Confrontation

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Heather arriva chez elle en milieu de matinée, mais ne fit son apparition à la librairie que l’après-midi. Elle reprit pendant quelques heures ses habitudes. Ayant l’intention de discuter avec Yuki, la jeune femme ferma la boutique une heure plus tôt, puis entraîna son employée dans son bureau. Elle lui fit part de sa décision de passer l’été à New Heaven ce qui n’aurait, bien entendu, aucune incidence sur les projets de la jeune fille. La librairie serait fermée juillet et août, tout simplement. Le mois de juin touchant à sa fin, Yuki, put se considérer en vacances le soir même.

Le lendemain, Heather se rendit chez ses parents. Elle sonna à la porte, puis, comme à son habitude, entra. Gwenn fit son apparition, sortant de la cuisine, un tablier attaché autour de la taille.

─ Heather, ma chérie. Nous ne t’attendions pas, mais qu’importe. Quand il y en a pour deux, il y en a pour trois.

Gwenn se dirigea vers le fond du couloir, puis frappa à une porte.

─ James. Sors de ton fichu bureau, ta fille s'est invitée pour le déjeuner.

Puis se tournant vers sa fille :

─ Tu n’as pas pensé à ramener le dessert à ce que je vois, asséna-t-elle avant de disparaître dans la salle à manger.

Pendant tout ce temps, Heather avait observé sa mère en silence. Comment pouvait-elle se comporter comme si rien ne s’était passé ? Elle avait du mal à croire que sa mère eût été la charmante jeune fille décrite par Euphrosine.

James sortit de son bureau, puis croisa le regard de sa fille. Heather y lut une grande tristesse ainsi que le secret espoir d’être pardonné, ce qu’elle lui accorda en lui offrant le plus chaleureux des sourires.

Ils rejoignirent la maîtresse de maison qui ajoutait un couvert supplémentaire sur la table.

─ Je ne reste pas pour déjeuner, annonça Heather.

Gwenn la regarda, comme si, déroger à cette habitude était passible du châtiment suprême.

─ Je viens juste vous prévenir que je passerai tout l’été à New Heaven, poursuivit la jeune femme. Des vacances me feront le plus grand bien.

─ Quelle idée saugrenue, rétorqua Gwenn.

─ Je ne suis pas venue ici pour me disputer avec qui que ce soit, donc je vous laisse en vous souhaitant un bon dimanche.

Fière d’avoir gardé son calme, Heather sortit de la pièce. Gwenn la suivit jusque dans l’entrée.

─ Profite bien de ton séjour, ma chérie. Lorsque j’entrerai en possession de cette maison, je la vendrai le plus vite possible.

La main crispée sur la poignée de la porte, Heather prit une profonde inspiration, tout en fermant les yeux, puis se retourna pour faire face à sa mère. Elle s’était promis d’entrer puis de quitter cet appartement avec une maîtrise d’elle-même la plus totale, mais apparemment c’était impossible. Manifestement, Mr Law n’avait pas encore colporté la nouvelle. Qu’à ne cela ne tienne ! Heather ressentit une joie indicible à la délectable perspective de jouer l’oiseau de mauvais augure.

─ Tu ne vendras rien du tout, annonça-t-elle, un large sourire épanoui sur les lèvres. Cette maison ne t’appartiendra jamais car j’en suis la propriétaire. Grand-père me l’a léguée.

─ C’est impossible ! Je suis sa fille, c’est moi son héritière.

─ Demande à papa, il est avocat, non ?

Gwenn se tourna vers son mari.

─ James ?

─ Les lois de ce pays autorisent quiconque à déshériter ses enfants au profit d’une ou plusieurs personnes, désignées par testament, répondit ce dernier, avec un calme olympien.

Lorsque Gwenn se tourna, à nouveau, vers sa fille, celle-ci avait quitté l’ appartement.

─ Cela ne va pas se passer comme ça ! Je vais contester ce testament et tu vas m’épauler dans cette tâche, vociféra Gwenn à son époux.

La voix aigüe de sa femme vrillait les tympans de James, c’était insupportable.

─ Stop, hurla-t-il !

Gwenn recula, l’étonnement se lisant dans ses yeux.

─ Tu ne contesteras rien du tout. Il est hors de question que je m’engage dans ce genre de bataille juridique, encore moins contre ma propre fille.

─ Qui es-tu pour me dire ce que je dois faire !? asséna Gwenn, à nouveau prête à mordre.

─ Je suis celui dont tu dépenses l’argent. Celui qui t’a offert cette vie de luxe, sans que tu aies à lever le petit doigt.

Consumée par la colère, Gwenn leva la main pour gifler son mari, mais ce dernier attrapa son poignet en vol.

─ Très mauvaise idée, ma chérie.

N’ayant plus de répartie en réserve, Gwenn détacha le tablier noué autour de sa taille pour le jeter au sol, avant de monter à l’étage s’enfermer dans sa chambre.

Enfin, James savoura le silence. Il rapporta de la cuisine le rôti de veau, les légumes, ainsi qu’une bouteille de bordeaux rouge, vin qu’il faisait venir de France. Il inséra un CD dans la chaine hi-fi avant d’appuyer sur « play ». Les premières notes de musique emplissant la pièce, James trancha la viande, fondante comme du beurre. Il profita de ce succulent repas en écoutant le Concerto pour clarinette de Mozart.

Heather passa la journée du lendemain à régler les problèmes techniques inhérents à sa prochaine absence imprévue. Elle accrocha un écriteau à la porte de la librairie avant de rejoindre son duplex.

Fermé pour congés d’été.

Je vous retrouve en septembre.

Bien que la jeune femme se sente tout à fait capable d’affronter sa mère, elle appréhendait la perspective que cette dernière débarque à son appartement dans le but de provoquer un esclandre. Par conséquent, Heather décida de partir plus tôt que prévu. Pas par lâcheté, mais pour sa tranquillité d’esprit. Elle fit ses bagages, n’omettant rien : quantité de vêtements suffisante, chargeur de téléphone portable, laptop etc., avant de charger le tout dans le coffre de sa voiture.

Tôt, le matin suivant, Heather quitta New-York. Six heures de route l’attendaient pour rallier New Heaven.

Mystères, me voilà !

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