Révélations

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Installée sur son lit, Heather ôta la clé de son cou pour l’insérer dans la serrure du coffre, puis l’ouvrit. Une bourse de velours noir, fermée par un cordon, était posée sur une feuille pliée en quatre, elle-même, posée sur plusieurs carnets. La jeune femme posa le tout face à elle. La bourse contenait un objet en argent représentant exactement le symbole du cachet de cire, en beaucoup plus gros. L’iris de l’œil était un rubis de toute beauté. Au contact des doigts de Heather, la pierre scintilla tandis que le métal dégageait une chaleur inhabituelle. Surprise, elle lâcha l’objet qui tomba sur le sol, puis le ramassa pour le ranger rapidement dans son enveloppe de tissu. En dépliant la feuille, elle reconnut immédiatement l’écriture de son grand-père.

Heather, ma petite fille chérie

Si tu lis ces mots, c’est que je ne suis plus de ce monde et que tu as su suivre les indices pour trouver ce coffre. Tout est entre tes mains, maintenant. Ces carnets te sont destinés à toi seule. Mais avant de les lire, tu dois parler à Lady Catherine et Julian. Ils sont en possession d’informations fondamentales qui te permettront de comprendre ces écrits. Dis-leur que tu as trouvé le coffre et écoute-les attentivement. Je te demande de respecter scrupuleusement cette dernière volonté.

Une dernière chose. Sois indulgente avec ta mère. Elle n’a jamais accepté tout cela et je ne lui en veux pas.

Je t’aime ma fleur de bruyère.

Malcolm.

Heather prit conscience qu’elle pleurait lorsqu’une larme tomba sur la feuille. Elle essuya ses yeux d'un revers de main.

─ Je ferai comme tu voudras grand-père.

Elle remit le tout dans le coffre avant de le verrouiller. Victoria et Julian ne seraient pas de retour avant la fin de la journée. Cela lui laissait le temps de satisfaire sa curiosité quant à la famille Tyrell. Elle ouvrit le premier des quatre volumes emportés.

La famille Tyrell était issue de l’aristocratie anglaise, dont les terres se situaient en Cornouailles, dans la région de Land’s End. Lord Edward, ainsi que toute la famille, avait émigré vers le Nouveau Monde. Ils s’étaient installés à New Heaven, colonie britannique, l’été de 1658. Puis le chef de famille avait fait bâtir la demeure que Heather connaissait bien. Les Tyrell s’étaient parfaitement intégrés à la petite communauté, qui les considérait comme des châtelains vers qui trouver aide et protection.

Après avoir feuilleté les quatre livres, la jeune femme se rendit dans la pièce secrète, récupérer les autres. Quelque chose la dérangeait dans ces écrits. Sentiment qui s’intensifia par la poursuite de sa lecture. Ceci n’était en rien une chronique familiale ; il était évident qu’aucun membre de cette famille n’avait écrit ces mots. Cela ressemblait plus à des rapports de surveillance. Dans quel but ? Quel rapport avec son grand-père ? Mais il n’y avait pas que cela. En trois siècles, une seule mention de décès, celui de Lord Edward Tyrell, cent ans après son arrivée à New Heaven et aucune de naissance. Depuis trois cents ans, la famille Tyrell se composait de cinq membres, sans compter Victoria et Julian. C’était tout simplement impossible. Lorsque Heather prit le dernier volume, une grande enveloppe glissa des pages. Elle contenait des portraits de Marcus, le grand-père de Victoria, mais aussi de William et Catherine, à différentes époques. Ce que les preuves lui disaient de croire, son esprit avait du mal à l’accepter. Qu'en était-il de la mort de William ainsi que des autres ? L’immortalité avait-elle une date d’expiration ?

Alors tous les secrets de son grand-père tournaient autour de cela ? Heather prit conscience qu’il n’était pas prudent de laisser traîner le coffre ainsi que les livres. Elle rapporta le tout dans la pièce secrète, hormis l’enveloppe. Une autre question se posait. Installés à New Heaven depuis 1658, comment les Tyrell s’y étaient pris pour que les habitants ne se rendent compte de rien ? Les avaient-ils ensorcelés avec un pouvoir quelconque ? Peut-être aussi que certains membres de la communauté étaient au courant ? Ce qui expliquerait le comportement étrange de Martha et Euphrosine. Tout un flot d’interrogations envahissait son esprit, tel un robinet ouvert. La sonnerie de son portable ramena Heather à la réalité. Victoria lui avait envoyé un message.

Nous sommes rentrés de Portland. Je passe te prendre dans une heure pour aller au resto.

La jeune femme prit ses clés de voiture ainsi que l’enveloppe avant de sortir de la maison.

─ Au diable le restaurant, Victoria ! Tu as de sérieuses explications à me donner !

Heather laissa le doigt appuyé sur la sonnette de la porte d’entrée, jusqu’à ce que quelqu’un vienne lui ouvrir.

Ce fut Victoria.

─ Petite fleur ?

La jeune femme bouscula son amie pour entrer.

─ Où se trouvent Lady Catherine et ton frère ?

─ Ma mère est déjà montée se coucher et Julian se trouve dans le salon.

Le jeune homme était assis dans un fauteuil, occupé à consulter des documents. Heather jeta l’enveloppe sur les papiers. Julian leva les yeux vers elle.

─ Qu’est-ce que c’est ?

─ Je t’en prie, ouvre.

Il regarda un par un tous les portraits, puis il poussa un profond soupir. La plénitude du soulagement l’envahit.

Enfin ! Le temps des secrets est terminé.

Victoria les avait rejoint.

─ Que se passe-t-il ?

Julian tendit le contenu de l’enveloppe à sa sœur.

─ Tu devrais peut-être t’asseoir, proposa cette dernière à Heather.

─ Je ne suis pas une petite nature, je n’ai pas besoin de m’asseoir. Je veux juste savoir qui vous êtes.

─ La bonne question est plutôt : que sommes-nous ? répondit le jeune homme, sourire aux lèvres.

─ Julian, le réprimanda sa sœur.

Il se leva du fauteuil, puis prit Heather par la main pour l’entrainer dans une autre pièce, son bureau. Il retroussa la manche de sa chemise jusqu’au coude avant de prendre un cutter dans un tiroir. Sans hésitation, Julian incisa profondément l’intérieur de son avant-bras. Horrifiée, Heather s’approcha en tendant les mains puis recula. Au fur et à mesure que la lame coupait la peau pour s’enfoncer dans la chair, la plaie se refermait sans laisser de trace ni de sang.

─ Voilà ce que nous sommes, annonça Julian, guettant ce que cette vérité provoquait chez la jeune femme.

Il ne voulait pas qu’elle ait peur de lui, qu’elle le voie comme un monstre ou une menace.

─ Nous sommes immortels, ajouta Victoria.

Heather se tourna vers cette dernière.

─ Comment a fait votre famille pour que les habitants ne se rendent compte de rien ?

─ Les gens de cette communauté sont au courant de ce que nous sommes, sans cela, nous n’aurions jamais pu rester aussi longtemps au même endroit. Ils ne nous ont jamais considérés comme une menace et nous ont acceptés.

─ Alors tout le monde sait ?

─ Même le Père Godwin, ajouta Victoria.

Heather ressentit de la colère puis de la tristesse.

─ Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit ? demanda-t-elle à son amie.

Victoria voulut s’approcher, mais Heather recula pour sortir de la pièce puis de la maison. Victoria la suivit, mais Julian l’arrêta.

─ Laisse-lui le temps de digérer tout cela.

La nuit était tombée mais Heather n’avait pas envie de rentrer. Elle déposa la voiture devant la maison, puis se dirigea à pied vers l’église. Les lumières du presbytère étaient allumées. La jeune femme hésita, puis sonna à la porte. Voir le Père Godwin porter un jean et un tee-shirt la fit sourire.

─ Entrez donc, Mlle Tealney. Que me vaut votre visite ?

La jeune femme n’était plus sûre que ce soit une bonne idée, à présent. Fin observateur de l’âme humaine, le Père Godwin décela l’embarras de sa visiteuse.

─ J’étais en train de me préparer du thé. Vous en prendrez bien une tasse avec moi, poursuivit-il.

Heather le suivit dans un salon, petit mais, confortable et chaleureux

─ Installez-vous, je suis à vous dans une minute.

Le père Godwin revint avec un plateau. Il posa une tasse devant la jeune femme avant de la servir.

─ Alors, Mlle Tealney. Je sens bien que quelque chose vous préoccupe.

Inutile de tourner autour du pot, de toute façon, il sait.

─ Je viens d’apprendre que mon amie d’enfance est immortelle.

─ Ah ! La particularité de la famille Tyrell. Pardonnez mon étonnement, je pensais que vous saviez, étant à moitié une McKenzie. Que ressentez-vous ?

─ De la tristesse. Nous sommes amies et elle n’a pas confiance en moi.

─ Avouez tout de même que cette révélation sort du commun.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Heather savait au fond d’elle-même qu’elle aurait cru Victoria, si elle lui avait confié son secret, la vérité aussi folle soit-elle.

─ Je ne l’aurais pas repoussée.

─ J’en suis persuadé. Dites-vous, qu’en amie sincère, elle a voulu vous ménager.

La jeune femme esquissa un sourire timide.

─ A la bonne heure ! Je préfère cela, s’exclama le Père Godwin.

─ Je vous trouve bien serein avec toute cette histoire mon Père. Qu’en pense l’Église ?

─ Mes supérieurs ne sont pas au courant de la particularité de certains de mes paroissiens et ne le seront jamais. Au moment venu, je chercherai un successeur digne de confiance, comme l’ont fait mes prédécesseurs.

─ J’avoue que votre réaction m’étonne. La famille Tyrell ne serait-elle pas considérée comme démoniaque par les hautes instances cléricales ?

─ Si les membres de la famille Tyrell sont sur cette terre, c’est la volonté de Dieu. Pourquoi les a-t-il créés différents ? Je n’en sais rien, mais il a un dessein. Qui sommes-nous pour juger de cela ?

Le Père Godwin but une gorgée de thé avant de poursuivre.

─ La famille Tyrell n’a jamais représenté une menace. Ils se sont impliqués dans la vie de cette ville, en répondant toujours présents lors des moments difficiles. Immunisés contre tous les types de maladies, Lady Catherine et Lord Tyrell ont ouvert les portes du manoir pour accueillir les malades lorsque l’hôpital ne le pouvait plus, lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918. La châtelaine s’est transformée en infirmière, sans ménager ses efforts.

Heather l’écoutait, fascinée.

─ Comment savez-vous tout cela ?

─ Mes prédécesseurs ont laissé des écrits. Une sorte de chronique de la ville, que je garde précieusement cachée, vous vous en doutez. Mais si cela vous intéresse, je suis prêt à vous laisser les consulter.

─ J’aimerais beaucoup, oui.

─ Par contre, vous devrez lire ces textes ici, ils ne sortent pas du presbytère.

─ Cela ne me pose aucun problème.

Heather but sa dernière gorgée de thé, puis se leva.

─ Je vous remercie pour cette conversation, mon Père.

─ Victoria est une jeune femme très bien. Si elle ne vous pas livré son secret, c’est qu’elle avait une bonne raison. Soyez indulgente, ne gâchez pas cette amitié.

Heather sourit. C’était la deuxième fois qu’une personne lui demandait cela.

─ Bonne nuit, mon Père.

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