5. Une envolée de papillons

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When we touch, I'm getting scared you're what I need

Turn me on like no one else

And I don't care if this makes sense

I want you to take a chance

Quand on se touche, j’ai peur que tu sois ce dont j’ai besoin

Allume-moi comme personne d’autre

Et je m’en fiche si cela fait sens

Je veux que tu tentes ta chance

John De Sohn – Lovers For The Weekend

Vendredi 20 novembre 2020

Plongé dans mon jeu vidéo, je n’entends pas la porte s’ouvrir. Je sursaute lorsqu’une main se pose sur mon épaule, en me retournant, je découvre ma grand-mère.

— J’ai toqué, mais tu n’entends rien avec ton truc !

Elle désigne mon gros casque, que je retire. Puis, elle observe attentivement l’écran, les yeux plissés.

— Cette créature, c’est censé être quoi ? D’après les canines apparentes, je dirais : un vampire…

— C’est bien ça ! dis-je, amusé.

— Il est ridicule ! s’offusque-t-elle. Un vampire se doit d’être charmant, celui-ci est très laid !

Je ris plus franchement, tout en essayant de terminer le combat que je suis en train de mener.

— Oui, c’est vrai. Excuse-moi, un instant…

De nouveau concentré sur l’écran, je ne l’ai pas vue prendre mon casque.

— Mei ? Tu es là ? crie-t-elle dans le micro. Terminez ce vampire proprement et descends, on va diner ! Et pense à ton linge sale, sinon tu vas encore manquer de culottes propres !

Effectivement, ma sœur l’entend, mais elle n’est pas la seule. J’imagine déjà les potes du serveur vocal se marrer. Sans parler de la tête de Mei, elle doit fulminer et inventer de nouvelles insultes, le rouge aux joues.

Surtout qu’en ce moment, elle accumule les frustrations. Y’a deux semaines, suite à une de sesinvestigation en mode casse-cou, elle s’est retrouvée à l’hôpital. Fort heureusement, elle s’en est bien tiré, elle a juste le bras cassé. Le plâtre la prive des activités dont elle raffole : escrime et skateboard. Elle tourne en rond à la maison, j’essaye de passer du temps avec elle pour lui changer les idées, mais elle a beau être une championne des jeux vidéos, avec une seule main, c’est compliqué.

— Comment te sens-tu ? me demande Nainai lorsque je quitte enfin le jeu.

— Ça va mieux. Lundi, je retourne en cours, comme prévu.

— Tu es sur ? Si besoin, je peux obtenir un nouveau certificat médical.

— Non Nainai, t’embête pas. Ça va aller. Et puis, plus j’attends, plus ça sera dur d’y retourner.

Elle passe sa main dans mes cheveux.

— Tu as grandi si vite. Je suis fière de toi.

Elle pose un baiser sur mon front.

***

Après diner, je m’isole de nouveau dans ma chambre. Étendu sur mon lit, je contemple mon plafond qui n’a pourtant rien d’intéressant. J’essaye de me projeter entre les murs de la fac. Affronter la foule, le bruit, retrouver les gens et toutes ces émotions qui les accompagnent. « Lundi, je retourne en cours ». Voilà ce que j’ai annoncé à ma grand-mère pour la rassurer. À présent, il faut que j’arrive à me convaincre moi-même. C’est beaucoup plus facile d’être ici, dans mon petit cocon familial. Mon travail est bien plus efficace lorsque je suis seul, au calme. J’ai rattrapé tout mon retard. Je me sens également beaucoup mieux physiquement, je ne termine pas la semaine épuisé. Les profs m’ont bien aidé, ainsi que Samira qui m’a envoyé ses notes. Elle est vraiment cool, je culpabilise. Je lui ai surement fait vivre le pire rendez-vous de sa vie.

D’un autre côté, je sais que j’ai pris la bonne décision. Ça aurait été une erreur d’aller plus loin avec elle. J’espère qu’elle me pardonnera et que nous pourrons rester proches. C’est une chouette fille. C’est en partie pour elle que j’essaye de me motiver à y retourner. Je lui dois une explication, ainsi que des excuses. Je l’ai déjà fait par message, mais je tiens à lui parler, en face à face. Je veux aussi m’assurer que tout est clair entre nous. Histoire qu’elle ne se fasse pas de nouveaux films.

Étonnamment, j’ai une furieuse envie de retourner trainer à la bibliothèque. Depuis que je sors de nouveau de chez moi, j’ai l’impression d’être un ado en chaleur. J’avais mis ma libido de côté, elle est en train de m’exploser au visage. Je réalise que je me suis beaucoup isolé depuis qu’on habite ici. Difficile de faire des rencontres sans sortir de chez soi. La seule personne qui m’ait tapée dans l’œil, c’est la copine de ma sœur Mei. Et là, tout de suite, l’alerte s’est allumée dans ma tête, avec un gros panneau : sens interdit. Je me contente de la taquiner, mais je n’irai jamais plus loin.

J’ai déjà eu des expériences plus ou moins amoureuses, ainsi que sexuelles. Jamais rien de vraiment sérieux, je ne peux pas me le permettre. Je ne veux pas imposer ce que je suis à quelqu’un d’autre. C’est beaucoup trop compliqué, malgré tout j’aime rencontrer des gens. Bien que le sexe virtuel soit fun, j’ai envie de contacts physiques, charnels, sensuels.

Même si j’ai conscience d’être allé trop loin, j’ai apprécié le petit jeu de séduction avec Samira. C’était plaisant de se tourner autour. J’avais oublié à quel point c’était grisant d’être désiré. Peut-être que j’aurais dû me contenter de ça au lieu de vouloir tout.

J’ouvre le tiroir de ma table de nuit et en sors le foulard jaune et vert, celui de Vic. J’enfouis mon visage dans le tissu, il porte toujours son odeur. Je me suis arrêté à mes premiers sens. Voilà une semaine que je résiste à utiliser mon don. J’ai envie d’en savoir plus sur elle.

Attention, Liang, tu recommences.

Mes hormones me font faire n’importe quoi. Je caresse le foulard, hésitant de nouveau. Est-ce que je ne devrais pas faire l’effort de la découvrir, tout simplement, comme le font les autres ? Est-ce qu’utiliser mon pouvoir c’est tricher ?

Oui, et non, cela fait partie de moi, de ma manière de percevoir le monde. Je peux difficilement faire sans.

Je laisse échapper un long soupir. J’ai très envie d’en savoir plus sur elle. Et ce n’est pas la culpabilité qui me retient, mais la peur. Peur d’être trop intime, de tomber amoureux. Comme je l’ai fait avec Samira. La crainte de nous faire souffrir, tous les deux.

Le bip de mon téléphone me sort de mes rêveries. Et pourtant, j’ai l’impression d’y être encore en voyant le nom de Vic s’afficher sur l’écran.


Vic : salut ! Tu fais quoi demain ? je vais à une fête, si ça te dit de m’accompagner !


Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Si ça, c’est pas un signe ! Je meurs d’envie de lui dire oui, juste pour la revoir. Mais je suis terrorisé à l’idée d’aller à une fête avec plein de monde. Et puis, ce week-end, je préfère rester à la maison et être présent pour Mei.

Encore un prétexte.

Je ne me sens vraiment pas prêt.

Peut-être dans trois, quatre ans…

Je ris nerveusement, le téléphone toujours entre mes mains. Au moins, j’ai déjà récupéré son numéro. Faut rester positif !


Vic : à moins que tu préfères trainer à la bibliothèque ^_^

Liang : Hello Vic ! désolé, je suis pas dispo demain soir.

Liang : Par contre, oui j’adorerais trainer de nouveau à la BU

Liang : avec toi

Vic : Ça peut se faire ! Je pensais y aller mercredi soir

Liang : J’y serai !

Vic : pour bosser ou… pour mater ? :p

Liang : je suis vraiment grillé

Vic : Est ce que j’arrive à te faire rougir  ? même à distance ?

Liang : oui

Vic : intéressant :)


***


Mercredi 25 novembre 2020

La journée n’a pas été aussi horrible que prévu. Ce matin, j’ai suivi le cours magistral en visio et cette aprem, deux TD en petits groupes qui se sont bien passés. J’ai revu Samira, même si c’était un peu bizarre entre nous, j’ai pu lui parler et m’excuser. J’ai pris soin de lui faire comprendre que le problème ne venait absolument pas d’elle, mais bien de moi. Je lui ai également expliqué que les contacts physiques avec les autres pouvaient être compliqués pour moi. Et que, pour cette raison, je ne voulais pas m’engager avec quelqu’un. Elle m’a écouté sans poser de question, mais je crois que ça s’est bien passé. Réalité ou non, c’est ce que je me répète en rejoignant la bibliothèque, le cœur léger.

Installé à la même table que la dernière fois, fébrile, j’observe les allées et venues. Vic ne tarde pas à apparaitre, toujours aussi pétillante. J’ai beaucoup de mal à me concentrer sur mes chiffres, on papote, on rigole beaucoup. Le courant passe vraiment bien entre nous. D’après ses gestes, ses regards et les mots qu’elle choisit, je pense pouvoir dire que je lui plais. Enfin, j’espère ne pas me tromper. J’ai rapidement la réponse à cette question, lorsqu’elle s’avance vers moi pour m’embrasser.

— Vic, attends. Je ne cherche pas une relation sérieuse.

Elle se marre

— Tu dis ça sur un ton tellement solennel. Tu as cru que j’allais te faire une demande en mariage ?

— Non, pardon. Récemment, j’ai fait souffrir quelqu’un et je ne veux pas recommencer.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? demande-t-elle, suspicieuse.

— On ne voulait pas la même chose. Je l’ai déçue.

— Je comprends. Et, une relation non sérieuse ? Ça t’intéresse ? demande-t-elle avec un petit sourire.

OUI, oui, oui ! Totalement !

J’adore la manière dont elle me regarde, désireux de prolonger ce moment, je ne quitte plus ses yeux. Ma langue vient caresser mes lèvres, comme une invitation silencieuse. Son sourire s’élargit, son regard pétille. Elle se penche à mon oreille.

— J’ai très envie de t’embrasser, mais avec ce que tu viens de me dire, je préfère attendre le feu vert.

Alors qu’elle allait se reculer, je la retiens, ma main plaquée sur sa nuque.

— J’en ai également très envie et je valide ta proposition !

— Tu veux que je te signe quelque chose, dit-elle, amusée.

Mes lèvres viennent trouver les siennes, ses rires meurent dans ma bouche. Son souffle caresse ma joue. Nos langues se rencontrent. Un doux frisson me parcourt. Pendant un instant, désir et peur se mélangent. Je ne ferme pas les yeux. J’ai besoin de la voir afin de m’assurer de rester ici, dans le réel. Ne pas me perdre dans ses souvenirs ou des rêves qui ne sont pas les miens. Doucement, je me laisse gagner par ce délicieux échange. La sensualité qui se dégage de ce long baiser fait taire mes angoisses. Juste du plaisir.

— J’adore ce genre de contrat ! murmure-t-elle.

Ses lèvres se posent sur ma joue. Ses doigts glissent entre les miens.

— Content que ça te plaise ! Ça te dit d’aller manger quelque part ?

Un nouveau sourire espiègle illumine son visage.

— Puisqu’on a décidé de jouer cartes sur table, faut que je t’avoue un truc…

— Oh ? Quel genre ? demandè-je, intrigué.

Elle vient de nouveau chuchoter à mon oreille.

— J’avais prévu de t’emmener chez moi.

Mon cerveau se remet en alerte, alors que mon corps lui ordonne de se taire.

Quelques minutes plus tard, la porte de son logement étudiant se referme derrière nous. Chaussures, sacs et manteaux sont jetés au sol. Je n’ai pas vraiment le temps d’observer l’aménagement ni la déco, que nous sommes déjà sur son lit. Étendu sur le dos, elle me chevauche. Ses doigts agiles se fraient un chemin jusqu’à mon ventre. Au contact de sa main sur ma peau nue, je laisse échapper un petit râle rauque qui la ravit. Mes mains se posent sur ses genoux et remontent ses cuisses. J’envisage de lui enlever ce jean, lorsque je réalise qu’elle est en train de déboutonner le mien. Pour la deuxième fois de la soirée, je l’arrête. Ma main posée sur la sienne.

— Attends… Y’a autre chose que tu dois savoir. Ma jambe droite n’est vraiment pas belle à voir.

Elle se redresse, m’observe et marque un arrêt avant de poursuivre.

— Ok. Est-ce que c’est douloureux ou gênant pour toi si je la touche ?

C’est la première fois qu’on me pose cette question, je suis touché. Habituellement, les gens veulent savoir comment c’est arrivé et si je vais guérir. Je ne lis aucune pitié dans son regard.

— Non, non, mais c’était plutôt pour toi que ça risque d’être désagréable. Elle est couverte de cicatrices, ça rend la peau étrange. Et j’ai beaucoup moins de sensations.

Elle acquiesce.

— Désolé, je casse encore l’ambiance.

— Un peu, dit-elle en riant. Mais ça fait partie de choses importantes à dire.

Je l’attrape par les hanches pour l’attirer de nouveau sur moi.

— Reviens un peu par là. Je compte bien me rattraper.

Ses dreadlocks vertes chatouillent mon visage, je retrouve ses lèvres. Mes bras se referment autour d’elle. À leur tour, mes doigts s’aventurent sous son pull. Sur son dos, j’alterne lentes et douces caresses avec d’autres, plus rapides, plus appuyées. Je jubile en la sentant frissonner. J’aime la manière dont sa langue joue avec la mienne, à croire qu’elle est sans cesse en train de me taquiner. Elle quitte ma bouche, pour descendre le long de mon cou, y laissant une trace humide qui allume tous mes sens. Jamais mon caleçon ne m’a semblé si serré. En un éclair, me voilà débarrassé de mon sweat et de mon t-shirt, elle a tout retiré d’un coup ! J’essaye de faire de même avec les siens, c’est un peu plus laborieux, mais j’arrive à dégrafer son soutif d’une seule main ! Mes yeux se posent sur son épaule, une envolée de papillons blancs tatoue sa peau marron. Puis glissent, irrémédiablement, sur ses jolis seins ronds, dont les pointes m’appellent.

— Tu es magnifique…

Elle sourit, simplement. Ses mains parcourent mon torse et mon ventre, alors que les miennes restent sagement posées sur ses hanches. Pour l’heure, ce sont mes yeux qui la caressent. Mon corps se met à bouillir. Soudainement, je la fais basculer sur le lit, puis rouler afin de me retrouver au-dessus. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois, car le lit n’est pas grand. Elle rit en s’accrochant à moi. Mon torse se retrouve contre sa poitrine, peau contre peau. J’écoute sa respiration qui s’accélère, ses frissons lorsque je pose mes lèvres sur elle. Mon corps danse lentement contre le sien, ses mains agrippent mes fesses incitant au rapprochement.

— T’es sûr que tu veux pas enlever ton pantalon ? demande-t-elle en essayant de s’y glisser.

— Pas tout de suite…

Je reste en appui sur mes bras tant que je peux, mais lorsque ma jambe commence à flancher, je me laisse rouler sur le lit, à ses côtés. Les mains libres, je découvre la douceur de ses seins. Quand mes lèvres se referment sur son téton, elle pousse un petit gémissement qui me fait vriller le cerveau. Mes doigts déboutonnent frénétiquement son pantalon, elle fait de même avec le mien. Nos désirs s’embrassent et tout s’enchaine. En quelques secondes, nous sommes totalement nus, mis à part le préservatif qu’elle vient d’enfiler sur ma verge tendue. Elle me chevauche, alors que je caresse de nouveau ses jolis seins. Lorsqu’elle s’empale sur moi, je ferme enfin les yeux et me laisse aller au plaisir.

Allongé sur le dos, je savoure l’ivresse du moment. Mon corps et mon esprit sont parcourus d’un flot de sensations et d’émotions. Je ne suis pas encore remis de ce plaisir intense. Je me sens tellement bien.

Je mets quelques instants à comprendre ce qu’elle me dit.

— Alors ? Ça te branche ? répète-t-elle. On se commande un truc à manger ? Y’a un nouveau film que je veux mater sur Netflix.

— Non, je suis désolé, faut que je rentre.

Elle fait la moue. Je détourne le regard.

— Ah ouais ! Donc, c’est vraiment juste de la baise… Je note.

— Non, mais te vexe pas, je pensais qu’on était d’accord.

Elle soupire.

— Ok… je vais prendre une douche. Claque la porte derrière toi en sortant. À la prochaine !

Merde…

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