Où Publius échappe à la mort

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— Quoi ? Quid est ? Pourquoi elle ne peut pas embarquer ? Vous savez à qui vous parlez ?

 

L’aéroport de Milano est empli de monde et d’un brouhaha sans nom. Ça fait cinq minutes que j’essaye de faire enregistrer ma nouvelle acquisition. Je l’aurais bien fait avant, j’aurais bien rempli ces fichus papiers, mais, comme je ne cesse de le répéter à cette stupide hôtesse d’accueil, je l’ai achetée hier soir sur un coup de tête et je n’ai pas eu le temps de le faire ! Ils veulent qu’elle prenne un autre avion, donc j’arriverai seul devant mon pater et c’est hors de question. En parlant de mon cadeau où est-elle ? C’est bon, elle est à ma droite, elle patiente calmement bien qu’un peu nerveuse, elle n’arrête pas de jouer avec ses doigts et de tirer sur le bas de sa robe. Robe qu’elle porte mieux que mon ex. Si mon pater ne craque pas pour elle, je ne sais plus quoi faire.

 

            La greluche m’irrite, par conséquent je la laisse et nous allons à un autre guichet, réserver à la classe patricienne celui-ci. Je vais réserver des places sur un autre vol. Le guichet en question est dans le salon VIP, ça me change de la populace plébéienne. Quelques instants me suffisent pour expliquer la situation à l’hôtesse qui s’empresse de répondre à ma requête tout en m’indiquant les sofas un peu plus loin.

 

— Viens, on va se poser pendant qu’elle nous prend des places sur un autre vol.

 

Mon joli cadeau me suit jusqu’aux canapés et s’assoit délicatement en face tandis que je vautre avec plaisir sur le meuble moelleux.

 

— C’est cool hein ? Être patricien procure quelques avantages, enfin, ce sont aussi d’autres contraintes.

 

            Comme nous sommes parti pour attendre un moment, je fais la conversation et lui parle de tout ce qu’on peut faire à Rome, de tout ce qu’on fera à Rome si le pater ne me tue pas.

 

— Ca va être génial, tu vas voir Rome la nuit c’est..., quand tu connais les bons endroits et les bonnes personnes tu passes une sacrée bonne soirée. On va s’éclater.

 

Je lui montre toutes mes photos, mon répertoire y passe, toutes ces soirées avec Rufus et les autres sont juste magiques. Un steward vient me donner ma nouvelle réservation, deux places en première dans trois heures, parfaites. Nous continuons à discuter, enfin je parle et elle écoute, bon public. Elle rit à mes blagues et rougit à mes anecdotes salaces, vierge effarouchée qu’elle est. Bon certains détails sont assez graveleux, comme la fois où a bu du vin avec cette esclave grecque et… bref un bon souvenir.

Je passe un sacré bon moment compte tenu de la situation, c’eut été parfait si elle voulait bien arrêter de regarder un peu partout à la recherche d’une sortie de je ne sais quoi d’autre.

 

— L’esclavage n’est pas la pire chose que tu puisses vivre, tu sais ?

 

Elle me jette un regard de reproche, mais j’ai raison. Certains esclaves vivent bien mieux que des citoyens libres à Rome.

 

— Et puis tu y irais où ? Jolie nymphe le monde est dangereux tu sais ? Je ne sais pas comment tu vivais avant, mais je ne suis pas du genre violent, je te traiterai bien. Le pater aussi.

 

Enfin, s’il est de bonne humeur. Globalement mon père est assez bienveillant envers ses esclaves, très dur, mais tant qu’ils font ce qu’il veut comme il le veut ça va. Pareil pour mon frère et moi, en fait le pater agit comme cela avec tout le monde, nous sommes tous ses esclaves. Je joue avec mon smartphone, j’essaye d’avoir des images de ma jolie nymphe sous toutes les coutures, de sa petite qui déplace une de ses mèches de cheveux blonds à son regard gris perdu dans la toile de maître suspendue au mur.

 

— Tu sais que tu es photogénique ? Tu es mon nouveau fond d’écran. Au fait, passe-moi ton 06.

 

Damnation, elle me sort un truc, un appareil si usé qu’il doit dater de l’époque des dinosaures, avant même.

 

— Mazette, ce truc est plus vieux que moi... Sérieux, je ne peux pas te laisser utiliser cette antiquité, ce serait la honte patricienne !

 

Il y a des limites à ce qu’un homme peut endurer, et ce truc dépasse clairement les limites. Je me lève.

 

— Reste là.

 

Et je vais voir l’hôtesse d’accueil, je lui glisse quelques mots et je retourne m’asseoir. J’ai à peine posé mon derrière qu’elle s’approche de moi et me tend une boîte et une carte, ils doivent avoir un petit stock. Je sors l’appareil, insère carte et batterie puis allume le smartphone avant de le tendre à ma nymphe avec un grand sourire. Elle n’a probablement jamais eu un truc aussi cher entre les mains.

 

— Quand je te dis qu’être esclave c’est bien.

 

Elle hausse un sourcil, mais cela ne suffit pas à calmer mon humeur, je viens m’asseoir à côté d’elle pour qu’on le configure ensemble.

 

— Quel est ton nom ?

 

Comme un abruti je ne lui ai jamais demandé, elle ne me répond pas, les yeux fixés sur l’écran et fonds en larmes. Visiblement son nom ne lui plaît pas.

 

— D’accord, d’accord, je vais t’en trouver un mieux que celui que tu portes. Visiblement l’actuel te pose problème. Réfléchissons, il faut un truc très... classe patricienne, très moi. Ah, mais classique sinon le pater va râler.

 

Je réfléchis un peu et c’est l’explosion d’idées, jolie nymphe, princesse de Milan, Aurora, Julia, et des milliers d’autres. Je pencherais bien pour jolie nymphe, mais le pater va râler.   

— Il faut un truc que le pater aime, de toute manière sinon il va te le changer...

 

Je réfléchis plus sérieusement, mais les noms classiques sont nettement moins attrayants. Au final je me rends à l’évidence et je rentre un truc banal que le pater validera.

 

— Je t’ai mis Aurea Licinia, Licinia c’est le nom de ma famille et Aurea c’est une variante du mot or, mon père va adorer. Bon, je m’ajoute et je te le rends.

 

Quitte à ce qu’elle ait un numéro, autant qu’elle ait le mien, je lui ajoute une selfie pour ma photo de profil, qu’elle ne n’oublie même si je suis inoubliable. Je lui tends ensuite l’appareil, mais elle ne le prend pas, elle a les yeux rivés sur quelque chose derrière moi et elle est toute pâle. Je me retourne et vois l’écran mural. Tout le sang quitte ma tête et je rate quelques battements. Je suis sous le choc, elle aussi. Sans la regarder, je la cherche du bras, elle saisit ma main et je l’attire contre moi avant de la serrer dans mes bras, livide comme elle.

 

— Merci Aurea.

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