heu, Anéon... ? commença Titania.
  • ... Ouais ?... Qu'est-ce qu'il y a ? lui répondis-je entre deux halètements.
  • Ben... écoute. Je sais que ce n'est pas dans mes habitudes d'insister, mais je t'assure que ce que tu fais est vraiment une mauvaise idée.
  • Je vois. Autre chose ? lui demandais-je.
  • Heu... Non. Non, il n'y avait que ça.

Titania ne put s'empêcher de soupirer de résignation, volant à côté de moi alors que je grimaçais sous le poids de Soraya, totalement inconsciente.

Je lui avais administré un remède contre le poison qui s'était propagé dans son corps. Quand je l'avais vue pour la première fois, la pâleur de l'adolescente m'avais tout de suite mis en alerte. Et lorsque j'avais vu le reste d'une flèche planté profondément dans sa jambe, j'avais aussitôt pressentit une infection, voire un empoisonnement. Après l'avoir arrachée, j'avais remarqué que des veinules sombres se dessinait sous sa peau et qu'une étrange substance noire se déversait de sa plaie. J'avais alors décidé d'user de tout le reste des herbes en ma possession pour la soigner. S'il y avait bien une chose de sûre avec les poisons, c'était que, si des traces comme celles là étaient visibles, c'était une très mauvaise nouvelle.

En réalité, juste avant son réveil, deux jours entiers s'étaient écoulés. Plus d'une fois, j'ai cru qu'elle allait mourrir, son visage tourmenté et sa fièvre ne lui laissant aucun répit. Finalement, avec le soutien de Titania qui m'indiqua la bonne combinaison d'herbes et de baies ainsi que de son support malgré mes protestations, nous avons réussi à faire tomber sa fièvre et à la purger au mieux du poison. Son état était désormais stable, même si elle n'était pas complétement sortit d'affaire.

Sitôt après qu'elle se soit de nouveau endormie, j'avais prit la décision de l'amener au village de Graroc. Ce n'était bien sûr pas parce que je voulais me débarrasser d'elle, loin de là ! Je voulais tout d'abord lui poser quelques questions. Je connaissais là-bas un bon médecin qui, de mon point de vue, était le meilleur de la région et le seul apte à remettre l'étrangère sur pied, surtout avec toutes ses mixtures. Alors, pourquoi s'inquiéter ? Car, là où il y avait un problème, c'était que les villageois ne m'appréciaient pas beaucoup. Depuis la création du village, la magie et tous les êtres s'y rapportant et les hommes liés à eux y étaient bannis. Et je faisais partit de ceux liés à la magie. Heureusement, le médecin de ce villge était assez ouvert. Tout ce que j'espérais, c'était que les villageois soient de bonnes humeurs. Ainsi, ils n'auraient pas à se préoccuper de notre présence et nous laisseraient tranquilles.

oOo

Quand nous arrivâmes après plus de trois heures de marche à la limite des arbres, je pus enfin apercevoir Graroc. Ils s'agissaient d'un ensemble de mazots comprenant une quarantaine d'habitations pour environ quatre-vingt dix habitants. Beaucoup d'entre eux étaient miniers, d'où le nom de cet endroit. De là où j'étais, je pus voir que quelques enfants traînaient aux abords du village, deux éleveurs de moutons emmenaient leurs bêtes dans les pâturages et quatre femmes faisaient sécher des vêtements au soleil. Mais je sentis mon ventre se nouer quand je m'aperçus de la présence des soldats au centre du village, qui faisaient face aux hommes et aux femmes. Cependant, quand j'entendis le gémissement de Soraya, je me décidais d'y aller tout de même.

Courage, c'est pas le moment d'avoir peur, pensais-je, plaçant un peu mieux la jeune fille sur mon dos.

Titania, quand à elle, se posa sur mon épaule et attrapa nerveusement l'une de mes mèches. Quand je vis sa mine inquiète, je ne pus m'empêcher de me sentir coupable. La pauvre avait de mauvais souvenirs d'une de ses visites là-bas. Les villageois l'avaient attrapée et enfermée dans un bocal pour pouvoir la vendre à des marchands qui venaient à certains moments de l'année. Je l'avais libérée lors d'une de mes expéditions apeurée et tremblante, pleurant et me suppliant de la libérer.

Encore aujourd'hui, la jeune fée en faisait des cauchemars.

  • Titania, viens te cacher, lui ordonnais-je, ne souhaitant pas qu'il lui arrive quelque chose.
  • ... Très bien. Fais attention à toi, me répondit-elle rapidement.

Titania partit se cacher dans la petite veste que j'avais enfilé avant de partir, et elle n'y bougea plus. Après avoir soufflé un bon coup pour me donner du courage, j'aggripais rapidement le bord de ma capuche et la mit sur ma tête, histoire de moins attirer l'attention, et me remis en marche. Très vite, nous atteignîmes les premières habitations.

oOo

Malgré mes craintes, personne ne vint... Je commençais à me détendre et à me dépêcher de rejoindre le cabanon du médecin, jusqu'à entendre une phrase malheureusement bien trop familière :

  • Eh toi ! Je peux savoir ce que tu fais dans le coin ? T'es venu pour les poissons, pas vrai ? Bah c'est trop tard, je les ai jeté à mes chiens, pauvre abrutis !
  • C'est pas vrai, tout mais pas lui, m'apitoyais-je à voix basse.

Celui qui avait parlé était le fils du chef du village, Nathan, un garçon de treize ans à l'allure maigrichonne et aux cheveux noirs frisés. Lorsque je me retournais, je le vis avec deux de ses acolytes Mick, un peu plus jeune, les cheveux bruns coupés court et enrobé aux nombreuses taches de rousseurs, et Rick, du même âge en un peu plus petit, roux et aux dents manquantes. Cela ne pouvait décidément pas être pire ! Ces trois-là avaient l'habitude de me chercher lorsqu'ils me croisaient. Et, évidemment, ils profitaient du fait que je ne puisse pas riposter pour me faire les quatre cents coups. Mais, cette fois, il y avait urgence ! Je n'avais pas le temps de rester planter là.

  • Bon, écoute Nathan. J'ai trouvé il y a deux jours une fille blessée. Elle a besoin de voir Esteban tout de suite ! S'il te plaît, laisse moi tranquille, lui demandais-je, espérant que la gravité de la situation le pousserait à s'en aller sans faire plus d'histoire.
  • Ah ouais ? Et qui nous dit qu'elle serait pas comme toi d'abord ? Une saleté de Changelin ! cracha-t-il, suivit par le soutien de ses amis.

Sous l'insulte, je me mis à froncer les sourcils. Quand une personne en traitait une autre de << Changelin >>, elle faisait allusion à des êtres de tout peuple élevés par les fées plus malicieuses qui avaient pour but d'enlever les nourissons et de les élever à leur manière. On les reconnaissait souvent du premier coup d'oeil à leurs oreilles plus pointues que les hommes et leurs yeux qui pouvaient devenir comme les chats. C'était pour la plupart un grand honneur de voir un enfant élevé avec les fées, mais le terme employé était cette fois péjoratif et plus insultant.

Il était vrai que j'avais longtemps vécu parmi les fées, et l'insulte avait tendance à me mettre en colère. J'essayais donc de me maîtriser, même si l'envie de lui coller une droite me démangeait. Nous nous affrontions du regard, attendant ce qui allait arriver, jusqu'à ce que je vis un vieil homme à l'allure de chouette à cause de ses lunettes qui s'approchait. Mon regard s'illumina tout à coup. Une véritable chance ! Laissant tomber Nathan et sa bande, je me mis à courir vers l'homme que je recherchais.

  • Monsieur Esteban ! Attendez !
  • Hein, quoi ? Qui est-ce ? s'interrogea le vieil homme, pivotant la tête de droite à gauche.

Quand il me vit enfin, il se mit à me sourire gentiment. Il était l'une des rares personnes à bien m'apprécier, vu que je lui offrais souvent les herbes que je trouvais dans la forêt, étant le médecin du village. Je le voyais souvent de bonne humeur mais, quand il vit la jeune fille que je portais, son air devint bien plus grave et, malgré ses vieilles jambes, il se dépêcha de me rejoindre.

  • Anéon, qui transportes-tu ? Que lui ait-il arrivé ?
  • Elle m'a dit s'appeler Soraya. Je crois qu'elle a dut se faire attaquer et elle s'est prise une flèche empoisonnée.
  • Vraiment ? s'inquiéta-t-il, posant deux doigts sur son cou. Le médecin attendit quelques instants, puis il s'éloigna et me fit signe de le suivre. Anéon, viens. Je vais essayer de l'aider à combattre le poison.

J'acquiesçais, et je le suivis à son cabanon. J'entendis un juron derrière moi, et je souris en comprenant que Nathan renonçait finalement à lutter. Le médecin était bien trop respecté et important pour que quiconque ose l'embêter pendant son travail, fils de chef ou pas ! Satisfait, je lui tirais la langue avant de déguerpir. D'accord, c'était peut-être puérile mais voir la tête de Nathan devenir rouge de colère était bien trop amusant !

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