Introduction

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Point de vue d'Anéon :

J'étais assis en tailleur au bord d'un cours d'eau, dos à un buisson et vêtu d'une tunique couleur crème peu épaisse ainsi que d'un simple pantalon gris. Je portais également un chapeau qui cachait mes cheveux blond paille et une cape entièrement recouverte de feuilles marron comme celles du buisson. Pourquoi étais-je ainsi ? Afin de pêcher de quoi manger. Et cela faisait au moins trois bonnes heures que j'étais assis là, en pleine fin de brumaire*, frissonnant et engourdi à mes extrêmités.

Je ne cachais pas que j'eus quelques poissons auparavant : quatre belles prises qui m'auraient nourries pendant au moins une semaine après les avoir salées. Alors, pourquoi pêchais-je encore ? Tout simplement parce qu'avant de rentrer, je m'étais décidé à partir à la recherche de baies tardives. Cependant, sitôt que je revins, essuyant ma bouche rougie par le jus des fruits, je constatai que mes prises avaient disparues, ainsi que mon seau.

  • Dîtes-moi que c'est une blague ! m'étais-je écrié, dégouté, frappant le sol de mes pieds.

Je savais parfaitement qui était le responsable, mais je ne voulais pas faire un scandale au village. Surtout que c'était moi qui allais au devant de gros ennuis. Je décidai donc de reprendre ma pêche, avec beaucoup moins de succès.

oOo

<< A... Atchoumm !!! >>

Je venais d'éternuer violemment, faisant s'agiter ma canne qui tangua légèrement. Je frottais mon nez humide avec un de mes doigts, retenant avec difficulté un nouvel éternuement.

  • Eh bien alors, qu'est-ce qui t'arrive, Anéon ? me demanda une petite voix cachée sous mon chapeau.
  • Rien, rien. C'est juste que je commence à attraper froid.
  • Ah bon ? Moi, je trouve qu'il fait très chaud, au contraire.
  • C'est parce que tu te caches depuis le début. Si tu sortais de là Titania, tu verrais à quel point je me gèle ! grognais-je, soulevant par la même occasion mon chapeau.

En faisant cela, le petit être qui était caché sur ma tête se prit de plein fouet la bise glaciale et se mit à frissoner. Tremblotante de la tête au pied, elle se mit à virevolter devant ma tête, serrant son corps de ses maigres bras. Sa robe blanche retenue à elle par une ceinture de petites fleurs ne réussissait pas à la tenir au chaud.

Elle me toisa avec colère et hurla :

  • Pas la peine de prendre au quart de tour ce que je t'ai dit. C'était qu'une blague !
  • De mauvais goût, rétorquai-je en souriant d'un air narquois en remettant mon chapeau, l'empêchant ainsi de se cacher à nouveau.
  • Raaaah ! T'es pas drôle ! me lança-t-elle en allant se faufiler sous ma tunique tout contre mon cœur.

Je sentis son corps froid et ne put m'empêcher de trembler tant c'était désagréable. Ce qui empira quand un vent particulièrement violent et froid me fouetta en pleine face, me picotant le nez et humidifiant mes yeux.

  • Par la Divinité Mère, Nix et Aqua ont décidé toutes deux de punir ma négligence, pestais-je alors, éternuant de nouveau.

Je sentis le corps de Titania convulser, mais je ne m'en inquiétais pas, car je l'entendis très clairement rire sous cape, ce qui finit par m'agacer. Je n'avais cependant pas le courage de la chasser. Dans un râle, je me levais afin de dégourdir mes membres frigorifiés et réactiver ma circulation. En m'agitant, je fis s'envoler quelques moineaux qui ne s'étaient pas douter de ma présence. Lorsque je sentis que je me réchauffais, je me mis à ranger mes appâts, enroula autour d'un morceau de bois ma ligne, jetais un asticot à moitié dévoré et remis en place mon hameçon en le rangeant dans ma sacoche.

  • On rentre finalement ?

Titania ressortit sa tête afin de me fixer. Je soupirais en haussant les épaules.

  • Tu vois bien que plus aucun poisson ne vient. Je n'ai qu'à aller me servir dans les réserves. Je préfère encore attendre, me nourrir, me réchauffer et revenir au lieu de tomber bêtement malade sans rien dans l'estomac. Surtout que l'on commence à être à court de plantes médicinales, me justifiais-je.
  • Je pourrais toujours te soigner, au cas où ça arriverait ! m'assura Titania, faisant étinceller tout son être d'une lumière blanche et chaleureuse.

Il était vrai que les fées de la nature possédaient le don de guérison grâce à la bénédiction que leur avait autrefois accorder Iaso, déesse de la guérison, après que ces dernières lui aient offert une plante unique au monde pour la guérir de la morsure d'un serpent divin. Je lui souris, reconnaissant de sa demande et, de mon doigt, je caressais ses cheveux aussi blancs que sa robe.

  • Merci Titania, mais je ne veux pas abuser de tes pouvoirs, tu le sais bien.

À mes mots, Titania gonfla ses joues et me regarda d'un air vexé. Devant sa tête adorable, je ne pus m'empêcher de rire, repartant là où nous vivions tous les deux depuis maintenant cinq ans.

Il s'agissait d'une petite tente très simple, qui n'avait rien de très sophistiqué. Malgré sa structure fragile, elle me donnait un sentiment de sécurité. J'étais sûr au moins que personne ne viendrait nous déranger. En plein coeur de la forêt près des Crocs-Gris, chaîne de montagnes s'étendant d'Est en Ouest, à l'abri contre un petit surplomb et un mur de terre élevé, aucun être humain ne venait jamais.

Je déposais avec un soupir ma cape et mon chapeau sur un poteau que j'avais installé plus loin et déposais ma canne, tandis que Titania s'envola afin de rejoindre la tente et se mettre rapidement au chaud. Moi, je décidais de m'accroupir près de mon reste de feu que j'avais fait le matin avant de partir et y remis un morceau de bois sur les braises restantes pour cuire mon dîner tout en installant de quoi faire une broche. Soulagé par l'effet de la chaleur sur mes doigts recroquevillés par le froid malgré mes gants, je décidais de les laisser se réchauffer un peu avant de partir, lorsque j'entendis Titania hurler de terreur depuis la tente.

  • Qu'est ce qu'il y a ?! m'écriais-je, sortant d'une de mes poches un poignard et accourant à toute vitesse.

Titania ressortit, sans quitter du regard l'entrée où j'entendis du mouvement. Restant sur mes gardes, je l'éloignais en la repoussant avec ma main tout en jetant un léger coup d'oeil. Je ne vis rien d'autre que ma couverture, qui formait des formes humaines et se soulevait au rythme de la respiration de l'intrus. Je sentis un frisson de colère parcourir mon dos, tandis que j'affermis ma prise sur le manche. Cet insolent allait très fortement le regretter !

D'abord, on me vole mes poissons, et ensuite ma tente ? Pas question de le leur pardonner cette fois-ci ! À en juger par la taille, celui qui est là est plus grand que moi. Sûrement un adolescent ou un adulte, pensais-je tout en m'approchant discrètement, comme lors de mes parties de chasses lorsque je traquais un gibier.

J'étais enfin au-dessus de l'intrus qui n'avait toujours pas réagis et me penchais en avant afin de le maintenir en cas de besoin, poignard en arrière. Je posais ma main sur son épaule afin de me saisir de la couverture... et la soulevai rapidement.

C'est alors que je le vis... ou plutôt la vis.

Une jeune adolescente, profondément endormie.

* brumaire : mois de l'année correspondant à octobre.

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