Chapitre 43: La chasse au griffon

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Pierre d’Ambroise

Mardi 9 du mois de Juin de l’an de grâce 1205 AE.

Domaine de Villeurves ; quelques heures après la prière de Sexte

Royaume du Corvin

Pierre et Cothyard regagnèrent Villeurves à brides abattues en fin de matinée. En chemin, ils avaient bien sûr discuté de ce qu’ils avaient vu et étaient d’accord sur le besoin impératif que représentait la chasse du griffon qui terrorisait les locaux. La bête dangereuse était bien proche du village, trop pour Pierre. D’un commun accord sur la marche à suivre, les deux hommes devaient composer un groupe de chasse. Mais la tâche allait être de taille. La bête avait mauvaise réputation et par son ombre Pierre avait maintenant une bonne idée de sa proportion plus qu’imposante.

Cothyard, qui était bien connu dans la région, devait trouver les volontaires et autres hommes voulant se venger de la bête. Tout homme désirant une sorte de réparation pour les morts et problèmes qu’elle avait causés. Le jeune seigneur, lui, devait regagner le manoir pour trouver de quoi armer et payer les hommes qui allaient participer à cette “chasse au monstre”. Rien n’était gratuit dans ce monde et tout travail méritait salaire après tout.

Forts de leur “mission” les deux hommes se séparèrent dès qu’ils arrivèrent auprès du grand hall au centre du village. Tandis que Cothyard mettait pied à terre pour aller parler aux gens qui emplissaient déjà les lieux, Pierre poussa sa monture jusqu'au manoir. Confiant les rênes au palefrenier et après avoir salué les quelques occupants de la cour, il fonça à l'intérieur du manoir sans perdre plus de temps. Gravissant le long escalier en colimaçon, il rejoignit le bureau seigneurial. Comme il s’en était douté, Pilgrym qui avait amené des documents en tout début de matinée, était encore pris avec la lecture et le rangement dans les diverses étagères de la pièce. Surpris au début par le jeune homme, il écouta attentivement ce dernier lui expliquer la raison de sa présence et la chasse qui se profilait à l’horizon.

Le jeune homme avait besoin de fonds et d'équipements. Pilgrym pouvait en tout cas l'aider pour ce qui était du financement, il montra donc à Pierre l’espace dissimulé des lieux dans lequel étaient cachés plusieurs coffrets comprenant les ressources seigneuriales du domaine. Après tout c’était maintenant ses fonds et le religieux ne se priva pas de lui donner les clefs desdits coffres. Prenant une somme qui lui semblait convenable, Pierre remercia Pilgrym de son aide. Muni du trousseau de clefs que lui avait donné Pilgrym, il partit à présent en direction du corps de garde. Les deux hommes qui avaient accompagné Pierre depuis la capitale y avaient pris quartier et s'occupaient de la surveillance du manoir. En plus de l'équipement, Pierre allait les amener pour la chasse. S’approchant de la muraille et du bâtiment des gardes, le jeune seigneur salua les deux hommes d’armes et après leur avoir expliqué la situation les trois hommes se dirigèrent dans la pièce qui occupait le rôle d'armurerie.

L’endroit restreint était parsemé de nombreux râtelier et tonneaux où étaient accrochées et entreposées diverses armes et protections. Certaines arboraient encore les insignes de leur ancien seigneur. Prenant lances, haches, épées et arbalètes, les trois hommes remplirent un petit chariot que l'apprenti forgeron était allé chercher pour eux. Ils accrochèrent alors le transport de bois à l'une des montures et fort de leur chargement, ils montèrent tous les trois sur leurs selles pour rejoindre Cothyard et les volontaires qui devaient à présent les attendre au grand hall.

Les trois cavaliers et le chariot arrivèrent peu de temps après en vue du centre du village. Cothyard sur l’estrade centrale des lieux avait rassemblé une bonne vingtaine de personnes sous le grand hall. Des bûcherons et travailleurs de la forêt pour la plupart, ils avaient tous répondu présent pour débarrasser la vallée de cet occupant nuisible, cette bête meurtrière qui les avait privés de travail depuis trop longtemps. Un brouhaha avait envahi la construction de bois, Pierre qui mit pied à terre alla directement vers Cothyard sous le regard des occupants des lieux.

— Je vois que tu nous as rassemblé là une bonne troupe, dit Pierre en regardant Cothyard qui affichait un grand sourire.

— Tu as là un exemple de ce que tu peux trouver de mieux dans le royaume. Des hommes de Praveen, les plus féroces du Corvin, finit-il salué par la clameur de la foule présente en face des deux hommes.

Pierre se souvenait bien de ses cours sur Praveen avec son tuteur Corbius. Les régions dures forgeaient des hommes qui l’étaient tout autant et la réputation des habitants de Praveen n’était plus à faire. Il était en soi content et rassuré de pouvoir compter sur de tels hommes.

— Je ne demande qu'à voir s'ils sont à la hauteur de leur réputation, répondit Pierre, allons-y !

Les deux hommes quittèrent la petite estrade après avoir distribué l'argent aux hommes présent. Ils se mirent ensuite en selle, imités par les quelques hommes qui avaient des montures. Cothyard en tête de file au côté de Pierre se dressa alors sur ses étriers et dominant le groupe qui l’entourait, prit parole.

— BIEN MESSIEURS, ALLONS CHASSER CET OISEAU DE MALHEUR !

En réponse, les hommes de la troupe saluèrent les mots de Cothyard dans une clameur grisante. La colonie hétéroclite ainsi formée se mit en branle. Neuf cavaliers ouvraient la voie suivis, du chariot, des hommes à pied et des chiens qui aboyaient.

Le groupe de chasse rallia le croisement qui faisait la jonction avec la scierie en un temps restreint. Pierre en avait profité pour finir le plan qu’ils avaient préparé avec Cothyard lors de leur retour au village. Pierre et les hommes à pied allaient prendre position dans un moulin inoccupé non loin. Cothyard quant à lui devait attirer la bête dans cet espace partiellement boisé ou les chasseurs auraient l'avantage du terrain et de la surprise.

Les deux groupes se saluèrent alors et se séparèrent. Cothyard disparut petit à petit dans le chemin forestier tandis que Pierre mena le chariot et un groupe de plus de quatorze hommes jusqu’au lieu de l’affrontement. Cette partie allait maintenant être gérée uniquement par ses soins. Il n’avait eu que peu l'occasion de diriger des hommes. Malgré le stress et l'excitation qui montait en lui, il savait qu’il devait garder ses idées claires pour assurer le succès de l’opération et la survie de ses hommes. Leur plan était simple mais efficace. Le griffon devait être appâté par les cavaliers qui le harcèleraient à distance. Une fois pris en chasse, ils amèneraient la bête jusqu’au moulin. Le groupe de Pierre dissimulé et protégé dans la structure accueillerait alors la bête sous une pluie de projectiles pour la clouer au sol. Les cavaliers chiens et lanciers devraient alors terminer la créature une fois à leur merci.

Ce plan plutôt simple et aussi préparé qu’il soit prit une tournure dangereuse quand le jeune Ambroise et ses hommes approchèrent du moulin. À vrai dire le bâtiment n’avait de moulin plus que le titre et l’endroit était en ruine. Les murs écroulés étaient recouverts de verdure et plantes grimpantes. De nombreux trous, éboulis et ouvertures scarifiaient les murs autrefois épais et solides. Le toit à moitié effondré surplombait le tout. La palle autrefois accrochée gisait sur le sol en devant de la structure.

Quittant sa monture en confiant les rênes avant de regarder la structure, Pierre l’observait tandis que les hommes présents arrêtèrent le chariot pour le décharger. La plupart prirent possession d’une arbalète et d’un petit sac de toile rempli de carreaux. Le jeune seigneur avait personnellement veillé à leur répartition, divisant les projectiles entre carreaux standard et matras pour chaque sac. Tandis que les derniers équipements étaient déchargés dans les ruines, Pierre indiqua au chariot le bois non loin qui faisait face au chemin d'arrivée. Au chemin par laquelle Cothyard allait arriver.

Ceci fait, le jeune Ambroise entra à son tour dans la structure. Les hommes étaient déjà en train de se répartir dans les différents étages encore intacts, jonglant entre les trous béants des différents sols des étages. Pierre, quant à lui, après être grimpé par l’escalier croulant, prit position à un étage intermédiaire. Tandis qu’il observait le terrain partiellement boisé entourant le moulin, il saisit l’arbalète que lui tendait l’un de ses hommes. Plaçant son projectile dans la gorge de l'arbalète, il s’appuya ensuite contre le mur fixant l’horizon et attendant la venue de la bête au côté de ses combattants.

Une tension avait graduellement pris place dans la ruine occupée par le groupe de chasse. Les hommes équipés d’arbalète attendaient dans les étages tandis que les lanciers eux étaient massés au rez-de-chaussée dans une attente plus qu’interminable. Le calme qui avait pris les lieux fut alors coupé progressivement. Observant l'orée du lointain bois, Pierre vit d’abord les arbres bouger. Des cris accompagnèrent alors la chose et les premiers cavaliers firent leurs apparitions. Les bruits du griffon étaient alors de plus en plus audibles, se mélangeant à celui d’hommes qu’il avait pris en chasse. Cothyard parmi les premiers arrivants pressait sa monture suivi de près par ses hommes. La bête fit bientôt son apparition derrière eux. Plongeant dans leur rang épars de temps à autre. À chaque attaque la bête soulevait des destriers du sol dans une gerbe de sang tandis que les cavaliers étaient mis à bas de leurs selles. Peu se relevaient et les quelques malheureux qui réchappaient à la première attaque étaient fauchés par la mort venue d’en haut.

Le groupe d’arrivants qui se faisait clairsemer rallia bientôt la structure pour se mettre à couvert dans l’épaisse forêt non loin. Tandis que la bête s'approchait, Pierre ordonna à ses hommes de se préparer. Les arbalètes furent alors pointées en direction du griffon qui approchait. Tandis que la bête allait attaquer les derniers retardataires, les occupants de la ruine délivrèrent leur première salve. Les carreaux filèrent en direction du griffon qui ouvrait ses serres pour happer les derniers cavaliers à portée. Les projectiles stoppèrent le griffon dans son attaque mais au lieu de le mettre à bas comme escompté, il reprit de la hauteur tandis que sa dernière cible se mettait à couvert ainsi sauvé par les projectiles.

La bête qui avait décrit un arc de cercle dans sa trajectoire pour s’envoler fit brusquement volteface et piqua sur le moulin. Les carreaux standards avaient eu peu d’effets comme escompté. Pierre donna alors l’ordre de placer des matras pour le prochain tir. Observant la créature arriver, Pierre donna ses derniers ordres avant le moment de vérité.

— À TOUS, VISEZ SON AILE DROITE. TIREZ !

Les carreaux filèrent alors depuis le moulin. Le griffon prit une bonne partie des projectiles dans son aile tendue qui se crispa sous l'impact des carreaux brisant et blessant la bête de l'intérieur. Sa trajectoire en ligne droite des ruines fut coupée net et le griffon entra en collision avec le moulin. L’impact contre la tour fit trembler le bâtiment jusqu’à ses fondations mêmes, faisant tomber de nombreux débris de la structure déjà bien abimée. Le griffon rebondissant sur les pierres finit sa course sur le sol non loin traçant un sillon dans les herbes hautes.

Se remettant tant bien que mal debout, la bête lâchait des cris aigus de douleurs. Les hommes, connaissant le plan, ne perdirent pas un instant. La porte du moulin fut ouverte et les quelques lanciers attaquèrent la bête en compagnie des chiens. Les armes piquaient et les chiens mordaient le griffon qui se défendait comme il pouvait. Vendant chèrement sa peau, la créature tuait quelques hommes et chiens à chaque coup de griffes. Les malheureux pris dans le rayon d’attaques étaient meurtris par les puissantes griffes de la bête. Le sol fut bientôt décoré par le sang rouge des hommes, des bêtes de chasse et du griffon qui se mélangeaient. Les lanciers qui faisaient de leur mieux dans leur lutte n'arrivaient pas à prendre le dessus. Bientôt les carreaux plurent à nouveau de la tour pour les aider. Les cavaliers qui ne voulaient pas être spectateurs plus longtemps se mirent au galop pour rejoindre l’affrontement. Voyant les chevaux s'approcher, la bête poussa un cri puissant avant de balayer les alentours de ses ailes et griffes meurtrières. Le griffon tenta alors de s'envoler, les premières tentatives infructueuses le ralentirent et le ramenèrent au sol mais la bête repartit bientôt en l’air. Les cavaliers maintenant proches de la scène s’élancèrent à la poursuite du griffon désormais en piteux état.

Observant les cavaliers prendre en chasse la créature, Pierre descendit à grandes enjambées les marches du moulin. Arrivant auprès de l'entrée, il appela les hommes qui retenaient les quelques chevaux restants vers le chariot. Montant en selle, Pierre et quelques combattants présents s'élancèrent à leur tour sur la trace de la bête et des hommes qui la poursuivaient.

Pierre et son groupe débutèrent leur poursuite. Les traces des sabots et les quelques gouttes de sang du griffon laissaient autant de traces qui facilitaient la traque. Malgré leur retard, le groupe de Pierre pouvait entendre le griffon au loin. La poursuite prit un bon moment avant que le jeune seigneur d’Ambroise ne puisse réduire la distance. La folle chevauchée qu’il avait entreprise avec son groupe les mena dans des chemins de montagne étroits et dangereux.

Le griffon blessé ne pouvait en toute logique continuer à voler longtemps. La question était maintenant de savoir si le groupe de Pierre allait rallier à temps Cothyard et les hommes proches de la bête. Le griffon bien que blessé était encore dangereux. Il avait déjà emporté nombre de vies depuis le début de la chasse.

Entendant les bruits de plus en plus distinctement, Pierre n'épargnait pas sa monture et pressait son cheval sur les chemins escarpés. Ses hommes avaient du mal à tenir la cadence, mais ils ne pouvaient ralentir, ils ne pouvaient laisser leurs camarades seul face au griffon. Le jeune Ambroise et ses hommes rallièrent le premier groupe aux abords des chemins qui surplombaient le vide. À leur gauche la forêt boisée et grimpante de la montagne et à leur droite le précipice et ses rivières qui descendaient à pic.

Les cavaliers de Cothyard faisaient face à un vieux pont en bois qui bordait une chute d’eau et qui surplombait une rivière. Les chevaux apeurés par la hauteur et le danger de la bête refusaient d’avancer. Se cabrant ils laissèrent échapper des hennissements et bruits aigus de peurs.

Le griffon exténué et blessé avait dû regagner le plancher des vaches. Son aile droite était repliée de douleur et la bête faisait face à Cothyard et ses hommes. À présent sur le pont, le griffon se défendait tandis que Cothyard et deux hommes à pied l’attaquairent de leur lance.

La bête ivre de colère envoya alors un coup puissant qui balaya l’espace devant lui. Les deux hommes aux côtés de Cothyard furent simplement coupés en deux.

Cothyard s'abaissa juste à temps et, genoux à terre, planta le bout de sa lance dans le cou de la bête. Coinçant le bas de sa lance dans les planches du sol, il tenait à distance la créature qui saignait abondamment. Mais le griffon encore debout n’était pas mort pour autant. Il tentait avec insistance de briser l’arme en deux pour se libérer. Pierre qui avait calmé son cheval pressa les flancs de sa monture. Il était le seul apte à aider, ou tout du moins personne d’autre n’osait. Faisant comme il avait appris en tournoi, il chargea la créature en plaquant sa lance contre son corps avec son bras. Il dirigea alors la pointe de son arme vers sa cible, la tête de la bête. Se gainant le plus possible, Pierre accusa tout de même la force de l’impact quand sa lance rompit en se plantant dans la tête de la créature qui tomba lourdement au sol.

Mais ayant agi d'instinct et sans plus d’attention il n’avait pas étudié le pont sur lequel il s’était élancé. La structure en mauvais état ne demandait qu'à tomber et sous le poids de la bête le bois céda dans un grincement sinistre qui entraîna ses occupants dans le vide sous le regard des cavaliers présents, figés par l’action qui venait d’avoir lieu. Pierre et Cothyard tombèrent dans le vide aux côtés de la bête dans des cris qui résonnèrent dans les lieux.


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