7. Fantasmes – Liang

9 minutes de lecture

I'm breaking my back just to know your name

But heaven ain't close in a place like this

Anything goes but don't blink, you might miss

Je me démène pour connaitre ton nom

Mais ici ce n’est pas vraiment le paradis

Le temps passe, mais ne cligne pas des yeux tu risques de tout rater

The Killers - Somebody Told Me

Vendredi 4 décembre 2020

Ce matin, j’essaye de suivre un cours magistral d’analyse mathématique du risque en finance. Je me force à y aller de temps en temps, dans l’espoir de m’habituer et également avec l’idée de me préparer aux examens qui vont arriver. J’ai demandé un aménagement, mais sans certificat médical, je n’aurai rien. Le cours se termine et j’ai la désagréable impression d’avoir perdu mon temps. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas réussi à me concentrer. Contrairement à d’habitude, ce n’est pas la présence des autres qui me perturbe. Je me suis perdu tout seul dans ma bulle. Enfin, seul, pas vraiment. J’ai sans cesse les images de leurs deux corps qui défilent devant mes yeux. Faut que j’arrête mes bêtises. Je vais retourner au porno en ligne, c’est beaucoup moins dangereux pour mon esprit fragile.

— Liang, t’es avec nous ? me demande Flavie en rangeant ses affaires.

Si elle savait…

— Ça va ? me questionne à son tour Samira.

Les choses se sont apaisées entre nous. Samira est devenue une amie, elle m’a pardonné. Depuis, elle et son inséparable copine blonde veillent sur moi, comme si j’étais un petit chaton, ce qui n’est pas pour me déplaire.

— Tu te sens pas bien ? insiste-t-elle. T’as l’air bizarre. T’as les joues toutes rouges.

— Non, non, ne vous inquiétez pas. Juste un coup de chaud ! Je manque de sommeil.

Alors que je relève la tête, la prof me fait un signe de la main, m’invitant à son bureau.

— Tu viens ? me demande Samira, son manteau déjà sur le dos.

Je jette un regard en direction du pupitre. Je pourrais effectivement fuir de nouveau. Faire comme si je n’avais rien vu. La prof va probablement me parler de mes absences trop fréquentes. Jusqu’à présent, l’affreux bonhomme de l’administration m’a laissé tranquille. Mais je sais qu’à un moment où l’autre, ça va me tomber dessus, ce n’est qu’une question de temps. J’essaye de me préparer psychologiquement. Je vais devoir commencer à envisager d’autres études, d’autres carrières. Alors que je la fixe, la prof me fait de nouveau signe. Cette fois, je suis bien grillé.

— Non, dis-je à Samira et Flavie, ne m’attendez pas. Je dois voir la prof.

Je m’accroche à la rampe et descends prudemment les marches, l’une après l’autre. Concentré sur mes pieds, je n’ai pas vu qu’elle venait à ma rencontre.

— Je suis désolé… commencè-je

Elle affiche un grand sourire.

— J’ai lu le devoir que vous m’avez envoyé la semaine dernière. Comme toujours, c’est excellent ! Je tenais à vous féliciter personnellement. Vous êtes brillant, monsieur Wang ! Accrochez-vous, vous allez y arriver. Votre analyse et vos propositions sont très pertinentes.

— Euh, merci ! dis-je, en me sentant soudain beaucoup plus léger.

— Avez vous déjà trouvé un stage ?

— Non, pas encore. C’est un peu compliqué pour moi.

— Je pourrais vous recommander. Je connais plusieurs sociétés qui seraient ravies d’avoir un stagiaire de votre qualité. De plus, je suis certaine que des aménagements en télétravail sont possibles. Mais ne tardez pas trop à vous en occuper !

Je me sens décoller, j’ai cru que mon année était foutue, mais cette prof me redonne tant d’espoir. J’en ai presque les larmes aux yeux.

Après l’avoir remerciée, je sors de l’amphi tout joyeux et tombe nez à nez avec Vic. Des jours que je traine à la bibliothèque dans l’espoir de la croiser. Je me suis même aventuré dans le bâtiment des sciences humaines afin de retrouver sa trace, mais il y avait bien trop de monde, j’ai rapidement fait demi-tour. J’avais longuement réfléchi à ce que j’allais lui dire, soigneusement choisi les mots. Bien entendu, maintenant qu’elle se trouve devant moi, je reste muet. Je me contente de sourire bêtement en la dévorant des yeux, j’ai juste réussi à bredouiller son prénom.

Qu’a dit Ciara à propos des flux sanguins déjà ?

Heureusement, elle est plus vive que moi.

— Salut toi…

— Comment tu vas ? dis-je enfin. Ça me fait très plaisir de te voir.

Elle me fixe avec son petit sourire mutin.

— Moi aussi, finit-elle par admettre.

Je ris doucement, soulagé.

— J’ai eu peur. J’ai cru que tu me faisais la tête…

— Ah, mais oui ! C’était bien le cas.

Je ris de nouveau, cette fois, pour cacher la légère gêne qui me gagne.

— Ah mince, tu m’en veux toujours ?

Elle pose ses mains sur les hanches, penche la tête sur le côté. Les lèvres pincées, elle m’étudie.

— Hum, non. Je boude souvent, mais pas longtemps. La vie est trop courte et t’es trop mignon.

Je souris, mon cœur frétille, totalement sous le charme. Elle se rapproche et tend sa main vers mon visage. Son pouce caresse mes lèvres, je résiste à l’envie de le gober.

— On peut parler ? demandè-je

— Pourquoi parler ? Tu préfères pas m’embrasser.

Je déglutis, les yeux fixés sur ce pouce et ces jolies lèvres qui me taquinent. Je prends une grande inspiration pour rester concentré.

— Je voulais m’excuser pour la dernière fois.

Elle acquiesce.

— J’ai lu ton message. Tu as peur que je tombe amoureuse de toi. Alors, oui, tu es très mignon, et au lit c’était vraiment bien. Mais je pense pouvoir te résister… Et toi ?

Je n’en suis pas si sûr…

Ses yeux plongent dans les miens, alors que son pouce glisse entre mes lèvres. Ma langue s’enroule autour de son doigt. Oubliées les belles paroles. Mon esprit est submergé par le souvenir de nos ébats, auxquels se superposent les images érotiques que je lui ai volées. Je veux me fondre en elle. Je fais un pas pour me rapprocher d’elle, dans l’espoir de gouter ses baisers, mais déjà, elle s’échappe.

— Est-ce que je suis pardonné ?

Elle fait la moue.

— Non. Tu croyais t’en sortir si facilement ? J’ai pas encore décidé ce que j’allais te demander… Tu as des suggestions ?

— Oui, ce que tu veux. Je suis à ton service et au service de ton plaisir. Je pourrais commencer par caresser tes cheveux, ton visage… embrasser tes paupières, tes lèvres… y glisser la pointe de ma langue.

Un sourire malicieux se dessine sur sa jolie bouche, une lueur s’allume dans ses yeux. Elle a l’air sous le charme.

— J’adorerais, souffle-t-elle. Mais je peux pas… je dois y aller.

Elle me jette un petit regard plein de défiance, puis tourne les talons et s’éloigne alors que je reste bouche bée.

Une fois chez moi, je me précipite sous la douche pour me calmer. Une fois soulagé, il me faut encore un peu de temps pour reconnecter mes neurones et rassembler mes pensées. Elle n’était pas là par hasard. Elle me cherche, dans tous les sens du terme. J’adore ce petit jeu. Elle me plait beaucoup.

T’es pas sérieux, t’as dit la même chose pour Samira et on a vu le résultat.

J’essaye de faire taire cette horrible petite voix qui veut me gâcher mon plaisir. J’ai envie d’y croire. Je veux la revoir et profiter tant que je le peux.

Tu viendras pas pleurer…

J’ai ligoté la voix rabat-joie. Le cœur léger, je me décide à envoyer un message à Vic, auquel elle répond aussitôt.

Liang : joli coup

Vic :

Liang : j’ai encore le gout de ton pouce sur mes lèvres…

Vic :

Liang : je suis frustration…

Vic : désolée, j’ai pas été cool avec toi

Liang : je le méritais…

Vic : ouais, peut-être, un peu.

Vic : mais maintenant je me sens idiote.

Liang : ah oui ? pourquoi ?

Vic : je me sens punie

Liang : comment ca ?

Vic : je crevais d’envie de t’embrasser.

Liang : ☺☺☺

Liang : juste m’embrasser ?

Vic : oui, mais partout…

Liang : ça peut toujours s’arranger !

Liang :

Vic : Tu fais quoi là ?

Trente minutes plus tard, je toque à la porte de sa chambre d’étudiante, les mains moites et le rouge aux joues.

— Bonjour, c’est bien ici pour se faire pardonner ? lui demandè-je dès qu’elle apparait.

Elle éclate d’un rire joyeux.

— Tout à fait ! Enfin, si vous êtes prêt à obéir !

Je n’ai pas le temps de répondre qu’elle m’attrape par le col, m’embrasse à pleine bouche et m’entraine à l’intérieur. Je la suis, docilement, prêt à me plier à tous ses désirs. Elle me fait assoir sur son lit, puis d’une pichenette sur le torse, elle m’allonge. Son regard me déshabille, sa langue taquine mes lèvres alors qu’elle s’installe à califourchon sur moi.

— On peut parler ? demandè-je.

Elle lève les yeux au ciel.

— Encore ? Parler ou baiser, va falloir choisir ! Parce que tu n’auras pas les deux !

Je déglutis prêt à oublier toutes mes bonnes résolutions.

— Ok, c’est toi qui décides, j’obéis.

— Fais pas cette tête là Liang, je déconne. Je t’écoute, me provoque-t-elle alors qu’elle me lèche le cou.

— Si tu fais ça, je vais avoir un mal fou à me concentrer !

— C’est le principe ! C’est pour vérifier ta motivation.

— Euh…

Merde… Où est mon cerveau ?

— Euh…

Elle se marre.

— Ça, tu l’as déjà dit, me taquine-t-elle. Attends, c’est toi qui voulais absolument parler ! Et je me retrouve à faire un monologue !

— J’ai beaucoup de mal à penser avec ta main dans mon caleçon…

— Ah les mecs ! Incapables de faire deux choses à la fois !

Elle soupire et se décale pour s’allonger à mes côtés. Aussitôt je regrette et mon corps m’engueule.

Parler, quelle idée !

— Si je suis parti la dernière fois, c’est pas parce que j’avais pas envie de passer du temps avec toi. C’était… je sais pas comment expliquer.

Un instinct de survie.

— Pour bien me faire comprendre qu’on était pas en couple ? Et que je ne devais pas m’attacher.

— Oui et non, dis-je plus bas. C’était aussi pour me protéger…

— J’ai surtout l’impression que tu ne sais pas trop ce que tu veux, non ?

Elle a raison.

Elle pose sa main sur mon épaule et la fait glisser tout le long de mon bras.

— Promis, repris-je, je ne partirais plus comme un voleur.

— C’est bien, t’es pas un cas désespéré.

— Non, pas totalement. Bon, j’avoue, on m’a aidé, dis-je en souriant.

— Et qui dois-je remercier ?

— Mon amie Ciara.

Vic est sous la douche, elle m’a proposé de l’accompagner, mais j’ai décliné l’invitation. Moi aussi le plaquage sur le mur carrelé me fait fantasmer, mais faut rester réaliste, ma jambe ne me permet pas ce genre d'acrobaties. Mes cicatrices et mon handicap ne semblent pas lui poser souci, mais autant éviter les situations gênantes aussi bien pour elle que pour moi.

Par contre, j’ai tenu ma promesse, cette fois, je ne me suis pas enfui. Et jusqu’à présent, je n’en ai pas envie. Allongé dans les draps encore chaud, je me sens bien, tout simplement heureux. On vient de partager un joli moment, alternativement tendre et torride. Ma peau frissonne encore de son contact. J’espère lui avoir donné autant de plaisir que j’en ai reçu. Elle a eu l’air d’apprécier mon implication, et plus particulièrement celle de ma langue.

Je suis fier de moi, car j’ai réussi à décoller tout en restant dans le moment présent. Je n’ai presque pas pensé aux images volées… Enfin, peut-être un peu au début pour me chauffer.

Je fixe le plafond.

T’es vraiment pas net…

Maintenant que je suis seul, dans le lieu du crime, le film repart dans ma tête. Les yeux bandés de Vic, son corps qui appelle les baisers, sa bouche qui crie son plaisir. Les mains pâles de l’inconnu sur sa peau brune. Au-delà des images, je sens leur présence autour de moi. L’alchimie de leur duo, leurs odeurs mêlées. Sans m’en rendre compte, je me suis mis à caresser la couette. Lorsque je réalise, je la lâche aussitôt, comme si elle me brulait les doigts. Je me redresse dans le lit et prends une grande bouffée d’air, mais de nouveau, l’odeur de volupté me fait perdre la tête. Mes yeux parcourent le lit, le bureau, les étagères à la recherche d’un objet pour parfaire ma chute. Sans faire de bruit, j’ouvre le tiroir de sa table de nuit. Des mouchoirs, des préservatifs, du lubrifiant, un jouet violet sur lequel mon regard se perd, mais que je n’ose toucher, conscient du danger. Autre chose m’attire : une longue et fine cordelette rouge que j’imagine déjà autour des poignets de Vic.

Referme ce tiroir !

Je n’ai qu’à tendre la main. L’eau de la douche s’arrête. Juste un instant, à peine quelques secondes.

Vite, tu as encore le temps… Elle n’en saura rien.

Brièvement je l’effleure, ce n’est pas Vic qui m’apparait, mais lui. L’image est incroyablement nette. Le souvenir est proche, quelques jours à peine. Son visage fin est aussi pâle que le reste de son corps, des cheveux tellement blonds qu’ils tirent sur le blanc. Diablement beau. À la vue de ses yeux gris vert qui me fixent, mon sexe se gonfle.

Freak…

La porte se déverrouille, je referme précipitamment le tiroir, le cœur battant.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire Peggy "Ladaline" Chassenet ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0