Détente

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Heather et Victoria arrivèrent trop tôt au restaurant. Une balade sur le port s’imposa pour faire passer le temps.

− Tu te rappelles lorsque ton grand-père nous emmenait à la pêche ?

− Tu hurlais à chaque fois qu’il ouvrait la boîte d’asticots.

− Ces bestioles étaient répugnantes. Je préfère manger le poisson que le pêcher.

D’autres souvenirs agréables furent évoqués, puis les deux jeunes femmes regagnèrent La Carpe Dorée, où attendait leur table, sur la terrasse, face à l’océan. Le patron, en personne, vint prendre leur commande.

− Salut, Victoria. Tu es là depuis une semaine et tu pointes le bout de ton nez seulement maintenant.

Ces paroles sentaient le reproche d’un amant négligé.

− Elliot, comme tu peux le voir, je suis accompagnée d’une amie. Nous parlerons de cela plus tard, si tu veux bien.

Le dénommé Elliot s’éclipsa sans rien ajouter.

− Tu peux m’expliquer ? demanda Heather.

− Depuis trois ans, chaque été, Elliot me fait du rentre dedans. Il espère m’avoir à l’usure.

− Et ça marche ?

− Pas du tout.

L’arrivée du serveur coupa court à ce sujet de conversation. Heather but une gorgée de son apéritif.

− Alors, ça fait quoi d’être la directrice d’un palace parisien ?

− Je donne des ordres, je vire des gens, c’est génial !

Heather éclata de rire.

− Trêve de plaisanterie. C’est beaucoup de responsabilités mais j’adore ça.

− Et côté cœur ?

− Rien de sérieux.

− Tu n’as pas encore trouvé chaussure à ton pied ?

− Si, une fois, mais c’était trop compliqué. Tu imagines le topo : « bonsoir chéri, j’ai un truc important à te dire. Je suis immortelle. Tu vas te dessécher comme un pruneau alors que je vais rester jeune et belle ». Je ne peux pas accorder ma confiance à la légère.

− Je comprends.

− Et toi, où en es-tu ?

− Ma vie sentimentale n’est pas aussi ardue que la tienne, mais je n'ai pas encore tiré le bon numéro.

− Non, tu m’as mal comprise. Je voulais dire, où en es-tu avec mon frère ? demanda Victoria, le sourire jusqu’aux oreilles.

− Julian ?!

− Oui, Julian, pas le bonhomme de pain d’épice.

− Je n’en suis nulle part.

− Comme il t’a invitée à déjeuner, je croyais que vous vous étiez rapprochés.

− Pas plus que ça. Il est venu s’excuser, c’est tout.

− C’est une première. Julian ne demande jamais pardon pour quoi que ce soit.

− Je crois qu’il est juste perdu, répondit Heather, en pensant à ce que Lady Catherine lui avait confié.

− Alors, tu t’en es rendue compte, ajouta Victoria, étonnée.

Peut-être que maman a raison. Seule Heather peut rendre Julian heureux.

Le serveur interrompit, à nouveau, la conversation, en apportant les entrées.

Le reste du repas, la discussion bifurqua sur des sujets exempts de malédiction et tout le reste.

Une fois sorties du restaurant, les deux jeunes femmes se dirigèrent ensemble vers la pâtisserie.

Martha occupait un magnifique appartement au-dessus de la boutique.

− Tu as ramené du renfort, constata cette dernière, en voyant Victoria avec Heather. Parfait. Nous ne serons pas trop de trois pour trouver de quoi m’habiller, dans le capharnaüm qu’est ma penderie.

Victoria entra dans l’appartement en sautillant.

− On va s’amuser comme des petites folles.

Martha ouvrit en grand les quatre pans de son armoire. C’était hallucinant !

Comment peut-on avoir autant de fringues ?, pensa Heather, clouée sur place.

− Waouh ! C’est la caverne d’Ali Baba, là-dedans, confirma Victoria.

Les vêtements sur les cintres étaient tellement serrés les uns contre les autres, qu’il était difficile de voir nettement ce que contenait la penderie.

− On commence par où ? demanda Martha, l’air désespéré.

Heather posa une main réconfortante sur l’épaule de la pâtissière.

− Il compte t’emmener dîner où, Dom Juan ? demanda Victoria.

− Dans un restaurant à Portland, mais je n’en sais pas plus. C’est une surprise.

− Les mecs sont chiants avec leurs surprises, râla Victoria. Un mini indice pour savoir quoi porter, c’est pas la mer à boire, tout de même !

− Je ne comprends pas pourquoi John tient à aller à Portland, poursuivit Martha. Ce n’est pas la peine de partir aussi loin.

− Là, par contre, je suis d’accord avec lui. Pour votre premier rendez-vous, il vaut mieux que vous alliez dans un endroit où personne ne vous connaît. Cela vous évitera d’être dérangés et d’essuyer les plaisanteries douteuses de certains.

− Les filles, on peut en revenir à ce qui nous intéresse ? demanda Heather.

− Elle a raison, confirma Victoria, ne nous dispersons pas. Concentrons-nous sur ta tenue, Martha.

Après plusieurs mugs de thé et une boîte de pâtisseries, une sélection de vêtements était étalée sur le lit de Martha.

− Bon, pour tomber juste, il faut choisir quelque chose qui sort de l’ordinaire, mais pas trop habillé, proposa Heather.

− Comme ça, si John t’emmène au fast food, tu ne seras pas trop habillée, mais s’il a choisi un endroit chic, tu ne ressembleras pas à une clocharde, conclut Victoria, avec amusement.

Le choix final se porta sur une robe d’été fluide de couleur parme. Les deux jeunes femmes remirent le reste des vêtements dans l’armoire, avant de quitter l’appartement, en compagnie de Martha qui avait rendez-vous chez la coiffeuse.

− Cela te dirait d’aller boire un verre avant de rentrer ? proposa Victoria.

− Je suis incapable de boire ou avaler quoi que ce soit de plus, avoua Heather.

− Ok. Direction la maison.

En remontant la rue pour rejoindre le chemin de la falaise, les deux jeunes femmes virent Alfreda sortir de la boutique de lingerie, sur le trottoir d’en face.

− Coucou, cria cette dernière, en faisant des grands signes de la main.

Victoria s’apprêtait à lui rendre son salut, lorsque Heather lui attrapa le bras, fermement.

− Fais comme si tu ne l’avais pas vue. Je ne tiens pas à ce que cette furie traverse la rue.

− J’en conclus que tu as fait sa connaissance, répondit Victoria, en accélérant le pas.

− Hier matin, et je n’ai pas envie de lui parler à nouveau.

Victoria semblait amusée par la situation.

− Elle en pince à fond pour mon frère. C’est ta grande rivale.

− Merci, j’avais compris. Elle se demande si l’immortalité de Julian lui donne des supers pouvoirs sexuels.

Victoria éclata de rire.

− Celle-là, je ne l’avais pas encore entendue.

− Ravie de t’apporter de la nouveauté, moi, je m’en serais bien passé.

Victoria laissa son amie devant la maison de ses grands-parents, avant de poursuivre jusqu’au manoir.

Heather se sentait vidée de toute énergie. La journée avait été longue, riche en informations. Elle était prête à prendre la relève de Malcolm, mais sous certaines conditions, dont elle souhaitait discuter avec l’Ordre. Si seulement elle savait comment les contacter.

La jeune femme monta directement dans sa chambre. Le lendemain, c’était dimanche. Les gens font la grasse matinée, le dimanche. Une matinée de tranquillité, c’était tout ce qu’elle demandait.


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