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Le soleil était toujours très haut dans le ciel. Les mains fermement agrippées à la barre de fer, Sebastian se souleva à la seule force de ses bras. L’exercice faisait ressortir ses muscles encore saillants et la chemise qu’il portait quelques minutes auparavant traînait désormais sur le sol, roulée en boule.

Alors qu’il enchaînait une deuxième série de tractions, la porte d’entrée claqua. Une habitude dans cette maison, songea-t-il. Il se laissa tomber sur le parquet, attrapa une serviette noire qu’il avait descendue de la salle de bain, et se la passa sur le visage pour absorber la transpiration.

Alex était dans la cuisine, debout devant le bar, un grand verre d’eau à la main. En voyant le nez de la jeune fille, Sebastian fit une grimace. Il avait doublé de volume et s’était paré d’une étrange couleur bleutée.

– Une nouvelle recrue a cogné trop fort ? demanda-t-il.

– Non, mon connard de père. Il a une sacrée droite, le vieux.

– Et encore, tu n’as jamais goûté à son uppercut. Il t’a réellement frappée ?

Alex lui raconta, à contrecœur, sa première journée d’entraînement. Sebastian s’assit de l’autre côté du bar et soupira.

– Tu n’as pas pu t’en empêcher, n’est-ce pas ?

– J’ai déjà eu le droit au discours moralisateur, Seb. Une fois suffit.

– Eh bien moi, je n’ai pas l’impression que ça suffise. Que tu n’écoutes pas ton père, je peux le comprendre. Mais je t’ai déjà avertie aussi. Tu ne peux pas défier l’autorité quand bon te semble, Alex. Pas avec le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Il lui fit signe de s’approcher. Puis, le plus doucement possible, il palpa le dessus de son nez. L’hématome partait du coin de son œil gauche et descendait jusqu’à la narine.

– Il ne t’a pas loupée, admit-il. Heureusement pour toi, ce n’est rien comparé à la correction que t’aurait infligée le Lieutenant Casey.

– Je pensais que je serais assez forte pour endurer ça, mais je me trompais. Au final, tout ce qu’on nous apprend au Centre est inutile. Je croyais savoir me battre et pourtant, avec cette blonde en face de moi, je n’ai pas été capable d’enchaîner deux coups.

– On ne sait jamais réellement se battre tant qu’on n’a pas vécu sa première bataille.

– Alors apprends-moi.

Sebastian, s’il fut choqué par ces paroles, n’en laissa rien paraître.

– Très bien, finit-il par dire après plusieurs secondes d’hésitation. Je t’apprendrai à te battre. Mais pour cela, tu dois me promettre deux choses.

– Lesquelles ?

– Premièrement, il faut absolument que tu arrêtes de te faire remarquer. Ton nom de famille ne te sauvera pas éternellement. En réalité, pour tous les réfractaires de l’Armée, tu représentes un moyen de pression idéal. Certaines personnes mal intentionnées donneraient n’importe quoi pour mettre la main sur toi et faire chanter ton père. Fonds-toi dans la masse, fais-toi oublier. Tu penses que tu peux faire ça pour moi ?

– Je peux essayer, grogna-t-elle.

Sa réaction fit sourire Sebastian. Il adorait sa mauvaise-foi, et plus encore cette façon qu’elle avait de grimacer quand elle désapprouvait quelque chose. Elle était rarement de bonne humeur mais pour rien au monde il n’aurait voulu qu’elle perde son air bougon qui lui allait si bien. L’insolence d’Alexandra Thompson était pour lui un trésor inestimable.

– La deuxième chose, poursuivit-il, c’est que ton père ne doit pas être au courant. Il n’apprécierait pas et je ne veux pas que cela lui donne une nouvelle raison de se disputer avec toi. J’en ai par-dessus la tête de vos querelles incessantes.

– Celle-là ne sera pas trop dur à respecter, reconnut Alex.

Elle passa sa langue sur sa lèvre supérieure avant de se risquer à demander quelque chose à Sebastian.

– Quand j’étais petite, je me souviens que toi et Michael vous n’étiez pas souvent là. Maman s’est occupée de moi jusqu’à sa mort, puis j’ai été confiée à ma grand-mère pendant quelques mois.

– Où veux-tu en venir ?

– Vous ne m’avez jamais vraiment dit pourquoi vous n’étiez pas rentrés, après la mort de ma mère. Je veux dire, je sais que Michael avait un métier très prenant qui l’obligeait à voyager dans le monde entier, mais tout de même. Ma mère venait de mourir, j’avais plus que besoin de lui.

Sebastian passa une main dans ses cheveux ébouriffés.

– En tant que responsable commercial d’une des plus grosses entreprises du pays, ton père avait des responsabilités. Il ne pouvait pas s’absenter aussi fréquemment qu’il l’aurait voulu.

– J’avais à peine cinq ans, Seb. Ma mère venait de mourir d’une maladie affreuse, et mon père n’était même pas là pour lui tenir la main quand c’est arrivé. J’avais besoin de réconfort quand elle est morte, j’avais besoin qu’il m’aide. Au lieu de quoi il m’a confiée à grand-mère pendant plusieurs mois. Et un jour, il est revenu, et depuis il n’est plus jamais parti. Le tout sans aucune explication.

– Il avait sûrement fini par comprendre qu’il ne pouvait plus être loin de toi. Tu sais, Alex, durant toutes ces années où il a dû voyager dans le monde, j’étais avec lui, et je peux t’assurer que pas une seconde ne passait sans qu’il ne souffre de la distance. Il aurait tellement voulu être avec toi, être là quand ta mère est morte. Il s’en est horriblement voulu, tu n’imagines même pas.

– Et toi alors ?

– Moi ? répéta Sebastian, étonné.

– D’aussi loin que je me souvienne, tu as toujours été avec lui. Quand il rentrait, même si ce n’était que quelques jours, tu étais là. Et quand il est définitivement revenu, tu l’accompagnais. J’ai beau étudier la question sous différents angles, je ne trouve pas la réponse.

Elle la trouverait forcément, un jour, mais pour le moment il ne pouvait se permettre de la lui dévoiler.

– J’ai connu ton père quand j’avais à peine neuf ans et depuis, je ne l’ai jamais abandonné. Malgré notre différence d’âge, nous avons fait nos études au même endroit. Nous avons pour ainsi dire eu nos premiers rencards en même temps. Nous avons tout partagé, de nos histoires d’horreurs à nos magazines pornos. Michael est ma famille.

– Tu m’as pourtant dit que tu avais aimé une femme, au moment où tu n’avais plus de nouvelles de lui. Que lui est-il arrivé ?

– J’ai fait des choix qui m’ont éloigné d’elle.

– Tu le regrettes, aujourd’hui ?

– C’est une question à laquelle je préfèrerais ne pas répondre.

– Pourquoi ?

Sebastian inspira une grande bouffée d’air avant de continuer.

– Si j’étais retourné vers elle, je ne serais jamais rentré avec Michael. Je n’aurais pas refait ma vie ici, avec toi.

Alex ne trouva rien à redire. Devant la mine triste de Sebastian, elle réalisa que, à cet instant, il aurait bien eu besoin d’un câlin de réconfort. Mais ce n’était pas dans ses cordes, alors elle se contenta de sourire à son tour, de ce sourire qui avait quitté ses traits des années plus tôt, et n’y revenait que très rarement depuis.


[...]

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