La douche

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D'une foulée difficile, Nathalie terminait sa course en traversant le boulevard de Stalingrad, puis remontait sur quelques mètres le boulevard du 11 novembre 1918 avant de tourner à droite rue Louis Guérin et finalement tourner à gauche rue John Ford où elle occupait un appartement au troisième étage.

C'était sur le chemin du retour qu'elle avait trébuché en roulant sur un petit morceau de bois, d'une quinzaine de centimètres de long, son pied droit imitant la technique utilisée par les égyptiens à l'ère des pyramides pour acheminer les blocs de pierre. Elle s'était donc retrouvée à terre dans une sorte de grand écart aussi soudain qu'improvisé, le pied tordu.

- Merde ! La journée s'annonce bien on dirait, s'était-elle lancée à mi-voix, tenant sa cheville douloureuse.

Concentrée sur sa blessure, elle en avait presque oublié qu'elle était affalée de tout son long. Elle fut tout à coup prise par une sorte de sentiment de honte qui était monté en elle à la manière d'un volcan en éruption teintant de rouge son visage au passage. Sa tête pivota par saccades rapides sur presque 360 degrés. Mais personne n'avait eu l'air de prêter quelque attention que ce fut à sa cascade improvisée.

De toute façon, tu pourrais crever au beau milieu de la route que les gens feraient un détour, te klaxonnant au passage pour les avoir gênés en obstruant la voie publique, pensa-t-elle, laissant échapper une sorte de rire qui tenait plus du hoquet.

Repliant sa jambe gauche, et poussant avec sa main gauche plaquée sur le sol, Nathalie se releva d'un bond en prenant garde à ne pas utiliser sa cheville fragilisée. Elle réalisa alors que son legging qui sculptait sa silhouette n'avait pas résisté à la chute : une entaille d'une quinzaine de centimètres laissait maintenant apparaître le haut du côté de sa cuisse droite qui, elle aussi, avait rougit sous le frottement.

Je me demande bien ce que me réserve encore la journée.

Elle savait qu'il fallait profiter des muscles chauds si elle voulait terminer tant bien que mal son petit tour matinal. Elle fit quelques pas en boitillant, puis se relança dans une petite foulée bancale lui donnant l'aspect d'un pingouin Empereur s'agitant pour quitter la banquise au profit d'un bain de mer.

Le pied droit reposant avec sur la pointe afin de soulager sa douleur, Nathalie composait le code d'ouverture de l'énorme porte métallique de son immeuble. Il était temps qu'elle arrive pensa-t-elle. Elle n'aurait pas fait dix mètres de plus ! L'ascenseur : Invention devant toutes les inventions en ce jour, se dit-elle avec un soulagement qui tenait presque de la prière. Ce dernier la propulsa jusqu'au troisième étage en quelques secondes. Un sentiment de réconfort l'envahi lorsqu'elle ouvrit la porte et pénétra dans son appartement.

Nathalie jeta ses clés sur le meuble en forme de "S" couché suspendu au mur de retour à droite de l'entrée et se traîna jusqu'à son canapé où elle tomba lourdement jambe droite tendue, la reposant précautionneusement sur les coussins de tissus gris. La douleur lancinante rayonnait maintenant jusque dans son mollet. Son corps dégoulinant de sueur lui criait d'aller prendre une douche régénératrice et apaisante mais son accident avait quelque peu entamé son capital dynamisme de la journée. Les yeux clos, elle avait renversé sa tête sur l'accoudoir du canapé avant de décider dans un élan soudain d'aller prendre une douche qu'elle espérait bienfaisante.

Le chemin jusqu'à la salle de bain fut moins douloureux qu'elle ne l'aurait cru. La mise en hauteur de sa jambe avait permit à la douleur ciblée sur sa cheville, de se diffuser dans la jambe. Néanmoins, elle ne posait toujours pas le talon droit au sol. Peut-être plus par la crainte de la douleur que par cette dernière réellement. Un reflex humain conditionné par la peur de la douleur engendrant souvent d'autres patrologies causées par des postures corporelles inadaptées comme un déplacement mineur de vertèbres par exemple causant à moyen terme , une lombalgie, un décalage du bassin, une scoliose... effet bien connu des médecins et souvent rencontré dans le milieu professionnel.

Elle s'était abandonnée à l'eau tiède de la douche en fermant les yeux, appréciant le bien être de la douce chaleur qui la pénétrait insensiblement. Le gel douche habillait chacune de ses courbes dont les lambeaux de mousse tissaient ça et là de petits motifs de dentelle blanche glissants en une caresse veloutée sur sa peau satinée. Le ruissellement de l’eau formait des veines d'eau qui parcouraient tout son être semblant vouloir toutes converger vers les endroits les plus intimes. Des larmes cristallines se pendaient fièrement à sa fine poitrine accrochant à ses tétons revêches de petits diamants scintillants. Le poids infime de chaque gouttelette lâchant sa prise lui procurait un plaisir presque imperceptible. Elle s'imaginât alors la bouche d'un homme aux lèvres douces goûtant, dans une délicatesse extrême, aux pointes dressées par le désir. Elle souhaitait maintenant qu’il goûtât avidement à ses deux fruits qu’elle tendait vers l’avant en rejetant sa tête en arrière et frissonner sous l’action de sa langue jouant nerveusement sur les pointes tendues de ses seins. La douleur de sa cheville s'estompait proportionnellement à la chaleur sensuelle qui montait en elle. Ses doigts légèrement pliés parcouraient sa peau reportant ce geste à celui qu'elle imaginait à présent et qui prenait de plus en plus vie dans sa mémoire au fur et à mesure que le plaisir montait. Elle le voyait maintenant debout face à elle, son membre tendu comme un pieu. Les mains de l'homme, né dans son imaginaire, avaient pris possession du corps qu'elle lui offrait sans retenue. Elle oubliât bientôt sa mésaventure du parc. Un sentiment de frustration grandissait au fur et à mesure de son envie croissante de saisir sa verge fièrement levée. Sa bouche brûlait d'impatience de sentir son membre envahir sa bouche. Elle voulait le sentir vibrer dans sa main, le guider vers ses douces lèvres prenant la forme de son gland gonflé avant de l'enfoncer en une divine caresse qui à coup sûr lui aurait arraché quelques gémissements de bonheur. Sa main droite s'aventurait en une descente lente vers le bas de son ventre vibrant au rythme de sa respiration de plus en plus rapide. Elle finit par s'abandonner au plaisir de son clitoris que son majeur frôlait maintenant en décrivant de petits arcs de cercles sur son pourtour. Son corps s'était mis à onduler gracieusement sous l'action répétée de ses doigts. Elle ressentait presque l'étreinte de l'homme chimérique qu’elle voulait maintenant derrière elle. Sa main gauche puissante sur son pubis, jouant avec dextérité de ses doigts ouvrant délicatement le passage entre ses petites lèvres douces. Son bras droit autour de sa taille la maintenant fermement contre lui. Elle sentait son membre dur contre ses fesses. Elle se penchait vers l'avant les deux avant-bras contre les carreaux de céramique qui habillait le mur de la douche. La pluie tiède déversée par le pommeau de la douche tombait en petits ricochets sur ses reins cambrés par le désir brûlant de la pénétration formant comme un bouquet d’étoiles scintillant sous la lumière du plafonnier. Elle sentit son sexe s'immiscer entre ses cuisses et l'instant d'après la pénétrer doucement, aussi profondément qu'il pu. Leur deux corps luisants, réunis l’un dans l’autre, partaient en quête du plaisir ultime en une fusion parfaite.

Nathalie était partie loin. Loin du monde réel. Si loin qu’elle n’entendit pas la sonnette de la porte d’entrée retentir, qui, à force d’insistance la ramenât dans ce monde et, avec elle, la douleur lancinante de sa cheville qui lui revint brusquement.

Elle se demandait bien qui pouvait venir à cette heure ci. Elle n’attendait personne. C’est ce qu’elle se disait juste avant qu’un flash lumineux n’éclairât sa mémoire.

- Chloé ! J’ai oublié Chloé ! s’exclama-t-elle.

Nathalie sorti en hâte de la cabine de douche, manquât de se prendre les pieds et évita de justesse la petite poubelle en inox sur le passage qui menait au sèche-serviettes mural. D’un bras tendu à la volée alors qu’elle repartait encore dégoulinante vers la sortie de la salle de bain, elle arracha une serviette éponge qu’elle entoura autour de sa poitrine tout en claudiquant en mode sprint dans le couloir.

- Voilà, voilà, j’arrive ! cria-t-elle.

La clé fit deux tours dans la lourde serrure de sa porte blindée puis la porte s’ouvrit sur le visage de Chloé qui témoignait d’une certaine impatience.

- Je te dérange ? fit Chloé d’un ton inquisiteur.

Chloé était une femme d’une belle quarantaine assumée et qui avait un caractère bien trempé. Franche, elle n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait, quelqu’en fut la situation, la place ou la personne qui recevrait le message. Ses cheveux bruns raides coupés mi-long accentuait son caractère et ses tenues vestimentaires, classiques sans être ringard, mettait un exergue sa posture corporelle naturellement charismatique.

- Ne raconte pas de bêtises, rétorqua Nathalie d’une voix teintée de culpabilité, un large sourire aux lèvres, dessinant un geste ample du bras gauche qui partait de son épaule droite jusqu’à son ouverture totale vers le bas l’invitant à passer le pas de la porte.

Passant la porte perchée sur quinze centimètres de talon, le regard bleu lumineux de Chloé glissa sur Nathalie de la tête aux pieds avant de remonter se planter dans ses yeux, s’interrogeant sur la lueur particulière qu’elle y trouvait sans pouvoir se l’expliquer. Nathalie senti la chaleur monter dans ses joues qui se teintèrent de rouge. Elle avait l’impression que son corps exprimait encore les plaisirs qu’elle s’était donné et que la sonnette avait écourté quelques minutes plus tôt. C’était comme si tout son être criait : je viens de faire l’amour et je sens encore l’étreinte de mon amant !

- Installe-toi, reprit-elle en refermant la porte derrière Chloé qui prenait déjà la direction du salon. J’en ai pour deux minutes… Y a du café dans la cuisine, lança-t-elle déjà dans le couloir qui menait à sa chambre, sa voix se perdant en écho contre les murs.

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