Rumeur (2)

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Seuls la respiration saccadée de l’inconnu et le martèlement de ses pas sur les marches de pierre blanche répondirent à Vyrian, qui se retrouva entraîné à sa suite et vit les paliers se succéder. Dans sa précipitation, le jeune homme manqua de percuter un employé au tournant d’un étage. Il le dépassa en s’excusant et s’arrêta une volée de marches plus haut, au troisième étage.

Essoufflé, le jeune homme fit une pause avant de s’engager dans le couloir. Des agents de sécurité levèrent le nez de leur journal à son approche et se détendirent lorsqu’ils le reconnurent. Ils lui accordèrent un bref salut avant de retourner à leurs occupations. Le garçon leur répondit poliment, avant de continuer son chemin et de s'arrêter devant la porte d’un bureau. Un écriteau indiquait « Pr. Almarran de Lastys ».

Vyrian reconnut l’un des noms prononcés par Fara. Quel lien avait-elle avec ce professeur ? Ne supportant plus l'attente, Vyrian réinterrogea Mère.

Qui est-ce ?

— Vous ne tarderez pas à le découvrir. Certaines choses doivent être comprises et non simplement expliquées. Surtout lorsque les émotions s’en mêlent. Je pourrais vous répondre, mais alors vous n’auriez pas la même perception de l’information que si vous la découvriez par vous-même.

Vyrian comprenait ce raisonnement. Il l'avait lui-même appliqué lorsque des stagiaires venaient au laboratoire et l'interrogeaient. Détailler un événement était beaucoup moins percutant que de le vivre. Le scientifique regarda l’adolescent toquer à la porte. Interpellé par le bruit, l'un des agents de sécurité le rejoignit.

— Le professeur est en réunion. Il ne te l'a pas dit ?

Le jeune homme poussa un soupir de frustration. Le vigile lui proposa son aide.

— Un problème, Nick ?

Vyrian se répéta le nom du jeune homme dans l’espoir de ne pas l’oublier. Il avait toujours eu du mal à retenir les noms des personnes qu’il rencontrait. Il le regarda se tourner vers le garde. Côte à côte, les deux hommes faisaient la même taille. Vyrian l’estima aux alentours d’un mètre quatre-vingt, seule leur carrure différait. Nick était grand et mince, tandis que le surveillant était musclé et imposant. Son uniforme accentuait cette impression. Après un nouveau soupir, Nick lui répondit.

— La routine. Je cherche mon père.

Vyrian fit un premier lien entre Nick et Almarran. Il lui restait encore à comprendre en quoi le professeur se trouvait mêlé au Monde Mythique et à l'assitance artificielle. Il commençait à avoir sa petite idée sur la question

— Cet Almarran, c’est un des scientifiques du Projet Trimondes, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Est-ce le père de Yomi ?

— Non. Vous ne tarderez pas à en apprendre plus sur l'origine des Éxilés.

Tandis que Vyrian s'entretenait avec Mère, Nick se dirigea vers la cage d’escalier la plus proche. Une fois le jeune homme hors de vue, les agents de sécurité se lancèrent dans des messes basses.

— C’est quoi son problème ?

— Tu sais pas ce qu’on raconte sur lui ?

Nick accéléra l’allure. Vyrian comprit qu’il ne voulait rien savoir. Malgré ses efforts pour y échapper, le haut plafond du bâtiment fit résonner les sons et le jeune homme n’eut d’autre choix que d’entendre la suite de la conversation.

— Non, dis-moi.

— Il paraît qu’il n’est pas réellement le fils du professeur De Lastys.

— Comment ça ?

— Apparemment, dans le cadre d’un projet, le professeur aurait cloné son enfant.

— Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?

— Une rumeur dit qu’il aurait sacrifié son fils. Mais de peur de perdre sa femme, il aurait réalisé un clone de son enfant.

— Mais ça n’a pas de sens !

— En tout cas, j’imagine qu’il a de quoi être perturbé.

Suite aux révélations du garde, Vyrian se tourna vers Mère.

— Almarran aurait cloné son fils et envoyer l'original dans l'un des deux autres mondes ?

— Effectivement.

— Ça n'a aucune logique ! S'il voulait éviter à son enfant de souffrir, pourquoi imposer ces conditions de vie à son double ? Pour garder son épouse ? Mais il leur ment à tous les deux, aussi bien à elle qu'à Nick !

— L'éthique est un sujet délicat, surtout en temps de crise.

— Il n'y a rien de délicat ici. Il a pris une décision lourde de conséquences et ne l'a pas assumée. Il a dupé les siens pour couvrir son acte.

— Je vous trouve bien véhément.

— Si j'ai appris quelque chose durant ces années passées en Télépathie, c'est qu'un mensonge s'apprend toujours. Les pensées circulant librement, il n'est pas rare d'apprendre qu'un homme avait trompé sa femme et inversement. Je n'ai pas encore eu l'occasion de rencontrer cet Almarran, mais j'ai déjà un mauvais à priori à son sujet. Comment estimer quelqu'un qui ne respecte même pas sa famille ?

Vyrian ne pouvait imaginer ce que ressentait le jeune homme. Surtout s’il avait entendu cette rumeur dans la rue. Il comprenait mieux à présent sa précipitation pour tirer les choses au clair avec son père.

À bout de souffle, Nick atteignit le dernier étage. Il se dirigea vers la lourde porte en bois au fond du couloir. Nerveux, il plaqua son oreille contre le battant. Des fissures permettaient d’entendre tant bien que mal la conversation qui se tenait à l’intérieur. Vyrian dépassa le jeune homme et la projection traversa la porte.

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