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[...]


Ils marchaient depuis quelques minutes lorsque Sebastian décida de s’arrêter. Ils étaient dans une grande clairière entourée de chênes semblant s’étirer à l’infini. Au milieu de ces mastodontes, d’autres arbres tentaient tant bien que mal de se faire une place. Des arbousiers pour la plupart, dont la disposition irrégulière des branches donnait l’impression qu’elles tentaient de s’échapper.

Quand elle était plus jeune, Alex avait souvent eu peur de ces arbres à la silhouette tordue et de leurs bourgeons couverts d’écailles imbriquées. Aujourd’hui, elle trouvait au contraire leur présence rassurante.

L’herbe était assez haute dans la clairière. De temps en temps, quelques biches venaient pointer le bout de leur nez, dressant leurs oreilles à l’approche des humains. De nombreux animaux vivaient sur l’île, mais Sebastian et Michael ne s’en étaient jamais vraiment préoccupés. Au contraire, ils étaient d’accord pour penser que la nature devait suivre son cours et que l’intervention humaine n’avait pas sa place ici.

Alex s’adossa au tronc puissant d’un grand chêne, observant Sebastian qui ôtait son T-shirt gris. Il avait une musculature très développée, avec des abdominaux et des pectoraux bien apparents, même si un peu de graisse était venue les recouvrir depuis que l’âge l’avait rattrapé. Alex se demandait souvent comment lui et son père, qui travaillaient dans un bureau auparavant, avaient eu le temps d’entretenir de tels corps, et surtout de les conserver, avec plus ou moins de succès, en passant la cinquantaine.

L’homme avait un imposant tatouage sur l’épaule gauche. Un kanji, caractère japonais d’abord emprunté aux chinois, qui signifiait « amour ». Sebastian lui avait une fois raconté qu’il se l’était fait tatouer quand il était encore jeune.

– Tu es prête ? demanda-t-il alors.

Elle acquiesça d’un signe de tête.

– Bon, tu n’es pas sans savoir que la meilleure attaque, c’est la défense. En premier lieu, tu dois te préoccuper de parer les coups de ton adversaire. Laisse-le te cogner, laisse-le s’épuiser.

Il lui ordonna de le frapper. La jeune fille lui balança un direct en plein visage qu’il bloqua avec ses deux avant-bras. Il esquiva ainsi toutes ses attaques, enchaînant parades et blocages. Puis, quand Alex fut épuisée de frapper dans le vide, il alla se positionner derrière elle. Il plaça ses deux mains sur son bassin, la fit pivoter légèrement.

– Mets-toi en position de garde de trois-quarts de face. Maintenant, lève tes deux poings. Surtout, n’oublie pas d’être toujours en mouvement, c’est la clé de tout.

Tout en la guidant de ses mains, il lui ordonnait de se baisser, de faire deux pas vers la droite tout en maintenant sa garde. Quand il estima qu’elle bougeait de façon convaincante, il se positionna à côté d’elle et lui montra différents coups.

Alex ne put retenir un sifflement admiratif en le voyant enchaîner un coup de pied circulaire puis un coup de pied crocheté. Elle avait de lui cette image d’éternel rêveur, qui aimait se balader pieds nus et rêvasser au milieu des champs. Il ne s’énervait jamais, gardait toujours son sourire étincelant. Le voir à présent donner des coups dans le vide laissait apparaître une toute autre facette de sa personnalité.

Essayant de laisser de côté ses pensées, Alex se mit à répéter les coups que Sebastian lui montrait. On aurait dit un ballet acrobatique, parfaitement effectué par deux professionnels. Leurs mouvements étaient tout à fait en rythme. Bientôt, Alex n’eut même plus besoin de le regarder pour savoir avec quel coup il allait enchaîner.

Une biche qui passait par là s’arrêta en les voyant. Elle pencha très légèrement la tête sur le côté, comme si elle essayait de comprendre quelle mouche pouvait avoir piqué ces deux humains pour qu’ils se mettent à danser de la sorte. Elle resta ainsi plusieurs minutes, comme hypnotisée par la chorégraphie, puis repartit en trottinant.

Essoufflée, Alex finit par s’asseoir sur le sol où elle tenta de reprendre sa respiration. Sebastian, lui, semblait n’avoir aucun problème. Seules quelques gouttes de transpiration perlant sur son front pouvaient laisser penser qu’il venait de faire un effort physique.

L’homme sortit de son sac en cuir une gourde d’eau, la tendit à Alex qui la prit en le remerciant d’un signe de tête.

– Tu t’en es très bien sortie, dit-il en lui souriant. J’ai du mal à imaginer que tu te sois fait mettre au tapis aussi facilement que ce que tu m’as dit.

– Je n’étais pas prête quand elle a attaqué, railla la jeune fille.

Sebastian s’allongea à côté d’elle, en appui sur ses avant-bras. Il leva la tête vers le ciel mais la vue leur était bouchée par la cime des grands arbres.

– Ton père me tuerait sûrement s’il savait que je t’ai dit ça, mais tu pourrais être bien plus forte que ce que tu n’es déjà.

– Comment ça ?

– Tu as de grandes capacités. Tu pourrais être le meilleur soldat de l’Armée, si tu le désirais.

– Pour l’instant, j’arrive tout juste à remplir les exigences du Lieutenant Casey. Il ne me reste plus qu’une semaine de formation avant de devenir officiellement membre de la garde de l’Armée, et de servir mon père.

– Dis-toi que tu échappes au pire. Tu n’auras pas à tirer sur des gens innocents. Ta seule tâche sera de t’assurer que personne ne fasse du mal à Michael.

– Me voilà rassurée par cette idée. Quoi que, je pourrais toujours lui mettre une balle en pleine tête et prétendre que c’était un tireur embusqué.

– Paye un rebelle pour lui tirer dessus pendant le Bal de l’Armée, ricana Sebastian.

– J’avais complètement oublié ce truc. C’est dans deux semaines, c’est ça ?

Sebastian approuva d’un signe de tête. Le Bal de l’Armée avait lieu une fois par an, au mois de juillet, et réunissait les personnes les plus importantes de la ville. Alex n’y était allée que la première année : toutes les autres fois, quand son père l’avait conviée, elle avait décliné l’invitation.

Les réunions de ce genre, où on vantait le mérite de l’Armée, la dégoutaient au plus haut point. Voir tous ces tueurs se pavaner en habits de soirée la rendait malade. Mais cette année, elle ne pourrait pas y échapper. En tant que membre de la garde personnelle du Commandant Thompson, elle se devait d’y assister pour assurer sa sécurité.

Poussant un nouveau soupir, elle ferma les yeux et s’octroya quelques instants de répit.

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