11. Réponse de La Lutte des Lutins Ouvriers

2 minutes de lecture

Vénérable sorcière,

Nous faisons suite à votre demande d’informations compromettantes sur notre employeur.

Vous nous signalez avoir reçu un cadeau provenant de notre usine à jouets. Après vérification au registre des enfants sages, nous ne retrouvons ni votre nom ni le bordereau de livraison de commande. Nous sommes bien embêtés, car nous avons le désir de vous assister dans votre démarche. Toutefois, vos coordonnées sont enregistrées dans le fichier des refus sur les critères suivants : méchante et âge limite dépassé depuis des lustres. Une enquête est ouverte pour non-conformité de la procédure.

Vous nous apprenez également que notre patron voue des sentiments amoureux à votre égard... Sans vouloir vous offenser, cela nous semble improbable car il aime le profit, l’argent, le pouvoir et surtout la notoriété. Cela fait belle lurette qu’il fait chambre à part avec la mère Noël. Et même pas un regard sur les plus charmantes lutines ou mignons lutins ! Mais nous ne remettons pas en doute votre bonne foi de puissante sorcière.

Officiellement, nous ne sommes pas en mesure de vous divulguer des éléments internes sous risque de sanctions comme le licenciement pour faute lourde. Et retrouver un emploi au Pôle Nord, c’est aussi facile que de marcher sur un arc-en-ciel !

Officieusement, notre syndicat souhaite vous aider, nos lutins ouvriers sont sous pression avec Noël qui arrive. Le moindre écart sur cette cadence infernale, c’est une retenue sur salaire. Beaucoup de nos collègues craquent et rêvent de partir, ils envisagent même de bosser avec vous et le père Fouettard pour la tournée des Vilains d’antan.

Dès que nous connaîtrons les résultats de l’investigation, nous vous tiendrons au courant. Vous pouvez compter sur notre soutien.

Veuillez agréer, vénérable sorcière, nos salutations respectueuses.

Gollywari, le Président

La Lutte des Lutins Ouvriers

****

Mélula ne savait que penser, entre la joie de manipuler ces vulnérables lutins et la colère à propos de cette tournée de vilains has-been. Le Dark Vador de Noël essayait tant bien que mal de la rouler dans la farine. La sorcière voulait réunir tous les éléments nécessaires pour l’élaboration de sa vengeance, et le soutien du père Fouettard pouvait être utile. Aussi, elle se tâtait d’écrire à la mère Noël qui s’avérait être une femme délaissée.

Elle se leva péniblement de son rocking-chair dès qu’elle aperçut une chauve-souris de Nosferato arriver par une fenêtre entrouverte. Le petit chiroptère déposa un courrier, puis repartit sans attendre un hypothétique pourboire.

Mélula prit aussitôt connaissance du contenu de l’enveloppe : le contrat de coaching à retourner dûment complété et signé, le planning des séances. Toutefois, une information attira son attention : la mention d’une tarification spéciale « sorcières » en vigueur (voir directement avec Igor Butchy pour les modalités de versements). Quésako ! Devait-elle payer en potions, voire avec des sortilèges ? Elle blêmit puisque ses pouvoirs n’étaient toujours pas revenus. La sorcière rouspéta et alluma son ordinateur portable afin d’envoyer un mail à Gryfolle. Le temps pressait car le prochain entretien téléphonique avec le beau ténébreux était prévu pour le surlendemain.

Par le passé, sa sœur avait suivi des séances de coaching avec le vampire, donc elle saurait la renseigner sur ce fameux tarif. Elle pourrait même s’occuper du règlement. Après tout, c’était son idée de faire ressortir la femme fatale si bien cachée chez Mélula.

Annotations

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Fitzg

Je suis une star. Du moins c’est ce qui est écrit sur le papier. Je vois mon nom en gros plan sur le théâtre en face. Depuis bientôt un mois c’est ici que je joue, encore et encore. J’avais toujours rêvé de devenir comédien, et même si la plupart des gens ne feront jamais d’autres représentations que sur la scène de leur imagination, moi j’ai réussi. Tous les soirs ma troupe et moi jouons au théâtre Antoine des imaginations d'auteurs, et les gens semblent aimer ça. Quand je sors de mon théâtre, j’ai souvent l’impression que le monde entier dort, et que par conséquent, tout ce qui était dans mon esprit devient possible. Avec le théâtre j’apprends que sur scène tous les mois peuvent devenir réels. Je peux être séducteur, révolutionnaire, optimiste. Je peux mourir tous les soirs en me relevant pour le salut, me marier en rentrant seul au milieu de mes voisins, être un fou en ne souffrant pas de folie. J’aime cette vie. Je détesterais être comme mes voisins, moi je suis libre, eux ont constamment l’air tristes. La seule partie de mes soirées que je n’aime pas est quand en rentrant chez moi je passe devant la prison. Ce n’était pas sa faute vous l’avez poussé à bout et c’est pour ça que mon frère s’y trouve en ce moment, jour et nuit, à n’apercevoir que les étoiles qui ne sont pas cachées par les barreaux, à passer sa main par la fenêtre juste pour essayer d’être libre, à n’être qu’une moitié d’homme. Il aimait écrire, mais on s'est moqué de lui, il n'écrit plus que pour moi maintenant. Il n’apprend pas la vie il l’oublie, alors j’essaye de l’apprendre un peu pour lui, de profiter de la mienne pour lui transmettre un peu de ce que je ressens. Mais quand il raconte aux autres détenus que cet homme dont ils entendent parler est son frère, ils lui disent gentiment que ce n’est pas possible que son état s’aggrave de jour en jour. La prison le rend fou, il ne peut plus croire en cette religion de l’enfermement, il sait qu’il n’en sortira jamais. Il a tout essayé mais il ne trouve aucune solution. Il ne compte pas vivre à moitié jusqu’à sa mort. C’est un homme fort mais son esprit ne résiste pas à la pression des barreaux. Il se demande pourquoi et comment un homme peut-il être soumis mentalement par ces bouts de métal froid. Il cherche partout des réponses. J’essaye de l’aider, bien que je sache qu’il n’aime pas que je sois là. Il me dit que dès lors que j’apparais, il n’est plus lui. Il me demande toujours à moi, son frère jumeau, de disparaître de sa vie à jamais. Mais je ne peux pas, je suis plus encore qu’une partie de lui. Je suis presque lui, par moment il me semble même que son enfermement est le mien. Il est partagé entre son frère et sa vie d’à présent. Je suis son seul point d’attache au monde réel dorénavant, avec les étoiles et sa main à l’extérieur. Mais dans sa tête je m’amuse. Il en est à un point tel qu’il veut oublier que la vie existe en dehors. Il a laissé une à une les choses qui composaient son ancienne vie pour se concentrer sur son adaptation à la vie carcérale. Seulement s'adapter à la prison est une folie.
Mon frère est mort et je suis né des cendres de son esprit. Fermeture des cellules, acte 1, départ de la raison.


Et si ces murs s'impregnaient de moi ? Si ces barreaux, tout ce que je peux voir de ma scène, pouvaient garder en leur mémoire une trace de mon passage ? Comme si dès que je les prenais entre mes mains pour regarder au travers, ma chaire s'ancrait en eux. Ce doit être le rêve de l'artiste. Laisser dans sa salle de spectacle une preuve de son passage. Mieux qu'une simple photo dans un couloir, que les murs s'imprègnent des applaudissements du public, que ses tirades restent dans les mémoires, que les rideaux soient à jamais décolorés par la puissance foudroyante des éclairages. Même dans ce cas là l'artiste finirait par partir de la scène en même temps que ce qu'il a semé. On changerait les rideaux, les spectateurs finiraient par partir de la salle, et les murs seraient abandonnés.
Moi je ne laisse même pas de trace, je suis juste là posé dans un coin, en salle d'attente avant d'aller consulter Dieu. J'aurais beau poser ma main sur ce mur, c'est elle qui deviendra froide. Même si je tapais contre les barreaux pour faire du bruit, ce serait mes oreilles qui seraient abimées. Et ma main au dehors, qui s'en souviendra ? Au mieux un passant une nuit. Regardant la prison, il apercevrait ma main pâle, tendue vers la lune en disant " pauv' gars ... " d'un air triste, et pensant " vaut mieux qu'il soit là. " refusant que je vienne dans son monde. Il y verrait le symbole de liberté, de volonté, peut être même qu'il trouverait dommage de ne pas pouvoir prendre de photo. Mais ce serait de ma main, pas de moi dont il se souviendrait. Mon visage, ma voix, mon nom, ils les aura fait tomber dans l'oubli. Je ne serai qu'un prisonnier. Elle sera La Main. Elle sera libre et symbolique. Je serai enfermé, et insignifiant.
Je ne peux être qu'un fantôme dans ma cellule, alors que la liberté crée des légendes. Mon frère en est une.
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