Domum (1)

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Le lendemain, en fin de matinée, l’avion de Heather atterrit à Portland, Maine. La jeune femme ne s’attendait pas à être accueillie à l’aéroport. Elle espérait seulement que Martha ait eu son message.

Heather n’eut aucun mal à trouver un taxi pour l’emmener à New Heaven. Assise à l’arrière, ses pensées vagabondèrent vers Victoria Tyrell, son indéfectible compagne de jeu pendant ces étés de liberté. La reverrait-elle ? Peu probable. Adolescente, Victoria clamait haut et fort qu’elle quitterait sa ville natale, trop petite pour combler ses aspirations quant à son avenir.

Quarante- cinq minutes plus tard, le taxi dépassa le panneau indiquant l’entrée de la ville. A la vue de l’océan, les souvenirs affluèrent tel un raz-de-marée. Les balades sur le port avec sa grand-mère, toujours suivies par la dégustation d’un cornet de glace fraise / café. Combinaison insolite, mais merveilleuse pour les papilles de la petite fille qu’elle était. Les moments de silence, lors des parties de pêche avec son grand-père, assis tous deux au bout de la jetée, dévorant les sandwichs au poulet préparés par Violette, en attendant que le poisson morde. Elle et Victoria, allongées sous le chêne ancestral du domaine de la famille Tyrell, se léchant les doigts après avoir partagé une boîte de choux à la crème, achetée dans la seule pâtisserie de la ville. Leurs visites nocturnes dans le cimetière, derrière l’église, dont elles s’enfuyaient en courant, persuadées d’avoir vu un fantôme. Tout remontait à la surface, comme si ces quinze dernières années n’avaient été qu’une brève parenthèse.

Le taxi déposa Heather devant la maison de ses grands parents qui se trouvait sur la falaise surplombant la petite ville portuaire. Plus bas, se trouvait l’église, puis plus loin, au-delà du bois, se dressait la demeure ancestrale de la famille Tyrell, sorte de manoir anglais.

Un mot était scotché sur la porte d’entrée.

Ma petite Heather

Je ne serai pas présente à ton arrivée, à mon grand regret. D’autres obligations m’appellent ailleurs. Je viendrai te voir demain matin. Les obsèques de Malcolm auront lieu demain après-midi.

Martha

P.S : les clés de la maison sont sous le pot de géraniums, à côté de la porte. J’ai laissé quelques petites choses à manger dans le frigo.

Avant de déverrouiller l’entrée, Heather suivit du bout des doigts les lettres de l’inscription en fer forgé, accrochée sur le mur de la maison : DOMUM.

La jeune femme fit le tour des pièces. Rien n’avait changé, à part la cuisine qui n’avait pu échapper à la modernisation. A l’étage, tous les lits étant faits, Heather put choisir sa chambre, celle avec vue sur la mer.

Après avoir avalé une énorme part de lasagnes, la jeune femme sortit se promener. Elle traversa le bois avant de s’arrêter à sa lisière. La demeure des Tyrell trônait au milieu d’un océan de verdure et de fleurs, soigneusement entretenues.

Victoria. As-tu quitté cette maison et cette ville, comme tu le souhaitais tant ? pensa-t-elle.

Heather rebroussa chemin lorsqu’elle vit un homme en vert de travail la scruter. Sûrement le jardinier.

De retour, elle entra dans la seule pièce qu’elle n’avait pas encore inspectée : la bibliothèque. Pénétrer dans ce lieu signifiait faire un bond dans le temps. Chaque détail était digne des descriptions des romans du XIXe siècle. Le parquet qui craquait sous le moindre pas. Les rideaux de velours grenat, accrochés aux immenses fenêtres, descendaient en cascade tel un somptueux drapé jusqu’au sol. Le canapé Chesterfield rappelait les clubs de l’époque, exclusivement réservés aux hommes. Les étagères en bois, qui n’avaient rien à envier à celles des boutiques d’apothicaires, couraient du sol au plafond avec une échelle sur rail. Enfin, au fond de la pièce, dans le coin gauche, se trouvait le bureau en noyer de son grand-père posé sur un grand tapis persan, seule note « exotique » du décor.

Étant jeune, Heather trouvait cette pièce sombre et sinistre. Elle y mettait rarement les pieds. Maintenant, elle la trouvait fascinante, ensorcelante. Elle prit le tartan posé sur le fauteuil du bureau. Vert et bleu, les couleurs du clan McKenzie, rappel des origines écossaises de Malcolm. Heather l’enroula autour de ses épaules avant de s’allonger dans le canapé, se laissant aller à la magie du moment. Lentement, elle rejoignit Morphée qui lui tendait les bras.

(1) : foyer, maison en latin.

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