Méprise (2)

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Vyrian reporta son attention sur le Monde Mythique. Le bruit des lames coulissant dans leur fourreau lui fit prendre conscience de l’urgence de la situation. Le chercheur ignorait combien de temps s’était écoulé pendant sa visualisation accélérée des événements du Monde Historique, mais il percevait la tension croissante entre les deux camps. L’homme qu’il avait vu s’avancer précédemment prit la parole.

— Yomi ? C’est bien toi ?

Vyrian eut un regain d’espoir, qui fut bien vite balayé par Feyna. L’hybride s’était repliée sur elle-même, prête à bondir sur le premier opposant venu. Elle répondit d'une voix hargneuse.

— Vous faites erreur.

Sans se départir de son calme, l’homme poursuivit sa progression. Plus il s’approchait, plus Vyrian voyait les muscles se tendre sous le tissu humide de la jeune femme. Il se mit à espérer que le téméraire perçoive la réaction de l’hybride et s’arrête. En y regardant de plus près, le biologiste se rendit compte que, de tous les villageois, il était le seul à ne pas être armé. Vyrian savait que cela ne signifiait rien, pourtant il fut intrigué par ce pacifiste. Alors que tous les autres semblaient obnubilés par les pensées vengeresses de Faric, il découvrait avec plaisir qu’une exception était possible. Aussi, il voulut en savoir plus.

Mère, qui est-ce ?

— Il s’agit d’Axan.

— Comment se fait-il qu’il ne soit pas sous le contrôle de Faric ?

— Détrompez-vous, il l’est. Seulement, suite à une blessure grave, il est plus difficile d’influencer ses émotions.

Vyrian le regarda continuer d’interroger Feyna. Si cet homme avait su rester objectif, il espérait qu’il puisse faire entendre raison aux autres villageois. Chaque démenti de l’hybride lui fournissait des pistes de réflexion, comme des raisons de condamner l’Historiane. Tant de choses dépendaient de ses réponses. Le biologiste écouta la suite de l’entrevue.

— Dans ce cas, qui es-tu ?

Cette question, bien qu’anodine, fit grand bruit parmi les villageois qui s’énervèrent devant la naïveté de leur comparse.

— Parce que tu crois qu’elle va te répondre ? Acculée comme elle l’est, elle ne peut que démentir.

Ces propos semblèrent déplaire à Feyna, qui dévoila ses attributs d’hybride, sous les yeux des villageois plus convaincus que jamais qu’il s’agissait de Yomi. L’avatar du biologiste se cacha le visage dans ses mains. Vyrian n’aurait pu imaginer pire scénario. Les Mysticiens ne connaissant pas les hybrides, voir Feyna posséder des caractéristiques non humaines faisait d’elle à leurs yeux une Fusionnée. Axan aurait beau trouver des arguments pour persuader ses confrères qu’il ne s’agissait pas de Yomi, le résultat serait le même. Ils étaient persuadés de faire face à une Fusionnée, ils devaient l’exorciser.

Vyrian soupira. La réaction des villageois était prévisible, néanmoins, il chercha une faille et pensant en avoir trouvé une, il interrogea Mère.

Lorsque Faric violentait Yomi, des ailes étaient apparues. Ça ne les choque pas de voir à présent une queue ?

— Non, les Xealeras s’adaptent selon leur environnement. Leurs attributs magiques ne sont pas nécessairement les mêmes.

Vyrian acquiesça avant de se tourner vers Nick. Le jeune homme s’était placé devant Feyna, faisant rempart entre elle et les villageois. La voix du protecteur surprit tout le monde. Les Altériens semblaient avoir oublié sa présence.

— Puis-je savoir ce que vous lui reprochez ?

— Cela ne te concerne en rien, Sage.

Vyrian se tourna surpris vers Mère.

— Sage ?

— Vous n’aviez pas vu qu’il ne s’agissait pas de Nick ? Les indices ne manquent pas pourtant.

— J’ai bien vu que la tenue était différente, mais ça ne signifiait pas pour autant qu’il ne s’agissait pas de Nick !

Le scientifique se concentra sur le jeune qui était resté en retrait jusqu’à présent. Une bourrasque plaqua ses vêtements amples contre son corps et Vyrian remarqua la musculature sèche du garçon. Il s’en voulut de ne rien avoir remarqué. Comme les villageois, il s'était concentré sur Feyna et en avait négligé son accompagnateur. Pourtant, maintenant qu’il y faisait attention, il ne pouvait plus se tromper.

— Il s’agit du premier né d’Almarran n’est-ce pas ?

— Oui, il a été recueuilli et élevé par la Confrérie des Sages qui l’ont nommé Keen’an, pour Keen l’anonyme ou Keen le sans famille.

Bien qu'ayant le même code génétique, les deux frères étaient aussi différents que le jour et la nuit. Nick renvoyait une impression de faiblesse accentuée par son grand corps chétif, alors que son frère dégageait une aura de force. Ils étaient deux faces différentes d’un même être.

— Si Nick ne se trouve pas dans ce monde, où se trouve-t-il ?

— Dans le Monde Numérique, le portail ne supporte qu’un voyageur à la fois.

— Dans ce cas-là, pourquoi Almarran et Ehmra les ont-ils fait voyager en même temps ?

— Parce qu’ils ne le savaient pas. C’est la première fois qu’ils utilisaient le portail pour voyager d’un monde à l’autre. Le reste du temps, il se contente de surveiller.

— Ils sont donc au courant pour la céremonie ?

— Oui.

Vyrian ne reconnaissait pas la voix pleine de dédain qui avait répondu à Keen'an. Pourtant, lorsque son propriétaire dépassa Axan, son nom lui revint en mémoire. Il s’agissait d’Ywan, le bras droit de Faric. L’homme à l’opposé du pacifiste s’approcha de Feyna une dague dans chaque main. Ses intentions étaient claires. Keen’an le rejoignit. Les deux hommes se firent face, Le Sage lui répondit le sourire aux lèvres.

— Vraiment ? Fallait y réfléchir avant de vous en prendre à ma patiente.

À ces mots, Feyna lui lança un regard noir. Elle ne semblait pas apprécier que l’on dévoile ainsi sa faiblesse. Bien qu’en infériorité numérique, L'Éxilé paraissait confiant. La dizaine de villageois présents ne semblaient pas l’inquiéter.

Cette nonchalance surprit Vyrian, mais ce ne fut rien en comparaison de la découverte de la petite créature qui virevoltait à ses côtés. Le petit être se dressa entre son maître et Ywan. Vyrian put l’étudier pour la première fois. Son corps n’était que volute d’énergie. Une étrange sonorité émanait d’elle : « Pschii, Pschii, Pschiiiiii ». Ywan ne se laissa pas impressionner et l’envoya valdinguer d’une pichenette, avant de saisir le poignet de Keen’an. Toujours souriant, l'érudit s’adressa à son agresseur.

— Vous n’auriez pas dû faire ça.

À peine finit-il de prononcer la phrase que la créature revint à la charge. Son corps s’était transformé en une masse enflammée, virevoltant dans les airs. Elle entoura les villageois d’un cercle de feu avec agilité. Les habitants se regardèrent incrédules.

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