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Sommes-nous des collectionneurs compulsifs ?

par Sondal Perdubois  il y a 7 mois

Bruxelles... la sacro sainte ville de la bande dessinée européenne. Là-bas, les librairies pourraient être des musées, des temples dédiés au neuvième art. Je m'y suis récemment baladé et y est échangé avec plusieurs libraires sur leur vision du monde économique de la bande dessinée.

J'ai été étonné du discours généralement pessimiste que j'y ai rencontré et est souhaité en discuter ici pour avoir d'autres avis. Je ne sais pas si c'est un état de fait déjà connu, mais moi je l'ai découvert en cette fin d'année. Peut-être que je me trompe aussi, et que je n'ai échangé qu'avec des pessimistes obstinés.

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De ce que j'ai compris, il règne actuellement une féroce concurrence dans le monde de la BD franco-belge. Là où dans les années 2000, il y avait environ 2000 nouveaux titres de BD qui paraissaient chaque année, l'année 2019 s'est clôturé sur 5800 nouveaux titres. Dans un monde où le nom du scénariste/dessinateur a un énorme impact sur les ventes, les nouveaux-venus peinent à vendre et se voient souvent perdre une partie du pourcentage sur les ventes de leurs oeuvres au risque de ne plus être édité.

L'un des libraires avec lequel j'ai parlé m'a argué l'exemple du dernier Asterix, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, alors que l'histoire n'était pas fantastique (j'ai fait un petit échantillonnage : sur 100 personnes interrogées dans la librairie, 87 ont globalement été déçu de ce nouveau tome).

La où des histoires originales ne se vendent qu'à quelques milliers d'exemplaires, ce libraire a argué le constat suivant : les acheteurs en Europe sont des collectionneurs dans l'âme. Quand on suit une série, il nous faut la compléter jusqu'au bout. Alors, on achète le dernier tome parût, même s'il n'est pas terrible. Dans ce cas, pourquoi est-ce que les scénaristes créeraient autre chose ? Les ME ne leur demande pas de créer quelque chose d'incroyable, de se dépasser, juste, de continuer l'histoire, voir même de la faire s'étaler pour vendre encore plus de tome. On créer des séries similaires, on invente plus, on ne prend pas de risque, on suit les tendances de ventes.

On peut y comparer le modèle japonais avec les mangas. Chez eux, si un tome est jugé ''mauvais'' par les fans de la série, le résultat est immédiat : on a déjà observé des chutes de 80% des ventes d'un tome à l'autre. Dans ces situations, les ME forcent les scénaristes à y faire quelque chose pour changer la situation et redresser les ventes.

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Et c'est vrai, en y pensant, moi-même, il y a plusieurs séries que je commençais à ne plus aimer, mais que je continuais à acheter, parce que c'était la suite de ce que j'amais lire. J'ai depuis arrêté de les suivre, mais ça m'a fait bizarre, de ne plus acheter le dernier Lanfeust, le dernier Scorpion, par exemple.

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Me voilà donc ici avec ma question posée en guide de titre : est-ce que vous vous sentez dans cette mentalité ? A forcément devoir posséder tous les tomes d'une série ? Dans notre monde où les ''collections'' ont pris une place que je trouve malsaine.

Merci de m'avoir lu !

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Guillaume Roussard
J'ai un souvenir assez flou d'une série au long cours qui avait changé son dos de couverture en plein milieu, pour obliger les collectionneurs maniaques à les racheter une nouvelle fois.
Tout se résout dans le monde à savoir par quoi on vous tient.

Quelques réflexions au hasard, sans prétention d'en tirer une leçon définitive. D'abord, dans la poursuite d'une série entre pour beaucoup la volonté de ne pas s'avouer que l'on s'est trompé. Le refus de la perte est un trait humain fondamental. Ne pas lire le dernier tome 'parce qu'il est nul', ce serait reconnaitre que le temps passé à lire l'vant dernier ( qui était nul aussi ) a été perdu. Insupportable.
Décision difficile. Je me voyais comme un fan d'Asterix. Que vais je devenir s'il m'abandonne ?
Deuxième point. Les séries ont pris la place qu'occupait autrefois la télévision.
Dès 1953, Bradbury avait saisi que, désertant les anciens rapports sociaux réels, les téléspectateurs se mettaient à appartenir à une même « famille » en ayant soudain les mêmes « oncles » raconteurs d’histoires drôles, les mêmes « tantes » gouailleuses, les mêmes « cousins » dévoilant leurs vies.
Aujourd'hui, on parlerait même plus de famille - il faudrait qu'il y ait encore quelque chose à remplacer. Disons que la série constitue une communauté d'inclusion virtuelle.
Mais comme les sous jacents psychologiques n'ont pas changé, il est aussi difficile d'abandonner sa communauté d'inclusion virtuelle que sa famille.
Troisième point, enfin, renoncer à une série, c'est se retrouver en proie au désoeuvrement. Expérience pratique, comben de fois avez vous entendu sur le ton de la plaisanterie 'Ma série se termine, que vais je devenir' ? La série est aussi un espace où l'on peut se réfugier dans un état hypnotique de satisfaction personnelle. 'Ca me vide la tête.'
Bref les séries sont à la littérature ce que le binge drinking est à un grand vin. Un produit manufacturé, conçu pour produire un effet rapide et contrôler l'attention de celui qui le consomme. Qui boit Johnny Walker, devient Johnny Walker.
Un grand livre nourrit votre réflexion pour des années et on y revient, stupéfait de découvrir encore des sens cachés. Une série provoque un sentiment tout autre : la volonté de confirmer auprès des autres qu'ils sont aussi accros. Tu as vu la saison 6. M'en parles pas je suis en retard. Je suis à la saison 5. Tu en as pris, dis tu en a pris ? Et cette autre série don ton parle, c'est de la bonne came ?
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Uloora
Je sais que je me suis fait avoir avec les collections (et je me referai piéger sans aucun doute) à plusieurs reprises.
Notamment, avec la série XIII, j'ai commencé le nouvel arc scénaristique (sans le scénariste et dessinateur d'origine) parce que c'était XIII, et c'était pas terrible et je continue à les acheter pour au moins terminé l'arc.
Et le second exemple qui me vient en t^te, et je n'en suis pas fier, concerne la série Hauteville House, qui s'est dégradé en terme de dessin et l'histoire n'était pas folle. En fin d'arc, j'ai dis stop, sauf que l'année suivante, ne me souvenant plus de l'histoire, j'achète le nouveau tome machinalement, et me voici reparti pour suivre un nouvel arc.
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Lucas Dalva
La massification est partout, merci les réseaux sociaux.

Tout le monde doit avoir vu Games Of Thrones, Stranger Things, Peaky Blinders, Breaking Bad... (si vous êtes un ringard qui connait pas, merci de ne pas répondre ;)) Vous voulez lire un truc "sympa", y'a Levy, Chattam et Musso. Si vous êtes un original Nothomb ou Le Chat, sinon si vous aimez lire y'a les prix Goncourt, Renaudot... Puis oui les grosses "licences" : Asterix, Tintin, Blake & Mortimer... Pourquoi faire du neuf ? :]

Sinon pour répondre à la question, je suis pas du tout collectionneur, j'ai des livres en poche, pas poche pour un même auteur... Je chine, donc c'est un choix. Cependant, si les collections ont pris une place malsaine, il est certain que certaines éditions donnent envie de lire et de rêver : par exemple les rééditions de Jules Verne sont superbes. De même, certaines collections de certains éditeurs, et certaines BDs donnent bien envie de tout acheter. Après je crois qu'il ne faut pas non plus se priver sous prétexte du commercial, et à partir de l'avis des déçus qui ont parfois des attentes différentes.

Et donc je crois que j'ai que deux "séries" que j'achète du début à la fin, de façon certaine : le Donjon de Naheulbeuk, et Ballast. (car je soutiens avant tout un projet)
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Sondal Perdubois
Merci pour ta réponse,
oui les rééditions sont encore un autre sujet, ou encore farfouiller dans les nouveaux titres ! J'ai tellement d'exemples en tête.. :)
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Lux Atrée
Je n'ai pas du tout l'âme d'un collectionneur, je n'ai donc jamais acheté de série (mais je ne me privais pas de lire celles achetées par ma fratrie, lorsqu'elles étaient bonnes).
Avant d'acheter une BD, puisque c'est ce dont il s'agit, je la feuillette et si je n’y trouve pas mon compte tant en graphisme qu’en histoire, je passe mon chemin. J’ai très très souvent passé mon chemin.
Par ailleurs je me méfie comme de la peste des lancements à grand renfort de pub, donc je n’ai jamais imaginé acheter le dernier Astérix.
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korinne
C'est une bonne question / réflexion ça.

Perso, je n'ai pas les moyens d'acheter, donc tout ce que je lis je le prends à la bibliothèque :)) Mais je comprends ce que tu veux dire et je pense qu'un psy pourrait peut-être nous éclairer sur ce "fonctionnement" humain. Que quelque chose qu'on a aimé, qui nous accompagne depuis longtemps (comme Astérix, bien que je n'en ai lu aucun pour ma part) puisse s'arrêter nous angoisse sans doute, donc on n'accepte pas sa "fin" et même si c'est moins bien, voir nul, on continue d'acheter. Peut-être parce qu'on espère que le dernier sera mieux que l'avant-dernier ?

Pour le nombre de parutions, que se soit en BD ou en livre, c'est clair que les éditeurs devraient privilégier la qualité à la quantité... Mais le métier d'éditeur a peut-être changé, peut-être sont-ils maintenant devenu de simples "commerçants" ;(
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Sondal Perdubois
j'ai fait le même constat, emprunter à la bibli c'est ce qu'il y a de mieux ^^ je n'ai pas envie de posséder le livre mais de découvrir l'histoire

Je sais pas si on peut vraiment les blamer... s'ils gagnent de l'argent ainsi sans trop se casser la tête, pourquoi arrêteraient-elles ? La faute reviendrait plutôt à nous, qui promouvont ce système. Si on revient sur les libraires, ce sont eux qui définissent leurs catalogues. Ce sont eux qui prennent un risque en prenant tel ou tel série. S'ils ont confiance en leurs acheteurs, ils iront chercher des choses ''neuves", enfin ce n'est que mon avis

content que le sujet en intéresse d'autres :)
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Lucas Dalva
Ce fonctionnement est bien connu en psychologie et répond simplement à la volonté de "complétude". Et pour être un individu complet, on a besoin de posséder ce qu'on pense être le reflet de nous-mêmes. Avoir toute une série répond donc à un besoin psychologique mais aussi social.

Le livre est effectivement un cas particulier : on a un prix élevé au début qui est justifié par la nécessité de rentabiliser l'investissement. Mais contrairement aux jeux vidéo, le prix ne baisse pas par la suite : on garde donc une marge colossale... devenue injustifiée, mais qui rapporte au final énormément. (les éditeurs qui vendent en centaines de milliers d'exemplaires font des actionnaires heureux). Seule chose qui vient baisser le prix : la réédition en édition poche/web... qui est parfois encore plus rentable :] (baisse du coût de diffusion, baisse du coût d'impression...)

Dans tout ça je crois que compter sur le lecteur est une mauvaise idée, comme déjà dit dans mon commentaire : on massifie, si tout le monde dit sur babelio/blogs/réseaux sociaux qu'il faut lire le dernier Damasio, il va se vendre beaucoup, lui. Et quand tu lis ce qui est déjà dans tes réseaux... souvent tu as déjà plus le temps de lire autre chose.

PS : j'ai de bonnes... et de mauvaises surprises en bibliothèque. Il y a des choses qui manquent. (mais tellement de choses géniales...)
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korinne
Je n'avais pas pensé à ça : regarde ma bibliothèque et tu sauras qui je suis... Pourtant c'était évident :))

Pour la bibliothèque, ça me donne envie de lancer une petite discussion pour savoir si nous sommes nombreux à y être inscrit(e)s... Allez c'est parti :))
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Sondal Perdubois
un sujet qui en lance un autre uhu
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Guillaume Roussard
Petit placement de produit : j'ai lancé la semaine dernière un défi exactement sur ce sujet :
https://www.scribay.com/defis/defi/403836917/autoportrait-d-une-bibliothe-que
Qui veut répondre ? Qui veut répondre ?
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Sondal Perdubois
J'ai même pas fait exprès avec ma discussion !
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Guillaume Roussard
Les grands esprits se rencontrent :D
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