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[...]


Alors c’était lui, le fameux Ely. Le champion de l’arène, celui qui n’avait pas perdu un seul combat en plusieurs années. Étrangement, Alex s’était attendue à voir un colosse mais ce n’était pas le cas. Bien qu’il ait l’air musclé, l’homme n’était pas très grand et encore moins bâti comme une montagne. Ses vêtements sales et déchirés lui donnaient un air miteux qui ne faisait qu’accroitre le dégout qu’Alex ressentait pour lui.

– Ely combat ce soir, reprit Esteban. Tu devrais aller le voir, je suis certain que cela te sera très bénéfique.

L’homme sauta de la chaire et posa sa main sur la poignée de la porte.

– Ce n’est pas pour les fillettes, lâcha-t-il de sa voix rauque en sortant du bureau.

Esteban partit d’un grand rire bruyant et invita Alex à s’asseoir sur le fauteuil qui venait de se libérer.

– Ne fais pas attention à lui, c’est un prétentieux.

– Un prétentieux qui vous rapporte beaucoup, d’après ce que j’ai entendu.

– Oui, c’est vrai, admit Esteban. Mais tu vas vite te révéler être une source importante de profit pour mon Jugement Dernier ! Après ton succès, les gars se sont déchainés. Ils ont payé le double pour pouvoir assister à ton prochain combat.

Son prochain combat. Alex ne pouvait se résoudre à y penser. Elle avait l’espoir que, d’ici quelques jours, elle aurait trouvé un moyen de s’enfuir de cet endroit. Elle préférait être dehors, quitte à être pourchassée par l’Armée, plutôt que de devoir rester ici et tuer encore d’autres femmes. Elle essaya toutefois de ne rien laisser paraitre.

– Je veux un nom, dit-elle en plantant son regard dans celui de son interlocuteur.

– Un nom ?

– Oui. Comme Étoile Noire.

– Allons, ma chérie, tu as déjà un nom ! Tu es la Traîtresse.

– Je ne suis pas une traîtresse ! s’insurgea Alex.

Esteban la regardait attentivement. Il prit quelques secondes avant de répondre.

– Il y avait cette famille, qui habitait dans mon quartier. Le père travaillait comme ouvrier dans une usine de voitures, la mère était institutrice. Ils avaient deux enfants, un garçon et une fille. Je ne me souviens plus du nom du garçon, mais en revanche celui de la fille est resté gravé dans ma mémoire. Lily.

Alex le regardait tripoter un cigare, se demandant où il voulait en venir.

– C’était une petite fille adorable, poursuivit Esteban. Tous les soirs, elle sortait le chien de la famille, un horrible bulldog qui répondait au nom de Robinson. Un nom tout à fait stupide pour un chien ! Quoi qu’il en soit, quelques mois après l’arrivée de l’Armée au pouvoir, des rumeurs ont commencé à circuler sur la mère de famille. Certains disaient que c’était une opposante, d’autres allaient même jusqu’à la traiter de radicale.

– C’était le cas ? demanda Alex, pas franchement intéressée mais consciente qu’il ne fallait pas jouer avec le feu.

– On ne l’a jamais vraiment su. Un beau matin, l’Armée a débarqué. Des hommes sont descendus de cheval, parmi eux ton père. Il avait cet air dégouté sur le visage, comme si le simple fait d’être ici le dérangeait. Ils sont entrés dans la maison. Nous avons entendu des cris. Quand ils sont ressortis, quelques minutes plus tard à peine, ton père a essuyé un couteau plein de sang avec un mouchoir en tissu. Puis il a balancé le mouchoir aux pieds de la petite fille.

Esteban s’accouda à son bureau et fustigea Alex du regard.

– Il a osé balancer ce mouchoir plein de sang aux pieds de la petite. Et il est reparti, avec ce même air dédaigneux sur le visage.

– Je ne vois pas très bien où vous voulez en venir.

– Ton père doit mourir, d’une manière ou d’une autre. Si tu n’avais pas retourné ta veste comme tu l’as fait, je me serais servi de toi pour le tuer. Alors crois-moi, tu ferais mieux d’accepter ton surnom. Tant que tu es la Traîtresse, rien ne t’arrivera ici. Ne t’avise plus de me dire que tu n’en es pas une, est-ce bien clair ? Ou je te jure que je jetterai à tes pieds bien plus qu’un simple mouchoir tâché avec le sang de ton paternel.

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Je me suis cassé la jambe ce matin. Pas parce que je désire revoir un proche, je n'en ai pas sauf Georges, ni parce que j'ai peur de la mort, non. Si j'ai pris ce pied-de-biche, que j'ai bloqué mon pied contre le mur et que j'ai appuyé sur l'os dans le but de le briser, ce n'est tout de même pas sans raison, non. Je me suis cassé la jambe ce matin parce que je veux être fusillé. Certes je hais la guerre comme chacun. Je hais risquer ma vie sous les balles des mitrailleurs, voir rugir les flammes et mordre la pluie sous un tonnerre artificiel ; certes je déteste voir mes camarades mourir au combat malgré mon antipathie à l'égard des autres, mais je supporte tout ça. La guerre, j'y résiste. Mais il y a une chose, j'ai peur des obus. Toute sa vie, que l'on le veuille ou non, je l'ai appris à mes dépens, il y a toujours une personne pour s'intéresser à vous, surtout à votre mort.
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 Je me perdis à penser au Gentil Brise, la goélette la plus rapide de Saint-Malo. Je me souviens du jour où comme souvent je succombais à mon point faible, les jeux d'argent et affrontais Georges et Jean. Je perdis ce jour-là 1500 francs et m'endettai de plus de 3000 francs. J'étais naturalisé Français depuis mon arrivée à 16 ans en Bretagne. Comme tout Français, j'étais sommé de me rendre sur le front pour y combattre l'envahisseur allemand, mais ici, chez les chasseurs de phoques, nous nous moquions des règles et partions en mer malgré la guerre. Voyant que je ne pouvais pas payer mes dettes, Jean me dénonça aux autorités à notre retour six mois plus tard. En 18 heures de train et 6 heures d'entraînement, j'étais sur le front marchant d'un pas souple, une arme à la main sans en avoir jamais porté auparavant. Je n'avais pas eu mon mot à dire.
 J'avais troqué la brise marine pour la boue des tranchées et les tempêtes pour les pluies d'obus. Et malgré les douleurs je tenais. Il devait maintenant être 23h30, ou peut-être 16h ? La nuit devint plus sombre. Ma barbe me grattait affreusement ; les puces, ces horribles et infâmes créatures de l'Enfer.
 Le Vent s'arrêta net comme la guillotine sur la nuque d'un condamné, voilà les obus. Pour la première fois de ma vie, je me sentais effroyablement seul. Je me suis cassé la jambe ce matin parce que je ne veux pas mourir seul dans le noir.






Je m'appelle Humphrey Embrun et mon histoire commence le 23 Novembre 1897 à Londres, capitale de l'Empire britannique, dans les tréfonds de l'East Side. Mon père s'appelait Pierre Embrun et ma mère Élisabeth York. Mon père avait été marin dans la marchande britannique pendant 27 ans, il était second sur le Georges V et nous vivions honnêtement dans une modeste maison en Cornouailles. Je ne m'en rappelle plus vraiment, j'étais trop jeune. Mon père rapportait suffisamment d'argent pour que ma mère n'ait pas à se préoccuper de trouver un travail et qu'elle puisse prendre soin de moi sans qu'elle est jamais à penser aux dépenses. Nous vivions humblement mais correctement et à cette époque j'ai même pu aller à l'école pendant plusieurs années. Nous ne voyons mon père que deux ou trois fois par an environ, le temps d'effectuer plusieurs traversées vers les colonies et de revenir. Je l'admirais énormément à l'époque comme tout gosse admire ses parents quand ils se battent pour lui. Ce qui me plaisait le plus en eux c'est qu'ils semblaient heureux , jamais ma mère ne pleurait et jamais mon père ne haussait la voix, pas une seule fois depuis ma naissance. Un jour mon père est rentré à la maison, il s'était cassé le dos au cours d'une tempête quand une caisse de thé mal accrochée lui était tombée sur le dos. Il s'était effondré et avait passé l'ensemble de son voyage en convalescence. Et le voilà qui revenait chez nous, appuyé sur une canne, l'air grave et désolé. Ma mère était inquiètes, mon père était solide et une blessure, même grave, ne le préoccuperait pas autant. Il venait de perdre son travail, le pire des maux à l'époque. Ma mère me fit vite comprendre que nous allions devoir déménager vers Londres tandis que mon père s'échinait en vain à trouver en travail. Toutes les portes lui étaient fermées, après tout comment pourrait-il être bûcheron alors que son dos était cassé ? Comment pourrait-il tenir un magasin sans savoir compter ? C'était perdu d'avance. Je quittais mon enfance en Cornouailles ainsi que mes amis, mes souvenirs heureux et mes sensations importantes pour l'Est puant et mauvais de Londres.
 J'avais onze ans, je n'étais jamais venu à la capitale et je mourrais d'envie de voir la plus grande ville du monde, quelle déception. En une rue je voyais plus de crasse, de débauche, de crimes contre l'humanité que la plupart des hommes du monde n'en verront de leur vie. C'était donc cela l'Enfer et je n'avais pas encore idée d'à quel point. C'est donc là que commence ma véritable, le 23 Novembre 1897, jour de mes dix ans et de mon arrivée dans l'East Side, à Londres centre du Monde. Mon père devint alcoolique, la chose qu'il désirait le plus lorsqu'il était en Mer était de nous revoir, ma mère et moi, et voilà que depuis qu'il était revenu il buvait pour se croire à nouveau sur u navire, aboyant les ordres du capitaine à ses subordonnés. Ma mère devint la seule source de revenu de la famille pendant un long moment, jusqu'à mes 14 ans elle travaillerait seule dans les manufactures de tissu pendant douze heures par jour tout en m'élevant et en entamant notre budget pour le logement et pour la nourriture pour répondre aux besoins de boisson de mon père. On pourrait croire qu'elle en aurait eu marre de lui et de ses dépenses, mais ils s'aimaient malgré tout et elle voyait combien il souffrait de honte et de douleur physique à-cause de son impuissance. Elle devait penser intérieurement que la boisson devait être le meilleur moyen pour lui de finir sa vie sans douleur. Depuis le début de leur mariage elle le respectait, lui qui passait des semaines en Mer à faire un travail difficile et dangereux pour nous nourrir tous deux et là encore elle le tenait en haute estime. Malgré son comportement désespéré, mon père n'agissait pas comme la plupart des alcooliques. Jamais il n'a levé la main sur moi et il était toujours aussi doux avec sa famille qu'aux premiers jours, il était triste et bon comme tous les grands hommes. Je décidais que je me devais d'aider mes parents et même si ils refusaient de me laisser travailler avant mes quatorze ans, je les aidaient autrement. Je prenais soin de mon père, nettoyait l'immonde location de deux pièces que nous partagions à trois et volait quand c'était possible, de la nourriture sur le marché. Jamais je n'était pris, j'étais habile pour ce genre de choses et j'avais la discrétion de tous les enfants invisibles. C'est à cette époque que je rencontrais James et Sal, des Irlandais qui faisaient la loi dans les rues. Bien entendu ces grands criminels étaient craints par tout Londres à condition qu'il fasse nuit, qu'ils soient à dix contre cinq et que leur adversaire ne dépasse pas les quatorze ans. Je les aimaient bien. A l'époque tout les autres enfants me détestaient parce que mon père était d'origine française et que j'avais grandi en Cornouailles, loin de la vraie ville, mais Sal qui était pourtant timide m'intégra vite à la bande. Et un jour où j'étais avec Sal et son frère James, un gang rival du Westside les insulta, les traita de singes et commencèrent à les imiter. En réalité ce n'étaient qu'une bande de bourgeois fils de Lord qui s'en prenaient à nous parce que nous étions des immigrés sans personne pour nous protéger. Mais en se moquant de mes amis parce qu'ils étaient Irlandais, ils oublièrent vite leur réputation. Ce n'était certainement pas la première fois qu'ils se battaient, et leur honneur gaélique les tenait de répondre à ce genre de provocation par les poings. Et si les petits anglais se reposaient sur leur nombre, ils ne s'étaient pas aperçus que leurs deux ennemis les dépassaient un peu en âge et en taille. Quant à moi, si je n'étais guère impressionnant, j'avais tout de même un certain courage et la présence de mes amis l'encensait, je me sentais la force d'Ajax et l'habileté d'Achille. Et voilà James le plus âgé des deux frères qui se jette sur un blond de deux têtes plus bas que lui et qui l'envoie rouler sur les pavés. Je me jette à mon tour dans la mêlée suivi de Sal qui se coltine deux gars à la fois, il a un véritable talent pour se battre. En deux coups de poings nous mettons les jeunes en fuite et même si un coup à l'estomac m'a coupé le souffle, je me retrouve soudé avec deux amis que je me promets de ne jamais lâcher.
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