11. (1/2)

6 minutes de lecture

Le jour perçait à travers les grandes fenêtres du hangar lorsqu’Alex ouvrit les yeux. Aussitôt, une douleur fulgurante la saisit. Elle cria et voulut porter une main à sa tête mais elle était de nouveau menottée. Soudain, le rideau s’ouvrit sur Azia qui vint s’asseoir à côté d’elle.

– Détachez-moi, lui demanda Alex.

– Pour que tu me battes à mort ? Non merci.

Alex ouvrit la bouche, puis la referma.

– Elle est morte, la devança Azia. Tu as tué Étoile Noire.

Aucune réaction de la part de la jeune fille.

– Si tu ne me crois pas, tu peux toujours aller dehors voir les gars brûler son corps. Tout le monde pensait que c’était toi qui se calcinerait ce matin. Je dois avouer que tu nous as vachement surpris.

– Je ne voulais pas la tuer.

– Ils disent tous ça, à la fin de leur premier combat. Tu peux te rassurer en te disant que si tu ne l’avais pas fait, c’est toi qui serais morte.

– Je ne suis pas une tueuse, s’insurgea Alex.

– Ça fait déjà deux morts à ton actif, tu vas commencer à être plus qu’une simple tueuse.

Alex repensa au Directeur du Centre qu’elle avait tué lors du Bal. Les cris de sa femme la hanteraient à jamais. Et maintenant venaient s’ajouter les images du visage d’Étoile Noire, en sang, secoué par les assauts répétés de ses poings.

– Souris, tu es en vie !

Alex tourna son visage vers la femme. Étrangement, l’expression de cette dernière s’attendrit aussitôt.

– Tu sais, Alexandra, j’ai été à ta place. Je suis arrivée ici à peine plus âgée que toi. L’Armée venait tout juste de prendre le pouvoir et je n’avais nulle part où aller. Mes parents étaient morts depuis longtemps. Les hommes d’Esteban m’ont trouvée, ils m’ont ramenée ici et m’ont expliqué les règles de ma nouvelle maison.

La femme attrapa une fiole posée sur l’étagère et en appliqua une légère couche sur le visage d’Alex qui grimaça.

– Au départ, je ne voulais tuer personne. J’ai passé mon premier combat à essuyer les coups de mon adversaire. Et puis, quand j’ai compris qu’elle ne s’arrêterait pas, je me suis battue. J’ai eu de la chance. Je n’étais pas entraînée au combat comme tu l’as été par l’Armée. Mon adversaire s’est cognée contre le sol et elle est mal retombée. Elle s’est brisée la nuque et elle est morte sur le coup. Je n’ai rien eu à faire et pourtant j’ai eu la vie sauve.

Elle soupira, puis alla se laver les mains dans une bassine d’eau un peu plus loin.

– Mon deuxième combat fut bien plus difficile. Cette fois, je me suis battue. J’étais loin d’être douée mais j’avais le public de mon côté. Je l’ai tuée. Je ne me souviens même plus de son nom, mais je sais que j’ai mis fin à sa vie. Après ça, je suis allée voir Esteban pour lui dire que je ne voulais plus combattre. Il m’a proposé le deal habituel.

– À savoir ?

– Ne fais pas l’imbécile, je sais qu’il te l’a proposé aussi. Soit on combat dans l’arène, soit on sert de distraction à ses hommes. Je ne pouvais pas retourner me battre, je ne l’aurais pas supporté. Alors j’ai accepté la deuxième proposition.

Alex eut un air dégouté qui n’échappa pas à la femme.

– Ce n’est pas si terrible que ça. Une ou deux heures par jour, à combler des hommes de bonheur. Je m’y suis faite avec le temps. Les gars sont des hommes biens, je n’ai jamais été maltraitée ou forcée. Des fois, quand certains ont trop bu, ils deviennent violents et je me fâche. Esteban est un pervers mais il m’a à la bonne depuis que je l’ai rembarré quand il a essayé de me toucher. Il ne laisserait personne me faire du mal. Je suis libre le reste de la journée, ajouta Azia dans un souffle. Quoi qu’en ce moment je passe un peu trop de temps à m’occuper de toi.

– Pourquoi me soigner ? demanda alors Alex.

– Si tu n’es pas morte sur le ring, alors on te soigne. On te rafistole, on te refait à neuf et tu retournes combattre. Le plus longtemps tu tiens, le plus c’est rentable pour Esteban.

– C’est quoi le record ?

Cette fois, Azia ne peut retenir un petit rire qui sonnait étonnamment doux dans sa bouche.

– Ely est là depuis quasiment autant de temps que moi, il fait presque un combat par semaine. Pas un seul de ses adversaires n’a réussi à lui faire vraiment mal. Il a eu un bras cassé il y a quelques années mais rien de plus.

Alex eut un sifflement admiratif. Cet homme était là depuis presque dix ans et pourtant il n’avait pas cherché à s’enfuir. À croire que cela l’amusait de tuer des gens.

– Je sais ce que tu penses, dit Azia, la faisant sortir de ses pensées. Tu t’imagines que c’est un homme ignoble, un tueur sans pitié. Et tu as raison, dans un certain sens. Mais Ely a des circonstances atténuantes.

– Aucune circonstance ne justifie que l’on tue des gens, répondit amèrement Alex.

L’image de son père venait de s’imposer à elle.

– Tu as pourtant tué Étoile Noire. L’homme est un animal, il fait ce qu’il a à faire quand il en a besoin. Tu n’avais pas le choix, tu devais la tuer. Et franchement, si tu avais vu ta tête à ce moment-là, tu aurais eu peur.

– Comment ça ?

– On ne voyait plus que de la haine dans tes yeux. Tu as continué à la frapper alors qu’elle était déjà morte. Quand je suis montée sur le ring, tu m’as fusillée du regard et l’espace d’un instant, j’ai cru que tu allais te jeter sur moi.

– C’est pour ça que tu as pris les devants ?

Azia posa un genou sur le lit puis souleva les cheveux hirsutes et filasses de la jeune fille pour examiner son crâne.

– Tu n’as qu’une petite bosse, ça sera vite parti. En revanche, ta mâchoire est salement abîmée et tu risques d’avoir sacrément mal quand les médicaments cesseront de faire effet.

– Il sera toujours temps d’en reprendre, grommela la jeune fille.

– Nous n’avons malheureusement pas des stocks illimités. Tu n’es plus dans ton petit château de princesse, en train de profiter du statut de ton père pour vivre dans l’opulence. Là-dehors, les gens manquent de tout, et nos réserves sont au plus bas. La règle veut qu’on ait le droit à des médicaments une seule fois pendant sa convalescence. Ton tour est passé, désolée.

Alex grogna et se rallongea dans le lit. Elle aperçut au passage sa main droite qui avait viré au violet. Elle était entourée d’un large bandage et des croutes s’étaient formées sur ses jointures. Lorsqu’elle essaya de bouger les doigts, elle ne réussit qu’à se faire mal.

– Oublie cette main pendant plusieurs jours, tu ne pourras pas en faire grand-chose, lâcha Azia. J’oubliais, Esteban veut te voir dès que tu seras prête.

Elle adressa un signe à la jeune fille, lui enleva sa menotte et disparut. Alex se leva avec peine et s’étira longuement. Chaque parcelle de son corps la faisait souffrir et même si elle n’aurait jamais imaginé une chose pareille, elle en venait à regretter les heures de combat à la Caserne.

Descendre jusqu’au bureau lui prit une éternité tant la douleur était difficilement supportable. Tentant de ne pas regarder les deux hommes armés, elle frappa à la porte. Après avoir été invitée à rentrer, elle pénétra dans la pièce.

Un homme était déjà là. Il était assis sur le dossier du fauteuil, les pieds sur le cuir. Ses cheveux bruns et gras lui tombaient dans le cou de façon tout à fait désordonnée et ses muscles ressortaient sous sa chemise sans manche.

– Alexandra, entre ma chérie !

Surprise par le ton employé par Esteban, Alex s’approcha lentement jusqu’à se tenir devant le bureau, à côté de l’autre homme.

– Tu connais Ely ? lui demanda alors Esteban.

– Nous n’avons pas encore eu la chance de nous rencontrer, grommela l’homme pour toute réponse.



[...]

Annotations

Recommandations

Défi
phillechat
Demande poétique
8
8
1
0
Défi
Blue Cat

Anithie s'assura que la tribu était belle et bien endormie avant de s'éclipser du village par l'arche végétale qui faisait office de portail. Une larme fugitive tomba de sa joue, s'échouant sur les terres qu'elle laissait derrière elle. Pourvu que personne ne l'eut aperçue. Luri et Lyth, les deux astres de la nuit, éclairaient les sous-bois de leurs disques pâles. Les gouttelettes de la dernière averse scintillaient sous leurs rayons, accompagnés de mille insectes luisants et champignons luminescents. Sans eux, il aurait été impossible de se hisser entre les branchages. Ronces et fougères s'agrippaient au bas de la jupe de la femme comme pour lui signifier de ne pas s'enfoncer davantage dans les bois. Mais elle ne renonçait guère, l'enjeu était trop grand. Personne ne devait partager le fardeau qu'elle s'apprêtait à porter, au péril de sa vie.
Elle ignorait encore ce qu'elle allait décider une fois le moment venu. Certes, elle n'avait pas le choix de la vie, mais le choix de la mort était bien réel. Les himuna jouissaient au moins de ce pouvoir-là, à défaut de ne pouvoir manipuler l'Ora. Anxieuse, Anithie accéléra, emportant au loin sa joie et ses maux, jusqu'à se retrouver en face du lac des lucioles. Elle s'agenouilla au bord de l'eau et plongea ses mains dans le bassin. Fraîche et épurée, comme au bon vieux temps, pensa-t-elle. Soudain, une silhouette à en glacer les sangs se refléta dans le miroir d'eau. A peine la femme eut-elle le temps de remarquer la blancheur de ses cheveux et la finesse de son corps que ce dernier se dissipa dans un étrange brouillard.
En se retournant, ça y était. L'enfant qu'elle attendait venait d'arriver. Le noyer, comme le voulait la coutume, s'annonçait moins ardu que prévu : le centre du bassin semblait infiniment profond. Elle prit le bébé dans ses bras et le déposa sur un petit radeau avant de quitter les lieux, comme si rien ne s'était passé.
-Ô Luri, ô Lyth, cet enfant n'appartient pas à notre monde. Reprenez-le vite, avant que nous ne courrions tous un grave danger.


Merci d'avoir lu ! ;)
J'espère que ce texte répond au défi. J'ai fait de mon mieux pour te donner envie de connaître la suite !
3
4
0
2
Guido Falxius

Ce lundi soir, assis à la terrasse de ce café, je rêvassais en regardant sans les voir les passants, les oiseaux sur l'arbre au milieu de la place, les feuilles se balançant avec la brise.
Les bruits de la ville, sur cette place encerclée par ces vieux immeubles, étaient atténués, presque oubliés. De l'autre côté de la place, devant la devanture du fleuriste, se tenait un homme. Debout une guitare à la main, il jouait un air qui parvenait à peine à mes oreilles. Incapable d'identifier ces notes, mon ouïe, comme ma vue, cessa de se concentrer sur cet environnement.
L'eau m'arrivait aux genoux et mon pantalon retroussé commençait à coller à mes cuisses, trempé par les vagues qui arrivaient paresseusement jusqu'à moi. Là haut à flanc de falaise, la maison paraissait inhabitée. En voyant l'écume monter vers le ciel lorsqu'une vague, plus grosse que les autres, frappa les rochers à une dizaine de mètres sur ma droite, je pris conscience du bruit du ressac.
Mon regard se porta à nouveau vers la maison juste au moment où la porte s'ouvrit.
"Pardon monsieur", dit la jeune dame, un sac de voyage dans une main et une valise à roulettes dans l'autre. Surpris, je tirai ma chaise en arrière pour lui ouvrir un passage et me cognai contre la table voisine. Un verre d'eau fraîche chuta sur le sol et son contenu eu le temps de s'arrêter sur le bas de mon pantalon.
"Je suis désolé", dis-je au couple propriétaire de feu le verre d'eau, et ceux-ci me sourient en silence. Ayant rendu leur sourire, je me retourne et cherche des yeux la dame à la valise, qui déjà passe devant le guitariste et tourne à l'angle de la rue...
Je ne me rappelle pas du nom de cette rue, mais je me rappelle qu'elle portait des lunettes de soleil quand elle sortit de la maison et s'avança vers la falaise. Je me souviens également que la porte est restée ouverte quand elle a emprunté le chemin, à peine visible de là où je me trouvais.
"Nous avons des bulots et des moules à la carte ce soir" me dit le serveur au moment où je commande ma deuxième bière. J'hésite. Je le regarde et réfléchis.
Le bateau revenait de la pêche. Il passa derrière la maison pour entrer dans le port. Je n'avais eu le temps de le voit que quelques secondes mais à cette distance, il semblait qu'il venait d'emprunter le chemin. La jeune fille l'avait-elle vu ? Se connaissaient-ils, elle et les occupants du bateau? Inconsciemment je cherchais du regard un chemin le long des rochers sur ma droite. Cette maison et sa mystérieuse occupante me semblaient si proches et si éloignées à la fois.
En me levant, je fais quelques pas sur la terrasse et en allumant une cigarette, je jette un oeil dans la rue qui sort de la place et qui rejoint le boulevard. Montmartre est visible, si on trouve l'angle correct entre les murs de pierres. D'ici la basilique et sa colline sont à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau. Bien que je vole moins bien et moins vite, le trajet ne me fait pas peur. Après avoir déposé la monnaie sur la table, je quitte la terrasse en saluant le serveur qui ne sais pas quoi faire de la bière inutile sur son plateau.
De chemin il n'y en avait point. Après avoir escaladé quelques rochers, m'éraflant les genoux et les paumes des mains sur les arêtes aiguisées et les pointes acérées, je parvins sur le flanc de la falaise sur lequel se trouvait la maison. La porte étant ouverte, je m'approchai et jetai un coup d'oeil : personne dans l'entrée et personne autour de la maison non plus.
À cette heure, la place du tertre est vide. Les volets sont ouverts mais aucune lumière n'est allumée.
Je marche sur les pavés, mes pas claquent.
J'emprunte le chemin et descend. Je ne croise personne. Je crois voir une ombre plusieurs fois, dans le renfoncement d'un pas de porte.
Des ombres uniquement, derrière les buissons et les blocs de calcaire.
J'arrive sur la plage sans avoir croisé personne. Après une heure de marche, à nouveau des pavés. Les quais sont déserts.
En repensant à cette fille, je longe le boulevard et rentre chez moi. La nuit s'achève.
3
1
0
3

Vous aimez lire pXh ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0