Découvertes

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Avant de s’attaquer au grenier, Heather descendit en ville récupérer sa voiture. Elle fit à nouveau le chemin avec le Père Godwin, en quête de son baba au rhum quotidien.

─ J’ai appris que vous passez l’été à New Heaven.

─ Tout à fait mon Père.

─ Aurai-je le plaisir de vous voir à l’église, dimanche ?

─ Ne soyez pas offensé mon Père, mais je crains que non.

─ Je ne le suis point, Mlle Tealney. Notre Seigneur veille sur toutes ses brebis, sans exception.

Arrivés au port, ils se séparèrent, prenant des directions différentes.

Lorsque Heather voulut payer Tom pour le changement du pneu, ce dernier l’informa que « Mr Julian » avait déjà réglé la facture.

De quoi il se mêle ?

Furieuse, elle rassura le garagiste qu’il n’y avait aucun problème ; elle règlerait cela avec « Mr Julian » en personne.

Avant de rentrer, la jeune femme fit un détour par La Plume Enchantée, la librairie d’Euphrosine. Le bruit du carillon de l’entrée de la boutique fit se retourner Mme Peabody, occupée à remettre en ordre les rayonnages.

─ Ah, Heather. Il paraît que Julian t’a trouvée au bord de la route ?

─ Je vois que les nouvelles vont vite.

─ L’inconvénient d’une petite ville comme la nôtre. Il est difficile de garder un secret très longtemps.

Pourtant certains y arrivent sans difficulté.

─ Victoria est venue me voir hier.

─ Comment se sont passées les retrouvailles ?

─ Génial.

Heather se dit que c’était le moment propice pour glisser vers le sujet qui l’intriguait.

─ Elle s’inquiète énormément pour sa mère. Lady Catherine ne sort plus depuis la mort de son mari, poursuivit-elle. C’est vraiment triste ce qui est arrivé à Lord Tyrell.

Elle observa attentivement Euphrosine, à l’affût de la moindre réaction qui pourrait confirmer ses soupçons.

─ Qui peut l’en blâmer ? répondit la libraire, sans regarder son interlocutrice.

Euphrosine semblait mal à l’aise, ses mains tremblaient légèrement.

─ Est-ce que…

L’arrivée de Martha dans la boutique empêcha Heather de finir sa phrase. La pâtissière s’adossa contre la porte, le souffle court, le visage rouge, comme si elle venait de piquer un sprint. Elle tenait un bouquet de roses rouges dans une main.

─ Que se passe-t-il ? demanda Euphrosine affolée, en s’avançant vers son amie.

─ J’ai besoin de m’asseoir, répondit cette dernière.

La libraire rapporta une chaise de son bureau sur laquelle Martha se laissa choir, en tendant le bouquet à Heather.

─ Alors, tu vas nous dire ce qu’il se passe ? insista Euphrosine.

─ John m’a invitée à dîner, puis il m’a offert ce bouquet.

─ John ? John Law ?

─ Bien sûr John Law ! Pas John le Pape. Parfois Rosine, tu es lente d’esprit. Mais ce n’est pas tout. Il a dit que ma vision enchanteresse faisait battre son cœur à chaque fois qu’il me voit, quelque chose comme ça. Il a ajouté que j’étais la lumière de sa vie et que mon doux sourire l’accompagnait dans ses rêves.

John devait vraiment être aveuglé par l’amour car Euphrosine ne se souvenait pas que Martha lui ait adressé un seul sourire ces vingt dernières années.

─ Qu’as-tu répondu ? demanda Heather, curieuse et impatiente de connaître la suite.

─ Rien, le Père Godwin est entré dans la pâtisserie à ce moment-là. John en a profité pour se carapater en me disant qu’il attendait ma réponse.

─ As-tu l’intention d’accepter son invitation ? se hasarda Euphrosine.

─ Tu sais très bien qu’il est hors de question que je sorte avec ce malotru !

─ Martha, je ne veux pas paraître indiscrète, mais pourquoi tu n’apprécies pas Mr Law ? demanda innocemment Heather.

La pâtissière se leva, puis se dirigea vers la porte de la librairie pour l’ouvrir.

─ Je ne tiens pas à en parler. Quant à toi, Euphrosine Peabody, je te défends de raconter cette histoire, rétorqua Martha furieuse, en pointant son amie du doigt.

Elle sortit sans emporter son bouquet de roses.

─ Tu veux savoir ce qui s’est passé ? demanda la libraire, les yeux pétillants de malice.

─ Je suis tout ouïe.

─ Ce n’est pas un secret, toute la ville est au courant. Lorsqu’elle était adolescente, Martha faisait du baby-sitting. Un soir, Mr et Mme Law lui ont demandé de venir surveiller John. A dix ans, c’était un garnement, toujours à l’affût d’un mauvais coup. Martha devait s’assurer qu’il ne fasse pas de bêtises. Elle s’est assoupie dans le canapé du salon et lorsqu’elle s’est réveillée, au retour des parents, elle avait du chewing-gum collé partout dans les cheveux. La mère de Martha n’a pas trouvé d’autre solution que de lui raser la tête. La pauvre a dû passer l’hiver avec un bonnet vissé sur le crâne, en attendant que cela repousse. Tous les garçons du lycée se moquaient d’elle, ils l’avaient surnommée Kojak.

Heather ne put s’empêcher d’éclater de rire, suivie par Euphrosine.

─ Pauvre John. Il court après Martha depuis vingt ans dans l’espoir de se faire pardonner.

─ J’espère sincèrement que sa persévérance sera récompensée.

L’arrivée de l’employé d’Euphrosine rappela à cette dernière que ses fonctions officielles l’attendaient. Elle attrapa son sac, puis disparut comme une flèche. Heather avait raté le coche en ce qui concernait la mort de William Tyrell. Elle quitta à son tour la librairie.

*

Après plusieurs heures de fouilles infructueuses dans le grenier, Heather fit une pause pour manger. Elle s’installa dans le canapé de la bibliothèque pour boire son café, puis posa la tasse vide sur un guéridon, avant de s’allonger. Sans s’en rendre compte, elle s’endormit. Elle se réveilla en sursaut avec une étrange impression. Son grand-père lui était apparu en rêve, cependant elle n’était pas vraiment sûre que ce fût un songe.

Toutes ces histoires de secrets te montent à la tête, ma pauvre fille.

Elle remonta dans les combles pour n’en redescendre qu’à la tombée de la nuit, avec des albums de photos de famille ainsi qu’un cordon en cuir auquel elle enfila la clé, avant de l’attacher autour de son cou. Les muscles légèrement douloureux d’avoir bougé des cartons ainsi que des coffres pesant des tonnes, Heather prit une douche avant de se préparer un plateau qu’elle emporta dans sa chambre. Tout en mangeant, elle feuilleta les albums, puis posa le tout sur le sol avant de se coucher.

*

Le lendemain, Heather se réveilla à nouveau en sursaut. Elle avait encore rêvé de son grand-père, mais cette fois cela avait avait duré plus longtemps.

Elle était endormie. Lorsqu’elle se réveilla, son grand-père était penché sur elle. Sans parler, il se dirigea vers la porte de la chambre, attendant qu’elle le suive. Il descendit les escaliers puis entra dans la bibliothèque, où il s’installa derrière son bureau. Sans bouger, ni rien dire, il restait assis là, les yeux rivés sur elle. Puis il disparut, comme de la fumée emportée par le vent.

Heather n’était pas du genre à croire aux fantômes ni au surnaturel, pourtant elle était convaincue que son grand-père lui envoyait une sorte de message. Une fois descendue dans la bibliothèque, elle ouvrit en grand les rideaux de velours avant de s’asseoir derrière le bureau.

─ Et maintenant ?

La solution de tous les mystères se trouvait ici, dans cette pièce. Le bureau en lui-même n’était pas un indice ; elle l’avait inspecté sous toutes les coutures. Réfléchir. Qu’avait-elle dans son champs de vision ? Un coin de la pièce avec deux blocs d’étagères. Elle retira tous les livres, puis tâta soigneusement le bois. Rien.

Ne te décourage pas.

En revenant à côté du bureau, la jeune femme se prit les pieds dans le tapis. Lorsqu’elle voulut rabattre le coin, quelque chose sur le sol attira son attention. Des marques bien visibles, en forme d’arc de cercle, signe d’un frottement répété. Heather leva les yeux vers la portion de bibliothèque juste derrière le bureau. C’était dingue comme idée, mais la seule explication possible à la présence de ces marques. Elle ôta tous les ouvrages pour commencer son inspection des étagères. Bingo ! Sur l’une des parois du côté, elle sentit sous ses doigts une forme ronde, comme un bouton. Elle appuya, puis recula. Un pan de la bibliothèque s’ouvrit vers elle, telle une porte.

Une pièce cachée, plongée dans le noir. Heather avait l’impression d’être dans la peau de Lara Croft. Elle courut à la cuisine chercher la lampe torche. Il y avait un petit lustre au plafond, donc un interrupteur qu’elle localisa sans difficulté.

─ Que la lumière soit et la lumière fut.

La pièce était de taille moyenne. Parquet au sol, murs lambrissés. Un bureau de style victorien en occupait le centre avec un fauteuil en cuir tout ce qu’il y avait de plus moderne. Un seul des murs contenait des étagères accueillant des livres de toutes tailles. Le plus récent était une édition originale de l’ouvrage de Charles Darwin L’Origine des espèces, publié en 1859. Les autres traitaient d’alchimie, de magie, de l’utilisation des plantes, d’anatomie humaine, de rites païens, de contes et légendes des différents pays du monde. Tous ces livres étaient dans un état de conservation incroyable. Comment son grand-père avait déniché ces merveilles qui ne se trouvaient pas sous les sabots d’un cheval ?

En se déplaçant pour examiner le contenu des étagères, le pied de Heather appuya sur une partie du parquet qui semblait s’enfoncer. Effectivement, une découpe nette, rectangulaire était visible. La jeune femme fouilla les tiroirs du bureau à la recherche d’un outil quelconque pour soulever les lames.

─ Un coupe papier, parfait.

La cache renfermait un magnifique coffre marqueté de 30cm² et 20cm de hauteur. Lorsque Heather vit la petite serrure, elle comprit que le mystère de la clé était résolu. En levant les yeux, autre chose attira son attention. Sur la dernière étagère du bas, plusieurs volumes en cuir portaient le nom Tyrell sur la tranche ainsi que des dates. Deux volumes par siècle depuis 1658 jusqu’à 1958. Était-ce une chronique familiale ? Quoi que ce soit, pourquoi son grand-père gardait cela dans cette pièce ? La jeune femme prit les quatre premiers volumes, puis le coffre avant de fermer soigneusement le pan de la bibliothèque. Elle regagna sa chambre avec ses trouvailles.

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