La visite impromptue

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Julien arrivait beaucoup plus tôt que prévu chez Mélanie et Sofiane. Comme à son habitude, il emprunta le petit chemin de terre battue qui prenait depuis la rue principale, séparant un groupe de maisons de part et d’autre, longeant le jardin à l’arrière du pavillon. Il entra par le portillon bricolé par Sofiane, lui permettant d'accéder directement au parking sans avoir à faire le tour par la rue principale.

Julien passa côté jardin. Il referma le portillon, fit quelques pas en direction de la terrasse quand il se figea. Il pensa d’abord revenir sur ses pas mais ce qu’il voyait l’hypnotisait. La gêne qu’il avait ressentie les premières secondes se mua en une sorte de curiosité interrogative. Mélanie et Sofiane faisaient l’amour dans l’immense salon qui débouchait sur le terrain pelousé par une véranda rideau entièrement ouverte. Sans vis-à-vis aucun et n’attendant Julien que bien plus tard, le couple s’adonnait au plaisir des caresses et de l’amour en toute liberté. Julien les trouvait beaux. Il était émerveillé de les voir aussi amoureux après plus de quinze années de vie commune. Leurs gestes étaient doux. Leurs jeux basés sur le plaisir réciproque.

Le soleil de ce mois de juin éclairait les deux amants à l’instar d’une poursuite qui pointerait une scène mettant en valeur les artistes. Mélanie était assise sur le côté gauche de la grande table de bois clair qui se trouvait juste à l’entrée de la terrasse de sorte qu’ils étaient de profil du point de vue de Julien. Ses longues jambes, ouvertes en une invitation irrésistible, accueillaient Sofiane qui se tenait debout face à elle. Sa peau blanche contrastait avec celle de Sofiane au métissage doré. Ses deux mains posées sur les cuisses de sa belle, il faisait monter le plaisir en des caresses lentes et douces. Ses pouces décrivaient de petits cercles appuyés à l’aine lorsqu’ils arrivaient à l’orée de son intimité. Les doigts délicats de Mélanie avaient caressé puis saisi, à la manière d’un club de golf, son pénis durement bandé. Depuis son poste d’observation, Julien pouvait voir vibrer le membre de Sofiane rempli de désir par l’action des petits mouvements d’avant en arrière qu’elle opérait dans une tendresse infinie. Leur regard planté profondément dans celui de l’autre, ils appréciaient chaque seconde du plaisir intense qui montait en eux, chacun attentif au plaisir qu’ils se procurait mutuellement.

Sofiane invita Mélanie à s’accouder en arrière sur la table en lui relevant les jambes de ses mains placées sous ses genoux, tandis qu’il s’accroupissait. Elle posa ses pieds sur les épaules solides de son compagnon et avança son corps superbe jusqu’à se trouver le plus au bord possible de la table offrant avec envie son petit paradis délicat rougi par l’envie à l’homme qui, malgré les années, prenait toujours autant de plaisir à visiter de sa bouche. Les bras de Sofiane étaient passés sous les cuisses de Mélanie, ses mains venant prendre possession de son bassin. Son membre tendu pointait en direction de ce Graal chaud et humide qu’il semblait implorer. Le regard des deux amants ne s’était interrompu à aucun moment. Il était plus intense encore et chargé du désir grandissant par la fièvre du plaisir irradiant crescendo leurs corps nus.

Julien était stupéfait devant autant de grâce et d’intensité. Lui qui avait connu bien des édens, prenait conscience de son ignorance en la matière. Lui qui avait déshabillé tant de corps se trouvait tout d’un coup comme un jeune puceau sans expérience. Lui qui se pensait être un amant au summum de l’art de la pratique du sexe, était relayé en quelques minutes à l’échelon le plus bas devant ces deux êtres se donnant tant d’amour dans leurs jeux charnels.

Mélanie sentait maintenant le souffle tiède sortir de la bouche de Sofiane s’épandant en un doux duvet sur sa vulve gonflée de désir. Ses lèvres n’étaient plus qu’à quelques millimètres. Il la fixait à présent avec cette expression gourmande comme lorsque l’on promet une glace à un enfant et qu’il arrive enfin devant la vitrine où tous les parfums sont exposés. La respiration de Mélanie devenait saccadée, rapide, bruyante. Son ventre montait et descendait en de petits tressautements nerveux. L’attente du contact devenait trop forte. Elle glissa les doigts de sa main droite dans les cheveux bouclés de Sofiane et tira sa tête au creux de ses cuisses. Tous ses muscles étaient tendus, jusqu’à la pointe de ses pieds imitant une ballerine, reposant sur les épaules de Sofiane dont la musculature saillante servait d’appui. Il avait enfin consenti au contact en des baisers légers sur les lèvres finement dessinées de cet endroit intime qui réclamait maintenant tout de cette bouche encore trop timide dans son action. Les mains de Sofiane restées sur les hanches descendirent vers l’intérieur du bas-ventre. Ses doigts agiles et précis ouvrirent l’écrin rose dévoilant l’entrée édénique que sa verge s’impatientait à pénétrer. Il dégustait ce merveilleux fruit à pleine bouche à présent, sa langue s’enfonçant dans son antre doux et remontant taquiner le petit bouton fragile et sensible qu’il mettait en exergue, provoquant de petits spasmes de plaisir intense. Devenue féline sous le désir exacerbé, le corps de Mélanie ondulait gracieusement et ses courbes fines dessinaient des vagues amples et incontrôlées.

Sofiane tentait d’apaiser sa verge, si dure qu’elle en devenait douloureuse, par une masturbation lente. Devant cet appel qu’elle connaissait bien, Mélanie repoussa tendrement son amant qui se releva. S’agenouillant en une lente descente, elle admira un moment cette partie généreuse qu’elle aimait sentir en elle. Ses mains en prière sur le membre dressé fièrement, Mélanie faisait glisser le bout de sa langue, du frein jusqu’au sommet de son gland inondé d’excitation. Elle ne perdait pas une goutte de cette liqueur d’amour qu’il lui offrait généreusement. Sa main droite se posa sur le ventre nerveux de Sofiane et descendit en une caresse lente et sensuelle jusqu’à ses testicules. Sa bouche avait suivi ce mouvement et y déposait des baisers fiévreux. Ses doigts les malaxaient tandis que ses lèvres prenaient l’ascension de ce pic vertigineux, marbré de veines gonflées au point d’en deviner les pulsions du cœur. Tenu fermement de la main gauche, il s’enfonçait lentement dans la bouche gourmande de Mèl qui semblait visiblement comblée par cette présence introduite.

Julien avait vu Sofiane, et maintenant Mélanie, aimer le sexe de l’autre. Au point d’en ressentir la passion qu’ils éprouvaient pour ce qui leur donnait réciproquement du plaisir dans le respect total des corps et des envies de chacun.

Mélanie passa ses bras autour du cou de Sofiane. Puis la tête au creux de son épaule gauche, elle enserra sa taille de ses jambes et se laissa glisser lentement vers ce pic embrasé, s’empalant dans un cri mutuel de plaisir et de délivrance. Les deux corps ainsi réunis dessinaient le symbole du yin et du yang. La peau blanche de Mélanie contre celle de Sofiane, dorée. Le bien et le mal. L’amour profond et le sexe.

Julien laissa le couple et repris discrètement le chemin de sa voiture. Il marchait comme un robot. Soudain, tout était remis en question ; ses certitudes volaient en éclats. Lui, qui pensait avoir toutes les vérités, était comme abasourdi. Tout se mélangeait dans sa tête. Une sorte de brouillard s’était installé.

Il s’assit au volant de sa voiture et resta un moment interdit. Il consentit enfin à lancer le moteur. Ses gestes étaient mécaniques. Un frisson lui parcourut l’échine. Tout d’un coup, il ne savait plus qui il était.

Le mécanisme de la remise en question s’était mis en route.

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