Décision

6 minutes de lecture

Heather se réveilla tôt, fraiche comme une rose. Cette nuit de sommeil lui avait fait le plus grand bien, se sentant d’attaque pour fouiller la maison de la cave au grenier. Mais avant, elle voulait se rendre à la bibliothèque municipale. Ne voulant pas perdre de temps, la jeune femme emporta un thermos de café. 

En passant devant l’église, Heather vit le Père Godwin sortir du presbytère. Il lui fit signe de l’attendre.

─ Mlle Tealney. Vous descendez en ville ?

─ Exact.

─ Verriez-vous un inconvénient à ce que nous fassions le chemin ensemble ?

─ Aucunement, mon Père. Je ne dis jamais non à un peu de compagnie.

─ Où vous rendez-vous de si bon matin ? ; si ma question n’est pas indiscrète, bien entendu.

─ Je vais passer voir Martha, puis faire une balade sur le port.

─ Notre chère Martha. Ses pâtisseries sont divines, surtout le baba au rhum.

─ Je vois que j’ai affaire à un connaisseur.

Le Père Godwin rougit.

─ La gourmandise est un pêché, mais que voulez-vous, même au service de Dieu, je reste un simple être humain.

Heather sourit.

─ Je crois que notre Seigneur vous pardonnera aisément ce petit écart.

─ Je le pense aussi, dans sa grande miséricorde.

Le Père Godwin quitta la pâtisserie avec une petite boîte, préparée à l’avance par Martha.

─ Remise de tes émotions ? demanda Heather.

─ Tu te rends compte ! Quel cachotier ce Vieux Mac. Que vais-je bien pouvoir faire de tout cet argent ?

─ Profiter de la vie. Pourquoi ne pas faire un voyage ? suggéra la jeune femme.

─ Je ne suis jamais allée plus loin que Portland. Puis, je ne peux pas laisser la pâtisserie et abandonner mes clients.

Manifestement, Martha n’avait pas l’âme d’une aventurière. Heather prit la boîte de donuts qu’elle avait demandé.

─ Dans le pire des cas, tu peux toujours demander conseil à Mr Law, ma très chère Martha.

La jeune femme sortit rapidement de la boutique en riant, avant d’essuyer le courroux de la pâtissière, qui lui lança un regard des plus noir.

Heather remonta la rue jusqu'à la Place du Port, où se trouvait la bibliothèque. Par chance, le bâtiment venait d’ouvrir ses portes. Parfait. L’employée indiqua à Heather le seul poste de travail muni d’un ordinateur qui n’était pas du dernier cri. Une heure et demie plus tard et maintes pages internet écumées, la jeune femme dut se rendre à l’évidence. Aucune information exploitable concernant le symbole sur le cachet de cire, qui n’était répertorié nulle part.

Encore un mystère supplémentaire.

Inutile de perdre plus de temps ici, elle avait une maison à fouiller, en espérant avoir plus de chance de ce côté-là. Lorsque la jeune femme sortit de la bibliothèque, elle vit Julian. Elle lui fit un grand signe pour qu’il l’attende, mais le jeune homme monta en voiture, puis démarra rapidement, l’ignorant totalement. Il l’avait vue, Heather en était certaine. La question était la suivante : pourquoi l’évitait-il ?

*

Heather avait retourné toutes les pièces du rez-de-chaussée, puis celles de l’étage, provocant un désordre indescriptible. Pour rien. Il ne restait que le grenier. Le coffre recherché, ou quoi que ce soit d'autre,se trouvait forcément là. A l’aide d’une perche, la jeune femme attrapa l’anneau accroché à la trappe d’ouverture, puis tira. Un escalier rétractable permettait de monter. Les combles faisaient toute la surface de la maison. Deux petites lucarnes laissaient passer la lumière du jour, mais pas suffisamment pour y voir distinctement. Heather descendit à la cuisine chercher une lampe torche. Toute la place était occupée par des meubles, des coffres en tout genre, ainsi qu’une multitude de cartons. Il ne serait pas aisé de se frayer un passage au milieu de ce capharnaüm. Le découragement l’envahit. Elle s’assit en haut des marches. Il lui faudrait une journée entière, voire plus pour inspecter tout ce fourbi, sans compter qu’elle reprenait l’avion le lendemain matin. Mais elle ne pouvait pas rentrer, reprendre sa vie en laissant tous ces mystères irrésolus. Son grand-père avait été un homme plein de secrets ; Heather avait pour « mission » de les découvrir. Sa décision était prise. La jeune femme rentrerait à New-York, mais reviendrait passer l’été à New Heaven. Elle n’avait pas pris de vacances depuis deux ans, c’était l’occasion rêvée. Yuki, son employée, serait également absente à cette période, puisqu’elle partait au Japon, rendre visite à sa famille. De plus, la perspective de revoir Victoria la réjouissait au plus haut point. Penser à son amie d’enfance la ramena au suicide du père de cette dernière. Quelque chose clochait avec la mort de Lord Tyrell, Heather en était convaincue. Elle comptait bien découvrir le fin mot de l’histoire.

Le bruit de la sonnette de la porte d’entrée la sortit de ses pensées. Le frère de Victoria se tenait sur le seuil.

─ Julian, s’exclama la jeune femme étonnée. Tu es la dernière personne que je m’attendais à voir.

─ Ah oui ? Pourquoi cela ?

─ Au risque de passer pour la parano de service, j’ai la nette impression que tu m’évites.

─ Pourtant, je suis là, répondit le jeune homme, le sourire aux lèvres.

─ Comme je suis une personne bien éduquée, je te laisse entrer, malgré mon envie de te claquer la porte au nez.

Heather s’écarta pour laisser passer Julian, avant de se diriger vers la cuisine. Une fois dans la maison, il était difficile de faire abstraction du désordre ambiant.

─ Que s’est-il passé ? Un ouragan aurait-il tout emporté ? 

─ J’ai décidé de faire un peu de rangement, répondit Heather nonchalamment.

─ Nous n’avons pas la même idée du rangement, alors.

─ Chacun sa méthode. Tu veux boire quelque chose ? J’ai de l’eau, du café ou du thé.

─ Un café fera l’affaire.

Inutile de tourner autour du pot, mon vieux. Tu es là pour une raison précise, alors ne perds pas de temps en bavardages futiles.

─ Euphrosine m’a appris que tu repartais à New-York demain.

─ Demain matin, précisa la jeune femme, en posant une tasse de café, puis un pot de sucre devant Julian.

─ Tu es sûre de ne pas vouloir rester plus longtemps ? Victoria sera là dans quelques jours. Ce serait l’occasion de se retrouver tous les trois.

─ Je ne me souviens pas que ta sœur, toi et moi formions une bande. Par contre, je me souviens d’un sale gosse qui nous ennuyait ou nous terrorisait, suivant son humeur.

─ Ok, je plaide coupable, dit Julian en levant les mains. J’avoue que j’étais insupportable à l’époque. Mais nous nous sommes bien amusés.

Tu t’es bien amusé, rétorqua Heather, ne pouvant s’empêcher de sourire, malgré tout.

─ Alors, ne pourrais-tu pas reculer ton départ ?

─ Avant que tu sonnes à ma porte, j’avais déjà décidé de passer l’été ici. Je repars demain à New-York, mais je serai de retour dans une semaine, tout au plus.

Julian ressentit un indescriptible soulagement. S’il avait été croyant, il se serait signé pour remercier le Seigneur d’avoir répondu à ses prières.

─ J’en suis ravi, se contenta-t-il de répondre.

Il observa Heather ranger le pot de sucre et mettre les tasses dans le lave-vaisselle. Ses yeux bleus tirant sur le violet le fascinaient autant aujourd’hui qu’à l’époque. Des yeux d’une couleur unique, qui indiquaient que la jeune femme était la digne descendante de Malcolm. Contre toute attente, le jeune homme ne ressentait pas l’envie de quitter cette maison dans l’immédiat, la compagnie de Heather s’avérant très agréable. Il lui proposa de l’aider à remettre un peu d’ordre, ce qu’elle accepta volontiers.

Avant de partir, Julian avisa un bloc et un stylo sur le meuble de l’entrée. Il y nota quelque chose, puis le tendit à la jeune femme.

─ Mon numéro de portable, au cas où tu aurais besoin que quelqu’un vienne te chercher à l’aéroport, à ton retour.

Heather arracha la feuille du bloc pour la donner à Julian.

─ Pas besoin, je compte faire le trajet en voiture, cette fois.

─ Garde-le quand même.

Après le départ du jeune homme, Heather resta un moment dans l’entrée, perplexe. Le comportement de Julian était tout de même étrange. Il l’évitait, puis il débarquait ici pour lui demander de rester. Encore un mystère à élucider. Si cela continuait, il lui faudrait dresser une liste pour ne pas perdre le fil.

Bon, les pièces du rez-de-chaussée avaient retrouvé leur aspect habituel, mais le chaos régnait encore à l’étage. Tant pis, elle verrait cela à son retour, il était trop tard pour continuer à ranger. Heather ferma la trappe menant au grenier, puis redescendit dans la cuisine se préparer à manger. Avant de se coucher, elle appela Martha pour lui faire part de sa décision, qui fut accueillie avec un cri de joie. La jeune femme mit l’enveloppe dans son sac car il était hors de question de la laisser là jusqu’à son retour. Tant qu’elle n’aurait pas trouvé ce que cette clé ouvrait, la jeune femme ne s’en séparerait pas une seule seconde.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Défi
Opale Encaust
Tout est dans le titre.
1203
979
22
12
Défi
Œil de Lynx
Réponse au défi une phrase par jour :)

Ce n'est pas une histoire, seulement des phrases jetées chaque jour au hasard... Je ne sais pas si cela respecte bien le principe du défi.
3431
879
75
14
Défi
SeekerTruth
En réponse au défi "Une phrase par jour".
2220
1627
24
11

Vous aimez lire Carole Pohie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0