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Traducteurs, les soutiers de l'édition...

par jean-alain Baudry  il y a 2 ans
J’aime assez lire les romans étrangers. Je veux dire ceux qui ne sont pas écrits dans notre patois hexagonal. Parce que je ne lis que cet idiome. Plus quelques mots de latin par-ci par-là. Bref pour que je puisse goûter les belles histoires exotiques il faut que quelqu’un se charge de traduire. C’est prévu ! De longue date on a traduit pour faciliter l’accès au savoir (ou à la détente). Mais qui traduit ? Des moines obscurs cloîtrés dans leurs cachots de pierres, des gratte-papiers inconnus pour la plupart. J’en connais personnellement un, plutôt une, la petite cousine de mon épouse dont c’est la profession depuis des décennies (elle a traduit entre autres un John Le Carré). Un travail qu’elle peut exercer aussi bien dans son appart parisien que sous la tonnelle de sa résidence campagnarde. Une sinécure ? Non, un travail fastidieux et répétitif. Pour ne pas dire déprimant quand « l’objet » à traduire est d’une qualité très moyenne…
Mais ce n’est pas pour parler de ma famille que je « poste » ce petit texte. C’est pour parler des traductions, en général et en particulier. Les puristes vous diront qu’ils ne veulent voir que des films en « VO », moi, je suis un inconditionnel du « VF », du doublage. Pour l’écrit idem. Mais là je ne peux pas faire autrement, quoique j’ai dans ma bibliothèque des bouquins avec une page dans la langue originale, et à côté, le même texte traduit. C’est des ouvrages qui me viennent d’une grand’ tante des plus multilingues. Elle a habité partout en Europe pour suivre son époux diplomate avant la guerre de 40. À la libération elle donnait des cours de français à des officiers américains.
Revenons à nos traducteurs de littérature étrangères. Au début je ne prêtais aucune attention au fait que ma lecture était une traduction. Enfant on est plutôt intéressé par le contenu, le style n’est perçu inconsciemment que par la facilité ou non à lire. Et puis, à force de piller la bibliothèque du lycée pour meubler les dimanches en salle d’études, j’ai fini par remarquer que certains textes avaient un charme au-delàs de l’histoire. J’ai alors noté que « certains bouquins » avaient reçu le prix Goncourt, que d’autres étaient l’œuvre d’auteurs de grand renom. Je me suis mis à lire sous les titres, là où on mentionne les récompenses et le cas échéant le nom du traducteur. Souvent alors que j’avais déjà bien entamé le livre. Un exemple : « Typhon de Conrad ». Un style percutant, prenant, on ne peut pas quitter des yeux les lignes imprimées, fermer le bouquin sans regret. Être impatient d’avoir la possibilité de s’y replonger. C’est justement en le refermant provisoirement, règlement de l’internat oblige, que j’ai lu par hasard que Conrad avait été traduit !!! Et par Gide !!! C’est de ce jour que j’ai prêté attention aux traducteurs des bouquins étrangers.
Mais il y a traduction et traduction… Les premières « séries noires », fin des années 50, étaient bourrées d’expressions made US. Du genre : « je dis » au lieu du « dis-je » classique à l’époque. Jusqu’à la parution du numéro 1000 un Jim Thomson traduit par Marcel Duhamel himself ! Un régal et pour le récit, et pour le style. Il faut dire que la pub pour cette publication avait envahi tout l’espace littéraire de l’époque. Il lui fallait donc être au sommet. Depuis j’ai l’impression que les traducteurs font un meilleur boulot, à moins que je me sois adapté ! La dernière hypothèse doit être la bonne si j’en crois une critique que je viens de découvrir sur le Web au sujet du traducteur de Connelly où le malheureux Pépin est traité quasiment de saboteur !!! Justement je viens de finir « Volte-Face » où j’ai trouvé pas mal d’approximations côté vocabulaire (sûrement des anglicismes) et, mais le pauvre Pépin n’y est pour rien, une fin bâclée. Le génial Connelly, comme beaucoup de ses confrères tout aussi célèbres, doit brusquement en avoir marre « de ce bouquin-là » … Ou c’est son éditeur qui réclame le tapuscrit pour mettre l’œuvre de l’année à portée du fidèle lecteur. En fait c’est un de mes gendres qui me les passe une fois lus. Juste un mot sur le livre, intéressant si l’on excepte les deux dernières parties ; 400 pages (sur 434) d’une analyse du système judiciaire américain (Californie) avec force détails, mieux que dans les téléfilms car plus détaillé…
Voilà, c’était une réflexion sur le dur métier de traducteur…
Jab, juillet 2016…





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Gobbolino
Dans la série "les traducteurs qui ont du genie" je conseille Patrick Couton", qui traduit Orson Scott Card et à recu un prix pour son travail si minutieux sur Terry Pratchett. Il relate notamment son expérience dans une postface à l'édition Atalantes d'Acros du Roc.
C'est lui qui m'a fait découvrir ce métier (que je soupçonnais vaguement jusque là sans vraiment y prêter attention) et son texte à encourage ma reconversion professionnelle quelques dix ans plus tard.
Hélas, l'envers du decors n'est pas bien riant. Effectivement les livres ne sont pas tous à la hauteurecherche des attentes des traducteurs (ah la grosse fantasy qui tache, entre autre, ou les romans Harlequin. Avez-vous déjà essayé de traduire un roman Harlequin? Ils ont un cahier des charges assez amusant.)

Mais le gros problème est que, pour reprendre les mots d'une intervenante "pour être traductrice aujourd'hui, il faut épouser un informaticien riche", car le marché est saturé, et il faut souvent "galerer" quelques années avant d'avoir un revenu qui permette d'en vivre (le graal, c'est d'être associé à un auteur mais cela vient rarement de suite) .
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