INTRODUCTION

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Entrer dans l’intimité du patient a été une expérience brutale lorsqu’à l’âge de 18 ans, j’intègre l’équipe soignante d’un service de chirurgie générale : c’est la rencontre de la nudité de personnes inconnues, la découverte du corps meurtri et altéré.

Soigner est une expérience professionnelle qui ne laisse pas insensible parce que projeté dans l’intimité de personnes inconnues, le soignant est destinataire de confidences, de témoignages de vie, révélés parfois comme la transmission d’un enseignement.

Aujourd’hui, assistante médicale au Département de soins de support d'un Centre anti-cancéreux, c’est par la voix du patient, que j’entre dans l’intimité des personnes.

L’appel des patients à l’équipe concerne le plus souvent une plainte : douleur, fatigue, anxiété, et autres symptômes d’inconfort dans un contexte de maladie grave. Il ne s’agit donc pas de banales conversations mais d’échanges souvent riches en émotions, où témoins de leur existence menacée, nous prenons place dans leur histoire.

Pourquoi s’intéresser particulièrement aux patients traités par curiethérapie ?

Lors d’une interview des soignants dans le cadre de la démarche d’accréditation, plusieurs infirmières évoquent l’expérience difficile des patients traités par curiethérapie et l’atteinte de leur intimité par la technique même.

J’interroge mes collègues de l’équipe des soins de support : infirmières, psychologues, sophrologue, kinésithérapeutes, esthéticienne, mais aucun membre n’intervient régulièrement auprès d’eux. Je décide donc d’aller à leur rencontre.

Comment alors aborder le sujet ?

Une intervention du Professeur J. F. MATTEI lors des Colloques de Menton Penser notre Temps me revient à l’esprit. En parlant de l’œuvre de CAMUS, J.F. MATTEI expliquait : « Camus n’a jamais eu de pensée dialectique, laquelle se traduit par l’art de développer des oppositions que nous connaissons scolairement par thèse et antithèse. Finalement, l’affirmation et la négation aboutissent à un surmontement appelé synthèse. Camus pensait de façon polaire. Une polarité exclut le surmontement et l’accablement de l’adversaire. Nul ne se relève ainsi de la tension des contraires, car l’existence humaine tendue entre ces deux polarités que sont la vie et la mort, n’a pas de synthèse supérieure. [ ] L’envers et l’endroit du monde cohabitent en nous et se rejoignent pour mieux se retourner

Cette façon de penser m’a interpellée par les similitudes qu’elle présente avec les sentiments que les patients nous livrent à travers leur histoire.

Plutôt qu’une étude qui tenterait de vérifier si les droits des patients inhérents au respect de leur intimité à l’hôpital, sont honorés, je choisis plutôt de rechercher comment, à travers l’expérience de la maladie et du soin, l’intimité constitue une force ou une faiblesse.

Pour mener cette recherche, j’interrogerai le patient, le soignant mais également le philosophe afin de tenter de répondre à ce questionnement :

Est-il futile, utile ou indispensable de considérer l’intimité du patient hospitalisé pour traitement d’une maladie cancéreuse ?

Peut-on pratiquer une Curiethérapie sans porter atteinte à l’intimité de la personne ?

Où se situent les limites éthiques de cette thérapie curative de pointe ?

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