Curieuse rencontre

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La nuit enveloppait ce petit coin de campagne perdue. Au bord d’une route mal entretenue, dans un espace réduit gagné sur les bois, un simple poteau indiquait l’emplacement de l’arrêt de bus.

Une pluie intense remplissait nids de poule et autres creux alentours. La lumière de l’unique lampadaire tentait le plus décemment possible de traverser les voiles tièdes de Tsuyu(1).

Deux très jeunes filles patientaient près du panneau. La plus âgée ne devait pas avoir plus d’une dizaine d’années et la plus jeune quatre ou cinq ans.

Un étrange accessoire, une sorte de champignon, empêchait l’eau de les atteindre. J’observais la scène à distance, caché dans le bois, me demandant si je pouvais m’approcher sans risque, afin d’attendre mon bus.

Un car s’arrêta quelques minutes libérant quelques passagers pressés de rentrer chez eux.

Quand il repartit, les enfants étaient toujours là. La plus petite, épuisée, grimpa sur les épaules de la grande et s’endormit presque aussitôt, ce faisant, son capuchon glissât et je la reconnus.

J’avais déjà eu à faire à elle près du grand camphrier.

Rassuré, je m’approchais et m’installais près d’elles. Je grattai négligemment ma cuisse de mes longues griffes, geste qui attira le regard de la demoiselle. Ses yeux exprimaient son étonnement de me voir ici. Sans doute à cause de mon pelage, ou de ma taille impressionnante pour elle. À moins que ce ne fût mon magnifique couvre chef, une grande feuille d’idaroti(2) posée entre mes oreilles.

La surprise passée, elle ouvrit un de ces drôles d’objets et me le tendit. J’imitai sa pause en le maintenant au-dessus de ma tête. De l’autre côté de la route, un crapaud me dévisageait. Le surréalisme de l’instant ne lui avait guère échappé.

Soudain une goutte d’eau plus grosse que les autres frappa la toile de ce que, comme je l’appris plus tard, l’on nommait un parapluie. Le son produit m’enchanta et je souris à grandes dents. Il fallait que cela recommence. Je fis un bond qui ébranla le sol et fit trembler les arbres. Le déluge qui suivit me ravit de plus belle.

Il était temps de partir. D’un grand cri j’appelai le chat-bus. Au loin, deux cônes lumineux apparurent et bien vite, freinant des douze pattes mon véhicule m’attendit. J’offris quelques graines enveloppées dans une feuille aux fillettes.

Une des fenêtres du chat-bus s’élargit afin de me laisser monter à bord puis aussi rapidement qu’il était arrivé le chat-bus repartit balayant les collines de ses faisceaux brillants.

1 - Tsuyu : Saison des pluies au Japon.

2 - Idatori : Renouée, plante à larges feuilles

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