Enigmes

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Heather rejoignit Mme Peabody à l’extérieur.

─ Où est Martha ? demanda la jeune femme.

─ Au pub. Elle avait besoin d’un verre, selon ses propres termes. En as-tu besoin, toi aussi ?

─ Non.

─ Une balade sur le port, peut-être ?

Heather sourit.

─ Avec plaisir.

Mme Peabody prit le bras de la jeune femme.

─ Alors, vous êtes devenue Maire.

─ Les habitants de notre petite ville ont pensé que je serais à ma place dans cette fonction, donc je me suis présentée pour remplacer ce vieux croûton de Charles. Tu te souviens de lui ?

─ Bien sûr, il chiquait du tabac à longueur de temps. Et la librairie ?

─ J’en suis toujours l’heureuse propriétaire. J’ai un employé compétent et passionné, pour prendre le relais lorsque que cela s’avère nécessaire. Gérer une ville, si petite soit-elle, n’est pas de tout repos.

─ Je veux bien vous croire. Dîtes-moi, Euphrosine ; vous étiez au courant pour l’argent, n’est-ce pas ?

─ Exact. Malcolm m’en avait parlé, il y a quelques années. Il n’était pas rentré dans les détails ; il m’avait juste dit s’être assuré que tu ne sois jamais dans le besoin.

Mme Peabody se racla la gorge avant de poursuivre.

─ Il m’avait également confié qu’il comptait déshériter Gwenn.

─ Comment était ma mère lorsqu’elle était plus jeune ?

─ Jusqu’à l’adolescence, Gwenn était une jeune fille charmante. Elle était ma meilleure amie. Puis elle a changé. Elle est devenue condescendante et n’a plus fréquenté personne à New Heaven, se plaignant constamment de sa vie. Coincée dans une petite ville, elle croyait mériter mieux que ce que la vie lui offrait. Pauvre James ; Gwenn ne l’a pas épousé par amour.

─ Je m’en suis toujours doutée, confia Heather.

─ Un jeune avocat à la carrière prometteuse, un homme enfin digne de son intérêt. Ton père n’a été qu’un moyen de quitter cette ville, puis d’accéder au statut social dont elle rêvait. Tu es la seule concession que Gwenn ait accordée à son mari. Elle était terrorisée à l’idée qu’il demande le divorce si elle refusait de lui donner l’enfant qu’il désirait.

Les deux femmes rebroussèrent chemin. Mme Peabody s’arrêta devant le pub.

─ Je vais voir si Martha s’est remise de ses émotions. Si je ne te revois pas avant ton départ, je te souhaite bon retour. J’espère que tu viendras plus souvent maintenant.

─ Autant que je le pourrai.

Euphrosine serra Heather dans ses bras avant de rentrer dans le pub.

*

Seule dans la maison, Heather s’empressa de sortir de son sac l’enveloppe remise par Mr Law. Avant de l’ouvrir, elle observa le cachet de cire. Il représentait un symbole qu’elle ne pouvait détailler sans l’aide d’une loupe. Son grand-père devait bien avoir cela quelque part. La jeune femme trouva ce qu’elle cherchait dans l'un des tiroirs du bureau de la bibliothèque. Elle prit également un crayon et un bloc. Un œil ouvert dans un soleil stylisé, voilà ce que représentait le sceau. Ce symbole ne lui disait rien, mais elle n’était pas non plus une experte en la matière. Des recherches s’imposaient, malheureusement, elle n’avait pas emporté son laptop. La bibliothèque municipale devrait faire l’affaire, mais elle verrait cela plus tard.

Heather ouvrit l’enveloppe, sans abîmer le cachet, voulant le garder intact. Elle en sortit une feuille qu’elle déplia. Deux mots y étaient inscrits : Aliona Ivanovna.

─ C’est tout ! Que suis-je censée faire avec ça, grand-père ?

Elle secoua le papier, comme si, par magie, d’autres mots allaient apparaître. Elle le leva même devant la fenêtre pour voir en transparence à la lumière du soleil. Rien.

N’importe quoi, ma pauvre ! Ton imagination débordante galope trop loin. Pourquoi pas de l’encre sympathique pendant que tu y es !

Non. La solution se trouvait dans ce nom d’origine russe. Bizarrement, cela disait quelque chose à Heather, sans qu’elle puisse mettre le doigt dessus. Les gargouillis de son estomac lui rappelèrent que l’heure du déjeuner était passée. Réfléchir le ventre vide n’était pas une option. Direction la cuisine. Que restait-il de bon dans le frigo ? Du chili ; parfait. La jeune femme avalait la dernière bouchée lorsqu’un éclair de génie traversa son esprit. Bien sûr ! Elle lâcha sa fourchette dans l’assiette pour se précipiter dans la bibliothèque.

Plantée au milieu de la pièce, elle regarda autour d’elle. Aliona Ivanovna était le nom de la prêteuse sur gages dans Crime et châtiment, celle que Raskolnikov assassine. Si Malcolm avait laissé cet indice, le roman de Dostoïevski se trouvait forcément parmi les centaines de livres présents devant ses yeux. Mais où ? Les livres étaient classés, sinon, comment retrouver un ouvrage en particulier ? Après avoir parcouru les étagères, Heather comprit que tout était rangé selon la nationalité des auteurs. Elle devait trouver la section consacrée à la littérature russe. Bingo ! Quatre exemplaires différents de Crime et châtiment se trouvaient sous ses yeux. Elle les prit puis s’installa sur le bureau pour les inspecter plus attentivement. Rien. Elle ne trouva rien. Pas de feuille glissée entre les pages, pas de mot inscrit où que ce soit, ni d’annotations. C’était à en devenir dingue. En désespoir de cause, Heather prit chaque livre un par un pour en tâter la couverture. La tranche du troisième semblait plus bombée que les autres. En appuyant dessus avec le pouce, la jeune femme sentit quelque chose de dur. Il lui fallait un cutter. Elle en avait vu un dans un tiroir de la cuisine. Cela lui faisait mal au cœur d’abîmer la couverture, mais elle n’avait pas le choix. Délicatement, elle incisa le cuir de la tranche. Une clé, accrochée à un ruban noir y était dissimulée. Rien d’autre.

A première vue, cette clé n’ouvrait pas de porte, trop petite. Plutôt un placard, une boîte ou un coffre. Quoi que ce soit, cela se trouvait dans la maison. Heather s'appuya contre le dossier du fauteuil. La nuit était tombée. Elle était épuisée et sa vue se brouillait. La jeune femme mit la clé dans l’enveloppe pour l’emporter avec elle dans la chambre. Il lui restait toute la journée du lendemain, avant son départ, pour trouver ce que cette clé ouvrait.

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