Cauchemars

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Le matin. Sans ouvrir les yeux, je le sens. C’est déjà l’heure de se lever ? Un bruissement de drap. Qui est-ce qui se lève ? À tous les coups c’est Rémi. Putain, il est chiant. Tant pis, je dors encore un peu, c’est les vacances, le ski attendra… Rémi dans notre chambre ? Dans notre lit ? Quelque chose me dit que c’est normal, mais je ne suis pas à l’aise avec cette idée. J’ouvre un œil, je lutte pour me redresser sur mon coude. Je vois Rémi ouvrir la porte. Je veux l’appeler avant qu’il ne quitte la pièce, mais les mots ne sortent pas. Je repose ma tête sur l’oreiller. Est-ce que Nelly est réveillée ? À côté de moi je vois le visage de Clarisse qui dort encore. Clarisse. J’éprouve encore ce sentiment de gêne. Je me dis que Nelly non plus ne doit pas être à l’aise que nous dormions tous les quatre dans le même lit. C’est peut-être une expérience, mais non… Il y a quelque chose qui cloche. Qui est-ce qui a eu cette idée, déjà ? Est-ce qu’on a fait des « trucs » ? Je n’arrive pas à me souvenir de la veille… Clarisse ouvre les yeux et me regarde sans bouger. Je prends soudain conscience de mon excitation, je bande. Je sens ma gêne se transformer en honte. Je ne veux pas de ça. Non, je suis désolé… Nelly, attends, je vais t’expliquer ! Nelly ? T’es où ? Elle n’est pas derrière moi. Est-ce qu’elle est avec Rémi ? Est-ce qu’il bande, lui aussi ? Ça ne va pas du tout. Que se passe-t-il ? La porte de la chambre s’ouvre. Mon père apparaît sur le seuil. Mon père ? Mais qu’est-ce qu’il fout là ? Non, non ! Je m’entends dire « c’est juste une expérience, papa », la honte me consume… Et puis la pièce vacille, s’embrume… Je sens ma conscience reprendre pied.

Un rêve, c’était juste un rêve, Stan.

Putain, quel rêve de merde ! Pourquoi je rêve toujours de trucs à la con comme ça ? Le sentiment de honte et la gêne persistent. J’ai mal au crâne. Mais qu’est-ce qui me prend ? Je n’ai jamais fantasmé sur Clarisse, moi. C’est juste un rêve, rien d’autre… Celui-là, je ne vais pas le raconter à Nelly, c’est sûr… Bon sang, ce que j’ai mal à la tête. Qu’est-ce que j’ai fait hier soir ? Et quelle heure est-il ? J’ouvre les yeux pour vérifier sur le radioréveil. J’essaye de me redresser. Il fait noir. Je ne vois rien. Je soupire. Je me sens épuisé. Pourvu que ce ne soit pas déjà l’heure de se lever. Mais non, Stan, il doit être trois heures de matin. Je vais peut-être la réveiller, mais j’ai envie de me blottir contre Nelly, de sentir sa chaleur contre moi. Je me glisse doucement sur le côté pour trouver son corps. Mon genou butte sur quelque chose de dur et froid. Qu’est-ce qu’il se passe, maintenant ? Je veux juste dormir. Mon visage me lance. J’avance ma main. Je heurte une barre métallique. Des barreaux ? J’ai un mauvais pressentiment. Je me retourne. À gauche aussi, une barre métallique… Je sens monter la panique… Je ne veux rien savoir.

Et les souvenirs explosent dans mon crâne, ravagent mes pensées. L’hôpital, le corps de Rémi, le brancard, la visite des parents, Clarisse, les enfants, le téléphone, la messagerie, les amis… Non ! J’étouffe un cri. Je ne veux pas de ce cauchemar ! J’essaye de me recroqueviller. Une douleur transperce mon genou. Tous mes muscles se contractent. La colère m’envahit. J’en envie de tout arracher, de tout péter, de défoncer les murs, de hurler, de casser la gueule à tous ces médecins et ces infirmières, de m’enfuir le plus loin possible… Non, pas le plus loin possible ! Juste chez moi. Retrouver mon lit. Retrouver Nelly. Finir cette nuit ensemble. Oublier tout. Revenir comme avant. Me lever en râlant que je suis crevé, aller pisser, prendre une douche, déjeuner avec ma chérie, me brosser les dents, partir pour aller au boulot même si ça m’emmerde, appeler Rémi pour lui raconter ce cauchemar, prendre de ses nouvelles avec Clarisse, lui rappeler d’être prudent, de faire gaffe aux connards de chauffards le samedi matin, de rester en vie, bordel, dans son putain de corps pour ses enfants, sa femme et tout le monde !

Je hurle mon chagrin. Je crie ma douleur. Je pleure ma vie.

Allez tous vous faire foutre, vous et votre monde de merde !

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