Agression

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Elle n'avait pas l'habitude d'aller au marché. Il n'y avait déjà plus grand monde mais tous les étales étaient encore ouverts. D'accord il s'agissait de produits banales… mais éparpillés à travers toute la place !

Léanne poussa un long soupir lorsqu’elle eut enfin trouvé le dernier item. Il était temps de rentrer… Elle devait se dépêcher, surtout avec la pluie qui commençait.

Mais alors que la Raxy sortait à peine du marché, des pas derrière elle l'alertèrent… trop tard, une main passa rapidement son épaule pour se plaquer sur ses lèvres. Elle aurait bien voulu réagir mais l'homme la bloqua rapidement contre l’un des murs près d’eux. Il leva ensuite son autre main, menaçant son cou d'une lame.

Que devait-elle faire ? Pas grand-chose, deux autres apparurent très vite derrière le premier, que voulaient-ils ? C'était simple à deviner, celui qui la tenait la força à se retourner, se plaçant derrière Léanne et tenant toujours le couteau sous sa gorge… Alors un autre vient, avançant directement ses mains pour passer sous sa robe. C'était hors de question ! Aucun homme ne l'avait touchée depuis seize ans, elle ne pouvait pas les laisser faire. Alors elle poussa rapidement sur ses jambes, s'aidant de l'homme derrière elle comme appuie pour frapper celui en face. Lui fut surprit, mais alors qu’elle tentait de se libérer du couteau, le troisième s'approcha rapidement avec une autre lame.

  • Tiens-la.

Celui derrière la Raxy attrapa l'un de ses bras et se pencha en avant pour l'empêcher de recommencer. Elle tenta de se libérer mais l'autre fut rapide… Léanne ne put retenir un cri sous la douleur.

Il la laissa tomber au sol… mais elle n'eut pas le temps de se remettre, celui qu’elle avait poussé vint rapidement sur elle, sortant lui aussi une lame. Il l’allongea brusquement, appuyant plus que nécessaire son couteau sur sa gorge.

Elle ne pouvait rien faire, son corps était faible, plus faible depuis seize ans sans donjon, plus faible par le boss qu’elle avait affronté, elle ne pouvait pas se défendre, elle le savait, mais elle ne pouvait pas se laisser faire non plus… alors ses bras s’agitèrent, tentant de repousser ce monstre, même si ses douleurs s’intensifiaient, si à présent la totalité de ses muscles la brulaient, elle devait se battre, elle devait essayer… mais des mains se saisirent très vite de ses poignets, les deux autres la tenaient, ils l'immobilisaient pendant que le premier la déshabillait…

  • Non… pitié non je vous en prie…

Trois larges sourires apparurent, trois sourires qui s’intensifièrent alors qu'un cri lui échappa, c'était fini, il la violait, et ils allaient certainement tous y passer l'un après l'autre…

C'était fini, comment avait-elle pu en arriver là ? Comment avait-elle pu laisser ces monstres la toucher… comment était-elle devenue aussi faible…

  • C'est qu'elle est bruyante.

Celui sur Léanne sourit encore plus, puis il s'allongea un peu plus sur elle tout en continuant de la faire souffrir, mais ensuite… ensuite la douleur jusque-là bien présente dans son bassin lui parut insignifiante, un froid bien plus important la prit, un froid, une intense douleur qui se propagea dans tout son corps, qui lui monta à la tête jusqu'à ce que le noir s'installe…

Comment tout ça avait-il put arriver, comment était-elle devenue faible… normale ? C'était bien ça… une jeune femme normale ne pouvait pas se défendre contre des hommes… Une Arquine oui, mais elle ne l'était plus… Seize ans… Seize longues années à se morfondre de la disparition de sa famille… Seize ans où elle pensait ne jamais être capable de retourner en donjon, et voilà que le destin venait lui faire comprendre qu’elle était devenue faible, normale… Elle qui avait longtemps été la meilleure, la plus respectée et admirée. Elle qui aujourd'hui encore courait pour éviter ses démons, après seize ans, et elle n'était plus capable de se défendre, ou même de battre un boss soixante-quinze sans se blesser… Elle était devenue pathétique.

Ses yeux s’ouvrirent lentement. Ce n'était plus la rue près du marché, sa chambre, quelqu'un l'avait trouvée ? Léanne leva une main à son ventre, non aucune blessure, pas même de déchirures sur la robe, d'ailleurs ce n'était plus la sienne.

Elle s'assit et écarta le drap qui la couvrait pour regarder son corps. Aucune blessure, pas même les bleus du boss. Quelqu'un l'avait sauvée. Autrefois c'était elle… c'était elle qui sauvait les autres…

La porte finie par s'ouvrir sur Laurent, il sourit immédiatement en venant s'assoir au bord du lit.

  • Comment tu te sens ?
  • Qui m'a trouvée ?
  • La guilde Harax, ils patrouillaient justement pour ces trois gars, ce n’était pas leur première fois… Écoute Léanne si tu veux en parler…
  • Je vais bien, c'est aussi eux qui m'ont soignée ?
  • Oui et ils m'ont demandé de t’engueuler pour ne pas avoir fait soigner tes anciennes blessures.

La Raxy sourit en baissant les yeux :

  • C'était rien…
  • Une côte fêlée ?
  • Léanne, je t’apprécie énormément tu le sais… alors j'aimerais que tu fasses un peu plus attention à toi.
  • D’accord, est-ce qu'ils ont été arrêtés ?
  • Oui.
  • Bien.

Elle se redressa un peu plus pour se lever :

  • J'ai faim.

Il sourit et se leva donc pour la suivre en bas.

Elle allait bien. Elle était pathétique mais elle allait bien. Elle ne pouvait pas se défendre elle-même, elle ne pouvait pas défendre les autres, alors qu’elle avait consacré sa vie à ça… avant. Pathétique.

Léanne avait à moitié fini sa viande lorsqu’elle leva les yeux vers Laurent :

  • Je peux prendre ma journée je suppose ?
  • Bien sûr, prend le temps que tu veux.

Dès qu’elle eut fini de manger elle remonta dans sa chambre.

Restant quelques minutes immobiles devant son armoire, la jeune femme se demanda alors si c’était une bonne idée. Endeil commençait à devenir en danger en donjon. Elle l’adorait et le considérait presque comme son fils… Elle ne pouvait pas rester à rien faire. Et ce qu’il s’était passé… Cette humiliation qu’elle venait de subir, Léanne avait déjà rangée cette scène dans un coin sombre de sa mémoire, mais l’amertume de ne pas avoir pu se défendre restait. Le destin avait prit sa décision, elle devait reprendre son ancienne vie.

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