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Assise sur un banc le long de la route, Alex regardait Edison se démener avec son jouet favori. Elle se surprit à rêver d’être à sa place. Il était innocent, naïf. Sa vie n’avait pas vraiment changé avec l’arrivée de l’Armée. Il continuait à se lever le matin, à courir sur l’île, à manger, à jouer avec son maître et à retourner dormir, le tout sans jamais se soucier de ce qui se passait en dehors du lopin de terre.

Elle avait beau détester son père, elle devait reconnaître qu’emménager sur Angel Island avait été une brillante idée. L’Armée ne venait jamais ici, sauf pour rencontrer le Commandant Thompson, ce qui était plutôt rare. Les dirigeants préféraient en effet régler les affaires importantes à leur quartier-général, à l’abri des regards indiscrets.

Une légère brise vint lui chatouiller le visage, la ramenant à la réalité. Dans quelques heures, elle avait sa cérémonie de fin de cycle. C’était à cet instant qu’elle allait devoir faire son choix. Quelle place voulait-elle occuper au sein de l’Armée ? « Aucune » aurait été sa réponse, si seulement elle avait pu faire un tel choix.

Ses excellentes notes lui permettaient d’opter pour ce qu’elle voulait. Elle pouvait décider de s’engager en tant que soldat ou bien au contraire viser les hauts-rangs de l’Armée, comme son père, et espérer être un jour une dirigeante de la grande Armée Blanche. Rien ne pouvait plus la dégoûter.

Mais elle avait beau essayer, elle ne voyait aucun moyen d’y échapper. Elle ne pouvait pas déclarer devant une assemblée entière refuser de se soumettre au régime imposé. On l’arrêterait sur le champ et la ferait exécuter. Au mieux, elle pouvait espérer se retrouver dans un camp de prisonniers. Quoiqu’au vu des récits sur ces endroits, la mort était peut-être préférable.

Edison se rua subitement vers la colline, d’où venait d’apparaître Sebastian, vêtu d’un jean et d’une chemise blanche en lin, qui lui faisait de grands signes. Elle ramassa ses papiers à contrecœur et le rejoignit.

– Ton père a eu la bonté de nous faire parvenir une calèche privée. Elle attend devant le pont.

– Super, grommela Alex. Je lui enverrai un mot de remerciement.

Sebastian vit les papiers qu’elle tenait dans les mains.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.

– Mon plan diabolique pour m’échapper de cette cérémonie sans avoir à faire de choix de carrière.

– Et alors, ça donne quoi ?

̶ Je finis morte dans la plupart des cas. Dans l’un d’eux, c’est même Michael qui me tue.

– Très alléchant, en effet. Si je peux te donner un conseil, fais ce qu’on te demande.

Alex s’apprêtait à répliquer mais il ne lui en laissa pas le temps.

– Je sais que ce n’est pas ce que tu veux et, crois-moi, j’aimerais que tu n’aies pas à faire ce choix. Malheureusement, tu n’as aucune échappatoire.

– Pourquoi serais-je obligée de travailler pour l’Armée ? Regarde, toi tu ne fais rien et personne ne vient te chercher.

– Théoriquement, je suis l’assistant de Michael et, au vu de son rang, c’est suffisant.

– Assistant de mes fesses oui, tu passes tes journées à ne rien faire.

– Je ne fais pas rien de mes journées ! s’insurgea-t-il. Et pour ta gouverne, le « ne rien faire » est une discipline très compliquée pour laquelle il faut un minimum de maîtrise.

Alex partit d’un grand rire malgré elle.

– Je peux toujours demander à être l’assistante de l’assistant de mon père, non ?

– Aucune chance d’y arriver, ricana Sebastian. Je ne veux pas te perdre, Alex, mais c’est ce qui arrivera si tu décides de te rebeller.

Ils s’arrêtèrent de marcher, à quelques mètres seulement du pont où la calèche les attendait. Sebastian posa ses deux mains sur les épaules de la jeune fille et plongea ses yeux bleus dans les siens.

– Je t’aime. Je te connais depuis que tu es née. J’ai veillé sur toi pendant tout ce temps. Je sais que tu penses être prête pour la vie, mais crois-moi, ce n’est pas le cas. Il y a encore tellement de choses que tu ignores, des choses dont tu ne soupçonnes même pas l’existence.

– Je ne vois pas de quoi tu parles, et encore moins là où tu veux en venir.

– Ce que j’essaye de te faire comprendre, c’est que tu dois te plier aux exigences de l’Armée. Pour le moment, c’est la meilleure chose à faire. Tu auras ta revanche un jour, je te le promets. Mais il est encore trop tôt.

– Comment peux-tu le savoir ?

– Allons bon, je suis un vieil homme plein de ressources, ne l’oublie pas. J’ai beaucoup de temps pour réfléchir pendant mes journées où je ne fais rien.

Un faible sourire se dessina sur le visage d’Alex.

– Tu me le promets ?

– Sur la vie de ce cher Edison, jura Sebastian. Maintenant, dépêchons-nous d’aller à cette cérémonie et d’en finir au plus vite.


[...]

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Tamara Martinez

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Ces dimanches où j'écris sur les dimanches pour ne pas écrire sur toi, parce qu'écrire c'est matérialiser les pensées à ton sujet, c'est accepter que tu es ici, quelque part, entre mes cuisse et ma conscience en passant par mon coeur. J'étrains le clavier et serre les genoux, me laissant distraire par les palabres inintéressantes de ces gens qui semblent tous si ternes comparés à toi.
J'ai envie de toi et j'ai surtout envie de ne plus avoir envie de toi. Ma poitrine se serre à mesure que la température augmente. Je sens les degrés grimper comme des bulles de méthane libérées par le réchauffement épidermique. Je sens ton absence comme une putain de présence. C'est fou. Et surtout, c'est fini. A force, ces dimanches m'ont surtout montré que la vision du verre à moitié plein ne suffirait pas, et que ce verre, c'est à moi de le remplir, encore et encore, à ras bord, voire même de le faire déborder... J'ai soif de toi, merde.
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Gruik
Quand vous êtes transporté instantanément sur un autre planète de type terrestre, où une civilisation non technologique perdure depuis des siècles, comment trouver son billet retour vers votre monde d'origine ?

Voila le défi qu'Harry devra relever.
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nano
J'ai volontairement repris la fin de chaque vers comme dans l'original, en allant le lire vous comprendrez

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_cros/le_hareng_saur.html
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