Chapitre 8: Un homme de l'ombre

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Cardinal Britius

Mardi 22 du mois d’Avril de l’an de grâce 1205 AE.

Place de joute royale à la Capitale Fressons ; peu de temps après la prière de Tierce.

Royaume du Corvin

Les festivités battaient leur plein, la population grouillante abondait dans les alentours des lices. Le Cardinal Britius n’était pas grand amateur des bains de foule et la situation le mettait à cran. Si l'évènement n’était pas aussi important, il se serait avec plaisir abstenu d'assister au tournoi. Accompagné par les manteaux pourpres, comme l'on surnommait la garde ecclésiastique, Britius tentait de se frayer un chemin dans la foule compacte. Après avoir éprouvé la plus grande des difficultés à manoeuvrer jusqu’aux portes de l'infrastructure, les gardes de Britius lui avaient ouvert un chemin jusque dans les longues allées marchandes. Le cardinal ne portait pas d’objet ostentatoire pour l’occasion, il savait qu’une telle foule cachait son lot de voleurs. Il s'était amusé à observer l’un d’eux subtiliser la bourse d’un bourgeois. D’un geste sûr, l’homme avait coupé la besace pendante à la ceinture du riche citoyen avant de s'évanouir dans la masse grouillante de personnes. Britius portait donc une simple tunique aux couleurs pourpres de l'église des Sauveurs. Marchant avec son sceptre, il était suivi par un petit groupe de représentants de l’ Église. Formant le conseil rapproché de Britius, ils étaient tous hauts placés dans la hiérarchie. Ils étaient les yeux et les oreilles du cardinal. Celui-ci arpentait les allées marchandes depuis un certain moment déjà. S'impatientant, il désirait être dans la tribune royale pour ne plus se mélanger à la plèbe grouillante de la ville. Pressant le pas, les représentants de Britius tentaient de le suivre. Malgré son âge avancé, il était visiblement encore en moyen de soutenir une marche rapide. Il appela alors son capitaine, l’homme de forte carrure dépassait d’une tête la plupart des citoyens. Équipé d’une imposante armure ouvragée, il rejoignit sans délai son maître.

— Mon bon Hagen, dites-moi, sommes-nous encore loin de la lice ? dit Britius d’une voix légèrement essoufflée, mais audible.

Le colosse qu’était Hagen marchait à présent à côté de son prélat avec la visière de son casque ouvert.

— Nous sommes bientôt arrivés, Votre Sainteté, la foule est plus danse qu’escomptée, mes hommes font leur possible pour vous ouvrir la voie ; poursuivit Hagen.

— Parfait mon enfant, je ne peux que vous féliciter de votre efficacité. Je vous en prie retournez à vos hommes et amenez-nous jusqu'à la famille royale.

Hagen, refermant sa visière, repoussa sa longue cape pourpre et, d’un pas assuré, rejoignit ses hommes en tête du groupe. Les hommes d'Hagen formaient la garde rapprochée du Cardinal. Véritable groupe d'élite, Hagen avait personnellement sélectionné les membres au cours d'épreuves diverses. Après une quinzaine de minutes, le groupe du Cardinal déboucha enfin vers l’entrée de la lice royale. Apercevant l’entrée de l’imposant édifice, Hagen appela les gardes présents, il s’était approché d’eux pour leur présenter son auguste cardinal. La garde royale, ainsi consciente de la personne qui s'approchait d’eux, fit place et aidèrent les manteaux pourpres. Ils firent un corridor pour permettre à Britius de monter dans les vastes gradins et se mettre en direction de la tribune royale. Après avoir escaladé les longues marches de l’infrastructure, Britius put entrer dans la tribune. Des gardes présents ne manquèrent pas de le saluer et des servants l'invitèrent à avancer tout en lui tendant un rafraîchissement. Britius prit le temps de goûter la boisson qui lui avait été donnée, buvant celle-ci, il put reconnaître les notes corsées d’un vin. Si sa mémoire ne lui jouait pas des tours, Britius pouvait même en dire la provenance. Il s’agissait d’une cuvée des duchés du sud, sûrement l’un des nombreux domaines du Duché de Vinorossi. Coupant court à ses observations, le cardinal retourna donc aux festivités.

Le brouhaha de la foule était maintenant supportable, surplombant les gradins inférieurs la tribune royale occupait une place de choix. Finissant son verre, Britius se dirigea vers les autres convives. Apparaissant peu aux tournois habituels, le cardinal fut étonné par le nombre de personnes occupant la tribune. Britius s'avançait vers la foule de nobles, il cherchait la famille régnante du regard. Après un certain moment, il les repéra alors sur le côté gauche, la princesse et son frère bâtard observaient les convives.

Ne perdant pas plus de temps, Britius marcha en direction des deux personnes.

La princesse Anaïs était rayonnante, véritable figure de beauté, elle avait pour elle la jeunesse, en cela Britius ne pouvait que l’envier. Elle était plutôt bien habillée, portant une longue robe d’une étoffe très travaillée. Les tissus qui devaient être importés des maîtres-tisserands des duchés sudistes étaient d’une splendeur étonante. La robe longue se finissait en une interminable traîne que la princesse enroulait autour du bras. Les couleurs royales composaient des motifs travaillés sur le tissu. Les riches habits d’Anais ne mettaient que plus en valeur son visage d’une grande beauté. Ses cheveux châtains étaient noués à l’arrière de sa tête.

Le bâtard royal se prénommant Folcard était à l'opposé de sa demi-soeur. Il portait une tunique guerrière assez simple. Son habit sans fioriture comportait tout du moins les couleurs du royaume et de la royauté. Lui, qui avait quelques traits en commun avec Anais, arborait une barbe brune entretenue et des cheveux coiffés sur le côté. Folcard était bien sûr équipé d’une épée attachée à sa ceinture.

Britius arrivait alors en face des deux représentants royaux.

— Mes enfants, quel plaisir de vous voir, le chemin jusqu'à la tribune royale est un vrai parcours pour le vieil homme de foi que je suis.

Anais, rayonnante, écoutait attentivement Britius et, réceptive, lui répondit.

— J'espère que la foule n’a pas été trop difficile avec vous, Votre Sainteté. Je sais que vous n’avez que peu l’occasion de vous séparer de vos devoirs. Vous voir à cette célébration est un réel plaisir pour moi, finit Anais en souriant au vieux cardinal.

Folcard quant à lui ne fit mine d’aucune sympathie envers le cardinal. Après que sa soeur se soit exprimée, il continua.

— J’aurais pensé que votre garde pourpre aurait libéré le passage à grand coup d’armes votre “sainteté", dit Folcard d’un ton condescendant avant de continuer : Je crois que notre présence ne vous est en aucun cas importante, je crois d'ailleurs apercevoir votre bon ami Leonard qui se dirige droit ici. Sûrement pour vous parler de prières ou autres pensées pieuses, n’est-ce pas.

Britius se contrôlait avec talent. Bien que Folcard soit un bâtard royal, il avait l'outrecuidance de parler au cardinal. Folcard semblait voir clair dans le jeu de Britius, il se méfiait de lui au plus haut point. Le cardinal répondit à Folcard avec une voix inchangée malgré les attaques verbales.

— Je m'attriste de voir que vous vous méprenez sur ma personne, mon bon Folcard, la princesse est la raison principale de ma venue, dit-il en adressant un signe de tête à Anaïs. Je crois d'ailleurs que vous-même allez être occupé, je vois que le représentant de la guilde marchande s'impatiente derrière vous. Sur ce, bon tournoi, finit Britius en adressant un salut aux deux représentants royaux.

Anais et son frère furent directement accostés par un groupe de la guilde marchande, cela était une diversion plus que bienvenue pour Britius. Il tourna les talons et se dirigea vers Leonard. Celui-ci, qui avait vu le cardinal parler à la princesse, s’était arrêté en chemin. Parlant à présent à un groupe de nobles, Britius alla vers eux. Durant son approche il n’arrivait pas à entendre le sujet de la discussion. Les nobles, voyant alors le cardinal s’approcher, le saluèrent avec respect. Britius s’adressa à eux en posant une main sur l’épaule de Leonard.

— Mes seigneurs, c’est un plaisir de vous voir aujourd’hui. Je dois malheureusement vous emprunter Leonard. J’ai quelques affaires à traiter avec lui.

Le groupe de nobles fit mine d’accepter et changea alors de discussion pour parler du possible vainqueur du tournoi d’ouverture. Le premier tournoi se voyait affronter les différentes maisons nobles aux moyens des jeunes de chaque famille, s'ils avaient l'âge requis. Britius, qui emmenait ainsi à l’écart Leonard, alla s’installer dans un des coins de la loge. Ainsi à l’écart de toutes oreilles indiscrètes, il put parler librement à Leonard.

— Mon fils, je suis heureux de vous voir ; commença Britius

— Moi aussi, Votre Sainteté. Je dois dire que je suis étonné de vous voir parler avec Anais et Folcard. Ce bâtard de sang mêlé se doute de quelque chose, dernièrement il ne quitte pas la princesse un seul instant. J’ai peur qu’il ne découvre nos projets, continua Leonard d’un air inquiet tout en regardant la foule.

Britius, souriant, ne perdit pas un instant pour réconforter son allié.

— Cher Leonard, Folcard est comme un parasite s'accrochant à la princesse. Sans elle, il n’est rien et il le sait. De plus, je peux vous assurer que nos plans sont en ordre. Personne ne viendra contrarier le grand banquet à venir. J’ai d’ailleurs réussi à convaincre certaines familles du Bas-Corvin, elles seront de notre côté durant l'évènement.

Leonard fronça les sourcils. Il était songeur.

— Des familles du bas Corvin, mon père, ce n’est pas très prudent, traditionaliste comme ils sont, j’aurais pensé les voir tous du côté d’Anais.

— En effet, mon fils, ils le seront du moins en apparence, ces voix précieuses permettront à Anais d'être élue par le conseil seigneurial. Elle se croira ainsi à l’abri et c’est alors que nous frapperons. Avant l’annonce du successeur au peuple. Anais et ses alliés seront au même endroit et nous pourrons nous en occuper.

Leonard, qui observait toujours la foule en quête d'oreilles indiscrètes, continua.

— Je vois que vous avez déjà tout prévu, mon père. Je dois dire que la situation a tendance à me mettre sur les nerfs. Vous avez parlé de voir Anais et ses alliés au même endroit lors de notre action. Je déduis donc que vous frapperez durant le banquet royal, finit Leonard d’un air à présent intrigué.

— En effet, mon cher, Leonard, l’occasion sera trop belle. Je ne peux, vous ne pouvez pas la laisser passer, finit Britius avant de prendre une pause et de continuer. Parlons donc d’autre chose, mon cher Leonard. Avez-vous parié pour ce début de tournois ?!

Leonard, comme amusé par le changement de sujet du cardinal, continua.

— J’ai malheureusement parié sur la maison Lamognes pour ce tournoi d’ouverture mais ils se sont fait sortir par la maison d’Ambroise, à mon grand regret.

Britius souriant a cette nouvelle.

— Je vois que vous n’avez pas tenu compte de mes conseils. Pour ma part j’ai misé sur la famille Gaillot. Le dirigeant de la famille est un fervent support de notre cause et il m'a assuré que son fils serait en mesure de gagner.

D’un air embêté, Leonard renchérit.

— Comme souvent, mon père, je devrais suivre votre conseil.

Les deux hommes furent coupés par les cors annonçant le prochain affrontement. Le héraut annonçait les prochaines familles qui allaient s’affronter dans la lice.

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Défi
Skye23S@lut

Clic. Clac. "Reveille-toi, n°1362. C'est l'heure d'aller rapporter du fric" "Retourne dans ta cellule n°1362 ou tu vas avoir des problmes" " Regarde ton dos! Rien qu'en le regardant on voit combien de coups de fouet tu t'es prise, imbécile"
Voila ce que j'entends chaque matin.
Des bruits de serrure et des bruits de fouet qui claque, aussi.
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**

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- Donc, cet enfant a été évacué de sa maison -et heureusement, car il y a eu un attenta là-bas un peu plus tard-
- Et tu connais son origine ? C'est un Maya.
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Alors je me tourne vers le petit..
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- Demain.
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- D'accord.
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La journée commence normalement malgré le pesant brouillard, mais... si tout basculait... dans l'effrayant ?

Imagination ou réalité ???
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Défi
OD'UN


Vous avez eu droit à la prédiction de l'Ange.
Que vous a t-il dit?
Non mais vous cherchez des histoires à Scribay. Okay...Caisses-que l'ange m'a dit ? Une caisse de Leffe, car t'es nouille Od'un. Tu vas sauter les Mathusalem au Cointreau/Xérès ou à l'or, on te Bic ton stylo-plume. Que feriez-vous si vous deviez sauter avec votre nouille ? Moi, j'ai opté pour un Big Band, car c'était plus judicieux, étaient mésanges cachées dans le texte. C'est ainsi que mon ZZ Topless à l'air et Césaire de Miss...Terre en vue : Od'un, tu y as droit...adroite. Non, Descartes au Monopoly...Tic/Tac...Tic/Tac. Une Joconde, je vous montre mon splashdown ? Ça fusain Tom à confectionner des pizzas, car à présent, c'est le pizzaïolo français de l'espace. Cependant, j'effet le saut de l'Ange, épi Sean...connerie de parachute : El Capote en corps Anubis ?
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