L'auberge de lune

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Le calme régnait sur l’auberge de lune. Seuls les habitués riaient à leurs exploits du jour. Beaucoup de ces tables rondes resteraient vide ce soir, ou ne serviraient que de débarras.

Laurent, chef en ces lieux, appréciait cette joie dans sa maison. Bienvenu était celui qui gardait pour lui ses malheurs et sa violence. Personne ici n’oserait jamais défier cette règle.

Un petit groupe résistait cependant au calme ambiant. La guilde Heneris, portant le nom de son chef, tous assis autour d’une table isolée et discutant calmement de leur prochaine expédition.

Chaque guilde se devait d’avoir une maison, un lieu de vie où se réunir et vivre en communauté pour ceux qui le désiraient. Cette règle, peu la respectaient, mais des guildes sans maison restaient tolérées par les autorités. Une petite guilde de cinq membres n’ayant pas les moyens de s’acheter un quartier général. Laurent n’avait pas hésité un seul instant à leur mettre à disposition son auberge, certainement puisque son fils faisait partie de la guilde.

Plus jeune membre de son groupe, Endeil s’entêtait à vouloir devenir un Arquin de haut de niveau, un combattant de donjon faisant régner la loi et l'ordre dans la ville. Les débuts restaient peu prometteurs mais avec les années peut-être pourrait-il parvenir à s’améliorer. Beaucoup lui souhaitait la réussite, à lui, et à tous jeunes Arquins voulant faire leurs preuves. Un très grand nombre d’adolescents de la ville comme de l’extérieur s’essayaient aux donjons de Durzah afin de démontrer leur courage. Un jeu d’enfant dans les premiers niveaux, mais le véritable travail commençait ensuite.

Léanne, accoudée derrière le haut bar vide, sourit en observant la petite guilde. Contrairement à beaucoup d’autres jeunes, ils ne considéraient pas cela comme un jeu. Un très bon début.

Laurent vient près de sa serveuse. Silencieux, il l’observa d’un sourire. Ses pensées devaient être captivantes puisqu’elle ne semblait pas l’avoir entendu approcher. Ses hautes oreilles duveteuses n’avaient pas bougé, restant droites et attentives aux discussions de la guilde Heneris. Beaucoup de Raxy peuplaient cette ville, notamment en tant qu’Arquin, mais Léanne n’était alors connue que pour son immense beauté. Un éclat ensorcelant qui expliquait peut-être une partie de la popularité de cette auberge.

Le maître des lieux détourna ses pupilles vertes de cette beauté pour contempler son fils :

  • Ils préparent quelque chose ?

Un léger sourire vint s’inscrire sur les fines lèvres de Léanne :

  • Donjon niveau 30, demain.

Elle parlait peu, comme toujours, plus avec lui qu’avec d’autre bien sûr, mais chacun de ses mots restaient pensés et réfléchit comme si sa vie en dépendait.

Laurent ne pouvait qu’admirer ce contrôle dont elle faisait preuve en permanence. Jamais elle n’avait de moment d’inattention, jamais elle ne laissait ses pensées s’étendre à ses paroles, jamais elle n’avait un mot de travers. Toujours parfaites, toujours réfléchie et contrôlée, une ancienne Arquine de haut niveau dont peu soupçonnait l’existence.

Léanne réfléchissait déjà à la prochaine question du propriétaire. Elle le connaissait, elle savait ce qu’il allait demander. Ses sourcils discrets froncés d’un millimètre trahissaient pour les plus minutieux sa réflexion.

Passer le donjon 30 revenait réussir une étape cruciale dans la vie d’un Arquin. Même s’ils feraient cette épreuve en guilde et que ça ne serait pas prit en compte dans leur avancée personnelle, c’était une expérience majeure.

  • Tu penses qu’ils en sont capables ?
  • Les premières salles sont plus simples que le boss du niveau 20.

Laurent patienta quelques minutes qu’elle poursuive :

  • Mais au milieu du donjon ils risquent d’avoir quelques difficultés, les pièges se font plus fréquents.
  • Et le boss ?
  • Le premier sans retour, Heneris sait que c’est une mauvaise idée, surtout demain.

Première journée du mois d’Augurne, toutes les guildes ouvraient alors leurs portes à de nouvelles recrues. Les plus téméraires s’élançaient dans les tests des mieux classées, les autres tentaient simplement de gagner quelques places.

Plusieurs classements existaient. Allant de la guilde la plus peuplée à celle présentant les plus mauvais temps en donjon. De plus en plus de catégorie ont vue le jour au fil des années, Léanne trouvait cela stupide. Un classement était déjà inutile pour elle, les Arquins n’étaient là que pour faire régner l’ordre dans une ville. Même s’ils s’entraînaient dans les donjons, ils restaient une milice devant s’occuper de la sécurité des citoyens pour elle. Cela était vrai il y a quelques années, aujourd’hui beaucoup de guilde se contentaient des donjons.

  • Tu devrais peut-être les prévenir… ou les accompagner.

Laurent avait murmuré, pour qu’elle soit seule à l’entendre. Le regard meurtrier que la Raxy lui servit alors le fit sourire :

  • Oh fait pas cette tête, tu sais que j’adorerais te voir reprendre.
  • Jamais.

Profitant qu’un client demande un nouveau verre d’une main, la belle femme s’éclipsa rapidement.

Léanne aussi adorerait reprendre son ancienne vie… Des journées de combats dans les plus hauts niveaux, des journées à faire régner la justice, des journées à de belles rencontres… Tout cela lui manquait. Mais la Raxy savait que son cœur meurtrit ne se sentait pas encore prêt.

Lorsque le dernier client monta dans sa chambre, Léanne prit également congé de ses consœurs pour aller se reposer. Elle leur laissait le soin de nettoyer la grande salle pour le lendemain. Se levant en première tous les jours, la Raxy pouvait donc se permettre d’échapper à cette tâche.

Le soleil ne perçait pas encore les bâtiments de la ville lorsque Léanne se posa devant son miroir. Elle venait de sortir de son bain et s’employa donc à tresser ses longs cheveux roux lui atteignant la taille. Pour une journée qui promettait d’être chargée elle avait besoin de les gardé attachés, ses mèches rebelles ne l’aideraient pas dans son travail.

Mettant sa robe la plus longue, pour ne pas avoir à surveiller les regards aventureux des clients, Léanne descendit lentement dans la grande salle. Les volets de bois cachaient encore la faible lueur se levant dans la ville. La porte restait verrouillée. Chaque verre, chaque table, chaque parcelle du sol brillait de propreté. Elles avaient bien fait leur travail.

Remplir les étagères des bouteilles manquantes, même si elles ne serviront pas avant midi. S’assurer que les verres seraient assez nombreux. Sortir quelques tables supplémentaires. Puis, après avoir laisser entrer la lumière, Léanne débarra enfin la porte.

Un bon nombre d’homme attendaient déjà sur le perron, tous sourirent en apercevant la Raxy.

  • Bonjour messieurs.

Ils lui répondirent en une seule voix avant d’entrer dans l’auberge. Léanne commença par plusieurs repas simple, léger mais consistants pour leur donner l’énergie nécessaire aux tests qu’ils allaient endurer.

Les autres serveuses vinrent alléger sa tâche très vite, permettant à la Raxy de s’évader dans ses pensées.

Ces journées de recrutement de guilde revenaient chaque année au mois d’Augurne et duraient dix jours. Ce n’était que le début alors les clients souhaitant se donner de l’énergie avant de commencer étaient nombreux. Beaucoup moins viendraient dans les prochains jours.

Léanne s’imaginait bien la facilité de ces tests. Elle se demandait chaque année si elle serait capable de se faire recruter par l’une des meilleures guildes. Son niveau avait-il baissé depuis les années ? Puisqu’elle avait abandonné les donjons depuis maintenant seize ans, c’était fort possible.

Laurent s’accouda au bar en fixant la salle, s’assurant d’un regard que tout se passait bien. Ils avaient du monde, toutes les tables étaient prises, mais chaque serveuse connaissait son rôle et pour le moment cela se déroulait à merveille. Les yeux du propriétaire se posèrent sur Léanne. Elle semblait distraite, il savait bien pourquoi. Cette belle Raxy adorait les donjons, son ancienne vie d’Arquine lui manquait, il le savait. En ce jour où elle aurait une chance d’intégrer une guilde, ses pensées s’évadaient fréquemment vers son passé. Selon lui sa guérison n’était pas encore parfaite, c’était alors la seule raison qui la retenait encore, son cœur souffrait toujours.

L’après-midi fut encore plus chargée. Beaucoup venaient alors boire et se rassasier des délices de l’auberge après avoir réussi des épreuves. Certains autres partageaient cette joie tout en attendant toujours leurs résultats. Puis les deniers noyaient les déceptions de leurs échecs dans l’alcool. La bonne ambiance restait pourtant bien présente dans la grande salle.

Mais alors que le soleil brillait encore au-dessus des toits, la porte s’ouvrit pour laisser un froid glacial envahir la pièce. Un silence très vite rythmé par les pleures douloureux de la jeune fille venant de faire son entrée. Sa tenue de mage était bien abîmée, elle sortait tout droit d’un donjon, blessée à plusieurs endroits de son corps, c’était pourtant la détresse de ses yeux bruns qui attirait toute l’attention de l’auberge.

Léanne, sortie de ses rêveries, posa rapidement le plateau qu’elle tenait pour venir près de l’adolescente. D’une main sûre et rassurante elle l’a prise contre elle.

  • Calme-toi Sandra, que s’est-il passé ?

Pendant que la Raxy essayait de la calmer, Laurent s’était approché. Elle faisait partie de la guilde Heneris… Vu son état le donjon avait été difficile. Qu’était-il arrivé… Endeil était-il saint et sauf ?

Lorsque la respiration difficile de Sandra s’apaisa, Léanne s’éloigna d’elle pour s’agenouiller et la regarder dans les yeux :

  • Dit-moi Sandra, que s’est-il passé ?
  • On… on a fini le demi-boss… et… il y a eu une trappe…

Ses pleurs repartirent de plus belle. Entre deux larmes, Léanne parvient cependant à comprendre :

  • Endeil… il est tombé…

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