6. Flux sanguin - Liang

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널 볼 때면 숨이 막혀 벌어지는 동공

다른 걱정은 no no

Shooting, shooting through the night, yeah, yeah

Quand je te vois, mon souffle se coupe, mes pupilles se dilatent

Ne nous soucions pas du reste, non, non

Criant, criant à travers la nuit, ouais ouais

OnlyOneOf – libidO

Lundi 30 novembre 2020

En entendant les cris, je me tourne immédiatement vers la structure de jeux. Je me sens fier de constater que, pour une fois, ma petite sœur n’y est pour rien. Elle joue tranquillement avec Lucas. À bien y regarder, le petit sourire qui se dessine sur ses lèvres commence à me faire douter. À quelques mètres d’eux, le garçon hurlant jette des regards terrorisés dans la direction de Xin. Contrarié, je laisse échapper un soupir et attrape ma canne, décidé à aller la questionner. Ciara arrête mon geste, sa main posée sur mon bras.

— Laisse couler. Ce petit con l’a mérité, il les fait chier depuis tout à l’heure. Xin est vraiment d’une rapidité incroyable ! dit-elle, impressionnée.

— Moi, c’est plutôt sa fourberie qui m’inquiète !

Nous rions, complices. Ciara travaille dans un garage, en tant que mécano. Le lundi est son jour de repos, du coup, c’est elle qui récupère Lucas et Xin à l’école. Comme bien souvent, lorsque je vais chercher Xin, on se retrouve à prendre l’apéro et à papoter de tout et de rien. J’aime ces petits moments partagés avec elle. Aujourd’hui, ça s’est transformé en sortie au Macdo pour la plus grande joie des deux plus jeunes.

— Arrête de t’inquiéter, je les ai à l’œil et termine ton histoire ! Je veux savoir comment tu as rattrapé le coup !

— Euh… ben… en fait ça s’arrête là.

— Arrête de déconner et raconte ! dit-elle en riant.

— Euh non, mais vraiment… Elle est allée prendre sa douche et je suis juste rentré chez moi. J’ai pas compris sa réaction.

Sa bouche reste ouverte, ses yeux s’arrondissent.

— Ben moi si ! Excuse-moi du mot, mais tu t’es comporté comme un connard.

— Mais non ! C’était clair entre nous ! On s’était mis d’accord : rien de sérieux !

Ciara secoue la tête et me regarde, désespérée.

— Liang, ça n’a rien à voir. T’es plus intelligent que ça ! Là, tu le fais exprès, c’est pas possible !

— Euh… même pas…

Je croque dans une frite en riant, un peu nerveusement. J’y ai beaucoup repensé et une semaine après, je ne comprends toujours pas la réaction de Vic.

— Même sans être engagé amoureusement, tu peux partager un moment tendre, m’explique Ciara. T’avais peur qu’elle te demande en mariage ? J’ai l’impression qu’elle voulait juste passer un moment avec toi. Moi, j’adore les calins après le sexe, même quand c’est juste un coup d’un soir.

— Hum, mais dans ce cas là, comment tu fais la différence avec une relation purement sexuelle et une relation amoureuse ?

Elle hausse les épaules.

— Bonne question. C’est sûr que c’est toujours plus facile à dire qu’à faire. Et je suis très forte pour donner des leçons que je suis incapable d’appliquer à moi-même.

Elle fait la moue, je lui tends une frite dans laquelle elle croque, amusée.

— Pourquoi est-ce qu’on se fait du mal comme ça ? demandè-je.

Ciara se redresse sur sa chaise et recoiffe ses cheveux courts en y passant ses doigts.

— Hum… pour le sexe ? dit-elle en riant. Et ce qui va avec !

Une mère de famille, du genre bien coincé, installée à la table à côté, nous jette un regard réprobateur.

— Qu’est-ce que vous en pensez ? lui demande Ciara. Puisque vous nous écoutez, autant participer !

— C’est honteux ! Il y a des enfants ici, apprenez à vous tenir !

— Et vous les avez faits comment vos gosses, lui demande Ciara.

La femme se lève et s’éloigne, furibonde, suivie par ses trois enfants. J’éclate de rire devant le culot de mon amie.

— Oh, mais quel dommage, j’aurais bien aimé entendre ses histoires ! dit Ciara. Mais sinon, ouais, t’as raison, c’est pas simple tout ça. Je crois que tu te prends un peu trop la tête.

— La preuve que non. J’ai encore merdé. Amitié, amour, sexe, les barrières ne sont ni claires ni solides.

— C’est normal, après tout, on est des êtres humains, pas des robots.

— Non, c’est sûr. J’aurais peut-être dû lui parler, au lieu de me sauver.

— Ouais, il parait que le dialogue c’est la clé !

Je termine mes frites en songeant à la réaction de Vic. Ciara triture la paille dans son gobelet, elle aussi perdue dans ses pensées.

— Merde, t’as raison. Je me suis conduit comme un naze.

— À ta décharge, dit-elle, j’ai remarqué qu’après le sexe, les mecs deviennent souvent cons. Ça doit être un problème de flux sanguin qui n’alimente plus le cerveau.

Elle rit, je fais la moue

— Tu me fais peur ! Je veux pas être ce genre de mec. J’essayais juste d’appliquer tes conseils de la dernière fois. De m’amuser sans me prendre la tête. Apparemment, c’est pas mon truc non plus.

— Ah, je vois ! Ça va être ma faute ! Tu as paniqué, ça arrive.

— Oui, c’est idiot, j’ai pris la fuite de peur de lui faire de la peine. Finalement, je l’ai quand même blessée.

***

Jeudi 3 décembre 2020

Toute ma maison est endormie, sauf moi. Je n’arrête pas de me retourner dans mon lit, le sommeil me fuit. Comme souvent, la conversation avec Ciara m’a fait réfléchir. Le soir même, j’ai envoyé un long message d’excuses à Vic. Trois jours après, toujours aucune réponse. Je me dis que si elle n’a pas répondu tout de suite, y’a peu de chance qu’elle le fasse maintenant. Ça m’attriste, j’ai l’impression d’avoir gâché un beau moment. J’ai encore en tête le son de sa voix, de ses rires, son doux parfum et son sourire. Et que dire de notre échange torride ? Mon cœur se serre à l’idée de n’être qu’un mauvais souvenir pour elle.

Dans le noir, je tâtonne pour ouvrir le tiroir de ma table de nuit et en sors le foulard. Celui que je lui ai dérobé lors de notre première rencontre à la bibliothèque universitaire. Son parfum est toujours présent. Je fais glisser le tissu entre mon pouce et mon index. Mes yeux se ferment à la recherche des siens. Après quelques secondes, j’entends sa respiration. Sous mes doigts, le grain de sa peau a remplacé le tissu. Son visage se dessine. Le foulard dissimule son regard, ainsi que ses cheveux, mettant en valeur sa délicieuse bouche. À la vue de ses lèvres entrouvertes, mon sexe se dresse. Un frisson me parcourt en l’entendant gémir un nom qui n’est pas le mien. Une main couleur de craie remonte le long de ses hanches, parcourt son ventre et s’empare d’un de ses seins. La pâleur de sa peau contraste avec celle de Vic. J’aimerais être à sa place. Un désagréable sentiment de jalousie s’empare de moi. Aussitôt suivi par une sensation de gêne à regarder ce plaisir qui n’est pas le mien. Pendant un instant, je songe à tout arrêter. Mais la fascination l’emporte sur tout le reste. Absorbé par la beauté de la scène, je ne veux pas décrocher. Ma respiration saccadée accompagne leurs peaux et leurs cris qui se mêlent. Le râle rauque de cet homme, dont je ne vois pas le visage, me fait frémir. Mais c’est le dernier gémissement de Vic qui finit par avoir raison de moi. J’explose. Ce n’est plus un moment volé, mais un moment partagé. Un puissant orgasme me secoue.

Qu’est-ce qui me prend ?

J’attrape des mouchoirs pour me nettoyer. Puis, je fourre le foulard dans le tiroir et le referme précipitamment, comme s’il me brulait. Comme s’ils pouvaient sentir mon intrusion dans la profonde intimité de leurs souvenirs. J’ai peur qu’ils m’en veuillent. La panique me gagne, je n’assume pas ce que je viens de faire. Je passe la couette par-dessus ma tête pour me cacher. Je me répète que ça n’est pas si grave que je n’ai rien fait de mal et que personne n’en saura rien. Dans ma tête, une autre voix, plus assurée, se moque de moi.

Une fois que la boite à fantasmes est ouverte, on ne la referme pas si facilement.

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