Convergence partie 1. Spartacus

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Le bruit des côtes qui éclatent sous l’impact de l’épée de bois est semblable à celui d’une branche sèche qui casse. Est-ce que l’arbre a aussi mal que moi lorsqu’il se brise ? Je ne lui souhaite pas. Je mets un genou à terre et lève mon bouclier pour parer une autre attaque. L’infirmerie n’est pas pour maintenant, je dois supporter la douleur, car dans l’arène personne ne stoppera le combat. Je me relève et pousse en avant de toutes mes forces, mon bouclier rencontre le thorax de mon adversaire et je propulse loin avant de le marteler de coups. Je frappe encore et encore jusqu’à ce que l’entraîneur soit satisfait et mette fin au combat. J’ai mal.

 

C’est fini pour aujourd’hui, je peux enfin me faire soigner. Les gladiateurs sont comme des bêtes de compétition, nous passons nous faire panser et masser pour optimiser notre récupération. Les massages sont loin d’être doux, mais c’est toujours mieux que rien. Je prierai bien les Dieux pour un peu de répit, mais ces enfoirés ignorent les esclaves, maudits jusqu’au bout.

 

Crixus est encore en forme quand je le rejoins dans la cour où nous pouvons nous détendre un peu. Je ne sais pas comment il fait pour être toujours aussi énergique.

 

— Spartacus, c’est Batiatus et Sylla qui rentrent dans un bar…

 

Il y a toujours un bar dans les histoires de Crixus.

 

— Je la connais, laisse tomber.

 

Je me détourne de lui et je vais marcher jusqu’à la grille, les gardes se font menaçantes avec leurs tasers, il ne faudrait pas abîmer la marchandise avec de vraies balles, mais je ne m’approche pas plus. Je la vois de l’autre côté de la barrière de métal, ma liberté. Un dernier coup d’œil aux hommes armés et je retourne vers Crixus.

 

— Hey Crixus ! C’est Batiatus qui rentre dans un bar et…

 

Je ne finis pas ma phrase et fonce vers les gardes. J’en assomme un tandis que l’autre tombe sous les coups d’un autre gladiateur. J’ai donné le signal et tout le monde l’a suivi. C’est la débandade dans l’école. Je prépare ça depuis qu’ils ont exécuté les esclaves fuyards non loin d’ici. Ma liberté est là et je la veux !

 

Nous prenons d’assaut l’armurerie, récupérons nos épées et boucliers, maigre protection face aux armes lourdes de l’armée romaine, mais c’est mieux que rien. Nous trouvons aussi quelques fusils et quelques pistolets dans l’armurerie de la garde Crixus sont le plus heureux des hommes. Il esquive le coup d’un homme qui voulait s’en prendre à lui et lui colle une balle dans la tête.

 

— C’est pour ça que j’adore les flingues, me déclare-t-il avec un grand sourire.

 

Quelle horreur, aucune classe dans la mort. 

 

— Contentons-nous de nous barrer loin d’ici !

 

Je n’ai pas l’habitude de donner des ordres, mais si cette bande de rustres n’a pas de chef nous ne sortirons jamais vivants d’ici.

 

— Spartacus ! Batiatus s’est retranché dans une pièce blindée ! m’informe un compagnon.

— On s’en fiche ! C’est l’heure de partir !

— Mais Batiatus…

 

Je vois la déception sur le visage des hommes qui se regroupent autour de nous. Moi aussi j’aimerais sa mort, mais ce gros bonhomme a probablement déjà appelé l’armée à la rescousse. Nous sommes forts, mais pas assez équipés. Je donne quelques explications qui ne suffisent pas à calmer la troupe, je ne sais plus quoi faire, mais Crixus a une solution toute simple :

 

— Acharnez-vous sur la porte si vous voulez, moi j’me barre ! Amusez-vous bien avec l’armée !

 

Simple et efficace, il faut que j’en prenne de la graine. Crixus en profite pour se moquer de moi, j’aurais apparemment le cerveau, mais pas les mots.

 

Nous réquisitionnons un pick-up et quelques voitures puis roulons le plus loin possible de l’école de gladiateurs. D’autres suivent à pied en coupant à travers champs, la destination est connue. Nous traversons l’Italie vers le sud pendant des heures, mais la chance est avec nous, nous tombons sur un convoi d’armes à l’arrêt. Nous réagissons plus vite que les soldats et les massacrons. À nous les armes à profusion ! Je ne suis pas belliqueux, mais l’armée est probablement déjà en route pour nous anéantir, c’est une lutte de chaque instant qui commence. Je veux survivre le plus longtemps possible alors je récupère une arme automatique, une autre de poing et quelques recharges.

 

— Il nous faut un point de chute pour passer la nuit !

 

L’un des hommes a aperçu une ferme non loin, nous nous y rendons. Le propriétaire n’est pas là, il n’y a que des esclaves qui nous accueillent avec peur. Je tente de les rassurer, mais 70 gars musclés sans manière et ultra-armées ont de quoi en effrayer plus d’un. Le vieil intendant tente de nous laisser dehors, mais il ne fait pas le poids. L’un de nous l’abat sous les yeux de sa famille qui hurle avant de se regrouper en tremblant.

 

— C’était un esclave ! hurlé-je aux autres, pas de morts inutiles ! Le prochain je l’abats moi-même.

 

Il semblerait que ma menace soit efficace, j’ai enfin un peu d’autorité. Tuer des soldats d’accord, des Romains, d’accord, mais pas de malheureux esclaves comme nous. Nous nous servons en nourriture et vin, la cuisinière nous fait même quelques desserts. Je propose aux esclaves de la maisonnée de partir avec nous, de toute manière nous brûlerons la ferme demain, un message pour Rome. Certains acceptent, d’autres préfèrent s’enfuir de leur côté.

Dans tous les cas ils sont libres, et moi aussi. Crixus n’était pas très motivé pour partir au début, j’ai passé presque plus de temps à le convaincre qu’à préparer notre évasion. Mais à présent c’est le plus heureux des hommes. Il se promène avec sa bouteille de vin et boit de tout saoul.

 

— Mec, la liberté c’est cool.

— Demain nous serons traqués comme des bêtes.

— Mais ce soir on picole !!!

 

Pour mon ami la liberté c’est l’alcool, pour d’autre c’est la télévision. J’en rejoins une dizaine, vautrés sur les canapés et abrutis devant une émission comique.

 

— Ce mec est juste tordant ! déclare un abruti dont j’ai oublié le nom, à chaque émission il se fout un truc dans le slip. Une fois c’était un homard vivant ! Les associations d’aide aux animaux lui sont tombées dessus.

— Les gens se soucient plus du sort d’un crustacé que du nôtre !

 

Il est vrai que je ne connais aucune association d’aide aux gladiateurs, ou de manière plus générale aux esclaves. Il y a bien le club des matrones de l’arène, mais c’est un tout autre genre d’association.

 

Je pars en quête d’un lit, demain il va falloir fuir très vite, et probablement se battre. Je tombe par hasard sur la bibliothèque de la demeure. Des centaines de livres soigneusement entreposés, si je savais lire ce serait un paradis. Il y a un large sofa et une petite couverture posée sur le dossier, cela sera amplement suffisant. Je m’allonge, ferme les yeux, et respire profondément. Qu’elle sent bon ma liberté ! 

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