3. (2/2)

5 minutes de lecture

[...]


Sebastian était assis sur le canapé, la tête d’Edison posée sur ses genoux, sa main allant et venant entre les oreilles du chien. La porte d’entrée s’ouvrit subitement, le faisant sursauter. Il vit Alex se ruer dans les escaliers, puis claquer de nouveau la porte de sa chambre.

– Allons-bon, grommela-t-il, que s’est-il encore passé ?

Il gravit les marches quatre à quatre et fit irruption dans la chambre de la jeune fille. Orientée plein sud, elle était baignée d’une douce lumière cuivrée. Sur la gauche, un bureau enseveli sous des dizaines de papiers. Sur la droite, une simple armoire ornée d’un miroir. Sebastian marcha jusqu’au lit où elle était allongée, un oreiller recouvrant son visage.

– Alex ? demanda-t-il.

– Il est venu au Centre. Et il les a tués.

– De quoi est-ce que tu parles ?

La jeune fille lui raconta en détail comment l’Armée avait décidé d’instaurer un nouveau Marathon du Déshonneur pour les punir d’un crime qu’ils n’avaient pas commis, puis la discussion dans la calèche. Sebastian soupira et s’assit à son tour sur le lit, conscient qu’il allait devoir livrer un bout de sa vie qu’il avait toujours caché à Alex, notamment en raison des avertissements de Michael.

– Ça fait plus de quarante ans que ton père et moi nous nous connaissons. Nous avons été élevés dans le même quartier, à une époque où la jeunesse était encore libre, où nous n’étions pas brimés par un système totalitaire basé sur la terreur. Nous allions à la même école, nous avions les mêmes amis. Mais surtout, nous avions une chose en commun, qui nous a rapprochés : nous n’avions pas de père. Tout du moins, on ne le voyait pas souvent. Ils avaient tous les deux des métiers très prenants qui les obligeaient à parcourir le monde. Ils rentraient de temps en temps, pour vérifier que tout allait bien, et parce que soi-disant nous leur manquions.

– Tu ne penses pas que c’était le cas ?

– Je n’ai jamais vraiment connu mon père. Pour moi, c’était plus un étranger qui venait nous rendre visite quand l’envie lui en prenait. Il ne m’a rien appris, il n’est jamais venu assister à un de mes matchs de baseball, et il n’était pas là non plus à ma cérémonie de remise des diplômes.

Après un soupir, Sebastian poursuivit.

– Ça a été la même chose pour Mike, son père était absent. Au départ, cela ne lui posait pas de problème mais plus il a grandi, plus il a commencé à souffrir de ce manque. Malgré tous mes efforts et ceux de sa mère, il se sentait perdu, comme si quelque chose faisait défaut. Quand il a eu dix-huit ans, son père est revenu. Au départ, Michael a refusé de le voir. Je n’étais pas là à ce moment précis, mais ma mère m’a raconté qu’elle s’était alliée à celle de Michael pour cacher ce dernier. Elles savaient toutes deux que c’était inutile mais elles s’étaient senties obligées d’aider Michael.

– Il a fini par le trouver ?

– Oui, répondit Sebastian. Il n’était pas dupe, il avait toujours su où il se cachait. Michael a d’abord refusé de le rencontrer mais, pour une raison qu’il ignorait à cette époque, ma mère et la sienne l’y ont finalement poussé. Elles étaient toutes les deux convaincues qu’il s’agissait là de la meilleure chose à faire et Michael a fini par se laisser raisonner. Quand je suis revenu, plusieurs années plus tard, Michael était là. Il m’attendait et, depuis ce moment, nous ne nous sommes plus jamais quittés.

– On dirait un couple de gays, ricana Alex.

Sebastian ne put s’empêcher de rire à son tour.

– Je te rassure, mon cœur est déjà pris.

– Vraiment ? s’étonna la jeune fille. Par qui ?

– Toi.

Alors qu’elle lui adressait une grimace, il lui offrit un sourire large, à la fois paisible et rassurant. Soudain, la porte d’entrée se referma et les glapissements joyeux d’Edison résonnèrent jusqu’à l’étage.

– L’amour de ta vie est rentré. Je me demande ce qui lui a pris aussi longtemps.

Sebastian lança doucement l’oreiller sur la jeune fille, soulagé de ne pas être obligé d’aller au bout de son histoire, puis quitta la chambre. Il descendit l’escalier au pas de course et se jeta sur le canapé du salon comme un enfant l’aurait fait. Michael se retourna et sourit malgré lui.

– Tu commences à être trop vieux pour ce genre de bêtise, mon Seb.

– Figure-toi que je viens d’avoir une conversation passionnante avec ta fille.

– Je suppose qu’elle t’a dit à quel point j’étais ignoble.

– Elle a dû aborder ce sujet, en effet. Sérieusement, Mike, un Marathon du Déshonneur ? Encore ?

Michael alla se servir un verre de whisky, porta le breuvage à ses lèvres et grimaça.

– Je ne suis plus certain de comprendre le but de tout ça, poursuivit Sebastian. Tu avais un objectif quand tu as commencé mais aujourd’hui, j’ai l’impression que tu l’as oublié. On dirait que tu t’es laissé dépasser par ton rôle, que tu as fini par y prendre goût.

– D’aussi loin que je me souvienne, tu as toujours eu confiance en moi. Alors tu peux me croire quand je te dis que ce n’est pas le cas. Ce Marathon, je ne l’ai pas voulu, mais accepter la proposition était la meilleure chose à faire.

– Quand tu as donné ton accord, tu savais qu’il s’agissait de la classe d’Alex ?

Michael but une longue gorgée de whisky. Le liquide vint se déverser dans sa gorge, le brûlant.

– Oui, admit-il finalement après plusieurs secondes d’hésitation. Mais j’avais confiance en elle, et en ses capacités.

– Putain, Michael, comment aurais-tu fait si elle n’avait pas gagné ? Elle aurait très bien pu être malade aujourd’hui, et finir dans les dix derniers ! Qu’est-ce que tu aurais fait si on t’avait demandé d’attacher ta fille à une corde afin qu’elle soit pendue ?

– On savait dès le départ qu’il nous faudrait prendre des risques, Seb. On n’a rien sans rien, ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça. J’ai fait ce que j’ai supposé être juste et je n’ai pas de regrets. Maintenant, si tu trouves que je me débrouille mal, libre à toi de prendre ma place.

Sebastian ne répondit pas. Car même s’il lui était difficile de l’admettre, il savait que son ami avait raison.

Annotations

Recommandations

Défi
Benoit Fellmann

10 août 1914.
Bonjour maman,
C’est le grand jour, enfin ! Aujourd’hui, nous partons au front, moi et les autres garçons. C’est vraiment différent de l’école, tu sais. Tout le monde est plus grand que moi. Je ne me suis pas encore fait de copains, mais je pense que ça va venir. Certains sont assez bizarres, mais d’autres ont vraiment l’air sympa ! Et puis, ils ont de gros muscles, maman... On dirait que leurs bras vont exploser !
Il fait soleil, aujourd’hui. Et chaud, aussi. Avant de partir, des dames ont apporté une fleur à presque tous les soldats. Les veinards ! Moi, j’aurais bien aimé que Lisa m’apporte une rose. Tu sais, Lisa du collège. Je ne sais plus si je lui ai dit que je partais.
J’ai entendu un des hommes dire que tu étais fâchée quand tu as su que je m’engageais. Ne le soit pas, maman. Je veux participer. Et puis, tout va bien, tu sais.
À bientôt,
Eugène.
15
9
11
7
Jérôme S

 Un rabbin robuste arabe rubicond en bottes, enrubanné de beaux rubans dérobés ( au rabais à sa robe), et plus ribaud que robin a fait ribote comme un robineux rabougri, avec sa ribambelle rabibochée de rebuts butés débitants sans débander débilités rédhibitoires à haut débit  .
 
GGMAZZ 
2
1
0
0
Ylian Estevez
Offert à mes lecteurs pour Noêl dernier, je salue l'initiative Scribay en offrant cette nouvelle à la communauté. Bonne lecture, Maxime Frantini
3
3
0
55

Vous aimez lire pXh ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0