Julian

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Julian se réveilla aux aurores. Il avait peu dormi, réfléchissant au moyen de s’excuser auprès de Heather. En dehors du fait qu’il souhaitait conserver son « amitié », gagner la confiance de la jeune femme était primordial pour découvrir ce qu’elle savait.

*

A huit heures du matin, Heather fut réveillée par la sonnerie de son portable. Allongée sur le ventre, la tête dans l’oreiller, la jeune femme chercha, à tâtons, son téléphone sur la table ce chevet.

Trois messages.

J’apporte le petit déjeuner en guise de drapeau blanc. Julian.

Restaurant. Sur le port. 13h. Bises, Victoria.

J’ai besoin d’un conseil pour ma tenue de ce soir. Si tu n’as rien à faire cet après-midi, je t’attends chez moi, je ferme la boutique à midi. Martha.

− Bon dieu ! Nous sommes samedi. Personne ne fait la grasse matinée dans cette ville ?

Ayant peu dormi, Heather n’éprouvait aucune envie de se lever immédiatement, mais elle ne pouvait pas négliger la perspective d’une discussion avec Julian. Elle pourrait répondre à certaines de ses questions, mais pas lui raconter toute la vérité. L’Ordre, les Veilleurs, les carnets, tout cela devait rester secret, du moins, pour le moment.

La jeune femme s’extirpa du lit pour se diriger vers la salle de bain. Elle saisit une brosse à cheveux pour avoir moins l’air d’une folle, puis suspendit son geste avant de reposer l’objet sur le bord du lavabo.

Et puis merde, il me prendra comme je suis.

Heather descendit à la cuisine. Le bouton de la cafetière à peine enclenché, la sonnerie de la porte d’entrée retentit.

Julian dut se retenir de rire en voyant Heather. Un pétard avait-il explosé dans ses cheveux ? Même ébouriffée, elle restait la plus belle femme qu’il ait jamais rencontrée.

Reste tranquille, mon vieux ! Tiens t'en à ce que tu as décidé.

− Désolé de t’avoir réveillée. Je suis sûr que tu me pardonneras lorsque tu verras ce que je t’ai apporté, dit-il en brandissant une boîte venant de la pâtisserie de Martha.

La jeune femme se dirigea vers la cuisine, laissant le soin à Julian de fermer la porte. Ce dernier posa la boîte à gâteaux sur l’îlot central avant de la pousser vers Heather.

− Des choux à la crème ?

− Je pensais que cela te ferait plaisir, lança Julian déstabilisé, sa sœur lui ayant assuré faire mouche avec cette idée.

− Oui, j’adore ça, mais pas pour le petit déjeuner, le rassura la jeune femme en souriant.

Elle mit les pâtisseries au frigo, puis sortit du placard, du pain de mie, de la confiture, ainsi qu’un toaster. Le silence s’installa. Heather attendait que Julian entame la conversation, car elle n’avait pas l’intention de lui faciliter la tâche.

− Je m’excuse pour hier matin. Je n’aurais pas dû être… aussi désagréable. Mais il faut que tu comprennes qu’il est impératif que j’aie accès aux recherches de ton grand-père.

La jeune femme se dit que c’était le moment idéal pour savoir si Julian pouvait être entièrement honnête avec elle.

− Sur quoi portaient ces recherches ? demanda-t-elle innocemment.

− Cela va te paraître complètement dingue.

− Plus dingue que d’apprendre l’existence des immortels ? ironisa Heather en souriant.

Mon vieux, là, elle marque un point. Allez, lance-toi, raconte-lui tout. Si tu veux gagner sa confiance, accorde-lui la tienne.

− Ok, alors voilà…

La jeune femme écouta Julian attentivement, bien qu’il ne lui apprenne rien de nouveau. Elle dut faire un effort pour cacher sa déception.

− Désolée, mais je n’ai rien trouvé qui puisse t’aider.

Où peuvent bien être ces foutues recherches ? pensa Heather.

Julian sembla se ratatiner sur son tabouret de bar, accablé par le découragement. La jeune femme aurait bien voulu l’aider, mais elle n’avait aucune piste sur laquelle l’aiguiller. Le voir comme ça lui faisait mal au cœur.

− Que sais-tu des informations récoltées par ton père et mon grand-père ?

- Presque rien. Je sais juste qu’ils cherchaient des descendants de la magicienne responsable de la malédiction. Je ne me suis jamais intéressé à tout cela. J’ai toujours pensé que le fléau qui accablait notre famille était une fatalité à laquelle nous ne pouvions échapper. Cet acharnement à vouloir changer les choses me paraissait ridicule et impossible. Avant de revenir m’installer au manoir, j’ai vécu huit ans à Boston, sans remettre un pied dans cette ville.

− Pourquoi avoir changé d’avis ? demanda Heather en tendant un toast dégoulinant de confiture à Julian.

− Mon père. Six mois avant sa mort, il m’a contacté pour me faire part de ses élucubrations à propos d’une dague capable de transpercer la peau d’un immortel. Je lui ai ri au nez en lui disant qu’il courait après une chimère.

− Mon grand-père a-t-il aidé William à chercher cet objet ?

− Non. Malcolm ne voulait rien avoir à faire avec ça.

Ainsi, William avait trouvé l’artefact seul.

Julian but une gorgée de café avant de poursuivre.

− Mon père m’a rappelé quelque temps plus tard pour me demander de venir le voir et je n’ai pas pu refuser. Lorsque je l’ai vu, je me suis effondré. Il n’était plus que l’ombre de lui-même : amaigri, les traits rongés par la souffrance. La douleur le forçait à rester alité la plupart du temps. Il ressemblait à n’importe quel humain, mourant.

Heather prit la main du jeune homme, puis la serra en signe de réconfort.

− Ce jour-là, mon père m’a informé qu’il avait localisé la dague, mais que le propriétaire refusait de la lui vendre. Il voulait que je la vole.

La jeune femme écarquilla les yeux.

− Tu plaisantes ?!

− Absolument pas.

− Alors ! Tu t’es transformé en cambrioleur ? demanda Heather, impatiente de connaître la suite.

− Bien sûr que non. Je te signale que dérober un objet appartenant à autrui, même sans valeur pécuniaire, est un délit. De plus, je suis avocat, pas James Bond, petite fleur.

Heather avait l’habitude qu’on l’appelle ainsi, mais dans la bouche de Julian, cela avait une consonnance…romantique.

Oh ! On se concentre.

− Finalement, tu l’as récupérée, n’est-ce pas ?

− Exact.

− De quelle manière ?

− Disons que j’ai fait en sorte qu’on me l’offre. Par contre ça, c’est Top Secret, dit Julian en faisant un clin d’œil à la jeune femme.

Ok, je vois.

− Il fallait que je ramène cette dague à mon père, pour lui prouver qu’elle n’avait rien d’extraordinaire et certainement pas de pouvoirs.

− Tu peux me la décrire ?

− Ce n’était pas vraiment une dague, en fait. Plutôt un long poignard, fait d’une seule pièce, d’un style très primitif, tout en os. Le manche se distinguait du reste car il était entouré d’une longue lanière de cuir marron. La partie servant de lame était extrêmement aiguisée et pointue. Au milieu, une pierre blanche laiteuse y était incrustée.

− Comment étais-tu sûr que cet objet n’avait aucun pouvoir ?

− Je l’ai essayé sur moi, avant de le donner à mon père. Rien. Pas même le début d’une égratignure.

− Donc, tu as douté.

− Pas du tout. Je voulais simplement prouver que j’avais raison.

Heather réfléchit à voix haute.

− Peut-être que le poignard fonctionne sur une personne affaiblie ?

− Cela ne tient pas debout, les immortels ne connaissent pas la faiblesse physique.

− Tu n’as pas pensé que l’arme devait être « activée » pour fonctionner ?

Julian regarda la jeune femme droit dans les yeux. Elle y vit une grande tristesse, ainsi que de la culpabilité.

− Avec ou sans toi, ton père aurait acquis cet objet. Tu n’as rien à te reprocher.

− J’essaie de m’en convaincre, répondit le jeune homme en esquissant un sourire. Qu’a-t-il fait pour le faire fonctionner ?

− Cela dépasse mon champs de compétences, reprit Heather, sur un ton plus léger. De nous deux, tu es le seul être sortant de Contes et Légendes. C’est toi l’expert.

Julian rit de bon cœur.

Le seul immortel dans cette maison, mais pas le seul dans cette ville, pensa la jeune femme.

Une idée lui traversa l’esprit.

− Ta mère doit bien le savoir. Toi et Victoria n’étiez pas là, mais elle, si.

− Elle n’a jamais abordé le sujet avec moi, j’en ai conclu qu’elle ne savait rien. De plus, je ne me voyais pas remuer le couteau dans la plaie en posant des questions.

− Penses-tu qu’elle accepterait de me rencontrer ? demanda Heather, une idée précise derrière la tête.

− Je peux lui en parler et te contacter plus tard.

− Non, je souhaite la voir maintenant.

Julian fut pris au dépourvu, mais accepta.

− Laisse-moi quelques minutes pour m’habiller et me coiffer. Je ne voudrais pas que ta mère me confonde avec la Gorgone.

Pendant que la jeune femme s’affairait dans la salle de bain, son invité débarrassa le petit déjeuner.

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