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Café poétique

par Mina singh  il y a 1 an

Que faire après avoir couru un marathon durant 52 semaines ?

Souffrant de nostalgie aiguë après un sevrage poétique brutal, l'idée de poursuivre l'aventure au-delà de l'exploit sportif, a mûri dans nos esprits.
Après les derniers préparatifs, Jacques IONEAU et Mina Singh vous invitent à franchir le seuil du café poétique. Des odeurs de café, thé, chocolat et autres délices embaument déjà l'ambiance de ce lieu discret et chaleureux.
Venez nous parler de vos auteurs et poèmes préférés, ceux qui ont marqué votre enfance ou ceux qui vous inspirent aujourd'hui.
Où que vous soyez, profitez de l'attraction virtuelle de la planète Scribay pour voler un moment de poésie à votre quotidien.
Jacques et Mina

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RESPECT DES DROITS D'AUTEUR - AVIS IMPORTANT

Selon l'Article L. 123-1:
L'auteur jouit, sa vie durant du droit exclusif d'exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants-droits pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent.

* La présentation d'une oeuvre d'un auteur décédé APRES 1949 ou toujours vivant devra être supprimée de la discussion 48 heures maximum après sa lecture. Vous pourrez alors laisser en référence : titre du poème - auteur - date de naissance
* La présentation d'une oeuvre d'un poète de Scribay est obligatoirement soumise à l'accord écrit de l'auteur dans la discussion.

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Les poèmes lus au café poétique sont accessibles aux membres de la discussion, sur demande : https://www.scribay.com/text/1479562383/voyage-en-poesie

******

Notes

Liens recommandés par Camille F :

https://poesie.webnet.fr/

Programme de l'ENS - "La Voix d'un texte" :

https://savoirs.ens.fr/recherche.php?rechercheTerme=La+Voix+d%27un+texte

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jomo
Bonsoir,
Quelqu'un connaît-il James Noel?
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Oreleï
Rimbatal.

https://www.facebook.com/1575779422693748/posts/3133375833600758/

To do list :

Danser de nouveau, s’entraîner pour
Briller du ventre, vers luisant sous les boules à facettes
Jouer du boule
Envoyer bouler
Éventrer toute tentative d’abattement
Battre des cils
Intervenir musclée
Danser drastiquement
Jouer des coudes
Garder les yeux ouverts et la bouche sauvage
S’hydrater et chérir
Lire encore, relire
Coudre la nuit au jour : écrire
Rester plastique : naviguer entre Océan mer et La licorne noire avec la maîtrise d’une sirène
Bifurquer toujours pour aller droit, garder le cap
Appeler Angelo
Écrire à Victoire
Dormir bien
Manger mieux
Boire a ma soif
Pisser partout
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phillechat
Qui le mène et comment ? Pourquoi ? Que va-t-il faire ?
Taisons-nous ; sa démarche est encor un mystère ;
Mais je vois dans son cœur l'étincelle qui luit
Et si c'est lui qui va, c'est Dieu qui le conduit.

Éternel aliment des nobles rêveries,
Ô Nuit, mère sans fin des visions chéries,
C'est pourtant sous l'abri de ton vêtement noir
Que se font les plus beaux de nos rêves d'espoir,
Et quand Dieu veut répondre à la voix qui l'implore
C'est ton vaste silence, ô Nuit, qu'il cherche encore.
Dis-moi, lorsqu'en ton ombre il noyait ses regards,
Dis-moi ce qu'éprouva ce jeune amant des arts
Si plein de feux au sein et de corps si tranquille ?

Regardez-le plutôt nu, debout, immobile,
Au milieu des débris que ses pieds ont foulés,
Devant les flots brumeux à sa vitre assemblés.
Sa longue chevelure au gré du vent s'incline ;
Le frais aigu du soir frappe sur sa poitrine ;
Ses traits de la froidure ont déjà la rougeur
Et ses membres bientôt vont rester sans vigueur.
Mais le vent glacial qui du Nord nous arrive
Épuiserait sur lui son haleine incisive,
Il ne bougerait pas. Tels ces marbres savants
Qu'à Rome ou dans la Grèce a conservés le temps.
Ce n'est plus, à le voir, qu'une blanche statue ;
Mais son regard sublime a dépassé la nue ;
Il voit… Muse, silence ! il ne m'est pas donné
De mesurer l'abîme où sa vue a plané ;
Je suis trop faible encor. Qu'irais-je vous apprendre ?
Je vous dirais des mots, hélas ! sans les comprendre.
Un jour viendra peut-être où je les entendrai ;…
Je saisirai ma lyre et je vous les dirai.

Les heures se pressaient dans leur marche rapide ;
La brume imprégnait tout de son haleine humide
Et l'aube allait bientôt joindre un jour à nos jours
Que Jule, heureux, rêvait et méditait toujours.
Il n'avait pas bougé, tant la voix du génie
Peut verser de chaleur dans une âme ravie !
Mais, tout-à-coup, il sent le souffle du matin
Qui reposait, glacé, sur le nu de son sein.
Il soupire ; et déjà, de sa main qu'il soulève,
Semblant s'interroger lui-même sur ce rêve
Et jetant des regards étonnés en tous lieux,
Il parcourt et son sein, et son front, et ses yeux ;
Ses yeux… où sont des pleurs, sainte et douce rosée
Qui vient nous rafraîchir quand l'âme est apaisée.
Cette main les rencontre ; il sent qu'il a pleuré
Et de son froid sommeil alors il est tiré.

Il ne se passa rien qui puisse vous surprendre.
Sa couche l'attendait ; vous l'eussiez vu s'y rendre,
Pour mieux se réchauffer, s'y tout ensevelir
Et comme un autre jour, s'étendre et s'endormir.
Mais qu'il est calme et beau, l'artiste qui sommeille
Quand une voix céleste a frappé son oreille !
Que ses traits sont empreints d'une noble fierté !
Quel éclat on lui trouve et quelle majesté !
Jule est beau comme un ange : un songe le domine.
Ses larmes ont coulé… mais de source divine ;
Ce qu'ils n'avaient pas fait, ses pinceaux le feront :
Dieu vient de lui poser son auréole au front

Heureux, heureux jeune homme ! oh ! les voilà finies
Ces heures par la peine et le dégoût ternies !
Voilà des jours brillants qui se lèvent pour toi :
Ton œuvre ! !… en l'avenir tu peux mettre ta foi.
L'image, sous ta main, n'est pas encor tracée ;
Mais elle vit déjà dans ta forte pensée.
Jeune homme, allons, courage ! aujourd'hui le sommeil ;
Dors, dors et montre-nous, demain à ton réveil,
Que des rayons divins ton âme est éclairée…

Oh ! quand viendra pour moi cette nuit désirée ?…
Je n'ai donc pas encor d'assez pénibles jours ?
J'ai pourtant bien souffert ! souffrons, souffrons toujours.
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phillechat
De son siège, à ces mots, lentement il se lève.
Il semble enveloppé des prestiges d'un rêve,
Aux tisons presque éteints allume son flambeau
Et va chercher l'asile où tout semble si beau.
Va rêver, pauvre enfant ; les rêves, c'est la gloire.
Ils savent la donner à l'âme qui sait croire,
Et sans lui coûter rien : elle est douce à ce prix.
Ah ! si d'une autre, au moins, tu n'étais pas épris !
Mais la gloire à vingt ans c'est au grand jour qu'on l'aime.
Hélas ! je le sais trop ; je la poursuis moi-même ;
Pour elle je consacre et mes nuits et mes jours,
Et, sans me regarder, l'ingrate fuit toujours.
Oh ! qui que vous soyez, vous que son charme attire,
Jeunes gens, qu'à son nom je vois déjà sourire,
De grâce, arrêtez-vous ; demeurez, n'allez pas
Gomme des insensés courir après ses pas :
Quand vous l'auriez longtemps, sans l'atteindre, suivie,
Le dégoût, à l'œil mat, ternirait votre vie ;
Votre cœur tomberait, brisé dans son essor
Et vous auriez en vous comme un désir de mort.
N'allez pas demander que les Cieux vous entendent ;
Dieu ne la donne plus à ceux qui la demandent.
L'homme a ri du trésor où son cœur a puisé :
Gloire et Génie, adieu ! tout nous est refusé !
Mais toi jeune homme ardent, plein d'âme et de courage,
Jule, rêveur aussi d'un immortel ouvrage,
Qu'auras-tu donc du Ciel s'il ne t'inspire pas ?…

Mais tu montes ; j'accours et te suis où tu vas.

Voyez le lieu modeste où l'artiste repose :
Ce sybarite-là ne dort pas sur la rose.
Il a des voluptés, mais c'est quand ses sueurs
Du sein de ses travaux ont tiré quelques fleurs.
Alors, le cœur rempli d'une céleste joie,
Il marche seul et grand dans sa sublime voie
Et, possesseur heureux du dieu de ses désirs,
Savoure, avec transport, d'ineffables plaisirs.
Mais pour arriver là, que d'horribles souffrances !
Qu'il lui faut voir souvent tomber ses espérances !
Sans vous entretenir de ses brûlantes nuits,
De ses travaux perdus, de ses veilles sans fruits ;
Des pleurs qu'il a versés, qu'il doit verser encore
Sur ces millions d'essais que sa main élabore,
Chagrins, soucis cuisants, à son cœur survenus
Loin de tous vos plaisirs qu'il n'a jamais connus ;
Dites, doit-il souffrir quand le dédain le tue ?
Répondez, souffre-t-il quand, passant dans la rue,
« Le voilà ! » dites-vous et, le montrant du doigt :
« Il n'a rien fait encor de tout ce qu'il nous doit ! »
Car vous n'attendez pas. Vous notez d'impuissance
Toute main qui languit et tout cerveau qui pense,
Comme si, dans ce monde où tout doit nous coûter,
L'homme pouvait produire avant de méditer !

Que prompt autour de vous votre regard se jette.
Voyez-vous ces tableaux sur lesquels il s'arrête ?
C'est toi qui les fis naître, ô jeune amant des arts !…
Mais, que vois-je ? couleurs, toiles, pinceaux épars ?
D'un désordre récent tout retrace l'image.
Tristes instants, que ceux où tombe le courage !
Il vient de les sentir ; et ses pensées aigris
Laissent ses pieds fouler ces pénibles débris,
D'innombrables dessins la muraille est tendue.
Sur aucun des objets il ne porte sa vue.
Ses pas sont lents ; son front, sombre et préoccupé,
Nous dit tous les chagrins dont son cœur est frappé.
Il avance et, debout vers sa couche, s'arrête.
Il y pose une main tandis que, sur sa tête,
L'autre, rapidement, passe et retombe, hélas !
Toute chaude d'un mal qu'elle n'enlève pas.
Ces maux, qu'il souffre en lui, qui saurait les traduire ?
Dieu seul, qui les lui fait, Dieu seul pourrait les dire.
Mais bientôt sa lumière importune ses yeux
Et, comme si dans l'ombre il devait être mieux,
Il la chasse et déjà son humble couverture
Renferme avec son corps les peines qu'il endure.

Mais du repos des nuits cette longue douleur
Dès longtemps de sa couche a banni la douceur
Et le sommeil est loin d'habiter sa paupière.
Son cœur bat ; son front brûle et son âme en prière
Attend, semblable au lit d'un fleuve desséché,
Qu'une source nouvelle en elle ait épanché
Le trésor bienfaisant de ses limpides ondes
Qui rend puissants ses vœux et ses vertus fécondes.
Longtemps il souffre encor. Mais à la fin ses yeux
Reçoivent doucement l'influence des Cieux ;
Sa paupière se ferme et son âme épuisée
Va sentir sa souffrance un instant apaisée ;
Il repose.

Venez, songes légers, venez ;
En cercles radieux sur lui tourbillonnez ;
Étendez sur son front la fraîcheur de vos ailes ;
Répandez sur son sein des roses éternelles ;
Jetez sur son chemin votre plus belle fleur :
Qu'il croie à la jeunesse, à la gloire, au bonheur.
Donnez-lui des pinceaux que votre main conduise ;
Faites-lui son chef-d'œuvre et que, du moins, il dise
Pendant l'heureux instant où vous le fascinez,
Qu'enfin ses plus beaux jours par Dieu lui sont donnés.
Entourez son chevet de sublimes visages
Tels qu'en ont, de tout temps, canonisés les âges ;
Envoyez Raphaël, Véronèse, Poussin,
Et le Guide, et l'Albane, et l'immortel essaim
Des hommes qu'aujourd'hui notre riche patrie
Appelle avec orgueil ses hommes de génie.
Qu'il aborde ces dieux que nous adorons tous,
L'œil brillant, le front haut, le maint en noble et doux
Et qu'eux, jusqu'au moment où poindra la journée,
Le laissent, enivré, la tête couronnée.
Ouvrez vos ailes d'or, songes légers, venez ;
En cercles radieux sur lui tourbillonnez.

Mais ? le Ciel aurait-il, sensible à sa prière,
Dans son cœur ténébreux jeté quelque lumière ?
Au milieu de ses maux lui tendrait-il la main ?
Viendrait-il lui montrer le glorieux chemin ?
De sa couche, à demi, le voilà qui se lève.
On dirait qu'en lui-même une épreuve s'achève.
Ses traits sont en repos ; ce n'est plus le sommeil ;
Ses yeux sont entr'ouverts ; ce n'est pas le réveil ;
C'est un calme agité que sans peine il endure,
Voile mystérieux jeté sur sa figure,
Comme sur des traits d'ange un doux ravissement
Où l'on trouve à la fois repos et mouvement.
C'est l'eau qui coule en paix, ridée à sa surface
Par un zéphire léger qui l'effleure et qui passe ;
C'est l'arbre que le vent fait murmurer tout bas,
Qui bruit sans effort et ne s'incline pas.
La lune avait percé la brumeuse atmosphère
Et sur sa couche alors projetait sa lumière.
C'était une bien faible et bien triste clarté.
Il la voit et vers elle on le dirait porté.
Peut-être sa pâleur et sa teinte rêveuse
Appelaient les regards d'une âme malheureuse ;
Mais il applique au sol ses pieds nus ; doucement
Éloigne, de ses mains, le moindre vêtement,
Pour un élu du ciel objet trop périssable
Et, simplement couvert du lin indispensable,
Athlète du génie, envieux des combats,
Vers l'astre aux feux ternis il dirige ses pas.
Son âme ressent moins le chagrin qui la ronge ;
Il marche, encor porté sur les ailes d'un songe.
Il ouvre sa fenêtre et laisse errer ses yeux
Dans cette immensité qu'on appelle les Cieux.
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Il est, dans les instants que Dieu lui fit, un âge
Où l'homme de génie au cœur sent un orage.
C'est l'âge où règne en lui ce tumulte confus
D'inutiles efforts et de vœux superflus ;
Où de vagues soucis son âme est agitée ;
Où des rêves sans fin tourmentent sa pensée ;
Où de son œil ardent, sans pouvoir le saisir,
Il sonde et sonde encor le douteux avenir.
Cet âge où bout la sève ; où, plein d'un feu qui couve,
Comme un être sans but, il cherche sans qu'il trouve ;
Cet âge où rien, enfin, n'est encor de ses mains
Sorti, pour attester sa puissance aux humains.
Il brûle. Il sent en lui qu'il a son œuvre à faire…
Et rien ne vient du Ciel pour l'aider sur la terre !
Il a beau l'implorer ; sourd, sourd à ses accents :
Ses jours vont s'écouler vides et languissants.
Lui ! fort et généreux ! lui ! dont l'âme affamée
Ne veut, pour se nourrir, que gloire et renommée !
Lui qui verrait son sang couler sans l'arrêter
Si son œuvre, à ce prix, se pouvait acheter !
Mourir serait si beau s'il mourait plein de gloire
Mais ignoré ! sans nom !… son âme ne peut croire
À ce destin cruel. Si Dieu lui fit des jours,
Il faut bien les remplir ; il espère toujours.

Et comme au cœur blessé le baume est l'espérance,
Il arrive parfois à calmer sa souffrance.
Son âme est plus tranquille ; il a foi dans le Ciel ;
Sur ses lèvres descend une goutte de miel ;
Sa voix n'est plus ce cri qui s'élance en furie :
C'est un accent pieux qui s'élève et qui prie
Et son front, plus serein, est prêt à recevoir
La bénédiction qui des Cieux va pleuvoir.

Elle lui vient enfin. Alors il est une heure
Où le grand homme est ivre en son humble demeure ;
Car, à son noble esprit pour se mieux révéler,
Il est une heure sainte où Dieu vient lui parler.

Et soit pendant un jour vierge de tous nuages ;
Soit au sein d'une nuit, quand grondent les orages ;
Soit dans un réduit noir, ou sous l'ombre d'un bois,
À toute heure, en tous lieux, Dieu fait ouïr sa voix.
Que lui font lieux, instants ? Aux lèvres d'Isaïe
Quand un tison ardent apporta le génie,
Le prophète, pieds nus, au milieu des cailloux,
Sur la terre endurcie était à deux genoux.
Quand Dieu dit à Giotto : vas embellir tes toiles,
Il errait, presque nu, sous le feu des étoiles,
Gardien encore enfant de quelques vils troupeaux.
Et ce chef d'Israël, aux magiques travaux ?
C'est après de longs jours, passés sans nourriture,
Que Dieu toucha son front et changea sa nature.
À d'autres il parla dans d'infectes prisons ;
À d'autres quand le feu dévorait leurs maisons ;
Ou lorsque, plus à plaindre, au sein de l'esclavage
Ils traînaient ce désir, soutien de leur courage.
Il leur parla partout, et toujours au moment
Où ces hommes en eux sentaient quelque tourment.
Je le sais. Oui, mon Dieu, souvent l'épreuve est rude ;
Mais qu'importe ? elle clôt la longue inquiétude
Qui dévorait le cœur ; l'homme ne souffre plus…
Quand il conçoit son œuvre, il est de tes élus.

Et moi, j'ai de ce genre une scène à vous dire.
Puisse m'aider le Ciel à bien vous la décrire !

Jule atteint l'âge fort ; notre dernier printemps
Sur ses ailes de fleurs emporte ses vingt ans.
En naissant affligé, jamais à son oreille
L'air d'une voix, d'un son, n'a porté la merveille,
Ni jamais son, non plus, de son gosier sorti,
Ne vint nous exprimer ce qu'il avait senti.
Et cependant sa vie est à peine privée.
Par les charmes d'un art son âme est captivée ;
Il poursuit nuit et jour des travaux assidus
Et ses pinceaux déjà sur la toile ont courus.
Il va. Mais c'est, dit-il, l'enfant qui, faible encore,
Pose un pied incertain sur un sol qu'il ignore.
Il ne se berce pas de ses premiers essais :
Son âme, dans un rêve, a vu d'autres succès.
Vingt fois, sur le papier, j'ai vu sa main rapide
Jeter, dans un instant, sans modèle et sans guide,
Des traits, dont les Tony pourraient être jaloux
Et vingt fois les froisser et les déchirer tous,
Aigri, frappant son front et réclamant cette heure
Où son œuvre immortelle ornera sa demeure…
Oh ! c'est terrible, allez, que de souffrir ainsi !

Et souvent dans son cœur roulait pareil souci.
Un jour, après avoir suspendu sa journée
Et regardé longtemps sa tâche abandonnée,
Maudissant ses pinceaux, pour attendre le soir
Il s'en fut, au foyer, seul et triste, s'asseoir.
La braise seulement, naguères animée,
Reposait sur la cendre, à demi consumée
Et son rougeâtre éclat, en cercle étroit porté,
Laissait dans tout ce lieu régner l'obscurité.
Là, pensif, dans ses mains Jule incline sa tête,
Porte fixe aux tisons son regard qui s'arrête
Et médite, pendant que ce feu sans vertu
Éclaire faiblement son visage abattu.
« Quoi ! faut-il, ô mon Dieu ! disait-il en lui-même,
(Si sa bouche est sans voix, son cœur n'est pas de même).
« Faut-il qu'en ce repos tu me laisses languir !
« Oh ! fais donc, si jamais ta main doit m'en sortir,
« Fais que ce soit bientôt ; je souffre trop dans l'âme.
« Ôte-lui ses liens, donne jour à sa flamme
« Ou bien fais-la mourir : je ne peux plus en moi
« Concentrer ces élans qui me viennent de toi.
« Ou, si j'exige trop, modère au moins ma peine.
« Fais briller à mes yeux une palme lointaine ;
« Dis-moi qu'après vingt ans ma main la saisira
« Et mon âme joyeuse alors se calmera.
« Oh ! sur mon front, brûlé de ton front qui rayonne,
« Si tu faisais passer l'ombre d'une couronne !
« Si j'entendais bruire, en mon sein agité,
« Ces promesses de gloire et d'immortalité !…
« Tiens, tu m'as fait des jours à passer sur la terre ;
« Tu m'as donné de l'or, abri de la misère :
« Eh bien ! dis-moi, cet or et ces jours, les veux-tu
« Pour que mon cœur, jadis sous tes pieds abattu,
« Se ranime, s'envole, effleure ta pensée
« Et redescende à moi, mon œuvre commencée ?
« Veux-tu ? que me feraient la froidure et la faim ?
« En moi je trouverais des brasiers et du pain.
« Mais tu ne réponds pas. Tu veux qu'après ma vie,
« Au lieu de me bénir, le vulgaire m'oublie
« Oublié !… Dieu jaloux ! tu souffrirais donc bien
« Si parmi tant de noms j'allais graver le mien ?
« Si tu voyais, toi grand, pleurer de joie un père
« Devant l'œuvre d'un fils qu'applaudirait la terre ?…
« Allons ; j'ai là ma couche où je m'endormirai :
« Dans mes songes, la nuit, au moins je la verrai. »
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phillechat
François Fertiault Long poème en trois envois
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Mina singh
Mais oui, quelqu'un a poussé la porte du café des poètes ! Eh bien quelle lecture ! Merci phillechat pour cette découverte. Je ne connaissais pas cet auteur.
Ma strophe préférée est : "Mais du repos des nuits... Il repose".
Comment est-il possible d'écrire un poème aussi long ? Je me demande si cet homme n'a pris poésie comme première langue !
Cette poésie nous emmène dans une réflexion philosophique plus que dans l'émotion.
C'est souvent toi qui nous lit des poèmes très longs. Je me familiarise avec cette forme car, pour moi, la poésie, c'est plus instantané. J'ai du mal à saisir toutes les nuances et à la fin du mal à synthétiser. Comme tu peux le laisser, Je reviendrai pour y relire certaines strophes.
Merci à toi d'être passé.
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phillechat
Avec le temps, j'apprécie ces formes longues, maintenant délaissées. Je te remercie@
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Mina singh
Tu crois qu'on peut écrire un texte comme ça d'une seule traite ?
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phillechat
Possible mais pas dans ce style
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Mina singh
Quel plaisir à mon retour sur scribay de vous retrouver au café poétique Camille F. ; Jacques IONEAU ; phillechat. Les poèmes que vous présentez sont tous une découverte pour moi, très agréable en ce dimanche après-midi. Merci à vous.
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phillechat
Nous aussi , nous te retrouvons pour notre plus grand bonheur !
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Mina singh
C'est gentil ça !
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Jacques IONEAU
J'ai relu récemment quelques poèmes moins connus de Du Bellay, en voici un :

Comme on passe en été le torrent sans danger
Qui soulait en hiver être roi de la plaine,
Et ravir par les champs d’une fuite hautaine
L’espoir du laboureur et l’espoir du berger :

Comme on voit les couards animaux outrager
Le courageux lion gisant dessus l’arène,
Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine
Provoquer l’ennemi qui ne se peut venger :

Et comme devant Troie on vit des Grecs encor
Braver les moins vaillants autour du corps d’Hector :
Ainsi ceux qui jadis soulaient, à tête basse,

Du triomphe romain la gloire accompagner,
Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace,
Et osent les vaincus les vainqueurs dédaigner.

Du Bellay : "Comme on passe en été… " (Les Antiquités de Rome – sonnet 14)
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phillechat
Éternel !
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Jacques IONEAU
Oui Phil, mais ils ne sont pas si nombreux.

Heureux qui comme nous, peuvent lire avec joie
Des milliers de poèmes, romans et parfois
S'arrêter sur un texte à l'étrange atmosphère
Qui nous fait tutoyer la musique des sphères
Celle dont le poète désespérément
Tente à chaque poème en devenir l'amant !
.-))
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phillechat
Tout est dit en poésie !
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Jacques IONEAU
Ah, ah !
On peut dire ensemble
"tout est dit en poésie"
c'est un haïku
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Jacques IONEAU
et si l'on ajoute un vers
ou deux on fait un tanka
:-D
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phillechat
Tu as tout deviné !
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Camille F.
Bonsoir !

Avec le ravalement de façade de Scribay, on a perdu la discussion de sous les yeux. C'est un peu dommage, mais je n'oublie pas !

Voici un poème de Théodore Agrippa d'Aubigné, le XXVIe de "L'Hécatombe à Diane", c'est-à-dire du premier livre d'un recueil paru dans la seconde moitié du XVIe siècle, intitulé "Le Primtems du Sieur d'Aubigné".


XXVI

Autant de fois que vostre esprit de grace
Fera mouvoir un esclat de vos yeux
Sur ce pourtraict, en cela plus heureux
Que n’est l’absent duquel il peint la face,

Autant de fois il faudra que j’efface
Par ce tableau vos mespris oublieux.
Vous me verrez & ne verrez mes feux
Qui n’ont laissé exempte aucune place :

Autant de fois vous reverrez celuy
Qui se hayant, vous aime & son ennuy,
Mais on ne peut en ce tableau voir comme

De toutes parts je brusle peu à peu,
Ou autrement ce ne seroit qu’un feu
Qui n’auroit rien que la forme d’un homme.

(Note : "se hayant" signifie "se haïssant")


Et puis un deuxième :


XX

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
J’en seray laboureur, vous dame & gardiennes.
Vous donnerez le champ, je fourniray de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.

Les fleurs dont ce parterre esjouira nos yeux
Seront verds florissants, leurs subjects sont la graine,
Mes yeux l’arroseront & seront sa fontaine,
Il aura pour zephirs mes souspirs amoureux ;

Vous y verrez niellés mille beautez escloses,
Soucis, œillets & lys, sans espines les roses,
Encolie & pensee, & pourrez y choisir

Fruicts succrez de duree, aprés des fleurs d’attente,
Et puis nous partirons à vostre choix la rente :
A moy toute la peine, & à vous le plaisir.
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Jacques IONEAU
Bonjour Camille, Il y a longtemps que je n'étais pas venu lire quelques poèmes issus de vos trouvailles et coups de cœur. J'espère que Mina, et vous tous, excuserez cette absence.
J'aime beaucoup ce second sonnet qui illustre magnifiquement la "poésie amoureuse" de l'époque. La chute, et son invitation, est savoureuse :-))
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Camille F.
Merci beaucoup, Jacques, pour ton passage et ton commentaire, mais tu fais erreur sur la personne !

Oui ce dernier poème est typique. Je crois avoir lu que d'Aubigné était, dans sa jeunesse (de laquelle date le recueil), admirateur de Ronsard, qui le précédait d'une trentaine d'années. Je l'ai choisi pour ces belles « fleurs d'attente » ;)
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Jacques IONEAU
C'est curieux car j'avais corrigé le prénom. Il est réapparu ???
Sinon, ces fleurs d'attente, comme l'ensemble de ce poème sont à double sens, bien entendu et la délicatesse des termes employés fait passer l'ensemble :-))
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Camille F.
Ah ? Oui moi je vois toujours « Dominique » !
Haha, j'avoue la naïveté de ma lecture, mais oui maintenant que tu le dis c'est évident ! Merci pour tes lumières :)
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Jacques IONEAU
J'ai corrigé à nouveau le prénom, mais peut-être ne peut-on pas le faire dans une discussion, contrairement aux commentaires sur une œuvre...
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Jacques IONEAU
Dans un genre un peu différent : De Clément Marot (peut-être relié à cet extrait que j'ai publié d'un auteur inconnu ? https://www.scribay.com/text/1450105617/-une-phrase-quand-je-veux---poesie-moyenageuse)

Maudite soit la mondaine richesse,
Qui m'a ôté m'Amie et ma Maîtresse.
Las, par vertu j'ai son amitié quise,
Mais par richesse un autre l'a conquise :
Vertu n'a pas en amour grand prouesse.

Dieu gard de mal la Nymphe et la Déesse
Maudit soit l'or, où elle a sa liesse,
Maudite soit la fine soie exquise,
Le diamant et la perle requise,
Puisque par eux il faut qu'elle me laisse.

C. Marot - Chanson
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Mina singh
Salut Jacques, moi aussi ça fait longtemps que je ne suis pas passée par ici. A mon grand regret, je délaisse l'écriture actuellement et même la lecture. J'espère que tu vas bien.
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Jacques IONEAU
Merci, Mina, je vais bien. J'espère que la situation générale dans les hôpitaux ne t'a pas trop affectée et que tu pourras (voudras ?) reprendre l'écriture. Je te souhaite une belle journée.
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Mina singh
Oui c'est en partie à cause de mon travail que je suis un peu éloignée. La situation est inédite, entre le personnel qui doit être vacciné pour travailler, les services qui réduisent leur activité par manque de personnel, la répercussion sur l'accueil aux urgences... rendent difficile la prise en charge des patients vulnérables. Je n'arrive plus vraiment à passer la porte de l'hosto avec l'esprit libre. A force, c'est comme une lourdeur psychologique qui s'est installée, je suis moins disponible pour l'écriture. Je m'aperçois pourtant combien elle me manque ainsi que le partage avec vous tous.
Et ça m'a fait vraiment plaisir de voir qu'il y avait du monde au café :-)
Bon dimanche à toi aussi :-)
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phillechat
Dans un nouveau parentage,
Te souviendras-tu de moi ?
Ah ! je te laisse pour gage
Mon serment, mon cœur, ma foi.

Me reviendras-tu fidèle ?
Seras-tu toujours mon berger ?
Quelque destin qui m'appelle,
Mon cœur ne saurait changer.

Ah ! sois-moi toujours fidèle !
Je serai toujours ton berger.

Jean-Jacques Rousseau
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charcolonlon
Au Cabaret-Vert

Cinq heures du soir.

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
— Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. — Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

— Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! —
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, — et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

A. Rimbaud.
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Camille F.
Nuit d'ombre, nuit tragique, ô nuit désespérée !

J'étouffe dans la chambre où mon âme est murée,
Où je marche, depuis des heures, âprement,
Sans pouvoir assourdir ni tromper mon tourment,
Et j'ouvre au large clair de lune la fenêtre.

Là-bas, et ne laissant que son faîte paraître,
Comme une symphonie où court un dessin pur
La montagne voilée ondule sur l'azur,
Et lie à l'orient les étoiles entre elles.

De légers souffles d'air m'éventent de leurs ailes.
Une rumeur qui gronde au revers d'un coteau
Dénonce la présence invisible de l'eau.
Baissant pour mieux rêver les paupières, j'écoute
Les sombres chiens de garde aboyer sur la route
Où sonnent les sabots d'un rôdeur attardé.

Alors, sur le granit dur et froid accoudé,
Douloureux jusqu'au vif de l'être et solitaire,
Je maudis la nuit bleue où le ciel et la terre
Sont comme un jeune couple à se parler tout bas ;
Et voyant que la vie, à qui n'importe pas
Un cœur infiniment désert de ce qu'il aime,
S'absorbe dans sa joie et s'adore soi-même,
Je résigne l'orgueil par où je restais fort.
Et j'appelle en pleurant et l'amour et la mort.

« C'est donc toi, mon désir, ma vierge, ô bien-aimée !
Faible comme une lampe à demi consumée
Et contenant ton sein gonflé de volupté.
Tu viens enfin remplir ta place à mon côté.
Tu laisses défaillir ton front sur mon épaule,

Tu cèdes sous ma main comme un rameau de saule,
Ton silence m'enivre et tes yeux sont si beaux,
Si tendres, que mon cœur se répand en sanglots.
Toi vers qui je criais du fond de ma détresse,
Sœur, fiancée, amie, ange, épouse, maîtresse,
C'est toi-même, c'est toi qui songes dans mes bras !
Te voici pour toujours mienne, tu dormiras
Mêlée à moi, fondue en moi, pensive, heureuse,
Et prodigue sans fin de ton âme amoureuse !
Dieu juste, soyez béni par cet enfant
Qui voit et contre lui tient son rêve vivant !
Mais toi, parle, ou plutôt, sois muette, demeure
Jusqu'à ce qu'infidèle au ciel plus pâle, meure
Au levant la dernière étoile de la nuit.

Déjà l'eau du malin pèse à l'herbe qui luit.
Et modelant d'un doigt magique toutes choses.
L'aube vide en riant son tablier de roses.
L'enclume sonne au loin l'angélus du travail.
Écoute passer, cloche à cloche, le bétail
Et rauquement mugir la trompe qui le guide !
La vallée a des tons d'émeraude liquide,

Et dans le bourg qui brille au milieu des prés verts,
Les fenêtres qu'on ouvre échangent des éclairs.
La fraîcheur de la vie entre par la croisée ;
Je l'aspire, j'en bois sur tes cils la rosée.
Et, mêlée à la grâce heureuse du décor,
Mon immortelle amour, tu m'es plus chère encore.
Nous tremblons, enivrés du vin de notre joie,
Et, dans le long délice où notre chair se noie,
Songeant que, pour bénir nos noces, le Destin
A revêtu la chape ardente du matin
Et qu'il emprunte au ciel son ostensoir de flammes.
Et voici qu'unissant leurs rêves, nos deux âmes,
A travers la rumeur grandissante du jour,
Pleurent dans l'infini silence de l'amour. »

L'amour ?... Lève les yeux, mon pauvre enfant, regarde !
Le val est toujours bleu de lune, le jour tarde,
La rivière murmure au loin avec le vent.
Et te voilà plus seul encore qu'auparavant.
La bien-aimée au front pensif n'est pas venue.
Le sein que tu pressais n'est qu'une pierre nue,
La voix qui ravissait tes sens n'est que l'écho

Du bruit des peupliers tremblants au bord de l'eau :
Hélas ! la volupté de cette heure attendrie
Fut le jeu d'un désir expert en tromperie.

Va, ferme la croisée, et quitte ton espoir.
Mesure en t'y penchant ton morne foyer noir :
N'est-ce pas toi cet âtre éteint où deux Chimères
Brillent d'un vain éclat sur les cendres amères ?
Et, puisque tout est faux, puisque même ton art
Aux rides de ton cœur s'écaille comme un fard,
Cherche contre l'assaut de ta peine insensée
L'asile sûr où l'homme échappe à sa pensée,
Ouvre ton lit désert comme un sépulcre, et dors
Du sommeil des vaincus et du sommeil des morts.

- Charles Guérin (1873 - 1907), tiré de son recueil : Le Semeur de cendres (1901).
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phillechat
Deux superbes poèmes, merci !
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Camille F.
Merci à toi de ta fidélité à la poésie ! J'ai acheté les œuvres complètes de Guérin en trois volumes, au Mercure de France dans les années 1920, je ne regrette rien, un grand oublié, majeur parmi les poètes "mineurs" à mon sens !
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Camille F.
J'ai posté ce poème pour trois passages que je trouve magnifiques :

« L'aube vide en riant son tablier de roses. »

« Et dans le bourg qui brille au milieu des prés verts,
Les fenêtres qu'on ouvre échangent des éclairs. » pour le côté saisissant et hyper évocateur de l'image, et

« Songeant que, pour bénir nos noces, le Destin
A revêtu la chape ardente du matin », je trouve "la chape ardente du matin" sublime.
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phillechat
Je ne connaissais pas , j'aime bien !
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Mina singh
Salut Camille, j'espère que tu vas bien. Merci d'animer le café poétique, il est vrai que tu était là à son ouverture et c'est un excellent souvenir.
Ce poème de Charles Guérin est stupéfiant. D'ailleurs, je n'ai pas de commentaires...
Merci beaucoup de nous faire partager tes lectures.
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Mina singh
Il m'a saisi dès la première strophe :
"J'étouffe dans la chambre où mon âme est murée,
Où je marche, depuis des heures, âprement,
Sans pouvoir assourdir ni tromper mon tourment,
Et j'ouvre au large clair de lune la fenêtre."

Ces vers aussi sont très puissants :
Alors, sur le granit dur et froid accoudé,
Douloureux jusqu'au vif de l'être et solitaire,
Je maudis la nuit bleue où le ciel et la terre

et pas mal d'autres... Je pense qu'il mérite plusieurs lectures pour en saisir tout autant le sens que les émotions enfouies dans ses mots.
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phillechat
Le temps, maître de tout, ternit ce paysage,
Que Flore embellissait des marques de ses pas ;
Et montrant des défauts, où l'on vit des appas,
Il fait un triste lieu de ce plaisant bocage.

Il réduit une ville en un désert sauvage,
Il met comme il lui plaît les empires à bas ;
Il change les esprits ainsi que les États,
Et fait un furieux du peuple le plus sage.

Il étouffe la gloire, il éteint le renom,
Il plonge dans l'oubli le plus illustre nom,
Il comble de malheurs la plus heureuse vie ;

Il détruit la nature, il éclipse le jour ;
Bref, il peut effacer les beautés de Silvie,
Mais il ne peut jamais effacer mon amour.

Guillaume Colletet
1598 - 1659

Guillaume Colletet était un poète très apprécié. Il fut l’un des premiers membres de l’Académie Française, pourtant il mourut dans une très grande précarité. Flambeur ? On ne le sait, en revanche, fidèle et amoureux jusqu’à la mort, oui ! On dit que sa femme rêvait elle aussi d’être écrivain et que par amour il signa des pièces du nom de son aimée pour qu’elle connaisse la renommée.
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Mina singh
J'aime bien cette réflexion sur le temps, il y a bien quelque chose qui lui résiste. Merci pour cette pensée encourageante. Merci.
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phillechat
Avec plaisir
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Camille F.
Moi qui ne suis qu'une ombre — Georges de Brébeuf (1617 - 1661)

Tiré de l'Anthologie de la poésie baroque française, tome 1, par Jean Rousset

...Quand vous m'avez formé, mille essences possibles,
Qui pour sortir du rien attendent vostre voix,
Vous estant comme moy presentes et visibles,
Que vous avois-je fait pour estre vostre choix ?
Au lieu de me chercher dans ce neant fertile,
Vous pouviez y trouver un estre plus utiles
A reconnoistre vos bontez,
Vous pouviez en tirer un enfant plus fidelle,
Au lieu d'en tirer un rebelle,
Qui resiste à vos volontez.

Avant que d'en sortir j'estois déjà coupable,
Mes crimes à vos yeux estoient déjà presens,
Et de vostre pouvoir le fonds inépuisable
Vous offroit à choisir des estres innocens.
Pourquoi l'ay-je emporté sur ces Intelligences,
Qui seront pour jamais de steriles essences,
Et que vous pouviez mettre au jour,
Qui sçauroient mieux que moy chercher l'art de vous plaire,
Et dont l'amour chaste et sincere
Répondroit mieux à vostre amour ?

Mesme vous auriez pû me préferer la brutte,
Elle est à vos decrets souple en toute saison,
En elle, mieux qu'en moy, vostre ordre s'execute,
Et son instinct est droit bien plus que ma raison.
J'ay sur elle, il est vray, de brillans avantages ;
Mais ces dons biens souvent deviennent des outrages
Contre vous, de qui je les tiens ;
Ce qui me vient de vous, ou de grand, ou de rare,
Souvent contre vous se declare,
Et fait mes crimes de vos biens.

Diray-je plus encore ? Vostre grandeur puissante
Eust pu moins s'abaisser en descendant plus bas,
Produire au lieu de l'homme, ou le marbre, ou la plante,
Ces objets contre vous ne se revoltent pas ;
Leur langage müet à chanter vos loüanges
S'accorde beaucoup mieux avec celuy des Anges,
Que celuy dont j'ose abuser,
Et ces estres grossiers ne sçauroient méconnoistre
Comme moy l'Auteur de leur estre,
Ny comme moy le mépriser.

Mon cœur prend vos faveurs pour mon propre heritage,
Vous semblez m'avoir dû les biens que je vous doy ;
Sans penser que de vous je tiens cet avantage,
J'ose me l'imputer parce qu'il est en moy.
Les clartez toutesfois de vostre prescience
N'ont point mis un obstacle à cette patience,
Qui jamais ne se peut tarir ;
Vous m'avez fait passer du neant jusqu'à l'estre,
Moy, qui mesme avant que de naistre
Avois merité de mourir.

Mais ce seroit trop peu pour vous et pour moy-mesme,
Si vous vous contentiez de m'avoir tant aimé,
Si d'un soin assidu vostre pouvoir suprême
Ne me conservoit pas après m'avoir formé ;
Vous resoudre sans cesse à ne pas me détruire,
C'est de nouveau, Seigneur, sans cesse me produire,
De nouveau m'affranchir du rien ;
De moy j'ay seulement la foiblesse en partage,
Et je suis en vain vostre ouvrage,
Si vous n'estes pas mon soustien.

Hélas ! Vous prolongez au gré de mon envie
Des jours que mon erreur donne à ma vanité,
Vostre soin vigilant me conserve une vie
Qui me rend plus coupable, et vous plus irrité.
Ce concours assidu m'est par tout necessaire,
Mesme pour me trahir, mesme pour vous déplaire
Sans cesse j'ay besoin de vous,
Je ne puis rien de moy, rien sans vostre assistance,
Pas mesme commettre une offense,
Ny meriter vostre courroux...

...Mais à ce soin diffus qu'en cause générale
Vous prenez constamment de vos moindres effets,
Vous ajouster encor la faveur speciale
Qui se prodigue en moy sans s'épuiser jamais.
Je sçay qu'en ma faveur vos bontez invincibles
D'éloigner cent périls ou cachez ou visibles
Sollicitent vostre pouvoir,
Et je sçay mieux encor qu'en tous lieux et sans cesse
Pour moy vostre amour s'interesse
Bien plus que je ne puis sçavoir.

Si vous aviez tary cette source feconde,
Quel seroit mon refuge, ou quel seroit mon sort ?
Je ne voy presque rien sur la terre ou sur l'onde
Qui ne pûst devenir l'instrument de ma mort.
Moy qui ne suis qu'une ombre, une vapeur legere,
Comment à tant de maux pourrois-je me soustraire,
Si vous ne conduisiez mes pas ?
On aurait bien-tost veu leur fureur assouvie,
Et je me sens trop peu de vie
Pour suffire à tant de trépas...
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phillechat
Superbe !!
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phillechat
Oh ! pourquoi de ce Temps, l’étoffe de la vie,
Ne pouvons-nous, dis-moi, jouir à notre envie,
Sans le déchirer par lambeau ?
Des trois formes qu’emprunte une essence commune,
Passé, présent, futur, l’homme n’en connaît qu’une
Du sein maternel au tombeau.

Des uns, toute la vie est dans l’instant qui passe ;
Cœurs étroits, où jamais ne saurait trouver place
Ce qui fut, ou n’est pas encor ;
Perdant toute leur pourpre en mesquines parcelles,
Tout leur foyer en étincelles,
En oboles tout leur trésor !

Avides du lointain où leur regard se plonge,
Ceux-ci laissent glisser les heures comme un songe
Qui s’efface du souvenir ;
Leur présent incompris n’est qu’une longue aurore,
Que ne suit pas le jour, que l’attente dévore ;
Ils existent dans l’avenir.

J’en sais d’autres, pour qui les biens perdus renaissent,
Et qui même, entre tous, n’aiment et ne connaissent
Que l’objet qu’ils ont dépassé :
L’avenir les effraie et le présent leur coûte,
Tandis qu’ils poursuivent leur route
Les yeux tournés vers le passé.

Mais n’est-il pas, doués d’existences complètes,
Du monde intérieur quelques rares athlètes,
Au long regard, au vaste cœur,
Qui goûtent en entier la vie à chaque haleine,
Et savourent la coupe pleine
Dans chaque goutte de liqueur ?

Pour ceux-là rien ne meurt, ni plaisir, ni souffrance ;
Tout vit, tout est réel, tout, même l’espérance !
Ainsi, sous une habile main,
La trinité du son vibre mystérieuse,
Ainsi dans Aujourd’hui leur âme harmonieuse
Sent vibrer Hier et Demain.

Amable Tastu
1798 - 1885

À 18 ans, Amable Voiärt, dans Lettre au père écrivit que si celui-ci souhaitait qu'elle suivît une carrière littéraire, elle ne se marierait pas et travaillerait avec acharnement pour que ses poèmes – déjà plaisants – deviennent talentueux. À l'inverse, s'il désirait qu'elle se mariât alors elle considérerait ses poèmes « comme une distraction où le public n'a rien à voir ». Amable Voiärt se maria donc, et devint Amable Tastu. Comme elle l'avait écrit, elle se consacra à sa famille qu'elle fit vivre un temps en écrivant des ouvrages d'éducation, des livres historiques destinés à la jeunesse et des traductions. Très reconnue, notamment grâce à son poème Les Oiseaux du sacre, elle trouva une reconnaissance dans le salon littéraire qu'elle tenait, aidant à la carrière littéraire d'autres poétesses...
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Camille F.
Magnifique ! Je ne pensai pas que j'avais encore d'aussi bons poètes de cette époque à découvrir, merci beaucoup pour ce très agréable démenti ! Eh dis-donc, si elle a écrit ce poème dans un moment de « distraction », qu'est-ce que ç'aurait été si elle ne s'était pas mariée mais consacrée tout entière à la poésie !!
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phillechat
oui, elle a tout d'une grande artiste !
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Mina singh
Merci beaucoup pour ton passage, pour la découverte de ce poème et ces notes sur la vie de l'auteure. Un bien agréable moment.
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Mina singh
Merci pour votre passage en ce dimanche de confinement, ça fait du bien de penser que notre café reste ouvert en toute circonstance :-)
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Camille F.
Comme quoi il s'agit bien de distanciation physique, et non de distanciation sociale ; l'hypocrisie prend des formes subtiles...
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phillechat
On ne s'est jamais quitté ^^
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Mina singh
Tu as raison de le souligner. Il est parfois facile de se retrancher derrière le terme de distanciation sociale, comme une nouvelle norme alors que de nombreux moyens existent pour continuer le lien social, ne pas couper les personnes vulnérables de leurs proches comme on l'entend ici ou là. Cela demande un peu de bon sens et un peu d'esprit d'innovation. Heureusement, certaines équipes en font preuve tout de même.
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Mina singh
C'est vrai ça. Ces jours derniers, je pensais : il y aura bien quelqu'un qui va passer au café poétique bientôt... Il y a donc même de la transmission de pensées dans l'air.
Merci à tous les deux.
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phillechat
Ma fille est psy dans un hôpital : depuis le confinement c'est l'horreur.
C'est une catastrophe pour la santé mentale !
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Mina singh
Déjà qu'en temps normal, la psy est plutôt le parent pauvre de la médecine... Tous mes encouragements pour ta fille. J'espère qu'elle travaille dans une équipe soudée, ça aide à supporter la lourdeur et l'injustice.
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phillechat
Oui, mais c'est surchargé !
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Bonsoir,
à l'aube de ce nouveau week-end je vous partage un extrait/texte de Pierre Loti. Ce n'est pas à proprement de la poésie, mais son écriture simple, directe et poétique (par toute sa richesse de description et vocabulaire qui éveillent tous nos sens). Je n'ai pas eu l'occasion de lire beaucoup de ses écrits, mais j'ai beaucoup apprécié quand j'étais plus jeune les quelques textes découverts de Vers Ispahan, Pêcheur d'Islande... Ci dessous un passage de son récit sur la découverte de L'Iran, qui m'a d'ailleurs inspiré aussi un poème (si vous voulez le découvrir, je l'ai publié aujourd'hui sur mon œuvre D'avoir de l'eau dans les veines).
Belle lecture.


'Un vieil homme à figure futée, qui depuis un instant nous suivait, s'approche pour me parler en confidence: «Un seigneur, qui se trouve dans la gêne, me dit-il à l'oreille, l'a chargé de louer sa maison. Un peu cher peut-être, cinquante tomans (deux cent cinquante francs) par mois; cependant, si je veux voir...» Et il m'emmène loin, très loin, à travers une demi-lieue de ruines et de décombres, pour m'ouvrir enfin, au bout d'une impasse, une porte vermoulue qui a l'air de donner dans un caveau de cimetière...



Oh! l'idéale demeure! Un jardin, ou plutôt un nid de roses: des rosiers élancés et hauts comme des arbres; des rosiers grimpants qui cachent les murailles sous un réseau de fleurs. Et, au fond, un petit palais des Mille et une Nuits, avec une rangée de colonnes longues et frêles, en ce vieux style persan qui s'inspire encore de l'architecture achéménide et des élégances du roi Darius. A l'intérieur, c'est de l'Orient ancien et très pur; une salle élevée, qui jadis fut blanche et or, aujourd'hui d'un ton d'ivoire rehaussé de vermeil mourant; au plafond, des mosaïques en très petites parcelles de miroir, d'un éclat d'argent terni, et puis des retombées de ces inévitables ornements des palais de la Perse, qui sont comme des grappes de stalactites ou des amas d'alvéoles d'abeilles. Des divans garnis d'une soie vert jade, aux dessins d'autrefois imitant des flammes roses. Des coussins, des tapis de Kerman et de Chiraz. Dans les fonds, des portes, au cintre comme frangé de stalactites, donnant sur de petits lointains où il fait noir. En tout cela, un inquiétant charme de vétusté, de mystère et d'aventure. Et le parfum des roses du jardin, mêlé aux senteurs d'on ne sait quelles essences de harem, dont les tentures sont imprégnées...'
P. Loti (Vers Ispahan)
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Mina singh

Bonjour
Petit nouveau sur Scribay, je vous partage un poème d'un auteur que j'apprécie bien : Paul Verlaine


Marine

L’Océan sonore
Palpite sous l’œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,

Et que chaque lame
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

Poèmes saturniens, P. Verlaine.
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Mina singh
Sois le bienvenu kingaa_words sur Scribay et au café poétique. Merci pour ce partage. Court mais très évocateur, j'apprécie ce dialogue entre le ciel et l'océan dont Verlaine nous fait spectateur.
Les amateurs de poésie poussent la porte du café poétique au gré de leurs envies. J'espère que tu découvriras ici des textes inconnus et que tu pourras échanger sur ce que la poésie nous inspire.
A bientôt, je l'espère.
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Mina singh
Oui je repasserais par là, j'aime beaucoup l'idée du café poétique et du partage, découverte aussi de textes ou auteurs inconnus.
Il n'y a pas si longtemps que ça que j'ai commencé à écrire, je fais pour l'instant mes armes avec de la poésie libre, pas forcément dans le standard des règles techniques, mais j'essaye avant tout de susciter des émotions.
@ bientôt.
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Mina singh
Je passerai te rendre visite un jour prochain.
A mon arrivée à Scribay, je ne me pensais pas capable d'écrire de façon régulière, c'est pourtant ce qui s'est passé grâce aux encouragements, aux commentaires et critiques reçus sur mes textes. J'ai été étonnée moi-même d'écrire 52 poésies au cours d'un marathon poétique la première année.
Scribay est un endroit serein pour écrire, pour échanger et trouver la motivation...
Bonne continuation.
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Camille F.
Voici un court texte que j'ai découvert récemment et qui m'a vraiment fait l'effet d'un choc. Ce n'est pas ce qu'on a l'habitude de considérer comme de la poésie, mais il y a assurément quelque chose de la poésie en lui. Ce sont aussi, je crois, les meilleurs vœux que je puisse présenter à chacun.


Se quitter soi-même, par Maître Eckhart


Le monde dit : « Je voudrais tellement vivre la piété et la ferveur que d’autres semblent vivre, être en paix avec Dieu comme d’autres le sont, être véritablement pauvre. » Ou encore : « Quoi que je fasse et où que je sois, je ne suis jamais satisfait. Je voudrais tant être loin de chez moi, sans affaires, dans un monastère ou un lieu reculé. »

En vérité, tout cela n’est autre que toi, ta volonté propre que tu suis constamment sans même t’en rendre compte. Que tu l’admettes ou non, jamais un mécontentement ne surgit en toi qui ne soit ta création.

Entendons-nous bien : fuir ceci, aller vers cela, éviter ces gens, rechercher manière ou occupation n’est que ton agitation. La cause de tes difficultés n’est pas dans les choses, c’est toi-même dans les choses. C’est pourquoi regarde-toi d’abord et quitte-toi. En vérité, tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes.

Chercher quoi que ce soit dans les choses extérieures, la paix, un lieu de retraite, la société des hommes, telle façon d’agir, les nobles œuvres, l’exil, la pauvreté ou l’abandon de tout, quelle qu’en soit la grandeur tout cela n’est rien, ne compte pour rien, ne donne rien — surtout pas la paix. Pareille quête ne mène nulle part : plus on cherche ainsi, moins on trouve. Ayant pris un chemin faux, on ne fait que s’éloigner davantage chaque jour.

Que faut-il donc faire ? D’abord, s’abandonner soi-même et, de la sorte, abandonner toute chose. En vérité, celui qui renonce à un royaume, au monde même, en se gardant soi-même, ne renonce à rien. Mais l’homme qui se renonce lui-même, quoi qu’il garde, richesse, honneur ou quoi que ce soit, a renoncé à tout. (…)

Regarde et, là où tu te trouves, renonce-toi. Voilà le plus haut.

Sache que jamais personne ne s’est assez quitté qu’il ne trouve à se quitter davantage. Commence donc par là, meurs à la tâche : c’est là que tu trouveras la paix véritable, et nulle part ailleurs.

Quelques paroles que le vicaire de Thuringe, prieur d’Erfurt, frère Eckhart, de l’ordre des Prêcheurs, adressa à ses fils spirituels qui lui posaient toutes sortes de questions lorsqu’ils étaient rassemblés pour la collation du soir.
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Mina singh
Hello Camille F. J'espère que tu vas bien.
J'ai raté ton passage il y a 4 semaines...
Un texte surprenant en effet. Sur certains points, je suis arrivée aux mêmes conclusions, notamment sur le fait que plus on cherche quelque chose vers l'extérieur, moins on trouve. Croire que tout va être différent ailleurs me semble aussi vainc. On ne fait que déplacer le problème et se donner l'illusion (qui tient un temps) par rapport à des circonstances différentes. Trouver en soi la source de notre insatisfaction oblige sans doute comme il le dit à "s'abandonner" "se quitter soi-même". Je vois ça comme une forme de lâcher prise. On ne peut pas "descendre en soi" en gardant toutes nos exigences, nos raisonnements habituels. Nous avons l'habitude de vouloir maîtriser les choses mais il faut reconnaitre que la maitrise a ses limites. J'ai déjà fait l'expérience du lâcher prise et vu quel univers insoupçonné s'ouvrait subitement devant moi.
Merci pour ce texte.
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Camille F.
Coucou Mina ! Ça va bien, je te remercie, je suis en vacances pour l'instant et j'en profite pour me dédier à la lecture et l'écriture, c'est un bonheur !

Content que tu aies trouvé un écho à ton expérience dans ce texte. C'est tout à fait ça, le lâcher prise. Tu parles des limites de la maîtrise, c'est juste, mais il faut aussi à mon avis quelque chose de la maîtrise, pour continuer sans cesse à lâcher prise et ne pas reprendre de mauvaises habitudes, qui semblent si naturelles. C'est ce que j'ai lu récemment dans une citation dont je ne sais plus l'auteur : "L'art de vivre consiste en un subtil mélange entre lâcher prise et tenir bon."
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Mina singh
Cool, profite bien alors. Tu vas sûrement découvrir des textes intéressants que tu pourras nous faire partager :-)

Oui bien sûr, il ne faut pas confondre lâcher prise et laisser aller. Le lâcher prise est plus une technique face à l'hypermaitrise. Il faut aussi accepter que des choses nous échappent dans la connaissance et donc dans l'approche du monde. La maitrise va souvent de pair avec la performance mais on est bien obligé de constater nos limites. Si je prends l'exemple du sport, pour obtenir plus de performance, on finit par utiliser le dopage. Certes on augmente les scores mais d'un autre côté le corps subit les effets délétères des drogues. Le degré de maitrise bute quelque part. On pourrait aussi voir le sport autrement que sous l'angle de la performance.
Tout a fait d'accord avec l'auteur de cette citation : il y a aujourd'hui beaucoup plus gens attirés par la maitrise que par le lâcher prise. C'est effectivement tout un art.
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Camille F.
Si je tombe sur un beau poème, avec plaisir :)

Je suis complètement d'accord sur ce que tu dis de la performance et de son culte. Comme dit ma belle-mère : "le mieux est l'ennemi du bien".
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Mina singh
Je suis d'accord avec ta belle-mère :-)
J'ajoute une citation que j'aime bien "Connaitre, c'est discerner ce que l'on comprend et ce que l'on ne comprend pas" Confucius
A partir de là, il faut bien lâcher prise quelque part.
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Camille F.
Chouette citation ! Et discerner ce qu'on ne comprend pas, c'est déjà commencer à comprendre. Effectivement, parfois, mécaniquement, on se comporte comme si on comprenait alors qu'en fait on ne comprend pas. C'est cela la croyance, peut-être.
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Mina singh
Oui tu as raison. Si tu me demandes d'ailleurs qui est Dieu pour moi, je dirais la part méconnue de l'univers. On ne peut émettre envers cette part inconnue que des croyances, faire des suppositions. Comme je pense également que l'homme ne sera pas à même de maitriser un jour l'ensemble des connaissances contenues dans l'univers, je considère que la grandeur de Dieu est proportionnelle à notre ignorance. On peut donc dire que Dieu est grand. Et si Dieu est grand, nous devons rester humble pour situer notre place dans l'univers. Ce Dieu là n'a pas besoin d'offrandes ou de culte ou de prières, il a juste besoin de notre respect.
Je peux te demander ta vision de Dieu ?
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Camille F.
Ouff... ma vision de Dieu... Je vais faire comme si une réponse succincte suffisait ! Je dirais qu'elle rejoint beaucoup la tienne, en précisant que Dieu est non seulement ce qu'on ne connaît pas, mais encore ce qu'on ne peut jamais connaître. J'aime beaucoup le néo-platonisme, et notamment Plotin, qui place ce qu'il appelle l'Un au-dessus de toute la hiérarchie des êtres, au-delà même de l'être. Il est incréé, ce qui n'est pas mais rend possible l'être. Il est inconcevable, défie la pensée et le langage, et donc exige effectivement, pour être sur la bonne voie, le respect et l'humilité comme tu dis, la reconnaissance de son inconnaissabilité et de notre faiblesse, donc. Une faiblesse qui devient une force quand on l'admet, parce qu'on ne peut pas être fort face à tout, mais on peut être faible face à tout, et on l'est toujours un peu. La force de la faiblesse est sa capacité de tout embrasser. (Enfin, ça, c'est quelque chose que je comprends intellectuellement, mais que je n'ai pas encore vraiment intégré de manière globale).
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Mina singh
Je reconnais cette question était un coup vache !
Je vois que ta représentation est très proche de la mienne. Cela ne fait pas longtemps que je suis arrivée à cette conclusion.
Je suis persuadée aussi que l'homme ne découvrira jamais tout de ce monde. La vision de Plotin est intéressante, l'Un, ce qui rend possible l'être. Il faudra que je médite ça.
La réflexion concernant la faiblesse qui devient une force me parle beaucoup. ça me fait penser aux propos de Ricoeur lorsqu'il évoque de la relation soignant/soigné. Nous savons reconnaitre la souffrance de l'autre (grâce à l'empathie) et cette souffrance nous ramène à l'idée de vulnérabilité de soi. En voyant souffrir l'autre, on se sent humble. Cette humilité débouche sur la sollicitude du fort envers le faible et il y a dans cet échange un équilibre qui se rétablit, un passage de la force à la faiblesse (la capacité d'être à côté de celui qui souffre) et le "faible" se sent alors fort de pouvoir affronter l'expérience de la souffrance et de la douleur.
Il dit aussi (ou c'est Levinas, je ne me rappelle plus) qu'il y a en chacun de nous "une part irréductible de l'être" qui va bien avec la part irréductible du monde dont tu parles. Cela signifie que l'on ne peut jamais complètement se mettre à la place de quelqu'un. En présence d'une grande souffrance, un sentiment d'empathie trop fort peut empêcher d'écouter la personne dans sa singularité (faire parler soi à travers l'expérience de l'autre (si j'étais à sa place, j'aimerais ceci ou cela... cette démarche peut conduire à des décisions inappropriées).
Voilà ce que m'évoque le vécu de ce rapport force/faiblesse.
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Ayshah Hassan
Bien que je ne sache écrire de poème mais que j'en lise très souvent, je souhaiterais apporter ma pierre à l'édifice. En ce qui concerne Dieu, il est inutile de l'idolâtrer et de montrer que nous sommes des êtres insignifiants. Je pense qu'il a besoin de prière afin que nous montrons notre gratitude, que nous nous repentissons et que nous montrons notre fidélité comme un échange. Il est en effet Dieu mais en aucun cas une divinité que nous devons craindre mais en revanche un être que nous devons aimer et certes respecter.
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Mina singh
Merci pour ton passage au café poétique. Il n'est pas nécessaire de savoir écrire des poèmes pour venir ici. Merci pour ton point de vue.
Ce serait quoi par exemple cette forme de gratitude dont tu parles ? De quoi penses-tu que nous devrions nous repentir vis-à-vis de lui ? Je trouve que le repentir s'adresse plus à nous qu'à Dieu mais peut-être penses-tu à quelque chose de particulier lorsque tu dis ça.
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Ayshah Hassan
On me disais souvent qu'il fallait le remercier lorsque on obtient un bienfait ou bien lorsqu'on commettait un acte répréhensible mais en effet on peut très bien s'adresser à la personne concernée si on ne prie pas souvent.
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Mina singh
C'est en effet une démarche intéressante de remercier lorsqu'on obtient un bienfait parce que cela nous ramène à l'idée que nous seuls n'y serions pas parvenu. cela nous fait prendre conscience aussi d'un moment de bonheur qu'il ne faut pas négliger.
Si on commet un acte malveillant envers quelqu'un, des explications, des excuses sont pour moi plus efficaces et respectueuses qu'une prière. En priant, certains pensent qu'ils sont lavés de leurs pêchés, chose à laquelle je n'adhère pas.
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Ayshah Hassan
C'est ce que je pense également en ce qui concerne les péchés qui s'effacent. On peut être pardonné mais le péché a été commis. Et parfois les excuses sont plus difficiles à dire qu'à faire et à pardonner.
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Mina singh
Il arrive parfois que l'on agisse mal envers quelqu'un sans intention au départ, des erreurs de jugement par exemple. L'excuse rétablit une partie du mal occasionné. La reconnaissance d'avoir provoqué une douleur à autrui peut être le premier pas vers une réconciliation. Évidemment il y a pêché et pêché, c'est plus difficile pour les actes sur lesquels on ne peut pas revenir en arrière, qu'un mal irréparable a été commis . Je trouve qu'aujourd'hui, s'excuser n'est plus très à la mode. Pourtant, c'est le moyen de reconnaitre nos erreurs et d'éviter qu'elles se reproduisent.
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Ayshah Hassan
On peut très bien s'excuser et refaire la même erreur. Le simple fait de s'excuser ne réparera pas toutes les fautes qui on été faites
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Mina singh
La personne qui recommence les mêmes erreurs ne s'excuse pas pour de "vrai" alors. On apprend aussi de nos erreurs, reconnaitre son erreur c'est comprendre ce qui nous a mené à la commettre.
Je parle des erreurs que l'on peut faire au quotidien qui sont réparables si on s'interroge sur notre manière d'agir.
Je ne parlais pas ici des erreurs irréparables.
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Ayshah Hassan
Cela reste une erreur parce que l'on penserai vraiment et l'excuse n'est pas réel. Uniquement pour faire plaisir aux autres mais rien ne sera oublié. L'effet papillon en revanche existe c'est ce que en quoi je crois et pense.
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Mina singh
Qu'est-ce que tu entends par "effet papillon" ? Si tu peux prendre un exemple.
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Ayshah Hassan
Une seule décision ou un acte en fonction de ou et comment cela à été fait et cela peut avoir de bonnes ou mauvaises conséquences.
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Camille F.
J'aime bien ce que dis Ricoeur, je ne savais pas d'ailleurs qu'il avait écrit là-dessus, je le connaissais uniquement comme théoricien de la littérature !
Cela me fait penser à l'expression : "avoir un faible pour quelqu'un", et à la force du rêve (en tant que voyage intérieur) que cette faiblesse peut entraîner, je pense à tous ces magnifiques poèmes d'amour, par exemple, qui ont été écrits.
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Mina singh
Oui je l'ai déjà remarqué. On ne peut pas tout maitriser. Il y a des effets imprévisibles à nos actes.
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Mina singh
Un grand merci à tous les animateurs du café poétique et bienvenue à tous ceux, j'espère nombreux, qui ouvriront cette porte.
Je me joins à Jacques pour vous souhaiter une heureuse année 2021 et vous propose quelques vers pour la débuter en poésie.

L'ART

Oui, l’œuvre sort plus belle
D'une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit !

Fi du rythme commode
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L'argile que pétrit
Le pouce,
Quand flotte ailleurs l'esprit ;

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S'accuse
Le trait fier et charmant ;

D'une main délicate
Poursuit dans un filon
D'agate
Le profil d'Apollon.

Peintre, fuis l'aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l'émailleur ;

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les montres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. - L'art robuste
Seul à l'éternité :
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent.
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !

Émaux et camées - Théophile Gautier (1811-1872)
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Oreleï
Nature morte urbaine sur velux entrouvert

Gorgée d’IPA dans le gosier
j’attends mon bicraveur d’étoiles
nature morte urbaine à l’envers sur Velux entrouvert
blue Laguna sur trottoir gras
pochoirs de pas plein d’merde en enfilade
déflagrations d’phares qui chassent la nuit et la mémoire
leurs shrapnels touchent nos tempes Apollinaire
les bagnoles pèsent plume et traversent les nuages
au moins les chats ne meurent pas
leurs griffes s’agitent dans la grisaille
pendant que les cieux tirent la tronche
mais pas moi malgré les larmes
mais pas moi malgré les pires que drames
car j’attends mon bicraveur d’étoiles

l’air a la couleur des yeux fermés
et l’odeur des ciels de traîne
qui chantent les mélopées de novembre
et l’attente.
Les entre-deux sont bandants
pas là
les entre-feux sont fumants

tout est là. Rien n’est là. Est-ce grave ?
Le soleil s’boit une pinte tout sourire derrière moi
un K-way fluo traverse en djinn ce tableau Géricault
du va. Du vient. Des ta gueule en bout de rue
au loin Brouhaha informe en échos sérieux des enfantillages des Hommes
petit monde en ruine pour un p’tit peu d’poussière
nulle raison. Sans espoir. Des silences aux comptoirs
nos inexistences attendent la fin entre mer et Guernica
la boule dans la gorge
celle des débuts effrayants
des âmes sans antisèche
des hiers buissonniers

tout ira à l’endroit après la fermeture
je te le promets
je regretterai seulement tes bras
lorsqu’en une brume l’on s’effacera
à l’orée de la fin des temps
descendre des cendres
et pfiou… le vent nous rallumera
peut-être. Peut-être pas

je rabats le velux en un clac
qui me dit d’essayer un demain
encore un demain. Nous verrons bien.

Clément Minosze
https://liveandthink.wordpress.com
Publié avec l'autorisation de l'auteur
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Mina singh
Merci Oreleï d'être passée au café il y a deux semaines déjà... Une nature morte qui éprouve notre ressenti et ce velux entre-ouvert arrive comme une promesse et j'aime bien l'image de fin : malgré tout, essayer demain.
C'est chouette qu'il puisse rester dans la discussion puisque tu as l'autorisation de l'auteur. Je profite de ce passage et de cette poésie pour te souhaiter une année la plus sereine possible... Et comme le dit Clément : Nous verrons bien.
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Camille F.
Je suis en train d'écouter la lecture des Poèmes à Lou, d'Apollinaire, par Jean-Louis et Marie Trintignant, diffusée sur france culture en 2003 (pour les intéressés : https://www.youtube.com/watch?v=WNWYMpJNSX8&list=PLCfZAkK4naZ6YRL6X7rjwkZSZJ28MiVdI&index=3)

Voici juste un des premiers poèmes dits :


Rêverie sur ta venue

Mon Lou mon Coeur mon Adorée
Je donnerais dix ans et plus
Pour ta chevelure dorée
Pour tes regards irrésolus
Pour la chère toison ambrée

Plus précieuse que n’était
Celle-là dont savait la route
Sur la grand-route du Cathai
Qu’Alexandre parcourut toute
Circé que son Jason fouettait

Il la fouettait avec des branches
De laurier-sauce ou d’olivier
La bougresse branlait des hanches
N’ayant plus rien à envier
En faveur de ses fesses blanches

Ce qu'à la Reine fit Jason
Pour ses tours de sorcellerie
Pour sa magie et son poison
Je te le ferai ma chérie
Quand serons seuls à la maison

Je t'en ferai bien plus encore
L'amour la schlague et cotera
Un cul sera noir comme un Maure
Quand ma maîtresse arrivera
Arrive ô mon Lou que j'adore

Dans la chambre de volupté
Où je t'irai trouver à Nîmes
Tandis que nous prendrons le thé
Pendant le peu d'heures intimes
Que m'embellira ta beauté

Nous ferons cent mille bêtises
Malgré la guerre et tous ses maux
Nous aurons de belles surprises
Les arbres en fleur les Rameaux
Pâques les premières cerises

Nous lirons dans le même lit
Au livre de ton corps lui-même
- C'est un livre qu'au lit on lit -
Nous lirons le charmant poème
Des grâces de ton corps joli

Nous passerons de doux dimanches
Plus doux que n'est le chocolat
Jouant tous deux au jeu des hanches
Le soir j'en serai raplapla
Tu seras pâle aux lèvres blanches

Un mois après tu partiras
La nuit descendra sur la terre
En vain je te tendrais les bras
Magicienne du mystère
Ma Circé tu disparaîtras

Où t'en iras-tu ma jolie
À Paris dans la Suisse ou bien
Au bord de ma mélancolie:
Ce flot méditerranéen
Que jamais jamais on n'oublie

Alors sonneront sonneront
Les trompettes d'artillerie
Nous partirons et ron et ron
Petit patapon ma chérie
Vers ce que l'on appelle le Front

J'y ferai qui sait des prouesses
Comme font les autres poilus
En l'honneur de tes belles fesses
De tes doux yeux irrésolus
Et de tes divines caresses

Mais en attendant je t'attends
J'attends tes yeux ton cou ta croupe
Que je n'attende pas longtemps
De tes beautés la belle troupe
M'amie aux beaux seins palpitants

Et viens-t'en donc puisque je t'aime
Je le chante sur tous les tons
Ciel nuageux la nuit est blême
La lune chemine à tâtons
Une abeille sur de la crème.
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Mina singh
Merci Camille F. d'avoir animé si souvent le café poétique depuis son ouverture et nous avoir fait découvrir des œuvres différentes. Je profite de ce passage par ici pour te présenter mes meilleurs voeux pour 2021 et formule le voeu que cet espace reste un lieu d'échanges riches et motivant.
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Camille F.
Si le café poétique n'existait pas, il faudrait absolument l'inventer. Merci à Jacques et toi pour cette initiative qui ne cesse de me ravir. Meilleurs vœux !
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Mina singh
Merci Camille :-)
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no97434
Desnos, A la Mystérieuse (1926)

A la faveur de la nuit

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.
Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre.
Cette ombre à la fenêtre c'est toi, ce n'est pas une autre, c'est toi.
N'ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.
Ferme les yeux.
Je voudrais les fermer avec mes lèvres.
Mais la fenêtre s'ouvre et le vent, le vent qui balance bizarrement
la flamme et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.
La fenêtre s'ouvre: ce n'est pas toi.
Je le savais bien.
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phillechat
Ah Desnos !!!!
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Mina singh
Merci à toi pour ce partage. Je t'adresse mes meilleurs voeux pour la nouvelle année qui je l'espère sera riche en poésie.
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phillechat
Mallarmé



Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)


Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
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Mina singh
Je te remercie d'avoir animé régulièrement le café poétique et te présente mes meilleurs voeux pour 2021 qui j'espère nous permettra d'échanger autour de la poésie.
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phillechat
Un Apollinaire tout simple !

Toc toc Il a fermé sa porte
Les lys du jardin sont flétris
Quel est donc ce mort qu’on emporte

Tu viens de toquer à sa porte
Et trotte trotte
Trotte la petite souris
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Jacques IONEAU
Un géant abattu bien trop jeune !
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phillechat
le plus grand ?
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Jacques IONEAU
Je ne dirai pas "le plus grand", mais il figure dans mon "Panthéon personnel" en bonne place :-))
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Jacques IONEAU
Bonjour à tous, je vous propose deux courts poèmes de Charles L. Harness (1915-2005), écrivain américain, écrits en 1977 et traduits par Bruno Martin :

Ôtées le 18/11 pour respecter la règle, mais disponibles sur demande.
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Mina singh
ça fait donc plus d'un mois que je ne suis pas passée par ici... C'est bien que tu sois passé en mon absence mais j'ai raté ton poème !
Si je fais le bilan de l'année passée, notre café n'était pas une mauvaise idée et j'espère qu'il restera un lieu d'échange riche et motivant pour les amateurs de poésie. Merci à toi d'avoir accompagné cette idée et animé ce lieu.
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Jacques IONEAU
J'y passe de temps en temps, même si je commente rarement, j'aime lire les poésies que tous ces amateurs "dénichent" et cela fait un bien fou de voir que la poésie a encore des lecteurs, des adeptes, des passionnés qui partagent leurs coups de cœur, avec une petite communauté bien vivante. Non, ce n'était pas une mauvaise idée puisqu'elle perdure un an plus tard.
J'en profite pour souhaiter à tous les amateurs de poésie et les poètes amateurs une année 2021 pleine de joie, de bonheur et de poèmes et pour toi Mina :
Mignonne allons voir si la prose
Qu'en ce jour de l'an nouveau j'ose
Fera oublier les merveilles
Découvertes en poésie
De douceurs à mélancolies
Et de joies aux tiennes pareilles.
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Mina singh
Whaou ! merci.
Rigolo que tu fasses référence à ce célèbre poème car lorsque je l'ai étudié à l'école, il a été comme une révélation et j'ai insisté pour avoir l'oeuvre de Ronsard. J'ai des livres de poésie mais le seul exemplaire de la collection La Pléiade, le plus ancien de ma bibliothèque.
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Jacques IONEAU
La révélation, pour moi, fut "le dormeur du val" de Rimbaud appris à 10 ans en CM2, subjugué par la beauté des vers qui déroulent la douceur d'une après-midi ensoleillée dans la nature calme et apaisée tout en nous amenant à la mort brutale et aux conséquences de la guerre dans les derniers mots. Cette juxtaposition m'avait chamboulé à l'époque.
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Mina singh
Ah celui là il m'avait bouleversée également et d'ailleurs je n'avais pas compris toute de suite qu'il était mort mais je l'ai étudié après Ronsard.
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phillechat
Auguste Brizeux pour réveiller mon âme celte !

Le Lézard

À Berthel.

Avec une jeune veuve,
Tendre encor, j'en ai la preuve,
Parlant breton et français
En causant de mille choses,
Par la bruyère aux fleurs roses,
Tout en causant je passais.

C'était en juin, la chaleur était grande
Sur le sentier qui partage la lande,
Au beau soleil se chauffait un lézard ;
Et dans ses tours, ses détours, le folâtre
Faisait briller son dos lisse et verdâtre
Et secouait la fourche de son dard.

Mais hélas ! à notre approche,
Le petit fou vers sa roche
Fuit, et pour le rappeler,
Pour rappeler ce farouche,
Sur un air des bois ma bouche
Longtemps s'épuise à siffler.

Ô mes amis, ne plaignez pas ma peine !
Car sur mon bras cette amoureuse Hélène
Tenait posé son bras flexible et rond ;
Et par instants une mèche égarée,
De ses cheveux une mèche cendrée
Avec douceur venait toucher mon front.

Certe, à lézard et vipère
Tout siffleur vendrait, j'espère,
À ce prix-là ses chansons,
Sans trouver l'heure trop lente,
Ni la chaleur trop brûlante,
Ni trop maigres les buissons.

Donc croyez-moi, dans cette heureuse pose,
Sous le soleil et jusqu'à la nuit close
J'aurais sifflé fort gaiement ; mais voilà,
Mes bons amis, voilà que le vicaire,
Vêtu de noir et disant son rosaire,
Pour mon malheur vient à passer par là :

" Coeurs damnés ! musique infâme !
" Holà ! holà ! jeune femme,
" Si vous craignez par hasard
" Le purgatoire où l'on grille,
" Quittez ce siffleur de fille,
" Ce beau siffleur de lézard ! "
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Ālغx |
Superbe celui-ci !
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Jacques IONEAU
J'aime bien l'alternance des strophes en 7 et 10 syllabes et particulièrement l'usage de "certe" sous licence poétique afin de préserver la métrique.
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phillechat
Du bel ouvrage !
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no97434
L’Autre
Andrée Chedid

« Je est un autre. » Arthur R.

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.
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Jacques IONEAU
Merci Noémie no97434, pour ce poème percutant et forf bien écrit.
Cependant, l'auteur étant toujours vivant, à moins que tu n'aies son autorisation écrite pour faire figurer ce poème ici, tu es censée le supprimer dns les 48 heures selon le réglement qui figure ci-dessus dans la rubrique : "Respect des droits d'auteur".
:-))
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no97434
Merci Jacques :)
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Jacques IONEAU
Je sais, c'est dommage, mais les administrateurs de Scribay n'ont accepté cette discussion qu'à la condition de respecter ces"droits d'auteur". Par contre aucun souci si l'auteur est décédé avant 1949.
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Ālغx |
Superbe ! Le rythme est si présent que ça tabasse la cervelle et les mots s'impriment dans le crâne.
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phillechat
un peu de douceur :
Théodore Agrippa d'Aubigné

Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance,
Les roses sentir mal, les oeillets sans couleur,
Les myrtes, les lauriers ont perdu leur verdeur,
Le dormir m'est fâcheux et long en votre absence.

Mais les lys fussent blancs, le miel doux, et je pense
Que la rose et l'oeillet ne fussent sans honneur,
Les myrtes, les lauriers fussent verts, du labeur,
J'eusse aimé le dormir avec votre présence,

Que si loin de vos yeux, à regret m'absentant,
Le corps endurait seul, étant l'esprit content :
Laissons le lys, le miel, roses, oeillets déplaire,

Les myrtes, les lauriers dès le printemps flétrir,
Me nuire le repos, me nuire le dormir,
Et que tout, hormis vous, me puisse être contraire.
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Camille F.
Super beau, mais pas évident à piger ! Les trois dernières strophes ne forment qu'une seule phrase, l'articulation logique est bien ardue, et puis ce drôle de temps qui paume un peu parce qu'il est inhabituel (on dirait du subjonctif imparfait mais c'est plutôt du conditionnel passé, ou alors c'est un peu des deux). Je me demande aussi à quoi est rattaché ce petit membre : "du labeur", comme il est placé entre virgules... Faut bosser un peu là pour bien comprendre !
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Mina singh
Eh bien ça bosse dur au café !
Effectivement très étrange à la lecture avec cette notion des temps qui nous perturbent.
Mais le temps perturbe certainement le personnage qui s'exprime dans ce poème.
J'y vois comme une variation des sentiments dû à l'absence de la personne aimée.
- D'abord ce qu'elle considérait comme beau et agréable (je suppose avant de connaitre cette personne) devient terne pour ne pas dire sombre et sans goût.
- Au temps où il percevait la beauté du monde, elle imaginait la présence de l'être aimé comme une sorte d'idéal allant de soi avant cette beauté.
- Comme l'être aimé ne semble pas l'apercevoir, elle se révolte contre la beauté universelle.
- J'y vois une rébellion contre la nature toujours impuissante à favoriser l'amour qu'elle tente d'isoler comme une quête ultime. Dans cette dernière strophe, je lui trouve un côté obsessionnel.
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phillechat
l'usage des temps varie dans le temps !
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Jacques IONEAU
Bonsoir Mina, Phil et Camille
Agrippa d'Aubigné écrivait à une époque (fin du 16è) où la langue française n'était pas vraiment codifiée et les règles de conjugaison peut-être fluctuantes, d'où ce "conditionnel subjonctivé", j'imagine.
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Mina singh
Hé bonjour Jacques, ça fait plaisir de te voir, enfin de t'entendre. C'est vrai que c'est difficile de s'imaginer une période sans vraiment de règles de conjugaison. J'ai pensé qu'elles pouvaient évoluer mais pas être fluctuantes dans une même période. Les livres de grammaire n'existaient pas à cette époque ?
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phillechat
Il n'y avait pas de normes, il faut attendre l'âge classique !
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Jacques IONEAU
Ah, ah ! J'ai été absent du débat longtemps,
mais je pense revenir un peu plus souvent :-))
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Jacques IONEAU
Désolé, Mina, d'avoir mis du temps à te répondre, non il n'existait pas de livres de grammaire française, la langue ne commencera à être codifiée qu'en 1549 par la pléiade avec la parution de "La Défense et illustration de la langue française" de Du Bellay, mais la grammaire ne sera établie que par l'Académie Française créée en 1635.
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6_LN
Bonjour, je vous partage ma lecture de ce matin :
"A Litaniy for Survival" de la poétesse noire américaine (féministe et lesbienne) Audre Lorde (poème de 1978) :

https://www.poetryfoundation.org/poems/147275/a-litany-for-survival (version américaine)
https://afropoesie.com/2018/10/02/une-litanie-pour-la-survie/ (version française)
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phillechat
fascinant !
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Mina singh
Poignant ton poème. Un vertige de l'existence qui butte sur cette pensée "nous n'étions pas censées survivre" entrainant une lutte permanente dans un contexte défavorable. Et puis cette note qui s'enfuit de ce tourbillon : Il vaut donc mieux parler, une petite touche d'espoir car parler c'est espérer être entendu, c'est penser que la parole puisse interpeler. C'est aussi une parole libératrice du poids exprimé.

Laisse-le encore quelques temps. j'avais proposé deux jours mais le café n'est pas très fréquenté en ce moment.

Merci pour ton passage par ici.
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6_LN
Je me questionne sur la portée de "nous n'étions pas censées survivre", le terme n'est pas "naître" mais "survivre" : en tant que femme ? en tant que femme noire ? Il me semble que c'est surtout femme + noire, mais je le trouve très puissant de toute manière encore aujourd'hui en tant que femme simplement.
Ce que j'aime c'est cette présence très forte du carcan social/sociétal (la peur dans le lait maternel est une image très forte à mon sens). Et dans cette inexistence, ce qu'il reste, ce sont les mots, les mots qui doivent être prononcés, écrits, comme tu le dis, dans l'espoir qu'ils soient saisis par quelqu'un.e, la seule arme disponible... (pour l'anecdote : Audre Lorde a commencé à parler à 5 ans si ma mémoire est bonne, ça prend tout un autre sens je trouve en le sachant)
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Mina singh
Je me suis posée les mêmes questions que toi.
Naître, je l'entends comme une disposition naturelle. Je l'entends comme un impossible à s'isoler de cette nature en refusant de donner la vie (même s'il est le seul être vivant capable de cela) en raison d'une situation défavorable. La pauvreté ou autre source de vulnérabilité n'est pas un frein à la natalité. Elle est même probablement une force qui agit contre cette vulnérabilité. C'est après la naissance que la lutte commence dans "peu de chances de survivre". On peut penser que dans des conditions extrêmes, les individus les plus "forts" vont survivre, encore un contrepoids à la vulnérabilité. On peut penser qu'au fil du temps, si rien de change dans les conditions de vie, ce peuple devienne plus "armé", plus fort que ceux qui vivent sous des conditions favorables.

"Nous n'étions pas censées survivre" c'est le pari que font les autres parce qu'ils ne voient que leur supériorité et ne peuvent pas imaginer un retournement de situation.

Malgré les conditions extrêmes auxquelles elles doivent faire face, elles sont en vie. Elle parle de triomphe pour la qualifier.
"Une peur apprise dans le lait de nos mères" c'est puissant en effet. Une image pleine de symbole, le lait est nécessaire à la vie et la peur l'empoisonne. On dirait un mécanisme transgénérationnel auquel elles sont soumises.
Seule la parole peut interrompre ce mécanisme. On a tous en tête les paroles et les discours qui ont mené à l'abolition de l'esclavage.

Dans ce texte, j'entends aussi la cause des femmes noires mais ce qu'elle écrit est un tel cri qu'on peut vouloir parler de la cause de toutes personnes rendues très vulnérables par une volonté politique ou autre.
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phillechat
Un petit Boyer pour la rentrée :

Hier, à l’heure où l’essaim folâtre
Des romanesques visions
Dans les campagnes de théâtre
Vient tenter nos illusions,

Ardeur, jeunesse, fantaisie,
Vous avez, – O Concepcion !
O bel oiseau de poésie,
Éclos aux bois où Caldéron

Aimait à voir sous la ramée
Passer les muses au grand vol ! –
Converti mon âme charmée
Aux douceurs du ciel espagnol.

J’avais horreur des cantatilles
Sous les balcons des posadas,
Des caméristes, des mantilles,
Et de ces ollas podridas

Dont vivent depuis vingt années
Les compilateurs les moins lus,
Thème usé, grenades fanées
Dont le libraire ne veut plus !

J’étais fatigué des Mauresques
Qui viennent ici chaque été
Nous imposer leurs pas grotesques
Sans décence et sans volupté ;

Fronts bas où l’humanité manque ;
Corps où rien n’est intelligent ;
Agilité de saltimbanque
Et réserve de vieux sergent !

Quand la foule accueillait les bandes
De tous ces pitres zingari
Qui conduisent leurs sarabandes
Au milieu d’un charivari,

Moi je pleurais les Terpsichores,
Blanches nymphes des jours anciens,
Sous les couchants, sous les aurores
Excitant les musiciens !

Mais vous paraissez ! La basquine
De ses contours roses et blancs
Ceint votre hanche qui taquine
Le désir des yeux indolents,

Et soudain l’Espagne plus pure
Revit par vous, astre des soirs
Par vous sa plus fraîche figure,
Et tous nos cœurs sont des miroirs !

C’est le contraste qu’on demande,
Après Gil Blas et Figaro,
Ce motif de valse allemande
Qui perce sous le boléro,

Cette eau pleurant ses notes tristes
Dans les bassins des Alhambras,
Quand les doigts fous des guitaristes
Racles des airs aux señoras !

C’est, avec sa grâce guerrière,
L’Espagne des Campeadors
Raillant l’Espagne roturière,
L’Espagne des toréadors,

C’est doña Florinde ou Chimène
Qui, dans cette évocation,
Reparaît, libre de sa peine,
Heureuse de sa passion,

Tandis que, sous les lourdes grilles
Du monastère d’Avila,
Dans le groupe des chastes filles
Que le vœu chrétien y voila,

Thérèse livre aux chaudes brises
Son front que l’extase a jauni,
Et s’abandonne aux convoitises
De la croix et de l’infini.
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Lucivar
Petit poème d'un auteur Suédois, Hjalmar Söderberg :

Nous voulons tous être aimés,
à défaut, être admirés,
à défaut, être redoutés,
à défaut, être haïs et méprisés.
Nous voulons éveiller une émotion chez autrui, quelle qu'elle soit.
L'âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n'importe quel prix.
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Mina singh
Merci pour ton petit poème Lucivar et ton passage au café.
Tu es d'accord avec l'idée de l'auteur ?
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Lucivar
Ca faisait longtemps que je n'étais pas passé ^^

Je ne sais pas trop, je suis un renard de nuances et je me méfie des "tous", mais je pense qu'il y a une jolie vérité là-dedans, oui. Il y a des tiraillements dans l'anima humaine, la peur de la solitude et le besoin d'exister sont de ceux qui nous poussent à certaines extrémités.
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6_LN
Ca me fait penser à la nouvelle "pauvre petit garçon" de Buzzati... En un sens, je pense qu'on cherche tous la reconnaissance, quelle qu'elle soit...
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Mina singh
Le café est toujours ouvert mais pas toujours fréquenté de la même façon mais c'est dans cet esprit de liberté que je l'avais imaginé. ça fait plaisir que quelqu'un pousse la porte et fasse découvrir un texte et de se retrouver à cette occasion.

Comme toi, je me méfie des "tous" mais il y a bien quelque chose qui interpelle dans ce petit poème.
Il y a cette désescalade du sentiment d'être aimé qui m'interroge.
L'absence d'amour produit effectivement ce vide puisqu'il nie en quelque sorte la personne.
Je pense qu'il y a aussi une nuance à faire entre "être aimé" et "se sentir aimé". On peut recevoir l'amour de quelqu'un et ne pas y être sensible et vouloir être aimé de quelqu'un d'autre. La demande d'amour, c'est assez complexe, parfois !

Par exemple, on peut être aimé par son conjoint et dans son travail, subir une absence de reconnaissance. Je ne pense pas que le fait d'être aimé par son conjoint compense le fait d'être maltraité dans son travail.

Je ne pense pas non plus qu'un individu soit totalement privé dans sa vie d'amour, vu le nombre de formes d'amour qui existe.

Par contre, j'ai rencontré des personnes qui sont victimes d'une sorte de paranoia : personne ne m'aime, tout le monde m'en veut... C'est bien la sensation de ne pas être aimées qu'elles éprouvent souvent en lien avec un passé infantile qui les a privées d'amour. Certaines personnes adoptent effectivement des comportements qui poussent au mépris, à la haine de l'autre et c'est là que le dernier vers me fait penser au ressenti de ces personnes, notamment avec cette impression de vide et de recherche de contact.

Reviens quand tu veux :-)
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Ai acheté un couteau
https://apoemaday.tumblr.com/post/612859370722721792/a-good-day
(Une poétesse américaine, publiée dans pas mal de revue mais qui poste aussi sur Internet ci et là)

A good day, by Kait Rokowski

Yesterday, I spent 60 dollars on groceries,
took the bus home,
carried both bags with two good arms back to my studio apartment
and cooked myself dinner.
You and I may have different definitions of a good day.
This week, I paid my rent and my credit card bill,
worked 60 hours between my two jobs,
only saw the sun on my cigarette breaks
and slept like a rock.
Flossed in the morning,
locked my door,
and remembered to buy eggs.
My mother is proud of me.
It is not the kind of pride she brags about at the golf course.
She doesn’t combat topics like, ”My daughter got into Yale”
with, ”Oh yeah, my daughter remembered to buy eggs”
But she is proud.
See, she remembers what came before this.
The weeks where I forgot how to use my muscles,
how I would stay as silent as a thick fog for weeks.
She thought each phone call from an unknown number was the notice of my suicide.
These were the bad days.
My life was a gift that I wanted to return.
My head was a house of leaking faucets and burnt-out lightbulbs.
Depression, is a good lover.
So attentive; has this innate way of making everything about you.
And it is easy to forget that your bedroom is not the world,
That the dark shadows your pain casts is not mood-lighting.
It is easier to stay in this abusive relationship than fix the problems it has created.
Today, I slept in until 10,
cleaned every dish I own,
fought with the bank,
took care of paperwork.
You and I might have different definitions of adulthood.
I don’t work for salary, I didn’t graduate from college,
but I don’t speak for others anymore,
and I don’t regret anything I can’t genuinely apologize for.
And my mother is proud of me.
I burned down a house of depression,
I painted over murals of greyscale,
and it was hard to rewrite my life into one I wanted to live
But today, I want to live.
I didn’t salivate over sharp knives,
or envy the boy who tossed himself off the Brooklyn bridge.
I just cleaned my bathroom,
did the laundry,
called my brother.
Told him, “it was a good day.”
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Camille F.
Magnifique, d'autant plus touchant qu'elle arrive extraordinairement, héroïquement, à nous faire sentir très fort d'où elle revient. De si loin !

(Je veux bien faire une petite traduction littérale si tu ne veux pas la faire)
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Ai acheté un couteau
Oui oui vas y je t'en prie, je n'ai juste pas pris le temps d'en faire une
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6_LN
«Depression, is a good lover»
J'apprécie son cheminement, une certaine ironie sans y toucher (ou peut-être y vois-je ce qui n'est pas ?), des batailles gagnées qui paraissent si simples. Une jolie sortie de la noyade.
« She doesn’t combat topics like, ”My daughter got into Yale”
with, ”Oh yeah, my daughter remembered to buy eggs”»
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Mina singh
Merci pour ton passage au café poétique. C'est toujours une découverte.
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Mina singh
Bonjour Camille, heureuse de revoir les poètes. Je veux bien une petite traduction si tu as le temps :-)
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Camille F.
Voilà ma petite traduction, elle laisse un peu à désirer mais au moins tout le monde pourra se faire une idée du poème.


Un bon jour

Hier, j'ai fait pour 60 dollars de courses,
suis rentrée en bus,
ai porté les deux sacs avec deux bons bras jusqu'à mon appartement
et me suis préparé un repas.
Vous et moi avons peut-être des définitions différentes de ce qu'est un bon jour.
Cette semaine, j'ai payé mon loyer et ma facture de carte bleue,
travaillé 60 heures entre mes deux boulots,
vu le soleil seulement à mes pauses clopes
et dormi comme une pierre.
Je me suis passé le fil dentaire le matin,
ai fermé la porte à clé,
et me suis souvenu d'acheter des oeufs.
Ma mère est fière de moi.
Ce n'est pas le genre de fierté dont elle se vante sur le terrain de golf.
Elle ne fait pas le poids devant des "ma fille a été prise à Yale"
Avec son "Ah oui, ma fille s'est souvenue d'acheter des oeufs"
mais elle est fière.
Vous voyez, elle se rappelle ce qui s'est passé avant.
Les semaines où j'ai oublié comment utiliser mes muscles,
où je suis restée silencieuse comme un brouillard épais.
Chaque fois qu'un numéro inconnu l'appelait, elle pensait que c'était pour lui annoncer mon suicide.
C'était les mauvais jours.
Ma vie était un cadeau que je voulais rendre.
Ma tête était une maison de robinets fuyant et d'ampoules grillées.
La dépression, est un bon amant.
Si attentive ; elle a cette façon innée de faire en sorte que tout se rapporte à toi.
Et c'est facile d'oublier que ta chambre n'est pas le monde,
que les ombres noires que ta douleur projette n'est pas une lumière d'ambiance.
C'est plus facile de rester dans cette relation abusive que de réparer les problèmes qu'elle a créés.
Aujourd'hui, j'ai dormi jusqu'à 10 heures,
fait toute la vaisselle que j'avais,
me suis battue avec la banque,
occupée des papiers.
Vous et moi avons sûrement des définitions différentes de ce que signifie être adulte.
Je n'ai pas de salaire, pas de diplôme,
Mais maintenant je ne parle plus au nom des autres,
et je ne regrette plus rien dont je puisse sincèrement m'excuser.
Et ma mère est fière de moi.
J'ai réduit en cendres une maison de dépression,
j'ai recouvert de peinture les fresques grises,
et c'était dur de réécrire ma vie pour en faire une que j'aurais envie de vivre
mais aujourd'hui, je veux vivre.
Je n'ai pas bavé devant les couteaux affûtés,
ni envié le garçon qui s'est jeté du pont de Brooklyn.
Je viens juste de nettoyer ma salle de bain,
j'ai fait la lessive,
appelé mon frère,
lui ai dit, "c'était un bon jour."
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Camille F.
C'est un plaisir, Mina, qu'il se passe à nouveau quelque chose au café :)
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Mina singh
Merci Camille pour la traduction, tout s'éclaire...
J'aime beaucoup la simplicité qui se dégage de ce poème, la fierté de la mère qui, à mon avis, n'est pas étrangère au fait que l'enfant puisse revoir "un bon jour". On ne peut pas être fière seulement des bons résultats d'un enfant mais plutôt de la manière de mener sa vie et ses combats comme "Ne plus parler au nom des autres", c'est touchant. Il y a de la compréhension dans ce lien mère-enfant.

"Ma vie était un cadeau que je voulais rendre".
La semaine passée, j'ai entendu cette phrase : "On ne meurt pas parce qu'on est vieux ou parce qu'on est malade, on meurt parce qu'on est en vie". J'ai pensé aussi à la vie comme un "cadeau" dans un contexte plus ou moins favorable et sans doute avons-nous en nous cette capacité de tirer le meilleur malgré les circonstances défavorables, la routine ou l'impression d'absurde qui nous saisit parfois.
Un poème très optimiste, je trouve.
Bonne journée et merci à Ai acheté un couteau pour cette découverte.
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Oreleï
C'est beau, fort dans sa simplicité.
Merci.
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Mina singh
Coucou Oreleï, merci d'être passée par ici.
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Jacques IONEAU
Du compositeur Roland de Lassus (1532-1594), surnommé prince des musiciens, ce poème que lui inspira l’œuvre de Ronsard :

Bonjour mon cœur, bonjour ma douce vie.
Bonjour mon œil, bonjour ma chère amie,
Hé ! Bonjour ma toute belle,
Ma mignardise, bonjour,
Mes délices, mon amour,
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir, ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle,
Bonjour, ma douce rebelle.

Hé ! faudra-t-il que quelqu'un me reproche
Que j'aie vers toi le cœur plus dur que roche
De t'avoir laissée, maîtresse,
Pour aller suivre le Roi,
Mendiant je ne sais quoi
Que le vulgaire appelle une largesse ?
Plutôt périsse honneur, court, et richesse,
Que pour les biens jamais je te relaisse,
Ma douce et belle déesse.
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Mina singh
Je n'étais pas libre en début d'après midi pour te rejoindre au café.
Je préfère la deuxième strophe qui marque un questionnement et un dynamisme.
En lisant la première, je me dis : ce n'est pas que Ronsard qui l'inspire. Ciel ! il a fumé pour sentir autant de douceur. Tu l'imagines, publiant son poème sur scribay, les annot pour 7 bonjour et 6 doux...
Je serais la dame, je prendrais peur :-)
Je ne connaissais pas cet auteur.
Merci pour cette découverte.
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Jacques IONEAU
Ce n'est pas qu'un poème, il était musicien et il s'agit sans doute d'une chanson, d'où les répétitions. En le lisant j'ai immédiatement pensé à Charles Trénet et à son "bonjour, bonjour les hirondelles", il s'en était peut-être inspiré à son tour !
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Mina singh
Oui c'est vrai, c'est chantant.
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phillechat
Un poème de Malherbe que l'on croirait écrit hier, un petit bijou :

Beauté de qui la grâce étonne la nature,
Il faut donc que je cède à l'injure du sort,
Que je vous abandonne, et loin de votre port
M'en aille au gré du vent suivre mon aventure.

Il n'est ennui si grand que celui que j'endure :
Et la seule raison qui m'empêche la mort,
C'est le doute que j'ai que ce dernier effort
Ne fût mal employé pour une âme si dure.

Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ?
Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris,
Qui de ma patience indignement se joue ?

Mais, ô de mon erreur l'étrange nouveauté,
Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue
Que je dois mon salut à votre cruauté.
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Charlotte Miller
je ne me lasse jamais de l'entendre/le réciter.
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Mina singh
Je trouve aussi !
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Jacques IONEAU
C'est en le lisant que j'ai pensé à celui de Lassus, il y a, je trouve, une correspondance , une relation spirituelle entre les deux poèmes.
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Mina singh
Je vois une ressemblance plus sur le fond que sur la forme.
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Orion
La belle endormie de Scudéry.
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icila
Lu cet après-midi dans le recueil de poèmes "Nous, avec le poème comme seul courage" paru récemment aux éditions le Castor Astral (aussi ne le laisserai-je pas longtemps)(ha et je rajouterais que pour les néophytes (comme moi (et vous?)), c'est une chouette occasion de découvrir la poésie contemporaine avec parmi 84 auteurs Isabelle Bonat-Luciani, Nicole Brossard, Albane Gellé, Sophie G.Lucas, Aksinia Mihaylova, Florentine Rey, Jean-Pierre Siméon qui m'ont accroché fort), et je voulais partager ce simplement touchant ressenti à la lecture d'un texte de Thomas Vinau :

Les petites poches
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Ai acheté un couteau
J'avais cité Albane Gellé et Sophie G.Lucas dans le fil il y a quelques mois.
Très bonne anthologie en effet, comme souvent chez Castor Astral !
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Mina singh
ça fait plaisir de te voir par ici.
Très émouvant ce poème dont le début est dans l'esprit de nos dernières réflexions.
Du je, il passe au ressenti l'enfant sans qu'on s'aperçoive d'un quelconque changement. Je le lis d'un trait.
Je le trouve très optimiste et l'apprécie beaucoup la veille de mon retour au travail...

Quand tu le supprimeras, laisse ton introduction, le titre et l'auteur... qu'on se rappelle.
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Mina singh
ça fait plaisir de te voir aussi. Je suis passée du côté de chez toi pour découvrir un de tes textes et prendre le temps de commenter... quand j'ai vu que tu t'étais transformé en troll. Mais quelle idée ! Je suis donc repartie :-(
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Ai acheté un couteau
Oh mince désolé d'être devenu un troll !
J'ai rouvert quelques poèmes si tu veux y passer Mina singh
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icila
Ai acheté un couteau effectivement et m'ayant très intéressé… alors la cause aujourd'hui de ce partage.
J'ai choisi celui-ci pour la pensée qui précède le geste de l'écriture, une réflexion qui se pourrait être à qui s'essaie comme majoritairement scribayens ici je crois. Mais les poèmes d'Albane et Sophie font préférence et j'ajouterais Aksinia Mihaylova, terrible aussi.
Mina singh, je suis content (et pas étonné) que tu fasses le lien avec nos échanges ;)
Ok je ferai tout comme tu dis. Je vais pas oublier je vais pas oublier je vais pas oublier…
Bon courage pour la reprise !
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Mina singh
Puisque tu m'as ouvert la porte de ton atelier, j'ai visité.
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Mina singh
Merci à toi !
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Mina singh
Merci phillechat ; Camille F. ; Orion d'animer le café poétique déserté ces temps-ci.
Je manque à tous mes devoirs, n'étant pas là pour vous accueillir, alors je m'installe et déguste vos vers...
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phillechat
et nous nos verres ^^
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Mina singh
Qu'est-ce qu'il y a dans ton verre à cette heure-ci ?
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Orion
Moi j'ai bu mon verre de lait :)
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Mina singh
C'est sage :-)
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phillechat
De l'eau gazeuse, voyons !
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Orion
Sinon j'ai découvert la boisson red Bull. Et la fameuse annonce red Bull donne des ailes. Que j'adore et trouve vrai. Elle est énergisante mais me donne un coup de fouet niveau morale tel un big bang d'éveil et c'est devenu une addiction :)
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Mina singh
Tu as abandonné le saké ?
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Mina singh
Ah je connais pas cette boisson mais j'ai vu la publicité. Effectivement il y a beaucoup de choses excitantes dedans.
C'est pas une boisson alcoolisée mais c'est sûr qu'il faut pas en boire trop dans une même journée.
Si tu alternes avec le lait, c'est pas mal.
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phillechat
j’attends le soir !
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Mina singh
Les poètes s’assagissent ?
Tu attends Jacques IONEAU ?
Il va peut-être passer ce soir, je vous rejoindrai avec un verre de muscat.
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phillechat
Pour l'apéro ^^
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Mina singh
Oui on verra bien s'il reçoit l'invitation à temps ! Les services de la poste sur Scribay sont express.
Orion tu peux te joindre à nous, sans ta boisson vitaminée sauf si tu veux écrire toute la nuit :-)
Camille F. et tous les poètes de passage également.
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Jacques IONEAU
Merci Mina pour ton invitation et bonjour à tous. Je n'ai pas eu de temps pour moi aujourd'hui, ayant dû faire face à quelques difficultés d'ordre administratif. J'essayerai de trouver un moment dimanche pour parler poésie, peut-être demain après-midi si les podoclastes me lâchent un peu.
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Mina singh
D'accord pour dimanche, quelques vers contre le syndrome de la reprise. C'est une bonne idée !
Bon courage dans tes démarches.
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Jacques IONEAU
Merci à vous deux :))
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Camille F.
Les podoclastes ! Je te la pique celle-là, Jacques ;)
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Jacques IONEAU
Tu peux, c'est cadeau :-D
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Camille F.
On pourrait dire aussi : orchidoclaste
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Jacques IONEAU
Oui, c'est un peu plus vulgaire, mais c'est le même principe :-))
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Camille F.
Vulgaire, mais poétique en même temps !
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Orion
Bonjour aux fidèles du café poétique.
Je suis de retour après une longue absence.
Actuellement j'ai mis la main sur un ouvrage du poète Lamartine. Il est compliqué de poster un poème vu que le contenu pour la plupart est très riche et dense, volumique. Les mots sont impactant, tragique et lumineux. Une telle force de caractère, une grandeur d'âme. D'autres poèmes, j'en posterai ultérieurement.
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Mina singh
Contente de ton retour et de ton passage par ici.
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Orion
Merci Mina :)
Bonne journée à toi.
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Camille F.
Voici un poème tiré d'une sorte d'anthologie/recueil intitulé Le Soleil d'Alexandre, le cercle de Pouchkine 1802 - 1841, dont l'auteur est André Markowicz. Il y rassemble et y traduit - divinement - des textes d'auteurs qui ont précédé, accompagné, suivi l’œuvre d'Alexandre Pouchkine, apparemment le poète russe incontournable dont tout le monde en Russie, y compris de nos jours, connaît des vers par cœur et qui est à l'origine de la culture littéraire moderne russe.

Batiouchkov a la vision de son ami, mort à la bataille de Leipzig en 1813, lors de son rapatriement en Russie, en bateau via l'Angleterre et la Suède, après la campagne de France, en 1814.


L'Ombre de l'ami

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(texte supprimé conformément à la loi)
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(fallait venir plus tôt !)
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phillechat
j'aime beaucoup !
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Camille F.
Moi aussi, je le trouve assez magique !
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Camille F.
Au fait Mina singh, je ne sais pas quelle est la réglementation par rapport aux traductions, mais si c'est la même que pour l'autorité classique je devrai supprimer ce texte demain, la traduction de Markowicz (bonhomme que je recommande d'écouter, passionnant, il est invité plusieurs fois sur france culture. Il y a des trucs aussi sur youtube je crois. Il a retraduit toute l’œuvre de Dostoïevski + tout le théâtre de Tchekhov) date de 2011 ou 2012 je crois...
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Mina singh
Merci à toi pour cette préoccupation. Je vais le copier avant qu'il disparaisse.
Tu laisseras tes explications et le titre.
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Jacques IONEAU
Oui Camille, cette traduction est magistrale quand on sait la difficulté à transposer la poésie dans une autre langue en conservant la rime qui plus est.
En effet la loi s'applique pour cela aussi.
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phillechat
C'est un poème de Pierre Le Moyne intitulé :
L'Île du Plaisir
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Camille F.
J'ai cet auteur dans une anthologie de la poésie baroque, j'avais beaucoup aimé, et celui qui a fait l'anthologie le présente comme le Victor Hugo du 17ème !
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phillechat
C'est justifié !
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phillechat
Sous un climat étrange, où sept fois tous les jours
La mer change d'assiette, et la vague de cours,
Il se voit sur les eaux une île vagabonde
Qui flotte sans arrêt au mouvement de l'onde,
Comme un navire errant que le phare et le nord
Auraient abandonné, loin de rade et de port.
Sur ses bords jour et nuit des troupes de sirènes,
Flatteuses de la voix et du coeur inhumaines,
Font de leurs doux attraits des pièges aux passants,
Plus cruels à l'esprit qu'agréables aux sens,
Corrompent la raison par la vue éblouie,
Empoisonnent le coeur du plaisir de l'ouïe,
Et par un rare effet de leurs malins accords
Mettent de la discorde entre l'âme et le corps.
Un printemps éternel, qui sa rive environne,
De myrte et de palmiers lui fait une couronne.
Là des essaims d'Amours sur des branches perchés
À des jeux innocents paraissent empêchés.
De noeuds et de festons les uns par couple lient
Les palmes qui sous eux de respect s'humilient,
Et par les doux transports de leurs âmes de bois
Soupirent sans esprit, et se parlent sans voix.
D'autres jettent des fleurs d'épines désarmées
Et d'un ambre incarnat teintes et parfumées,
Qui semblent faire en l'air de leur pure couleur
Un nuage innocent de flammes sans chaleur.
Mais de ces vains jouets la montre peu fidèle
De loin est agréable, et de près est cruelle,
Et les infortunés qui suivent ces appas
Sous un plaisir trompeur trouvent un vrai trépas.
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phillechat
Beauté, dans ce vallon étends-toi blanche et nue
Et que ta chevelure alentour répandue
S'allonge sur la mousse en onduleux rameaux ;
Que l'immatérielle et pure voix de l'eau,
Mêlée au bruit léger de la brise qui pleure,
Module doucement ta plainte intérieure.
Une souple lumière à travers les bouleaux
Veloute ta blancheur d'une ombre claire et molle ;
Grêle, un rameau retombe et touche ton épaule
Dans le fin mouvement des arbres où l'oiseau
Voit la lune glisser sous la pâleur de l'eau,
Ô silence et fraîcheur de la verte atmosphère
Qui semble dans son calme envelopper la terre
Et t'endormir au sein d'un limpide univers,
Ô silence et fraîcheur où tes yeux sont ouverts
Pour suivre longuement ta muette pensée
Sur l'eau, dans le feuillage et dans l'ombre bercée.
Immortelle beauté,
Pensée harmonieuse embrassant la nature,
Endors sereinement ton rêve et ton murmure
Au-dessus des clameurs lointaines des cités.
Le monde à ton regard s'efface et se balance
Autour de ces bouleaux pleureurs
Et l'hymne de ton âme infiniment s'élance
Dans l'insaisissable rumeur.

Vallon, pelouse, silence
Où l'ombre vient s'allonger ;
Une pâle lueur danse
Et de son voile léger
Effleure ta forme claire
Sur qui rêvent les rameaux
Et le mouvement de l'eau
Paisible entre les fougères.

Poésie de Cécile Sauvage
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Oreleï
De jolies découvertes sur la revue suisse L'Épître

https://www.lepitre.ch/texte/cendres

et puis aussi,

https://www.lepitre.ch/texte/seduction
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Mina singh
Merci Oreleï pour ton passage par ici. C'est bon de te revoir.
Merci pour ces textes que tu nous présentes (J'aime beaucoup le second) et la connaissance de cette revue que je ne connaissais pas.
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Oreleï
C'est une découverte toute récente, cette revue ; j'ai eu un vrai coup de cœur pour le poème "séduction" :-)
Je sors un peu la tête de l'eau au travail, je devrais passer vous lire et échanger plus régulièrement dans les jours prochains.
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Mina singh
Ah c'est chouette ça. Bon courage à toi.
Je suis en vacances depuis deux semaines... Je confirme c'est bien de s'arrêter. Je souffffflllle :-)
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Oreleï
Oh oui, c'est chouette ça :-) Je me réjouis pour toi de cette respiration.
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phillechat
Les relations entres poètes son délicates, entre amour et haine, attirance et répulsion.
Je vous propose donc ce célèbre poème de Verlaine :
A Charles Baudelaire

Je ne t'ai pas connu, je ne t'ai pas aimé,
Je ne te connais point et je t'aime encor moins :
Je me chargerais mal de ton nom diffamé,
Et si j'ai quelque droit d'être entre tes témoins,

C'est que, d'abord, et c'est qu'ailleurs, vers les Pieds joints
D'abord par les clous froids, puis par l'élan pâmé
Des femmes de péché - desquelles ô tant oints,
Tant baisés, chrême fol et baiser affamé ! -

Tu tombas, tu prias, comme moi, comme toutes
Les âmes que la faim et la soif sur les routes
Poussaient belles d'espoir au Calvaire touché !

- Calvaire juste et vrai, Calvaire où, donc, ces doutes,
Ci, çà, grimaces, art, pleurent de leurs déroutes.
Hein ? mourir simplement, nous, hommes de péché.
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Mina singh
C'est sympa de passer au café pendant les vacances. merci à toi pour ce poème. Je trouve que cette relation difficile se ressent aussi dans le style : tous ces "que" dans le premier vers de la deuxième strophe...
Se répondre par poème interposé dans une discussion, ce serait marrant de reproduire l'exercice aujourd'hui...
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phillechat
Bonne idée !
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phillechat
À mon ami A. A.

On ne cesse pas de s’instruire.
Ne me suis-je pas laissé dire
Qu’on trouve de l’or dans le Vin ?
Non pas de cet « or pour concierge
Au jour de l’an »... non, de l’or vierge
Pur, ductile, de l’or, enfin.

Voilà qui n’est pas, je t’assure,
Pour m’étonner outre mesure,
Je nous crois d’accord sur ce point.
Ce qui surprendrait, au contraire,
N’est-ce pas ton avis, vieux frère ?
C’est plutôt qu’on n’en trouvât point.

Oui. Dans le Vin de l’or ! potable !
Même en quantité si notable.
Qu’un chimiste, Dieu m’est témoin !
Peut en extraire, en ses cornues,
Les parcelles y contenues,
Et les monnayer au besoin.

Ah ! si dès tes primes prouesses,
Tu l’avais traduit en espèces
L’or de tout ce vin que tu bus,
Tu pouvais réaliser une
Assez agréable fortune...
En aurais-tu de ces écus !

Mais non... Comme ta destinée
Est de vivre au jour la journée,
Tu n’aurais pu garder cet or ;
Et plus assoiffé qu’une éponge,
Tu l’eusses dépensé – j’y songe –
À t’acheter du vin encor.

Raoul Ponchon
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Mina singh
Merci pour ton passage par ici.
Intéressant ce poème qui traduit bien la notion d'addiction. Excellente la dernière strophe.
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phillechat
un auteur à déguster sans modération !
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Mina singh
Qu'est-ce que tu peux nous dire sur l'auteur ?
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phillechat
Raoul Ponchon
1848 - 1937

Ce poète ivrogne, porté sur le fruit de la vigne et les cabarets parisiens, se considérait lui-même comme un écrivain de troisième rang et n'a jamais souhaité être publié. Un seul recueil sera imprimé de son vivant, plus ou mois contre sa volonté, La Muse au cabaret, qui en dit long sur ses occupations quotidiennes. Buveur d'absinthe patenté et fin gourmet, les plaisirs de la table sont un thème majeur de ses écrits. Journaliste pendant un temps, il écrit ses chroniques en vers : ce sont des textes décapants qui offrent une vue intéressante sur la vie des quartiers populaires du Paris de la Belle Époque.
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Mina singh
Ah merci à toi pour ces précisions. Je n'aurais pas pensé qu'il était ivrogne. Il a un regard critique quand même, des moments de lucidité ?
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phillechat
oui et non lol
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Jacques IONEAU
J’ai réuni quelques monostiches d’Emmanuel Lochac (mort à Nice en 1956, je les retirerai donc d’ici 48h).

Leur sujet m’a semblé être le même, je les ai présentés comme s’il s’agissait d’un poème (ce qu’ils sont, mais individuellement).

Il s'agissait du recueil "Monostiches" d'Emmanuel Lochac.
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Mina singh
Merci Jacques pour ce moment.
Je ne savais pas qu'il existait une forme de poésie en un seul vers et pourtant j'ai eu l'idée de le faire au petit théâtre du rien...
Apprendre un mot dès le réveil tout en étant enchantée de ce que l'on lit... c'est pas mal pour commencer la journée.
Lus à la suite, il y a bien un sens et donc deux niveaux de lecture.
Je ne connaissais pas non plus Emmanuel Lochac.
Bon c'est l'heure du café.
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Jacques IONEAU
Content que cela t'ai plu, à l'origine, chaque vers est une évocation, un poème à lui seul. Je me suis permis cette disposition qui les relie entre eux et donne un sens à l'ensemble, pour, en quelque sorte, créer un nouveau texte (qui n'a pas été voulu par Lochac, je le précise) qui n'aurait sans doute pas obtenu l'approbation de l'auteur, ancré sur sa promotion de poème minimaliste.
Pardon, Emmanuel pour cet emprunt désordonné.
Couché à 4h, je me lève maintenant , effectivement c'est l'heure du café, merci Mina :-D
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Camille F.
Bonjour tout le monde ! C'est aujourd'hui un poème de Jules Supervielle que je vous partage, je l'ai découvert hier et il m'a beaucoup "parlé" :

Encore frissonnant

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.
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Mina singh
Salut Camille F. ça fait plaisir de te voir passer par ici.
J'espère que tu vas bien.
Il me plaît beaucoup ce poème et me parle à moi aussi dès le début. Je le vois dans un entre-deux, entre veille et sommeil, cette impression de REcomposition à l'aube des promesses d'un nouveau jour, entre les traces que laissent en nous le passé (du fond des temps, cette impression de fond des temps en nous-mêmes) et l'inattendu de l'avenir.
Très doux à la lecture aussi, les vers s'enchaînent sans qu'on ait envie de s'arrêter, même lorsqu'il y a un point.
Coup de coeur pour ton poème que j'ai envie d'apprendre par coeur.
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Jacques IONEAU
D'accord avec vous deux, ce poème me parle également, peut-être parce que je suis dans la même situation, je veux dire que j'ai plus de passé que d'avenir. Il m'interpelle car j'aurais pu écrire un texte avec le même état d'esprit... sinon la même délicatesse.
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Camille F.
Merci Mina, je vais bien. Je suis content que ce petit poème te plaise ! Ce qui m'a beaucoup plu à moi c'est ce presque-rien auquel est réduit l'homme dans le poème, qui devient comme une vapeur la nuit qui se condense à nouveau le matin, j'aime beaucoup la beauté/fragilité qui se dégage.
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Camille F.
Bonjour Jacques, je n'y avais pas pensé mais c'est vrai que j'imagine bien quelque chose de toi un peu de cet ordre-là ! La délicatesse comprise bien sûr. Merci d'être passé par ici.
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Mina singh
Ben moi aussi j'ai plus de passé que d'avenir. Alors une seule solution au problème exprimée dans la citation : la vie est courte mais large.
Lorsqu'on la sait longue, on prête peu attention, la vie familiale, la vie professionnelle comblent très facilement de temps. Lorsqu'on prend conscience des limites du temps, on agit totalement différemment et on pose d'autres limites. On se recentre sur l'essentiel. C'est ce repositionnement dans le temps qui est intéressant, je trouve.
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phillechat
Supervielle !
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Camille F.
Tu connais bien Supervielle, Phil ?
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phillechat
trop oublié !
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Camille F.
Tu as raison ! Je me suis procuré récemment un "Panorama critique de Rimbaud au Surréalisme", datant de 1954 je crois, ce qui fait que le temps n'avait pas encore complètement fait son oeuvre de sélection, et qu'on y trouve des poètes de tous les degrés de renommée. Je vais sûrement en poster d'autres ici ! (Voilà l'engin, si tu veux te faire une idée : https://www.andrebreton.fr/work/56600100336411 )
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Mina singh
Ça va être un plaisir de les découvrir...
Merci pour ce lien aussi.
Qu'il fait bon dans ce café poétique :-)
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Camille F.
Pour l'instant j'ai prêté le livre à un ami, mais il ne le lit pas alors il y a des chances que je le récupère vite :p
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Jacques IONEAU
Bonjour à tous. Voici un petit poème caustique de Musset qui n'appréciait pas, semble-t-il les jardins de Versailles :

Alfred de Musset : Sur trois marches de marbre rose.

Je ne crois pas que sur la terre
Il soit un lieu d'arbres planté
Plus célébré, plus visité,
Mieux fait, plus joli, mieux hanté,
Mieux exercé dans l'art de plaire,
Plus examiné, plus vanté,
Plus décrit, plus lu, plus chanté,
Que l'ennuyeux parc de Versailles.
Ô dieux ! ô bergers ! ô rocailles !
Vieux satyres, termes grognons,
Vieux petits ifs en rangs d'oignons,
Ô bassins, quinconces, charmilles !
Boulingrins pleins de majesté,
Où les dimanches, tout l'été,
Bâillent tant d'honnêtes familles.
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Mina singh
Merci Jacques, ça fait plaisir de te revoir au café. Il me fait sourire ce poème qui traduit son agacement devant tant de majesté, celle qu'on serait obligé de louer. Au lieu de bâiller d'admiration, les honnêtes familles bâillent d'ennui. J'aime bien l'esprit critique de Musset d'autant qu'il l'exprime en poésie souvent le genre retenu pour louer.
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Jacques IONEAU
C'est tout à fait ça, il détourne le langage poétique pour dire les choses qui l'agacent avec finesse
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Mina singh
Un petit café avec moi pour savourer cette poésie ?
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Jacques IONEAU
Bien sûr Mina, tu le sais, ce sera toujours un plaisir de déguster un café avec toi et de parler de poésie.
Avec Phil, Camille, Laurent, Aauc, Oreleï, Aspho et tous ceux que j'oublie, nous boirons à la santé des amateurs de poésie et serons sûrs que chez ceux qui disent ne pas aimer les poèmes, il y aura toujours un sonnet, un quatrain, un vers, une chanson pour toucher leur cœur.
Bonne journée à tous.
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phillechat
Et un verre pour Musset , amateur de la dive bouteille !
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Jacques IONEAU
Oui, chez les poètes, c'est une longue lignée d'amateurs de Rabelais à Bukowski en passant par Villon, Apollinaire, Verlaine ou Gainsbourg :-D
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Mina singh
He bien, je vous imagine bien tous les deux attablés au café poétique avec quelques vers de Musset pendant que j'étais au turbin :-)))
Je ne sais pas dans quel état de vais vous retrouver si vous avez suivi la route de tous ces poètes.
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Jacques IONEAU
Pour Phil, je ne sais pas, il a peut-être tendance à abuser du saké, mais tu sais que je ne bois pratiquement plus de boissons alcoolisées, mais le café était bon :-D
Plains-toi ! Je suis sûr que ton toubib impoli mais plein d'humour a fini par vous l'offrir, ce café, non ?
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phillechat
Moi, plus le verre descend , plus je me sens poète !
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Mina singh
Tu t'es bien laissé aller à quelques vers de Musset quand même... et puis de phil en aiguille, tu pourrais bien goûter au saké :-)

Non pas vraiment, je le croise dans les couloirs et tu sais on est tous masqués, c'est encore plus facile pour lui de ne pas dire bonjour.
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Mina singh
Méfie-toi de pas finir poette poette :-)
J'ai essayé de me replonger dans ta dernière poésie, punaise j'ai encore failli me noyer, j'ai dû regagner la rive avant la fin de ma lecture.
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Mina singh
J'ai un exercice à vous proposer à tous les deux lorsque vous repassez par ici : comment décririez-vous brièvement Victor Hugo s'avancer sur la scène pour prononcer une seule phrase et repartir ensuite. Je veux dire son allure, sa démarche...
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Jacques IONEAU
Tu te noies parce que tu tentes de traduire en langage d'aujourd'hui au fur et à mesure de ta lecture. Lis-le sans chercher les mots, laisse juste couler en toi le rythme, la "mélodie" qui inspiraient Marie, au bout de deux ou trois lectures, le sens général apparaît.
Pour Hugo, cela dépend, est-il jeune et plein d'espoir, ou dans le combat politique, ou âgé et exilé ?
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Mina singh
Je réessaierai alors...

Je ne sais pas dans quel état d'âme peut être Hugo à cette heure-ci. Je veux dire s'il revenait là maintenant et qu'on le prie de citer une seule phrase. Au regard de sa vie, tu le verrais comment ? C'est ta représentation qui m'intéresse. (Je veux réécrire Libre (Petit théâtre du rien) sous une forme théâtrale en décrivant la personne qui s'avance sur la scène.
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phillechat
Un look à la gainsbourg ?
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Mina singh
Tu le vois mal fringué, nonchalant, la clope au bec ?
Je le vois plutôt imposant dans sa stature, alors que Gainsbourg est plutôt fluet .
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phillechat
on peut les combiner !
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Mina singh
Intéressant mais explique-toi... Lance-toi dans une description.
Hugo s'avança...
Ecris la suite.
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phillechat
nonchalant, hésitant, vaguement goguenard. Puis il s'arrêta, mi sérieux, mi rieur et toisa le public.
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Jacques IONEAU
Désolé pour mon retard, j'ai dû m'absenter.
Je préférerai le tribun, l'homme de "Napoléon le petit", le républicain, celui des combats politiques et sociaux, l'ami de Louise Michel. Il avance fier et droit, jusqu'au milieu de la scène, un papier à la main, regarde le public qui applaudit, va jusqu'au micro, toussote pour réclamer le silence, jette un coup d'oeil sur son papier, regarde à nouveau le public, hausse légèrement ses lunettes, range enfin le papier dans sa poche et commence d'une voix forte, grave et posée...
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Ah excellent ! Je le vois dans ta description. C'est tout à fait ce que j'attendais.
Mais tu crois qu'il prendrait un papier pour énoncer seulement une seule phrase qu'il aurait inventée lui-même ?
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Pas mal du tout ! ça me plait bien.
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Mina singh
Puisque tu es inspiré. Imagine Jacques Brel... Tu le verrais s'avancer comment ?
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Jacques IONEAU
Brel était bouffé par le trac, il arrivait devant le public de manière gauche, emprunté, la plupart du temps après avoir beaucoup bu, du vin rouge en général. Il était assez timide, le contraire de ses textes dans lesquels les héros sont flamboyants... ou misérables.
Il traverse la scène d'une démarche mal assurée, ne regarde pas directement le public, va jusqu'au micro qu'il tapote, sort un mouchoir pour s'essuyer le front et en profite pour examiner son public. Il respire un grand coup et déclame avec force de sa voix légèrement chevrotante , la phrase qu'il a préparée, s'incline pour saluer le public et s'en retourne "sobrement" vers les coulisses.
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Ah c'est super ça, je connaissais pas ces information sur Brel. Tu m'autorises à utiliser ton texte (en te citant bien sûr) ?
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Jacques IONEAU
Pour revenir à Hugo, j'avais répondu à ton com d'il y a 7 h qu'il avait sans doute préparé plusieurs phrases et qu'il a décidé lors de son dernier coup d’œil de prononcer celle-là.
Mais le com a disparu ???
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Mina singh
Non j'ai pas lu celui-là. Je t'ai posé la question pourquoi il avait un papier pour une seule phrase. Je comprends la raison.
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Je n'ai décidément pas de chance avec mes com, je m'aperçois que ma réponse à ta demande d'utiliser mon texte a également disparue (j'imagine plutôt une erreur de manipulation de ma part :-D)
Je te disais : Ce n'est pas grand chose, tu peux t'en servir si ça te convient et je ne pense pas qu'il soit utile de me citer pour deux lignes, je te les offre avec grand plaisir.
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Mina singh
Mais qu'est-ce que tu fais avec tes coms ? :-)) Remarque c'est mieux de perdre des com qu'un chapitre. Il y a quelque temps, j'ai perdu coup sur coup deux chapitres (que je n'avais pas eu la bonne idée de copier sur Word). J'ai tout réécrit de tête, l'angoisse... C'est la relecture à haute voix je pense de mes chapitres qui a fait que j'ai pu retrouver mes mots.

C'est gentil de m'offrir tes mots. C'est un beau présent les mots. Oui mais avec Brel, ça fait plus que deux phrases.
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Jacques IONEAU
Tu es l'auteure de ta pièce, tu décides de la mise en scène : les personnages, la situation, ce qu'ils disent, le contexte, pourquoi mes deux (ou trois) lignes qui ne font que suivre ton choix, et tes directives, devraient-elles faire figurer mon nom au générique ? Je ne veux pas avoir l'air d'être pour quelque chose dans un projet qui t'est personnel :-))
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Mina singh
Au départ, j'ai pris les citations pour en faire un poème. C'est un com qui m'a décidé de transformer le poème en pièce qui cadrait plus avec mon titre. Une pièce, c'est toujours un travail d'équipe. ça reflète aussi ce que je pense de l'intérêt des échanges sur nos oeuvres ou dans nos discussions.

Bon je retourne à mon chapitre, je suis en pleine conversation avec Blaise Pascal au sujet de son pari.
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phillechat
ça c'est dans mes cordes ^^
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Mina singh
Alors voilà le chemin dans le dernier chapitre d'Emma et Louis :
https://www.scribay.com/text/373775299/emma---louis/chapter/379060
Curieuse de ton avis.
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phillechat
Marie de France, un dépaysement poétique :

Prologue.

Qui Deus a duné esciënce
E de parler bone eloquence,
Ne s'en deit taisir ne celer,
Ainz se deit voluntiers mustrer.
Quant un granz biens est mult oïz,
Dunc a primes est il fluriz,
E quant loëz est de plusurs,
Dunc a espandues ses flurs.
Custume fu as anciëns,
Ceo testimonie Preciëns,
Es livres que jadis faiseient
Assez oscurement diseient
Pur cels ki a venir esteient
E ki apendre les deveient,
Que peüssent gloser la letre
E de lur sen le surplus metre.
Li philesophe le saveient,
E par els meïsme entendeient,
Cum plus trespassereit de tens,
Plus serreient sutil de sens
E plus se savreient guarder
De ceo qu'i ert a trespasser.
Ki de vice se vuelt defendre,
Estudiër deit e entendre
E grevose oevre comencier;
Par ceo s'en puet plus esloignier
E de grant dolur delivrer.
Pur ceo començai a penser
D'alkune bone estoire faire
E de Latin en Romanz traire;
Mais ne me fust guaires de pris:
Itant s'en sunt altre entremis.
Des lais pensai qu'oïz aveie.
Ne dutai pas, bien le saveie,
Que pur remembrance les firent
Des aventures qu'il oïrent
Cil ki primes les comencierent
E ki avant les enveierent.
Plusurs en ai oïz conter,
Nes vueil laissier ne obliër.
Rimé en ai e fait ditié,
Soventes feiz en ai veillié.

En l'onur de vus, nobles reis,
Ki tant estes pruz e curteis,
A qui tute joie s'encline,
E en qui quer tuz biens racine,
M'entremis des lais assembler
Par rime faire e reconter.
En mun quer pensoe e diseie,
Sire, ques vos presentereie.
Se vos les plaist a receveir,
Mult me ferez grant joie aveir;
A tuz jurs mais en serrai liee.
Ne me tenez a surquidiee,
Se vos os faire icest present.
Ore oëz le comencement!
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Mina singh
Merci de ton passage au café poétique tristement déserté. J'allais ce week-end mettre un message du style : où sont passé les poètes ?
Mais d'où reviens-tu avec ce langage ? Puisqu'on ne plus voyager aux quatre coins de la Terre, tu proposes un retour vers un passé si lointain .... que le langage s'il est de nos ancêtres est bien difficile à comprendre...
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phillechat
Au début oui, mais on s'habitue vite !
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Mina singh
Il faut que je recommence alors, moi je me noie...
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Jacques IONEAU
Merci Phil, comme toi je trouve qu'on s'habitue facilement à lire ces textes en vieux français de Marie de France qui se présentait ainsi :
Al finement de cest escrit
qu'en Romanz ai traitié e dit
me numerai pur remembrance
Marie ai num si sui de France

(À la fin de ce récit
que j'ai rédigé en Roman [langue d'oil]
Je me nommerai pour que l'on s'en souvienne ;
Mon nom est Marie et je suis de France)
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phillechat
Le vieux Français a beaucoup de charme ! Marie est une immense poétesse !
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Mina singh
Parce que tu sais bien nager dans la poésie, c'est pas mon cas même avec une bouée :-)
Je pense que j'apprécierais mieux si quelqu'un me le récitait et qu'on y ajoute une petite musique de fond...
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phillechat
Bonne idée
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Mina singh
Tu l'enregistres, le poste sur Ytube et tu m'envoies le lien ?
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phillechat
Bonne idée, mais le vieux français ce'st ...casse figure !
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Jacques IONEAU
Phil n'a pas tort, je ne saurai pas non plus le prononcer et si quelqu'un maîtrisait la prononciation , je serais comme toi, Mina, en train de me noyer un peu comme un ami qui apprend l'anglais et a du mal à comprendre qu'on puisse écrire "enough" et prononcer "inaf" par exemple.
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Mina singh
C'est pour ça que je me noie, je n'arrive pas à lire.
La poésie je la lis toujours à haute voix.
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Camille F.
Bonjour Mina, bonjour à tous. Je reviens doucement à la poésie ! Voici un petit sonnet de Charles Cros (scientifique de génie par ailleurs, inventeur entre autres du phonographe) qui fait un drôle d'effet, à la fois étrange et percutant. Je suis tombé dessus dans un beau "Panorama critique de Rimbaud au Surréalisme" de 1953 - je suis complètement sous le charme de cette édition - que je viens de me procurer : 500 pages de poésie assez souvent inconnue, ça se savoure comme une friandise de luxe !

Je sais faire des vers perpétuels


Je sais faire des vers perpétuels. Les hommes
Sont ravis à ma voix qui dit la vérité.
La suprême raison dont j'ai, fier, hérité
Ne se payerait pas avec toutes les sommes.

J'ai tout touché : le feu, les femmes, et les pommes ;
J'ai tout senti : l'hiver, le printemps et l'été
J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ?

Je me distrais à voir à travers les carreaux
Des boutiques, les gants, les truffes et les chèques
Où le bonheur est un suivi de six zéros.

Je m'étonne, valant bien les rois, les évêques,
Les colonels et les receveurs généraux
De n'avoir pas de l'eau, du soleil, des pastèques.
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Mina singh
Quel plaisir de te retrouver ! J'espère que tu vas bien.
J'étais passé sur ta page pour m'assurer que tu n'avais pas disparu. J'ai vu que tu passais une fois par semaine. Je me suis dit que tu étais fort occupé.
Je te vois bien absorber dans tes 500 pages de poésie...
Tu vas avoir beaucoup de choses à partager :-)

Assez étrange et percutant comme tu dis. Assez difficile à lire aussi à haute voix, du moins à la première lecture.
Je me demande ce qu'il fait de l'automne s'il a tout senti... Plus que l'été je trouve, l'automne fait sensation.
Quel nom donné à la chance, j'aime bien.
En somme, il se distrait du bonheur : un suivi de six zéros, préférant l'eau, le soleil et les pastèques. C'est comme ça que tu le comprends ?
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Camille F.
Je vais bien oui, j'espère que toi aussi ! Non je n'ai pas disparu, j'ai été occupé oui, mais surtout j'ai eu à passer, à moitié malgré moi, par une phase assez étrange de distanciation par rapport à la lecture, l'écriture, la littérature en général, que j'ai bien de la peine à comprendre...

Comme d'habitude, tu me fais cogiter ! J'en étais resté à la rime évêque/pastèque (incongruité, irrévérence, comique !), qui justifiait selon moi presque à elle seule mon enthousiasme pour ce poème, mais si je dois analyser, je dirais qu'il est une sorte de déploration paradoxale : le poète a l'impression peut-être que la vie ne le "rétribue" pas à la hauteur de son talent, de sa grandeur d'âme, l'évocation de la "chance" masquant alors celle de la récompense. Déploration paradoxale, parce que s'il est à la mesure des rois, des évêques, des colonels, des receveurs généraux, il est en droit d'attendre bien plus que de l'eau, du soleil, des pastèques. Ferait-il preuve d'une espèce de fausse modestie ? Je ne pense pas, à mon avis le fond du poème réside plutôt dans une malice tendant vers l'absurde illustrée par cette fameuse rime, évêques/pastèques, peut-être tout de même non dénuée du sentiment d'être quelque part un peu lésé, auquel cas le masque d'absurdité de cette rime servirait à cacher une certaine amertume. Voilà mon explication tarabiscotée :p

Sinon pour l'absence de l'automne je n'avais pas fait attention, mais quand je t'ai lue je me suis dit que ça avait peut-être un rapport avec la sonorité de la terminaison du mot, proche de la rime en "_omme" sur laquelle sont construits les vers extérieurs des quatrains... Rapport peut-être là aussi un peu capillo-tracté !
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Mina singh
A vrai dire, j'aime bien quand tu cogites... parce que tu m'emmènes plus loin que là où je me suis arrêtée...
Moi aussi je sens l'utilisation de l'absurde et d'une certaine dérision. Certes, le propos paraît un poil prétentieux mais c'est pas comme cela que je l'interprète.
Tout être humain vaut finalement un roi ou un évêque dans le sens où leur position prestigieuse n'en fait pas moins des hommes. Il y a aussi de piètres rois et de piètres évêques et que dire des colonels et des receveurs généraux ? (tu remarqueras qu'il y a très rarement de piètre pastèques ;-)
Ce n'est finalement pas la position qui est honorable mais l'humanité qui conduit ces hommes.
En réfléchissant bien, pas sûre que j'échangerais l'eau, le soleil et les pastèques contre des gants, des truffes et des chèques. Les premiers sont infiniment plus précieux à l'homme. Que pourrait-on faire de gants, truffes et chèques si l'eau, le soleil et les fruits qui s'en gorgent nous étaient retirés ?
Tout s'inverse, c'est ça qui est percutant.
Merci pour cette conversation poétique :-)
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Mina singh
Bienvenue au café poétique Laurent Datünder que tu passes en silence ou en laissant une poésie à lire.
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Laurent Datünder
Merci beaucoup Mina singh, je pense que je reviendrai ici souvent :)
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Mina singh
Aussi souvent que tu veux, c'est ouvert jour et nuit...
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Expos-ito
Histoire de remonter ce fil qui me plait :

No man is an Iland, intire of it selfe; every man is a peece of the Continent, a part of the maine; if a Clod bee washed away by the Sea, Europe is the lesse, as well as if a Promontorie were, as well as if a Mannor of thy friends or of thine owne were; any mans death diminishes me, because I am involved in Mankinde; And therefore never send to know for whom the bell tolls; It tolls for thee. 

— Devotions upon Emergent Occasions, 1624. John Donne

Nul homme n’est une île, un tout en soi ; chaque homme est part du continent, part du large ; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant qu’à celle d’un manoir de tes amis ou du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi.

Je ne sais si cela est de la poésie, moi dès que cela me touche c'est poésant. Et puis de loin venu, je vois que l'essentiel n'est pas d'aujourd'hui, c'est ce qui est toujours et s'oublie trop souvent.
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Mina singh
Très touchant ce petit texte toujours aussi actuel dans la réflexion qu'il véhicule.
Je le trouve également très poétique.
J'aime bien quand quelqu'un passe à l'improviste au café, faire découvrir aux autres passants un texte.
Je crois que tu n'étais pas encore passé par ici... Alors bienvenue :-)
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Ai acheté un couteau
Lisa

Quand Lisa me dit qu'elle avait fait l'amour
avec un autre, dans la vieille cabine téléphonique de ce
magasin de la rue Tepeyac, je crus que le monde
s'écroulait. Un type grand et maigre
avec des cheveux longs et une longue verge qui n'avait
pas attendu le deuxième rendez-vous pour la pénétrer à fond.
Ce n'est rien de sérieux, dit-elle, mais c'est
la meilleure façon de te faire sortir de ma vie.
Parménides Garcia Saldana avait les cheveux longs et aurait pu être l'amant de Lisa, mais quelques années
plus tard j'appris qu'il était mort dans une clinique psychiatrique
ou qu'il s'était suicidé. Lisa ne voulait plus
coucher avec des perdants. Parfois je rêve
d'elle et je la vois heureuse et froide dans un Mexico
dessiné par Lovecraft. Nous avons écouté de la musique
(Canned Heat, un des groupes préférés
de Parménides Garcia Saldana) puis nous avons fait
l'amour trois fois. La première fois il a joui en moi,
la deuxième il a joui dans ma bouche et la troisième, à peine une ligne
d'eau, très courte ligne de pêche, entre mes seins. Et le tout
en deux heures, dit Lisa. Les deux pires heures de ma vie,
dis-je à l'autre bout du téléphone.

Roberto Bolano
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Ai acheté un couteau
Lupe

Elle travaillait avenue Guerrero, à quelques rues de chez Julian
elle avait dix-sept ans et avait perdu un enfant.
Son souvenir la faisait pleurer dans cette chambre de l'hôtel Trebol,
spacieuse et sombre, avec salle de bains et bidet, l'endroit idéal
pour vivre quelques années. L'endroit idéal pour écrire
un livre de mémoires apocryphes ou un recueil
de poèmes de terreur. Lupe
était mince et avait de longues jambes tachetées
comme celles des léopards.
La première fois je n'ai même pas eu d'érection ; Lupe parla de sa vie
et de ce qui pour elle était la bonheur.
Au bout d'une semaine nous nous sommes revus. Je l'ai trouvée
au coin d'une rue avec d'autres petites putains adolescentes appuyée sur le garde-boue d'une Cadillac.
Je crois que nous étions contents de nous voir. Dès lors
Lupe commença à me parler de sa vie, parfois en pleurant,
parfois pendant que nous baisions, presque toujours nus dans le lit,
en regardant le plafond main dans le main.
Son fils était né malade et Lupe avait promis à la Vierge
d'abandonner le métier si son bébé guérissait.
Elle avait tenu sa promesse un mois ou deux puis avait dû y revenir.
Peu après son fils était mort et Lupe disait que c'était sa faute
pour n'avoir pas tenu sa promesse à la Vierge.
La Vierge avait pris le petit ange à cause d'une promesse non tenue.
Je ne savais que lui dire. J'aimais les enfants, c'est sûr,
mais il s'en fallait de bien des années encore pour que je sache
ce que c'était d'avoir un enfant.
Alors je restais muet en pensant que le silence
de cet hôtel était bien étrange.
Ou bien ses murs étaient très épais ou bien nous étions les seuls occupants,
ou bien les autres n'ouvraient même pas la bouche pour gémir.
Il était si facile de manipuler Lupe et de se sentir homme
et de se sentir malheureux. Il était facile de la soumettre
à son rythme et il était facile de l'écouter évoquer
les derniers films d'horreur qu'elle avait vus
au cinéma Bucareli.
Ses jambes de léopard se nouaient autour de ma taille
et elle enfouissait sa tête contre ma poitrine en cherchant mes tétéons
ou les battements de mon coeur.
C'est ça que je veux te sucer, me dit-elle une nuit.
Quoi donc, Lupe ? Ton coeur.

Roberto Bolano


Celui-là est magnifique... Lupe est d'ailleurs un des personnages principaux de Les Détectives Sauvages
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Mina singh
Oui il laisse une curieuse impression : celle d'une fatalité intégrée. Je ne sais pas trop expliquer autrement. Un personnage brillant dans un monde à part.
Ce poème m'évoque la démarche du peintre Pignon Ernest Pignon. Il peint dans des univers sombres, des histoires sombres qu'il éclaire. Il y a la fois dans sa peinture, la douceur du trait qui côtoie des univers torturés mais plein de vie. Ce qui est surprenant est de ne pas pouvoir trouver la frontière entre le sombre et le doux comme dans ce poème.
Je ne sais pas si tu connais cet artiste.
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Ai acheté un couteau
Le café est tombé si bas dans la liste des discussions. Allez, en ce moment je lis le tome 1 de l'intégrale de Bolano (ce grâââl que j'attendais tant). Je n'ai pas l'original sous la main alors je mets juste le traduit :

Crois-moi, je suis au milieu de ma chambre
et j'attends qu'il pleuve. Je suis seul. Peu m'importe
de terminer ou non mon poème. J'attends la pluie,
en buvant mon café et en regardant par la fenêtre un beau paysage
de cours intérieures, avec du linge pendu et immobile,
du linge de marbre silencieux dans la ville, où n'existe pas
le vent et où l'on n'entend au loin que le bourdonnement
d'une télévision couleur, scrutée par une famille
qui elle aussi, à cette heure, boit un café réunie autour
d'une table : crois-moi : les tables en plastique jaune se
dédoublent jusqu'à la ligne d'horizon et même au-delà :
vers les faubourgs où l'on construit des immeubles
d'habitation, et où un garçon de seize ans assis sur
des briques rouges observe le mouvement des machines.
Le ciel à l'heure de garçon est une énorme
vis creuse avec laquelle joue la brise. Et le garçon
joue avec les idées. Avec des idées et des scènes en suspens.
L'immobilité est une brume transparente et dure
qui sort de ses yeux.
Crois-moi : ce n'est pas l'amour qui va venir,
mais la beauté avec son étole d'aubes mortes.

//

Va au diable, Roberto, et rappelle-toi que plus jamais
tu ne l'enfileras
Elle avait une odeur particulière
De longues jambes couvertes de taches de rousseur
Des cheveux acajous et de jolis vêtements
A vrai dire je ne me rappeler plus grand-chose
Elle m'a aimé à jamais
Elle m'a fait sombrer



Ce sont des poèmes écrits quand il était assez jeune. Le second, j'adore sauf ses deux dernières vers que je lui trouve si commun comparé au début... J'aime beaucoup le premier dans cette idée : 1. d'attente de la pluie qui me rappelle Carver :

Réveillé ce matin avec
une envie terrible de rester au lit toute la journée
et de lire. M’y suis opposé quelques minutes.

Ai regardé la pluie à travers la fenêtre.
Et lâché prise. Me mettant entièrement
à l’abri de ce matin pluvieux.

Serais-je prêt à revivre ma vie ?
Avec les mêmes erreurs impardonnables ?
Oui, si c’était seulement possible. Oui.

2. ces chaises en plastiques jaunes, je les trouve très belles
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Mina singh
Ah ça fait vraiment plaisir de voir quelqu'un entrer au café poétique par ces temps troublé. Même si la poésie ne fait pas partie des motifs autorisés de sortie, je me disais que tu n'allais passer un de ces jours ! Que l'esprit poétique n'allait pas disparaitre dans le tumulte actuel.

Merci pour ce partage. Je suis toujours sensible à la poésie que tu présentes et les textes d'aujourd'hui sont en plus; très proches de mon ressenti avec la pluie, le "linge de marbre silencieux dans la ville", les cours intérieures, la sensation intimiste que je partage avec la pluie et très en phase aussi avec le dernier, par pour lire mais écrire avec les mêmes questionnements.

Tu peux nous dire quelques mots de l'auteur que tu sembles bien connaitre ?

Merci beaucoup de ton passage.
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Mina singh
C'est étonnant cette question à la fin. Je discutais de cette question avec deux collègues. Je disais qu'avec le recul j'aimerais changer plusieurs décisions. Ne pas refaire la même chose justement. Elle m'a répondu, peut-être que tu avais besoin de passer par là pour être la personne que tu es aujourd'hui. Qu'il est impossible de savoir, ce qu'une décision peut impacter sur l'avenir. Je n'avais pas pensé à regarder les choses sous cet angle. Je ne parlais pas vraiment d'erreurs impardonnables mais de décision sur des relations qui auraient été plus courtes par exemple.
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Ai acheté un couteau
Bolano est un auteur chilien, émigré vers ses quinze ans au Mexique (à cause du despotisme). A dix-sept revient brièvement au Chili pour tenter de faire la révolution, mais y est emprisonné. Il s'avère que le garde de sa cellule est un ancien ami de collège, qui le laisse s'échapper. De retour au Mexique, il fonde un courant de poésie, l'infraréalisme, composé de jeunes poètes mexicains (https://fr.wikipedia.org/wiki/Infrar%C3%A9alisme). Il en a d'ailleurs tiré un sublime roman (Les Détectives Sauvages) et des nouvelles et poèmes (Amuleto notamment). Pendant cette période, il se lie d'amour avec Lisa Johnson, fille d'un poète américain, qui le quitte sous la pression de ses parents (il écrit beaucoup sur elle, notamment un très beau poème qu'il me faudrait retrouver, où elle lui annonce avoir couché avec un autre).
Peu après, il quitte le Mexique pour l'Europe, notamment l'Espagne où il enchaine les petits boulots (gardien de camping, plongeur). Ses poèmes et ses nouvelles vont tardivement le mener à une certaine notoriété. Puis ses deux romans, Les Détectives Sauvages et 2666, au rang de grand écrivain. Il meurt cependant d'une longue maladie du foie à cinquante ans.
Enfin bref, j'adore cet auteur, j'ai même lu une très belle biographie sur lui (Bolano: A Biography in Conversations) et quasiment tous ses livres.
Mais il reste des inédits en France. En effet, ses droits appartenait à Christian Bourgois (qui ne l'a jamais réédité pour ses oeuvres moins célèbres, seuls ses deux gros romans ont été réédités en Poche) et beaucoup de ses oeuvres sont devenues difficiles à trouver car jamais réédité depuis 20 ans. Cependant, l'Olivier a racheté ses droits et décidé de publier son intégrale en 6 tomes, étalés de 2020 à 2022, ce qui me permet d'enfin découvrir ses inédits et ses introuvables.
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Mina singh
Eh bien, on peut dire qu'on s'instruit quand tu passes au café poétique. La vie de l'auteur est une aventure aussi intéressante que sa poésie.
Je ne connaissais pas du tout l'infraréalisme.
A propos du roman les Détectives sauvages, je lis ceci : ce roman théorique poursuit la thèse selon laquelle « la littérature meurt dès qu’on croit mettre la main dessus ».
Intéressante cette idée.

Merci d'avoir pris le temps de répondre à ma curiosité. ça donne envie de lire.
N'efface pas tout de suite le poème. Il faut que je les copie dans "Voyage poétique", mais pas le temps en ce moment.
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Ai acheté un couteau
Oui je laisse un peu (je viens d'en mettre deux autres plus haut, surement mes préférés mais il a fallu que je les cherche).

C'est un sublime roman, un de mes préférés. A lire dans une vie.
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Mina singh
Oui je vois ce que tu veux dire. Je note les références.
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jomo
Ca m'a donné envie de réécouter la "poésie " de ce bonhomme. La définition qu'il donne de la poésie m'intéresse. Il ouvre un champ (chant?) d'inspiration. Poésie de l'ordinaire basée sur un rythme où la répétition devient litanie. Langage oral, minimaliste...
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Mina singh
Oui minimaliste mais avec une répétition qui martèle quelque chose et laisse apparaitre un sens oublié qui remonte à la surface au fil de la lecture.
C'est très intéressant en effet. Impression aussi que cette histoire s'adresse à tous les âges, que le sens perçu s'éveille à mesure de notre maturité d'esprit.
Je me demande ce qu'un enfant pourrait traduire de cette histoire de la poule et de l'oeuf.
En tout cas, elle reste en mémoire.
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jomo
Le lien qui suit devrait fonctionner ;

https://youtu.be/mbAJz8-RIMo
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Mina singh
Oui ça fonctionne ! Vraiment très intéressant de ce qui émane de cette question entre l'oeuf et la poule. Je fais tout de suite le parallèle avec l'homme... Mais on en reparlera,
Ce matin avant de partir au travail, j'ai écouté le début du film "il est important de penser" en hommage au poète et bouleversée par un autre texte à 11:46 "Tout est le sujet". Ce texte me parle tellement. Je vais le réécouter ce soir.
Merci pour cette découverte étonnante !
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Auteur inconnu
Et moi, je te remercie de ce renseignement Mina singh. :)
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Mina singh
Ce poème évoque un mouvement chaotique pour moi sans que je puisse en dire plus :
En cherchant des notes sur l'auteur, je trouve ceci :
"La poésie est‑elle encore possible après Auschwitz ? Cette question, qui fut celle d’Adorno, reste ouverte. En elle opère un travail de résistance qui est également un héritage de la mémoire. Elle vise à congédier une illusion. Celle de croire qu’après l’irruption abrupte de la monstruosité la plus inimaginable, la poésie soit capable d’un retour en arrière, qu’elle puisse retisser ensemble les bribes du monde ancien. Après Auschwitz, plus rien ne sera comme avant. Pas même la poésie. Cette question est obsédante. Elle marque une césure qui ne cesse de revenir, au point de nous hanter comme un fantôme, car elle laisse derrière elle un monde qui fut celui de Paul Celan, ce lieu d’où il fut arraché un jour par la Shoah. Cette question ne fut pas simplement adressée à Paul Celan. Elle définit son œuvre tant il fut le poète de la survivance".

Il y a de quoi expliquer cette poésie par cette notion de lutte, résistance comme dans le vers "nous nous séparons enlacés" qui m'a aussi interpelée.
Peut-être que no97434 et Camille F. pourraient amener d'autres éléments pour répondre à ta question.
Merci de ton passage Auteur inconnu
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Mina singh
J'arrive sur une image, pas sur Youtube avec le lien.
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jomo
J'ai eu l'occasion de parler avec "Ai acheté un couteau" d'une poésie qui serait plus "organique" (c'est le mot qu'elle emploie). Je voudrais revenir sur un auteur plutôt perfomer : Christophe Tarkos.

Christophe Tarkos est un poète français contemporain, né à Marseille en 1963 et mort à Paris en 2004, à l’âge de 41 ans. Il fait partie des poètes qui « font des trous dans la langue », pour reprendre l’expression d’Eric Loret dans le journal Libération. On le rangera en effet volontiers du côté des « littéralistes », plutôt que du côté des « lyriques ». Présenté comme un « performeur » et un « improvisateur » par Médiapart, il est notamment l’auteur d’intéressants « poèmes carrés » qui peuvent être matière à un travail en classe…
"Christophe Tarkos est un poète français contemporain, né à Marseille en 1963 et mort à Paris en 2004, à l’âge de 41 ans. Il fait partie des poètes qui « font des trous dans la langue », pour reprendre l’expression d’Eric Loret dans le journal Libération. On le rangera en effet volontiers du côté des « littéralistes », plutôt que du côté des « lyriques ». Présenté comme un « performeur » et un « improvisateur » par Médiapart, il est notamment l’auteur d’intéressants « poèmes carrés » ..."

Voici ce qu'il disait de la langue :

« Ma langue est poétique par toutes ses pores [sic], par tous ses membres, le long de toute sa sublime sensibilité révélée par ses mots magiques, tous ses mots, le moindre de ses mots si beaux, si purs, si musicaux, si heureux, les mots de ma langue sont délicieusement poétiques. « Broute », l’un de ses mots magiques, ma langue recèle d’innombrables mots magiques, et chacun d’eux possède la grâce naturelle d’une joie sonore, ainsi broute est la pousse, est le bourgeon, l’herbe verte, toute l’herbe verte d’où broute se départ et traîne, d’où broute remonte, accroche la racine, remonte de par terre, renaît, retrouve sa forme divine, s’amplifie, résonne […] «

Christophe Tarkos, Ma langue est poétique in Écrits poétiques, P.O.L., 2008, p. 52
cité par Poésibao.
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Mina singh
Tu peux présenter un de ses poèmes, pour qu'on se rende mieux compte ? Il faudra l'effacer ensuite pour respecter les droits d'auteur.
Sinon, je crois que "Ai acheté un couteau" est un garçon ;-)
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jomo
Oups merci pour l'info. En fait c'est à cause de sa photo!!
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jomo
Vais voir mais je le connais surtout par ses performances. D'où le lien vidéo (mais qui n'a pas l'air de fonctionner)
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Mina singh
J'ai une image figée.
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Mina singh
Rassure toi je pense que tu n'es pas le seul ;-)
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no97434
Je viendrai

Moi je viendrai, quand tu resteras seul

Sous les ombres mélancoliques du soir

Quand tu enterreras tes rêves brisés

Et t’éloigneras découragé…


Moi je viendrai comme une chanson oubliée,

Tissée de prières, d’amour et de fleurs,

Quand dans ton cœur sans vie, affluera le chagrin

Je t’appellerai vers d’autres rives.


Moi je viendrai quand tu seras triste,

Quand tes rêves seront dissipés pour toujours,

Je prendrai ta main je prendrai ta peine

J’allumerai d’autres lumières dans ton âme…


Vahan TERIAN (1885-1920)

Traduction Louise Kiffer
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Auteur inconnu
Les sonorités me charment : « dérive/rêve » ; « plus noir/plus nu ». J’aime l’association des deux sens « yeux/parole », le paradoxe « séparons enlacés ». Le vers « Je suis toi, quand je suis moi. » m’intrigue, pourrais-tu l’expliquer ?
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Lucivar
Bonsoir.

La sérénade

— Oh ! quel doux chant m’éveille ?
— Près de ton lit je veille,
Ma fille ! et n’entends rien…
Rendors-toi, c’est chimère !
— J’entends dehors, ma mère,
Un chœur aérien !

— Ta fièvre va renaître.
— Ces chants de la fenêtre
Semblent s’être approchés.
— Dors, pauvre enfant malade,
Qui rêves sérénade…
Les galants sont couchés !

— Les hommes ! que m’importe ?
Un nuage m’emporte…
Adieu le monde, adieu !
Mère, ces sons étranges
C’est le concert des anges
Qui m’appellent à Dieu !

Gérard de Nerval
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Mina singh
Ah Ah un renard est passé cette nuit :-) avec un texte approprié pour ce matin... Une sérénade, c'est doux pour me tirer du confinement :-)
Je ne connaissais pas ce poème. Merci beaucoup à toi !
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Ai acheté un couteau
THE SURGEON AT 2 A.M.

The white light is artificial, and hygienic as heaven.
The microbes cannot survive it.
They are departing in their transparent garments, turned aside
From the scalpels and the rubber hands.
The scalded sheet is a snowfield, frozen and peaceful.
The body under it is in my hands.
As usual there is no face. A lump of Chinese white
With seven holes thumbed in. The soul is another light.
I have not seen it; it does not fly up.
Tonight it has receded like a ship’s light.

It is a garden I have to do with — tubers and fruits
Oozing their jammy substances,
A mat of roots. My assistants hook them back.
Stenches and colours assail me.
This is the lung-tree.
These orchids are splendid. They spot and coil like snakes.
The heart is a red-bell-bloom, in distress.
I am so small
In comparison to these organs !
I worm and hack in a purple wilderness.

The blood is a sunset. I admire it.
I am up to my elbows in it, red and squeaking.
Still it seeps up, it is not exhausted.
So magical ! A hot spring
I must seal off and let fill
The intricate, blue piping under this pale marble.
How I admire the Romans —
Aqueducts, the Baths of Caracalla, the eagle nose !
The body is a Roman thing.
It has shut its mouth on the stone pill of repose.

It is a statue the orderlies are wheeling off
I have perfected it.
I am left with an arm or a leg,
A set of teeth, or stones
To rattle in a bottle and take home,
And tissue in slices — a pathological salami.
Tonight the parts are entombed in an icebox.
Tomorrow they will swim
In vinegar like saints’ relies.
Tomorrow the patient will have a clean, pink plastic limb.

Over one bed in the ward, a small blue light
Announces a new soul. The bed is blue.
Tonight, for this person, blue is a beautiful colour.
The angels of morphia have borne him up.
He floats an inch from the ceiling,
Smelling the dawn draughts.
I walk among sleepers in gauze sarcophagi.
The red night lights are flat moons. They are dull with blood.
I am the sun, in my white coat,
Grey faces, shuttered by drugs, follow me like flowers.


LE CHIRURGIEN À 2 HEURES DU MATIN

La lumière blanche est artificielle, et aussi hygiénique que les cieux.
Les microbes ne peuvent y survivre.
Ils s’en vont dans leurs vêtements transparents, écartés
Des scalpels et des mains de caoutchouc.
Le drap ébouillanté est un champ de neige, gelé et paisible.
Le corps en dessous est entre mes mains.
Comme d’habitude, il n’y a pas de visage. Une masse de blanc de Chine
Avec sept trous faits du pouce. L’âme est une autre lumière.
Je ne l’ai pas vue ; elle ne s’élève pas.
Ce soir elle s’est estompée comme la lumière d’un navire.

C’est un jardin auquel j’ai affaire — tubercules et fruits
Exsudant leurs substances gélatineuses,
Un écheveau de racines. Mes assistants les raccrochent.
Puanteurs et couleurs m’assaillent.
Ceci est l’arbre du poumon.
Ces orchidées sont splendides. Elles se tachent et se lovent comme des serpents.
Le coeur est une clochette rouge, en détresse.
Je suis si petit
En comparaison de ces organes !
Je me faufile et taille dans une jungle pourpre.

Le sang est un coucher de soleil. Je l’admire.
Je suis dedans jusqu’aux coudes, rouge et glapissant.
Il continue de suinter, inépuisablement.
Tellement magique ! Une source chaude
Que je dois condamner et laisser emplir
Les conduits bleus, compliqués sous ce marbre pâle.
Comme j’admire les Romains —
Aqueducs, les Bains de Caracalla, le nez d’aigle !
Le corps est une chose romaine.
Il a refermé la bouche sur la pilule en pierre du repos.

C’est une statue que roulent les garçons de salle.
Je l’ai amenée à la perfection.
Je reste avec un pied ou une jambe,
Une denture, ou des calculs
À faire tinter dans un flacon et rapporter à la maison,
Et du tissu en rondelles — un salami pathologique.
Cette nuit ces pièces sont ensevelies dans une glacière.
Demain elles nageront
Dans du vinaigre comme des reliques de saints.
Demain le patient aura un bras en plastique rose, impeccable.

Dans la salle, au-dessus d’un des lits, une petite lumière bleue
Annonce une nouvelle âme. Le lit est bleu.
Ce soir, pour cette personne, le bleu est une couleur magnifique.
Les anges de la morphine l’ont soulevé.
Il flotte tout près du plafond,
Respire les courants d’air de l’aurore.
Je marche au milieu de dormeurs dans des sarcophages de gaze.
Les veilleuses rouges sont des lunes plates. Elles sont ternes de sang.
Je suis le soleil, dans ma blouse blanche,
Des visages blêmes, aux yeux murés par les drogues, me suivent comme des fleurs.



Sylvia Plath dans Arbres d'Hiver (un sublime recueil, disponible en bilingue chez Point de souvenir)
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Mina singh
Incroyable ce poème et les descriptions qui allient réalité/poésie. Un chirurgien à deux heures du matin, c'est forcément une intervention en urgence. Il est très mal en point le malade parce qu'il parle de l'exploration du thorax des poumons et ensuite de lui enlever un pied, une jambe... c'est soit à la suite d'un attentat ou un blessé de guerre. Je reviendrai le lire ce soir plus tranquillement mais si tu as l'histoire de ce poème, mets un petit mot.
Merci en tout cas, ça me met dans l'ambiance tout de suite même si je ne travaille pas au bloc opératoire :-)
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Ai acheté un couteau
Le poème date de 61 mais aucune info supplémentaire sur celui-ci dans mon édition. Mais il y a des termes qui y reviennent, notamment stérile, un terme qui lui revient souvent dans ses poèmes sur la maternité.

En tout cas, ce recueil annonce à peu près son suicide (en 63), et l'édition française est vraiment magnifique, notamment par ses quelques notes et ses explications sur les symboliques hébraïques (les arbres et la mémoire en particulier).
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Mina singh
C'est bizarre d'employer "stérile" sur des poèmes qui parlent de maternité.
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Auteur inconnu
Fils télégraphiques, poème composé le 23 mars 1923 et traduit du russe.

Non, nulle magie ! Dans le livre blanc
Du Don lointain je plonge mon regard.
Où que tu sois, partout je t’attendrai,
À tant souffrir je te ramènerai.

Du haut de mon orgueil comme d’un cèdre
J’embrasse le monde : des bateaux passent,
Le ciel s’enflamme... Je retournerai
La mer en ses fonds pour t’arracher à elle.

Souffre donc plus que moi ! Je suis partout,
L’aurore et le fer, les blés, le soupir,
Je suis et je serai et j’atteindrai
Tes lèvres comme Dieu vous prend l’âme.

À travers ton souffle à l’instant des râles,
Fendant les haies du tribunal céleste,
Je meurtrirai mes lèvres à leurs ronces
Et t’arracherai à ton lit de mort.

Rends-toi ! Car c’est pour de bon cette fois !
Rends-toi ! Quand la flèche a décrit son cercle.
Rends-toi ! Car jamais personne n’échappa
Aux plus immatérielles des étreintes.

Par ton souffle... (la poitrine haletante,
Les yeux aveugles et les lèvres froides...)
Je serai la prophétesse évoquant
Samuel et je reviendrai seule.

Car une autre est là, le jour du Jugement
Nul ne plaide...
Je me tords et m’étire,
Je suis et je serai et j’atteindrai
Ton âme comme la mort prendra ta bouche
Pour te donner sa paix.

de Marina Tsvétaïéva qui a mis fin à ses jours le 31 août 1941.
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Ai acheté un couteau
Celui-ci est dans Insomnies non ? J'adore cette poétesse
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Mina singh
Belle découverte que ce poème également ! d'une auteure que je ne connais pas. Je suis fière que le café poétique entende toutes ces voix...
Merci de ton passage par ici. J'apprécie.
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Auteur inconnu
Ai acheté un couteau Non, il se situe dans Après la Russie. L'édition que j’ai achetée rassemblait ce recueil et Insomnies cependant.
J'apprécie l’ambiguïté des vers de Tsvétaïéva, parfois les pronoms se confondent. Il me semble nécessaire de savoir que cette poétesse a aimé des femmes.

As-tu déjà lu ses poèmes en russe ? Enfin, se préoccupe-t-elle des sonorités ?

Mina singh je t’en prie. :)
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Ai acheté un couteau
Ah j'ai la même édition !

Je ne lis malheureusement pas le russe même si j'ai quelques éditions bilingues de quelques auteurs... Il faudrait chercher sur Internet, il y a peut-être des infos...
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no97434
QUE TON REVE SOIT NET !
 
Que ton rêve soit net et que la perplexité soit bleue,
Qu’il n’agite pas ton esprit, comme les feuilles d’automne voltigent à terre.
Vis libre et fort, selon ton âme
Sois dans la forêt de la vie, un arbre vert aux fortes racines.

Ne laisse pas ton cœur aller à l’eau pour des faits accidentels,
Va vers ton but, comme le fleuve vers la mer !


Archag TCHOBANIAN (1872-1954)
Traduction Louise Kiffer
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Mina singh
Merci pour ce rêve :-)
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no97434
Le voilier
Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin,
et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon côté dit : « il est parti !»
Parti vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter
sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.
Et juste au moment où quelqu'un prés de moi
dit : «il est parti !»
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :
«Le voilà !»

C'est ça la mort !
Il n'y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

Poème de William Blake
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Mina singh
Merci pour ce poème déposé le matin. Je remarque depuis l'ouverture du café que je suis plus réceptive à la poésie au réveil encore un peu dans le sommeil et entourée de silence. J'aime beaucoup ce poème qui évoque des images simple. Le regard porté sur le voilier et la mer amène une douceur apparente qui s'intériorise vers une autre prise de consciente lorsque le voilier disparait totalement. Des vivants sur les deux rives. C'est comme une évidence avoir vécu pour quelqu'un fait de nous une personne vivante. C'est comme ça que je l'interprète.
Belle découverte ton poème en ce dimanche matin.
Merci beaucoup :-)
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Ai acheté un couteau
J'ai toujours adoré Blake (en anglais quel plaisir !), Song of Innocence and Experience étant mes deux préférés sûrement.
Toujours un plaisir de croiser un amateur de Blake !
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phillechat
Après le confinement viendra La nuit de Mai :

La nuit de mai
Alfred de Musset
LA MUSE

Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser ;
Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser.

LE POÈTE

Comme il fait noir dans la vallée !
J’ai cru qu’une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie ;
Son pied rasait l’herbe fleurie ;
C’est une étrange rêverie ;
Elle s’efface et disparaît.

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant.
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu’elle enivre en mourant.
Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée.
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature
Se remplit de parfums, d’amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.

LE POÈTE

Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ? – Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne ;
Ô solitude ! ô pauvreté !

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.
Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
Ah ! je t’ai consolé d’une amère souffrance !
Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d’amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d’espérance ;
J’ai besoin de prier pour vivre jusqu’au jour.

LE POÈTE

Est-ce toi dont la voix m’appelle,
Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle
Où vive encor l’amour de moi !
Oui, te voilà, c’est toi, ma blonde,
C’est toi, ma maîtresse et ma soeur !
Et je sens, dans la nuit profonde,
De ta robe d’or qui m’inonde
Les rayons glisser dans mon coeur.

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; c’est moi, ton immortelle,
Qui t’ai vu cette nuit triste et silencieux,
Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle,
Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux.
Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire
Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur ;
Quelque amour t’est venu, comme on en voit sur terre,
Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur.
Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées,
Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées ;
Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu,
Éveillons au hasard les échos de ta vie,
Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie,
Et que ce soit un rêve, et le premier venu.
Inventons quelque part des lieux où l’on oublie ;
Partons, nous sommes seuls, l’univers est à nous.
Voici la verte Écosse et la brune Italie,
Et la Grèce, ma mère, où le miel est si doux,
Argos, et Ptéléon, ville des hécatombes,
Et Messa la divine, agréable aux colombes,
Et le front chevelu du Pélion changeant ;
Et le bleu Titarèse, et le golfe d’argent
Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire,
La blanche Oloossone à la blanche Camyre.
Dis-moi, quel songe d’or nos chants vont-ils bercer ?
D’où vont venir les pleurs que nous allons verser ?
Ce matin, quand le jour a frappé ta paupière,
Quel séraphin pensif, courbé sur ton chevet,
Secouait des lilas dans sa robe légère,
Et te contait tout bas les amours qu’il rêvait ?
Chanterons-nous l’espoir, la tristesse ou la joie ?
Tremperons-nous de sang les bataillons d’acier ?
Suspendrons-nous l’amant sur l’échelle de soie ?
Jetterons-nous au vent l’écume du coursier ?
Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre
De la maison céleste, allume nuit et jour
L’huile sainte de vie et d’éternel amour ?
Crierons-nous à Tarquin : » Il est temps, voici l’ombre ! «
Descendrons-nous cueillir la perle au fond des mers ?
Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers ?
Montrerons-nous le ciel à la Mélancolie ?
Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarpés ?
La biche le regarde ; elle pleure et supplie ;
Sa bruyère l’attend ; ses faons sont nouveau-nés ;
Il se baisse, il l’égorge, il jette à la curée
Sur les chiens en sueur son coeur encor vivant.
Peindrons-nous une vierge à la joue empourprée,
S’en allant à la messe, un page la suivant,
Et d’un regard distrait, à côté de sa mère,
Sur sa lèvre entr’ouverte oubliant sa prière ?
Elle écoute en tremblant, dans l’écho du pilier,
Résonner l’éperon d’un hardi cavalier.
Dirons-nous aux héros des vieux temps de la France
De monter tout armés aux créneaux de leurs tours,
Et de ressusciter la naïve romance
Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours ?
Vêtirons-nous de blanc une molle élégie ?
L’homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie,
Et ce qu’il a fauché du troupeau des humains
Avant que l’envoyé de la nuit éternelle
Vînt sur son tertre vert l’abattre d’un coup d’aile,
Et sur son coeur de fer lui croiser les deux mains ?
Clouerons-nous au poteau d’une satire altière
Le nom sept fois vendu d’un pâle pamphlétaire,
Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli,
S’en vient, tout grelottant d’envie et d’impuissance,
Sur le front du génie insulter l’espérance,
Et mordre le laurier que son souffle a sali ?
Prends ton luth ! prends ton luth ! je ne peux plus me taire ;
Mon aile me soulève au souffle du printemps.
Le vent va m’emporter ; je vais quitter la terre.
Une larme de toi ! Dieu m’écoute ; il est temps.

LE POÈTE

S’il ne te faut, ma soeur chérie,
Qu’un baiser d’une lèvre amie
Et qu’une larme de mes yeux,
Je te les donnerai sans peine ;
De nos amours qu’il te souvienne,
Si tu remontes dans les cieux.
Je ne chante ni l’espérance,
Ni la gloire, ni le bonheur,
Hélas ! pas même la souffrance.
La bouche garde le silence
Pour écouter parler le coeur.

LA MUSE

Crois-tu donc que je sois comme le vent d’automne,
Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
Et pour qui la douleur n’est qu’une goutte d’eau ?
Ô poète ! un baiser, c’est moi qui te le donne.
L’herbe que je voulais arracher de ce lieu,
C’est ton oisiveté ; ta douleur est à Dieu.
Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t’ont faite au fond du coeur :
Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L’Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps ;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
Ce n’est pas un concert à dilater le coeur.
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l’air un cercle éblouissant,
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.

LE POÈTE

Ô Muse ! spectre insatiable,
Ne m’en demande pas si long.
L’homme n’écrit rien sur le sable
À l’heure où passe l’aquilon.
J’ai vu le temps où ma jeunesse
Sur mes lèvres était sans cesse
Prête à chanter comme un oiseau ;
Mais j’ai souffert un dur martyre,
Et le moins que j’en pourrais dire,
Si je l’essayais sur ma lyre,
La briserait comme un roseau.

Alfred de Musset, Poésies nouvelles
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Mina singh
Eh bien je suis comblée ce matin avec autant de poésie à mon réveil. Elle se donne beaucoup de mal la muse pour inspirer son poète :
je retiens ces vers :
"Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots."

et la réponse du poète :
"Mais j’ai souffert un dur martyre,
Et le moins que j’en pourrais dire,
Si je l’essayais sur ma lyre,
La briserait comme un roseau."

Je suis assez d'accord avec sa réponse. Et toi ?

Merci beaucoup pour cette lecture que je découvre ce matin :-)
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phillechat
Oui, j'aime ce dialogue (sensuel) entre la muse et le poète !
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Mina singh
Oui mais comment tu interprètes la différence entre les envolées de la muse et les réponses du poète ?
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phillechat
Musset est en pleine dépression !
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Mina singh
Voilà ce que je perçois du texte :
l'inspiration fait de très long discours pour séduire. Je la compare à l'élan de vie, à ce que la nature nous fait apprécier d'elle-même, car la nature, c'est les prairies, les pâquerettes, le soleil... mais c'est aussi les volcans, les tremblements de terre, les tempêtes.
Que faut-il pour supporter tout cela : de la sublimation.
Qui peut mieux sublimer le monde que le poète ?
Elle s'emploie donc à le convaincre en y mettant les formes comme pour le flatter de son art. Dans les bras de l'inspiration, le poète est un objet. Un si long discours de sa part peut même paraître soporifique comme si la vie pouvait nous endormir sur certaines questions (dont celle de la mort que notre société prend bien soin à mettre l'écart).

A la fin, en refusant de sublimer la douleur et la souffrance, le poète devient sujet. Je trouve qu'il donne une fort belle définition de la poésie en mettant en lumière la réelle place du poète.

Il était peut-être déprimé "notre Alfred" mais très clairvoyant en même temps.
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phillechat
La dépression est bien plus lucide que l'amour !
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Mina singh
Tu n'as pas tord mais c'est beaucoup moins agréable :-)
Je pense que tu parles davantage du nuage amoureux que de l'amour.
Dans certaines dépressions trop fortes lorsque le trouble est trop puissant, c'est le nuage amoureux à l'inverse, la lucidité est absente également.
Je ne pense pas que l'amour ne soit pas claivoyant mais nous nous employons à vouloir sublimer l'amour qui n'a pas forcément besoin de cela pour exister sous différentes formes.
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phillechat
Pour Musset c'était un gros nuage ^^
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Oreleï
J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos
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Mina singh
Merci Oreleï pour ce texte découvert au réveil. Il étire nos rêves... Je l'ai bu avec les premières gorgées du jour, relu à l'entracte de midi et je le savoure ce soir.
Pas envie de commenter, juste apprécier :-)
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Auteur inconnu
Splendide. Je note : « couché avec ton fantôme » et « mes bras habitués en étreignant ton ombre ».
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Auteur inconnu
Passage du poème Ce que dit Elsa, extrait de Cantique à Elsa de Louis Aragon, 1942. Découvert dans un manuel de littérature.

[…] Si tu veux que je t’aime apporte-moi l’eau pure
À laquelle s’en vont leurs désirs s’étancher
Que ton poème soit le sang de ta coupure
Comme un couvreur sur la toiture
Chante pour les oiseaux qui n’ont où se nicher

Que ton poème soit l’espoir qui dit À suivre
Au bas du feuilleton sinistre de nos pas
Que triomphe la voix humaine sur les cuivres
Et donne une raison de vivre
À ceux que tout semblait inviter au trépas

Que ton poème soit dans les lieux sans amour
Où l’on trime où l’on saigne où l’on crève de froid
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix

Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n’est pas pour ceux dont tu rêves souvent
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s’éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent

Tu me dis Si tu veux que je t’aime et je t’aime
Il faut que ce portait que de moi tu peindras
Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème
Un thème caché dans son thème
Et marie à l’amour le soleil qui viendra
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jomo
Aragon écrit une poésie ciselée.
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Mina singh
Merci pour cette lecture qui ravive l'optimisme.
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Auteur inconnu
Merci à toi, Mina singh, d’avoir créé cette discussion et d’inciter le partage de ces splendides écrits. :)
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Mina singh
J'aime bien passer par ici, savoir si quelqu'un a déposé une lecture, a donné ses impressions sur un écrit. J'adore quand la clochette Scribay s'allume pour dire que quelqu'un est passé par ici.
Découvrir la poésie ainsi c'est plus vivant que la lire en solitaire.
J'espère que ce lieu encouragera le plaisir du partage, de la discussion...
Je te souhaite une bonne journée.

PS Au fait, qu'est-ce quelles sont tes boissons préférées ?
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Mina singh
Tu peux lire ou relire les poèmes présentés dans la discussion ici :
https://www.scribay.com/text/1479562383/voyage-en-poesie
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Auteur inconnu
Je suis désolée de ne pas avoir répondu... @Minasingh@

Une lecture à voix haute de poèmes serait fantastique, j’imagine. Et à mon tour de te souhaiter une douce soirée !

J’adore le cappuccino ainsi que le thé à la vanille. Un chocolat chaud réussi nécessite des carrés de chocolat fondu : à cet instant, c’est un délice ! Sinon, je bois du nectar d’abricot tous les matins. ^-^’
Pour quelles raisons ?
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jomo
État de siège, Mahmoud Darwich, 2002

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.
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Mina singh
Peu de mots mais une impression très forte donnée par les premiers vers qui donnent l'idée d'un siège militaire alors qu'il s'agit d'une situation sociale. L'impression que je retiens est celle d'une lutte qui s'étire vers l'espoir.
Merci pour ce deuxième poème de cet auteur que tu présentes.
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Ai acheté un couteau
I go to bed in Los Angeles thinking about you.

Pissing a few moments ago
I looked down at my penis
affectionately.

Knowing it has been inside
you twice today makes me
feel beautiful.


Je vais me coucher à Los Angeles en pensant à toi

Lorsque je pissais il y a quelques instants
j’ai contemplé mon pénis
avec affection.

Je sais qu’il a été en toi
deux fois aujourd’hui et du coup je me
sens très beau.

Richard Brautigan
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jomo
J'aime bien . Je lui trouve un air de fausse innocence amusant et puis pour un poème d'amour c'est plutôt original. Vais aller voir ce Richard, je suis curieux.
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Mina singh
Moi aussi :-)
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Ai acheté un couteau
C'est un poète qui revient un peu à la mode, il a été réédité plusieurs fois assez récemment, dans la lignée d'un Ginsberg ou d'un Ferlighetti auquel il ressemble beaucoup.
Il a aussi écrit quelques romans mais je ne les ai jamais lu.
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Mina singh
Je ne connais pas du tout ces poètes. De plus, il y a la barrière de la langue, ce qui fait que je ne m'y intéresse pas. Je suis donc très heureuse que tu nous les fasses découvrir. De tes lectures, il me revient souvent en tête, Buffalo Bill.
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Ai acheté un couteau
Ginsberg a écrit Howl, long poème censuré à cause de son homosexualité crue. C'est notamment un grand pote de Kerouac et il apparait dans presque tous ses romans sous différents noms, tout comme William S. Burrough (le Festin nu).
Ferlighetti était leur éditeur commun, il possède City Lights, qui est devenu très célèbre, et c'était aussi un grand poète. Ses carnets de voyage sont sortis récemment et sont très bien d'ailleurs.
Ils ont a peu près tous été traduits, car la Beat Generation a eu sa grosse gloire, de même que le mouvement hippie ensuite.
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Mina singh
Merci pour toutes ces précisions. ça me plairait bien de lire ces carnets de voyage dont tu parles. "La vie vagabonde", ça me dit bien. Je viens de lire une critique qui donne envie malgré ses 500 pages. J'aime ce genre de livre que l'on peut lire par bribe , poser puis reprendre. Il couvre une longue période des années 60 à 2010. Tu l'as lu ?
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Ai acheté un couteau
Oui je l'ai lu et il est vraiment très intéressant
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
@Mina singh@ respect et courtoisie pour tous, vraiment ?
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Mina singh
LE POETE COMME MEUBLE

Le poète appartient aux objets ménagers ;
on le trouve parmi les sécateurs, les pneus,
les robinets, les clous : troisième étage à gauche,
dans les grands magasins, où il est disponible

à des prix modérés. Tous les chefs de rayon
en connaissent l'emploi. Une brochure bleue
vante ses qualités. Il lui faut peu de place :
une mètre cube, au maximum, dans la cuisine.

Le modèle courant consomme du pain dur
avec un quart de vin. Par un jour de souffrance
ou de malheur, il peut rendre de grands services

car sa spécialité, c'est un air de printemps
irrésistible et doux, qu'il répand sur les murs,
la machine à laver, le réchaud, la poubelle.

Sonnets pour une fin de siècle (1980) - Alain Bosquet
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Camille F.
Bonsoir Mina ! J'aime beaucoup l'espèce de décontraction, de nonchalance de ce poème, le complet mépris des rimes et, en opposition, le respect quasi humoristique dans sa rigueur du schéma des vers du sonnet. Le dernier tercet offre une sensation très agréable je trouve, très "dominicale". J'imagine très bien une après-midi de farniente sur un vieux canap' dans un garage de grand-père plein de trucs hétéroclites sur des étagères et au sol.
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Mina singh
Bonsoir Camille,
Eh moi j'aime beaucoup tes commentaires. J'avais hâte que tu passes par ici.
Ce poème m'a d'abord intriguée, j'ai bien aimé le ton décalé et humoristique et le dernier tercet m'a décidée de le partager ici, histoire de célébrer un peu le printemps même si on est confiné entre la machine à laver, ...
J'espère que tout va bien de ton côté.
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Camille F.
Oh, je suis flatté d'être attendu de la sorte !

Haha, c'est vrai qu'il y a un côté très "intérieur" dans ce poème qui peut bien rappeler la situation dans laquelle nous sommes !
Eh oui c'est le printemps ! On l'oublierait presque, tiens. Enfin, à moitié seulement, parce que le contraste entre les arbres en fleurs, les oiseaux qui chantent et le corona est tout de même assez saisissant...
Tout va bien pour moi oui, même si, pour ma part, je continue à bosser, la livraison de médicaments étant un service "nécessaire à la continuité de la vie de la nation". On n'a pas besoin de toi à l'hôpital ?
Sinon, j'avoue que je suis un peu déconcerté. Je n'ai pas peur, mais mes repères sont brouillés, c'est l'inconnu à chaque pas, à chaque fois que je saisis un objet, que j'entre dans une pièce. L'attention surtout qu'il faut déployer pour éviter de mettre les autres en danger (j'essaie de ne pas parler devant leur figure, de ne pas les toucher, de rester à bonne distance) est fatigante, d'autant plus quand eux-mêmes ne font pas preuve de cette attention. La prudence est devenue une chose bien difficile. À cela, s'ajoute un pressentiment assez vertigineux, celui de la fin de l'ordre des choses tel qu'on l'a connu jusqu'à maintenant. Je ne sais pas quelle forme cela va prendre, ni de quelle manière, ni quand cela va arriver, mais je crois que l'après-corona sera vraiment quelque chose d'inédit. Alors voilà, je tâtonne un peu, fébrilement parfois, mais je reste confiant.
(Je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a une discussion ouverte par Expos-ito qui t'intéresserait je pense. Elle s'appelle "la couronne de virus".)
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Mina singh
J'ai le même ressenti que toi à propos de la situation, tous nos repères sont modifiés.
J'imagine bien que ton travail soit prioritaire. A l'hôpital, nous avons réduit le personnel sur place à la stricte nécessité et organisé le télétravail. Les activités ont été réduites, notamment les consultations externes, remplacées par la téléconsultation notamment. Nous avons dû nous adapter pour maintenir le lien avec les patients sans les mettre ni nous mettre en danger. Par chance, nous avions déjà des outils qui n'étaient pas encore expérimentés mais techniquement opérationnels et je dois dire que les informaticiens ont fait un travail de dingue pour nous permettre de travailler à distance via une plateforme. En une semaine, nous avons dû apprendre ces nouvelles techniques et adapter nos pratiques. Le point positif est la solidarité qui s'est établie dans la situation. Je suis souvent critique de la place de l'informatique, surtout par le fait qu'il n'y a pas de plan B lorsque ça ne fonctionne pas (pas d'électricité = aucune info patient, impossibilité de travailler). Aujourd'hui c'est l'inverse qui se passe, sans eux nous ne pourrions pas maintenir le lien avec les malades, tout en les et nous protégeant.
Je pense qu'il y aura beaucoup d'enseignements à tirer à l'issue de cette crise sanitaire.

Je ressens aussi cette impression d'inconnu à chaque pas. Je n'écoute pas les actualités télévisées pour éviter que l'anxiété me gagne. Je vois aussi des pratiques qui sont contraires aux mesures de protection, comme notamment le port des gants prônés par les ascensoristes ou utilisés par les personnels des supermarchés. J'ai tenté d'expliquer que cela favorisait la propagation du virus et ne les protégeait en rien mais j'ai eu des réponses déconcertantes : "vous croyez que j'ai le temps de me laver les mains dans mon travail ?" ou "je mets les gants pour me protéger, avec les gants je ne me touche pas" me répond tranquillement la caissière munie de son casque anti-projection...". Je pense que les Directions n'ont pas pris la mesure d'une consigne simple à appliquer mais très difficile à mettre en place sur le terrain semble-t-il, pour protéger leurs clients. Je sors donc à minima, une fois cette semaine pour m'exposer le moins possible au risque.

J'irai voir la discussion dont tu me parles.
Prends soin de toi. Reviens par ici de temps en temps, on peut discuter sans craindre le virus au café :-) et un peu de poésie fait du bien.
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Camille F.
Oui, l'informatique n'est ni bon, ni mauvais, il change seulement les règles du jeu pourrait-on dire ! C'est chouette en tout cas qu'une solidarité se soit installée et que tout fonctionne bien !

Pourrais-tu m'expliquer pourquoi le port de gants est contre-indiqué ?

Et oui bien sûr, je reviendrai par ici, j'y viens tout le temps en fait, voir s'il n'y a pas un nouveau poème. Je n'en poste pas très souvent parce qu'il faut que j'aie un véritable élan pour ça, mais j'adore venir lire :)
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Mina singh
Coucou Camille,

Voici les recommandations officielles à propos du port des gants :
EXTRAIT INFO SANTE.gouv
Les gants sont-ils utiles ?
Non. Les gants peuvent également servir de support au virus après souillage par des gouttelettes (les sécrétions respiratoires qu’on émet quand on tousse, éternue, ou discute), qui sont le moyen de transmission du coronavirus. Porter des gants est donc inutile, sauf dans des situations très spécifiques (personnels soignants réalisant des prélèvements ou gestes à risque). Ce sont les gestes barrières (se laver fréquemment les mains, tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique et les jeter après utilisation) et les mesures de distanciation sociale qui sont efficaces.

J'ai essayé de faire un peu de prévention auprès des personnels des magasins sans beaucoup de succès. Cela m'affole car c'est le seul endroit où nous sommes amené à nous déplacer et là les gants peuvent propager le virus très vite avec ce genre de pratique. Je ne sais pas comment avertir les Directions de ces établissements qui devraient mettre à disposition de leurs personnels une solution pour se laver les mains. Personne ne semble conscient de ce risque. La caissière qui m'a servi portait ses gants depuis le début de son service et elle touche tous les produits... De plus, elle m'a dit qu'elle ne se touchait pas le visage mais elle touche les manches de ses vêtements et éternue dans son coude...
Les gestes barrières (se laver les mains qui est pourtant un geste simple) ne sont pas du tout respectés.
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Mina singh
En ce qui concerne l'informatique, je pense comme toi, ni bon ni mauvais mais je suis très critique des orientations prises récemment qui tendent de plus en plus à mettre le patient à distance du corps médical dans le but de supprimer des postes. Si cela est profitable dans un certain nombre de situations, ce n'est pas profitable pour l'ensemble des patients et notamment pas pour les plus fragiles pour lesquels l'interlocuteur effectue de vrais entretiens de soutien qui ne pourront jamais se remplacer pas des SMS ou des objets connectés... C'est l'utilisation irraisonnée de ces outils qui est dangereuse.

Mais aujourd'hui, ces outils nous montrent combien ils peuvent être au service des malades puisque nous maintenons un lien constant avec eux, et au service des soignants qui peuvent travailler chez eux et ne pas s'exposer inutilement au risque.
Il a fallu pour cela une prise de position de la part de l'ingénieur informatique qui n'a pas dû prendre de jour de congés depuis deux semaines. Cette réactivité n'est pas présente dans tous les établissements. D'autres vont tergiverser et se servir d'argument de type "atteinte au secret médical" pour ne pas agir en ce sens...
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Mina singh
Passer sans rien dire : je m'aperçois que plusieurs personnes font de même. C'est que le café est accueillant alors...
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Hé bien en voila de la belle communication, du respect, des arguments, de l'objectivité, bravo, ça va mieux ?
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Mina singh
La liberté d'expression n'exclut en rien le respect de l'autre.
Le café poétique est un lieu de partage de la poésie, pas un endroit polémique. Ce n'est pas un lieu où bousculer les gens non plus. Tu trouveras sans doute d'autres lieux appropriés pour libérer ta parole de cette manière.

Sur l'espace public (loi de laïcité), on peut tous exprimer nos points de vue et nos croyances et de ce fait, nous avons aussi l'obligation de respect.

Je maintiens donc ma position.
Si tu souhaites t'exprimer au café poétique, fais le dans ce cadre ou passe ton chemin.
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Ai acheté un couteau
Pas la peine de me bloquer, c'est le summum de l'aseptisation et de l'anti-liberté par ailleurs... on croirait rêver devant ce pinacle de connerie

La seule chose de bousculée ici c'est le respect. Pour critiquer, on doit mettre en avant une critique justement, c'est-à-dire des arguments, de la théorie, et de l'objectivité aussi, on ne se contente pas de poser ses couilles aseptisées sur la table et de prétendre avoir pondu deux pensées, qui sont bien fermentées depuis deux semaines je pense.
Ce poème est tout sauf du petit conformisme que tu sors à tire d'ineptie, parce que la seule violence que tu craches c'est celle de la bêtise, rien à voir avec une quelconque liberté, sauf la liberté d'être un idiot irrespectueux, liberté qui est la seule misère ici présente.
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Je me donne le droit de qualifier comme je le désire ce que je lis. Nous sommes à une époque très CNV, dans laquelle la parole est asseptisée, tiède, molle. Il y a un sentiment d'entre- soi assez intello. Je m'autorise à bousculer gentiment ce petit conformisme et dans cette optique ma liberté d'expression n'est pas une option.
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jomo
LA VIE JUSQU’À LA DERNIÈRE GOUTTE

Si l’on me disait encore : Que ferais-tu si tu mourrais aujourd’hui ? Je répondrais sur-le-champ : Si le sommeil me gagne, je m’endormirai ; si j’ai soif, je boirai ; si j’écris, ce que j’écris me plaira et j’ignorerai la question ; si je déjeune, j’ajouterai un peu de moutarde et de poivre à ma grillade ; si je me rase, je pourrai me couper au lobe ; si j’embrasse mon amie, je dévorerai ses lèvres comme une figue ; si je lis, je sauterai quelques pages ; si j’épluche des oignons, je verserai quelques larmes ; si je marche, j’irai plus lentement ; si j’existe ainsi qu’à présent, je ne penserai pas au néant ; si je ne suis pas présent, l’affaire ne me concernera pas ; si j’écoute Mozart, je me rapprocherai du carré des anges ; si je dors, je continuerai à dormir, rêvant et follement amoureux du gardénia ; si je ris, je réduirai mon rire de moitié par décence. Que puis-je faire ? Que puis-je faire d’autre, même si j’étais plus courageux qu’une tête brûlée et plus fort qu’Hercule ?

(extrait de « La trace du Papillon »)

Mahmout Darwich, poète palestinien
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Mina singh
Bienvenue au café poétique ! Le seul café ouvert à des lieues à la ronde, n'est pas trop fréquenté en ce moment. La poésie commençait à me manquer.

Une question que je me suis déjà posée et j'aime bien les réponses...
Merci beaucoup de cette découverte.
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Oreleï
C'est très beau.
Merci pour cette découverte.
Ces mots font du bien, en ce moment.
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Mina singh
Qui est vraiment l’homme de couleur ?

Homme blanc,

Quand je suis né, j’étais noir
Quand j’ai grandi, j’étais noir
Quand je vais au soleil, je suis noir
Quand je suis malade, je suis noir
Quand j’ai peur, je suis noir
Quand je mourrai, je serai noir

Tandis que toi, homme blanc
Quand tu es né, tu étais rose
Quand tu as grandi, tu étais blanc
Quand tu vas au soleil, tu es rouge
Quand tu as froid, tu es bleu
Quand tu as peur, tu es vert
Quand tu es malade, tu es jaune
Quand tu mourras, tu seras gris

Alors dis-moi, de nous deux, qui est l’homme de couleur ?

Léopold Sédar Senghor
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Mina singh
Content de te voir par ici :-)
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Jacques IONEAU
J'y viens régulièrement, mais sans forcément laisser de traces :-))
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Mina singh
Tu joues au fantôme du café poétique ?
Je préfère quand tu t'attardes autour d'une poésie, ça fait longtemps que tu ne nous as rien lu.
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Maysikine
Je suis "nouvelle" entre guillemet je n'ai jamais partager mes poésie/poème et il sont pas foufou soyez indulgent mais sincère s'il vous plait
Mes poème sont écrit et dépende de mes humeur

Santés ?

Ma santés c'est dégradée,
Meme moi je l'ignorer.

Et meme derrière ma carrure,
Tout ceci est une torture,
J'aimerais pouvoir être aidée,
Mais cette idée s'en es allée.

C'est moi qui l'ai causé,
Mais c'est toi qui mi a pousser.

Maysikine.
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Mina singh
Bonjour Maysikine

Bienvenue sur Scribay ! Le café poétique n'est pas un lieu où présenter ses propres poèmes mais les poèmes d'auteurs qui nous ont marqués ou inspirés. Pour partager ton poème, il faut créer une oeuvre et la publier. Elle apparaitra dans le fil de lecture et tu recevras des avis sous forme de commentaires en regard de ton oeuvre.

Tu es la bienvenue au café pour partager les poésies qui représentent un intérêt pour toi.
A bientôt.
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Maysikine
ah et bien désolée je ne savais pas vraiment maintenant je sais mais je reste perdu sur ou partager mes poème
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Mina singh
Tu vas sur l'icone à gauche de la petite maison, en haut, à gauche de l'écran.
Tu choisis ensuite ECRIRE puis tu cliques sur NOUVELLE OEUVRE et tu te laisses guider. Pour que ton texte soit visible de l'ensemble de la communauté, tu dois appuyer sur PUBLIER.
A toi de jouer !
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Maysikine
d'accord je croix avoir comprie merci
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Mina singh
Bonne écriture :-)
A bientôt
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Mina singh
Saigner la nuit

J’avais dit nuit
Nuit au bord des yeux
Nuit d’adieu
Nuit cercueil
Au crépuscule du nous

J’avais dix nuits
Dans ma poche crevée
Des nuits lactées
À volonté
Des nuits sans ombre
Et sans caillou

Dans ma mémoire
Flottaient des astres
Des visages pâles
Et des miroirs

Nuit à l’épicentre
De ma vie condamnée
Nuit de songe à rêver
Au destin de s’aimer

Au pas de mes regrets
J’avais saigné cent nuits
Les barbares et les fauves
Les mauves tâchées de noir

Et ces nuits me reviennent
Comme un parfum factieux
Obombrant ma mémoire
Aux éventails blêmes

Et ces nuits me retiennent
Aux aléas du moi
Dans mes prisons maudites
À l’encre d'autrefois

Nicolas Raviere

(publié avec l'accord de l'auteur)
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korinne
Je ne savais pas que Nicolas écrivait de la poésie !
Superbe ! :))
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Mina singh
Chouette que tu sois passée par là ! Notre café est un peu déserté en ce moment. Pourtant rien à craindre côté virus.
Je suis très sensible à la poésie de Nicolas comme à la plupart de ces écrits qui révolutionnent mes pensées.
Il a écrit plusieurs recueils de poésie que je trimballe assez souvent dans mes sacs : Les chances passagères, Transparence du monde, Les corps cendrés...
Comme je sais que tu penses à lui, j'en profite ;-)
Merci à toi.
Apporte nous un poème quand tu repasses par ici.
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Oreleï
https://www.youtube.com/watch?v=DH7xEPnQ79I

Gazel au fond de la nuit

Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Et déjà tu partageais le lourd repos des fleurs
J'ai retiré mes vêtements tombés à terre

Et j'ai dis pour un moment à mon cœur de se taire
Je ne me voyais plus, j'avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir, sans regard sans image
Dépouillé de moi-même, allégé de mes jours
N'ayant plus souvenir que de toi mon amour
Au fond de la nuit

Mon secret frémissant qu'aveuglement je touche
Mémoire de mes mains, mémoire de ma bouche
Au long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme au premier temps qu'à respirer je tremble

Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouge doucement dans le lit quand j'arrive
Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où dieu sait ce qui se passe

Au fond de la nuit
Où c'est par passe-droit qu'à tes côtés je veille
Et j'ai peur de tomber de toi dans le sommeil
Comme la preuve d'être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu'à peine on peut y croire
J'ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire

Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu'il fait de l'écho qui le double
Au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d'une feuille et se meurs d'un murmure
Je vis pour cette plainte à l'heure où tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose

Va dire ô mon Gazel à ceux du jour futur
Qu'ici le nom d'Elsa seul est ma signature
Au fond de la nuit

Aragon
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Camille F.
Ah, Aragon... Merci pour ce splendide poème et cette incroyable adaptation par Gnawa Diffusion !
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Mina singh
Merci beaucoup Oreleï pour cette lecture que j'apprécie tant à travers les mots que par l'interprétation musicale de Gnawa Diffusion. Je trouve qu'elle allie sensation de légèreté et rythme hypnotique.
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Ālغx |
Merci beaucoup pour le partage, c'est sublime !
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Mina singh
Bienvenue au café poétique :-)
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Jacques IONEAU
Magnifique !
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Mina singh
J’ai imaginé le café poétique comme un lieu où se retrouver pour partager des œuvres poétiques qui ont pour celui ou celle qui les présente un intérêt particulier. C’est pour moi, une manière vivante de rencontrer la poésie, différente du rapport solitaire que l’on entretient avec un livre. Proposer un texte, c'est aussi parler de soi et de ce que l'on apprécie dans la vie.
Ce lieu virtuel a tenu ses promesses au-delà de mes espérances avec plus 1200 commentaires en trois mois. J’apprécie autant relire des poèmes d’auteurs connus que découvrir des textes inédits où d’auteurs étrangers, textes auxquels je n’aurais pas eu accès en dehors de ce lieu.
Certains poèmes ont donné lieu à des discussions intéressantes tant sur le fond que sur la forme.
Tacitus Asmoun Zéfiratoun, je crois comprendre, à ton commentaire que tu n’es pas sensible à la poésie de Sophie G Lucas. Cela est ton droit mais cela ne te donne pas le droit de la qualifier de « misère » ou d’en renier la nature. Il me semble que ton commentaire ne fait pas sens pour celui qui partage ce texte.
Plusieurs options s’offrent à toi en pareil cas : ne pas liker le texte, ne pas le commenter. Tu as également la possibilité de partager un texte qui correspond davantage à ta vision de la poésie.
La première particularité que j’ai remarquée sur Scribay est l’absence du « j’aime pas ». Cette disposition n’est pas anodine. Elle contient la suggestion de se distancer du choix binaire « j’aime / j’aime pas » pour laisser un espace de réflexion et d’observation plus vaste sur les choses qui nous entourent.
Je souhaite pour ma part que le café poétique reste un lieu accueillant où les auteurs puissent se sentir libres de proposer des textes sortis des sentiers battus de la poésie. Dans cette optique, le respect et la courtoisie ne sont pas une option.
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Ai acheté un couteau
Rien à voir avec d'accord ou non, aimer ou non, mais là vous dites "peut-on parler de poésie ?" je ne vois juste un manque de respect. Aucune argumentation, aucun balancier, rien. Qu'on aime pas c'est un fait, mais on peut le dire sans dénigrer la poesie d'autrui, et en s'appuyant sur un peu de théorie. Un ressenti vite balancé ce n'est pas un avis. J'essayais juste de souligner tout le travail poétique mis ici, appuyé par une brève analyse, mais on me répond par "Misère". Au contraire la poesie d'aujourd'hui est d'une grande richesse. Lisez en un peu plus et on reprendra alors le terme "avis".
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Pardon d'avoir un avis different du tien !
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Ai acheté un couteau
La poésie n'a rien à voir avec les beaux mots ni même les belles phrases. Sinon la poésie se serait arrêté en 1919. Mais il y a un grand travail de rejet / contre-rejet et de musicalité emprunté à une poésie plus classique de 1930 pour autant, alors je ne comprends pas pourquoi être aussi catégorique, pour ne pas dire plus, d'autant plus envers une auteure reconnue par ses pairs.
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Oreleï
Merci, je vais regarder.
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Ai acheté un couteau
C'est une anthologie qui vient de sortir et qui m'a fait découvrir de très beaux poètes
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Oreleï
"Ici tout est justement poésie"
1000 fois oui !

Ce sont des poèmes de la sélection du printemps des poètes ?
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Ai acheté un couteau
"on se rend" c'est pour moi dès le premier vers l'annonce du dernier vers : se rendre c'est abdiquer face à.
Tout ce qui suit rappelle la liste de courses de William Carlos Williams, à propos de laquelle un journaliste se demande d'ailleurs si c'est de la poésie (voir le dernier acte de Paterson)

Listen, I said, I met a man
last night told me what he'd brought
home from the market:

  2 partridges
  2 Mallard ducks
  a Dungeness crab
  24 hours out
  of the Pacific
  and 2 live-frozen
  trout
  from Denmark,

What about that?

Sauf qu'ici la liste est dissonante, tous ces groupes nominaux découpés, ne restent en bout de vers que les déterminants, adverbes...
Enfin, alors que d'ordinaire on achète simplement un ticket ici on achète un "ticket perdant".
Pour moi, ici, tout est justement poésie.
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Mina singh
Pour moi oui, mais je ne suis pas un spécialiste de la poésie et ne saurait donc apporter les arguments pour répondre à ta question.
Ai acheté un couteau ; Camille F. peuvent sans doute répondre mieux que moi à ta question.
Si je m'en tiens à la définition de poésie : "Art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers."
Ces textes m'emportent quelque part et la forme me semble correspondre à un art d'évoquer...
Peux-tu développer ta question et les arguments qui te feraient dire qu'elle n'en est pas ?
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Peut-on parler de poésie ?
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Mina singh
J'aime bien tous ces contrastes dessinés en poésie.
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Mina singh
Merci pour celui-ci aussi, c'est exactement ça !
En lisant, on a l'impression de se retrouver prisonnier d'une situation banale et itérative. Heureusement qu'il existe encore en certains lieux des marchés à l'air libre, où les tomates sont pas calibrées, où on peut acheter des artichauts piquants, des pommes qui ne sont pas pimpantes, des légumes récoltés de la main de ceux qui les vendent. On les remarque aux traces du labeur sur leurs mains. Je les rencontre chaque jour, je cours pour attraper le tram (en général) ; eux ils sont déjà là depuis 5 heures du matin. Cela me donne du courage et refoule l'envie de me plaindre.
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Mina singh
Ah j'attendais ton retour avec impatience, tu nous amènes toujours des poèmes surprenants. Je ne chercherai pas à interpréter celui-ci mais j'aime ce qu'il parcourt en moi.
Merci de ton passage. Laisse le quelques jours à la lecture.
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Jacques IONEAU
Bonjour Aauc, le contraste entre l'oiseau bleu de Bukowski (ci-dessous) et la liste de course de SL Lucas est saisissant.
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Oreleï
Bluebird (Charles Bukowski)

***

Trouvable assez facilement en ligne.
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Jacques IONEAU
Bukowski, l'homme à cause de (ou grâce à) qui l'alcool fut prohibé dans les talk show télévisé, est un merveilleux poète, merci Oreleï de le mettre à l'honneur dans notre établissement où toutes les consommations sont autorisées sans modération :-D
Que puis-je t'offrir ?
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Jacques IONEAU
Et dans un autre genre, pour le plaisir également , "Le vampire" de Baudelaire qui fut pour Bukowski, poète autodidacte, l'un de ses maitres en poésie avec Villon et Rimbaud.

Le vampire

Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon coeur plaintif es entrée ;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,

De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine ;
- Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,

Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l'ivrogne,
Comme aux vermines la charogne,
- Maudite, maudite sois-tu !

J'ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j'ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.

Hélas ! le poison et le glaive
M'ont pris en dédain et m'ont dit :
" Tu n'es pas digne qu'on t'enlève
A ton esclavage maudit,

Imbécile ! - de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire ! "
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Mina singh
Et bien en ce qui me concerne, je laisse chanter l'oiseau parfois avec des mots bleus qu'il dessine sur le papier...
J'écoute en ce moment un artiste qui a des ailes peintes sur les épaules, je sens aussi qu'il a un oiseau bleu dans le coeur, alors je t'offre une de ses chansons :
https://www.youtube.com/watch?v=oiL9ItjmHRw
Merci beaucoup Oreleï pour ce texte qui me touche, laisse-le encore quelques jours à la lecture.
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Jacques IONEAU
J'avais déjà entendu cette chanson sans en connaître l'auteur, pensant qu'il s'agissait d'une femme chantant une chanson de Léonard Cohen ou dans le style de LC.
Merci Mina pour cette information et ce lien. :-))
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Oreleï
Merci, Jacques IONEAU pour ton accueil, et pour les vers de Baudelaire.
Je ne prendrais, merci, sinon un peu de poésie.

Merci Mina singh pour tes mots et ton lien (que j'écouterai ce soir), et pour cet oiseau que tu laisses chanter de temps à autres.
Je laisse encore quelques jours le poème. Si j'oublie de l'enlever, pourrez-vous me le rappeler ?
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Mina singh
Sa voix très particulière et je peux imaginer qu'elle ne plaise pas à tout le monde. Personnellement, j'aime beaucoup cette voix à la fois intense et fragile. Il sait bien poser sa voix et explore différents genres musicaux. Ses textes me plaisent aussi
Si tu apprécies, je te laisse les morceaux que je préfère :
Gold Shadow :
https://www.youtube.com/watch?v=l9SSjpa6Zpg
Your Anchor
https://www.youtube.com/watch?v=xv_obIKYGN8
My latest sin
https://www.youtube.com/watch?v=67esDMs9s-o
Different Pulses
https://www.youtube.com/watch?v=wHyplEnrgQQ
Love it or Leave it
https://www.youtube.com/watch?v=qFxRxNYnuzI
Bang Bang (il déchire celui-là)
https://www.youtube.com/watch?v=BjZUAI32TK0
In a Box II - My Tunnels Are Long And Dark These Days (celle-ci pour l'intensité de sa voix)
https://www.youtube.com/watch?v=MT28Mdefxbc

Et si tu aimes toujours, en live :
https://www.youtube.com/watch?v=nATdkGfNDt8
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Jacques IONEAU
Merci Mina, j'écouterai tout ça dimanche, je suis un peu bousculé jusque-là !
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Ai acheté un couteau
J'ai jamais trop aimé ses nouvelles mais ce poème a toujours été très beau à mes yeux
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Oreleï
Bonsoir bonsoir
De passage pour vous inviter à jeter un œil par ici...

https://www.tenk.fr/france-culture/love-he-said-.html
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Mina singh
Je reviens ce soir pour voir ton lien.
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Oreleï
Jacques IONEAU, je ne sais pas si tu as regardé ce lien, c'est encore Bukowski.
J'ai trouvé cette vidéo, l'animation, sa voix... il y a quelque chose de bouleversant, on attend son dégueulasse et c'est l'humain que l'on se prend en pleine face. Enfin c'est ce que ça m'a fait...
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Camille F.
Magnifique, et déchirant
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Mina singh
Oui magnifique ce film d'animation, il y a une sorte de douceur et d'esthétisme dans les mouvements de cette image qui danse. Derrière le côté provocation / addiction connu du personnage, c'est bien quelque chose de l'intime qui s'échappe ici.
Merci Oreleï pour cette découverte.
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Jacques IONEAU
Merci Oreleï, je verrai ça dimanche étant occupé jusque-là.
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Paige Eligia
L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain

Il y vient aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra

Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux.

Clotilde - Appollinaire

J'ai découvert ce poème dans un recueil travaillé en français en première. Prise d'intérêt, c'est le premier poète que j'ai lu avec attention de bout en bout. Merci à mon professeur qui nous avait un jour donné comme devoir pour la semaine entière d' "être heureux".
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Mina singh
Une bien bonne idée de devoir que l'on devrait souvent mettre au travail.
Je te remercie de ton passage et m'excuse de te répondre trois jours après... mais l'avantage de notre café est que la trace des lectures ne se perd pas.
La mélancolie qui dort entre l'amour et le dédain, c'est assez étrange. Tu l'interprète comment ?
La mélancolie est une maladie psychique très perturbante pour ceux qui en souffrent, elle mène à de grands désarrois.
Elle avait déjà été identifiée au temps ou Apollinaire a écrit ce poème :
"La mélancolie était considérée par le médecin Grec Hippocrate (5ème siècle avant J.C.) et jusqu'à la renaissance en Europe comme une maladie provoquée par un excès de bile dans l'organisme (d'où son nom). Son origine psychique ne sera reconnue qu'à partir du 18ème siècle par le médecin français Anne-Charles Lorry (1726-1783)".
J'en conclus qu'il ne parle pas de cet état mais plus à son sens commun : "état de tristesse vague accompagné de rêverie" mais je ne vois pas trop où se place le dédain.

Merci beaucoup de ton passage :-)
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Paige Eligia
Pour moi la réponse est dans le titre. Mélancolie des souvenirs avec elle et dédain pour Clotilde.
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Mina singh
Oui c'est l'explication je pense, entre l'amour et le dédain, toute la définition de ce sentiment de mélancolie prend sa place. J'aime bien la référence à ces deux fleurs anémone et ancolie qui évoquent à elles deux (presque un anagramme) ce sentiment.
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Paige Eligia
Je pense que c'est fait exprès :) Je viens de chercher :
L'anémone est le symbole de l'abandon
Et l'ancolie est lié à la tristesse.
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Mina singh
Ah très intéressant tout ça !
Il s'en cache des choses sous les mots...
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Auteur inconnu
Popli, j’apprécie ce poème et le conserve. Les gestes de ton professeur m’ont d’autre part émue, j’attends encore ce type de « devoir ». ^-^’
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Camille F.
Je viens de retomber dessus à l'occasion de quelque chose que je suis en train d'écrire, et qui m'y a fait penser, je me suis dit que ce serait une bonne idée de le partager au cas où, comme moi, vous l'auriez lu il y a plus ou moins longtemps et oublié à quel point il est somptueux, enivrant, mystérieux :


La vie antérieure


J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

Charles Baudelaire
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Mina singh
Bonjour Camille,
j'ai vu hier soir que tu étais passé au café mais j'ai gardé la découverte pour ce matin. J'aime beaucoup lire à l'aube les mots laissés au café la nuit...
Magnifique ce poème, je ne connaissais pas.
Comment tu interprètes l'image des esclaves nus dans ce décor et le secret douloureux : celui de ne pas connaître le sens de la vie dans la volupté ? celui d'avoir à renaître dans une autre vie ?
Merci pour ce cadeau matinal :-)
Bonne journée.
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Camille F.
Bonsoir Mina, un mot rapide en rentrant et avant d'aller me coucher, je suis ravi que ce poème t'ait plu. Je n'avais jamais pensé à rapprocher le "secret douloureux" du fait d'avoir à renaître, de la "vie postérieure", c'est une idée intéressante. Je réfléchirai à mon interprétation et te la donnerai mardi, je vais être beaucoup absent ce weekend et lundi !
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Mina singh
Nous sommes mardi, tu ne devrais pas tarder à repasser au café mettre un peu d'animation :-)
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Jacques IONEAU
Baudelaire ne déçoit jamais, il peut déplaire, intriguer, irriter voire froisser, mais sûrement pas décevoir; Ce poème en est une preuve. Merci Camille de l'avoir présenté.
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Camille F.
Héhé, tu es à l'affût dis-moi ! Je pense que le décor du poème évoque le thème du paradis, vaguement oriental ici. Baudelaire a toujours associé l'Orient, symbole de l'ailleurs absolu, à une terre idyllique. Le seul voyage qu'il ait fait dans sa vie, très jeune (il avait une vingtaine d'années), l'a mené à l'île Maurice et à la Réunion. Cette expérience a marqué sa poésie pour le reste de ses jours. L'ironie, c'est qu'il ne fut pas à l'initiative de ce voyage. C'est son beau-père, le général Aupick, grand bourgeois, qui a pris pour lui la résolution de ce voyage, pour l'éloigner, dit-il dans une lettre, "des caniveaux de Paris", c'est-à-dire des mauvaises fréquentations de la Bohème, des dilettantes, des prostituées. Baudelaire devait même aller jusqu'aux Indes, mais il a refusé d'aller plus loin que ces îles dont j'ai parlé. Il y a une lettre très intéressante du capitaine du bateau sur lequel Baudelaire avait embarqué, adressée à Aupick, pour lui expliquer les raisons pour lesquelles il a consenti à laisser Baudelaire rentrer en France malgré l'engagement qu'il avait pris de l'emmener jusqu'aux Indes. Je te mets le lien ici : https://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3754

Je pense que le fait que Baudelaire a été forcé de faire ce voyage, qui plus est par son beau-père, qu'il a, au moins pendant un temps, franchement détesté, ne lui a pas permis d'en profiter comme il aurait pu. Probablement même que pour lui, ç'aura été quelque chose comme le perdre que de connaître ce paradis par obligation. Comme a dit Mandela, je crois, "tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi". Ainsi ce voyage peut être associé au thème très baudelairien de la nostalgie du paradis perdu.

Pour ce qui est des esclaves, je pense à un autre poème de Baudelaire : La Géante, où il dit "J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante/Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux". L'image du chat à laquelle s'assimile Baudelaire rappelle celle de l'esclave, dans le sens où l'esclave, comme le chat, appartient à un maître, et cette condition est, dans un sens, enviable pour Baudelaire, car elle lui permet de s'imaginer sans responsabilité, sans poids à porter, et donc sans souci. En cela l'image de l'esclave est aussi dans la même perspective idyllique, idéale, paradisiaque. On peut dire que, même si Baudelaire est le "maître" dans le poème, il s'assimile à l'esclave, parce ce que l' "unique soin" de celui-ci est "d'approfondir le secret douloureux qui [le] faisait languir". En un sens, c'est bien Baudelaire, où en tout cas le "narrateur" du poème, qui approfondit ce secret. L'esclave et le "narrateur" sont dans la même passivité, la même inaction.

Cet "approfondir" est merveilleux d’ambiguïté dans l'emploi qu'en fait Baudelaire, il signifie à la fois, peut-être, rendre plus sensible dans l'optique d'une révélation : l'esclave, par sa seule présence muette, comme "au chevet" de Baudelaire, semble presque opérer une sorte de soin, comme la seule présence d'un proche est réconfortante pour un malade, mais dans un autre temps, l'idée "d'approfondir" un "secret douloureux" fait émerger aussi l'image d'une plaie que l'on gratte, avec presque une sorte d'obsession morbide. Ainsi il y a en une seule image les deux perspectives à la fois salutaire et néfaste de la connaissance. Le savoir est enviable, car il permet de mieux comprendre ce qui nous entoure, mais en même temps il crée de nouvelles occasions de souffrance.

J'aime aussi beaucoup dans ce poème le fait qu'on ne sache pas vraiment si Baudelaire est le détenteur de ce secret (dans ce cas "l'approfondir" serait le rendre plus profond, plus caché, par le seul fait de passer du temps à ne pas le dire, la douleur serait donc celle de ne pas pouvoir révéler le secret), ou s'il cherche au contraire à l'élucider (dans ce cas la douleur est celle de la quête, de ne pas avoir encore accédé à la connaissance en question). Quant à la teneur du secret, je me garderais bien de me prononcer. Je pense que le fait même du secret est plus significatif pour Baudelaire et pour nous que ce qu'il cache, de l'ordre de l'indicible. Tout tourne autour de l'effet du secret sur l'homme, finalement semblable : la douleur, qu'il soit su ou non (selon les deux interprétations de cet incroyable "approfondir" que j'ai données).

Ouf, j'ai eu, le temps d'écrire ça, l'impression d'être de retour à la fac ! Ce n'était pas désagréable, merci Mina pour ta curiosité ;)

Et désolé d'avoir tardé, j'ai eu une visite improvisée juste après avoir commencé à te répondre !
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Camille F.
Et merci Jacques pour ton commentaire ! J'avouerais que, ayant beaucoup travaillé sur Baudelaire, ayant passé beaucoup de temps avec lui, j'ai eu quand même quelques moments où je crois que je peux dire qu'il m'a déçu. De sa superficialité intermittente, de sa méchanceté (notamment dans "Pauvre Belgique"), de son misérabilisme. Cependant, je n'ai jamais été assez déçu pour arrêter de le lire et d'être émerveillé, estomaqué même, par lui.

Mais peut-être as-tu voulu dire qu'il ne laisse jamais indifférent ? Auquel cas je ne peux qu'être d'accord !
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Mina singh
J'ai répondu hier soir aux notifs car je n'étais pas là non plus ce week-end...
Eh bien pour une réponse... Je suis comblée. Je reviendrai la lire ce soir pour me replonger dans le texte et ton commentaire. Ne t'excuse pas, tu as tout le temps de répondre, d'ailleurs tu as écrit très tard alors que je sais que tu te lèves très tôt...
J'espère que le temps de la fac est un bon souvenir pour toi.
Merci beaucoup !
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Camille F.
Oh non je ne fais pas preuve d'autant d'abnégation ! Je travaillais seulement à 12h aujourd'hui :)
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Mina singh
Ah tout va bien alors :-)
Je sentais que ce poème contenait beaucoup de réflexion, eh bien ton commentaire ne dément pas cette impression.
J'aime aussi toute la réflexion autour du secret et la douleur associée, soit parce qu'il est lourd à ne pas être partager et qu'il faut apprendre à vivre avec lui, soit le secret est une quête et la douleur est de devoir vivre sans explication.

Le savoir est enviable effectivement, en tout cas l'homme semble pousser dans cette quête de savoir mais comme tu dis, il génère d'autres formes de souffrance. Il semble néanmoins que l'homme ait toujours un choix à exercer entre la découverte en elle-même et la décision d'user de celle-ci. C'est tout l'enjeu de la démarche éthique.

Ton interprétation de l'esclave est intéressante et on retrouve encore une dualité : être sans responsabilité, sans poids et avoir la liberté de jouir de la vie sans se poser de questions / être passif, c'est renoncer à toute forme de contrôle ou de maîtrise et rejoint une forme de contrainte.

Merci pour la richesse de tes commentaires.
Je vais lire la lettre de ce capitaine à propos de Baudelaire.
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Mina singh
Elle est exceptionnelle cette lettre. J'aime beaucoup le ton mesuré de ses propos qui expriment en même temps son honnêteté . On sent que cet homme cherche véritablement à accompagner Baudelaire dans son voyage, qu'il se sent responsable et qu'il reste très attentif au jeune homme même si parfois ses propos et son comportement lui déplaisent fortement. Il arrive à dire son point de vue négatif et ses inquiétudes tout en restant dans la bienveillance je trouve.
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Camille F.
Effectivement, le capitaine Saliz a l'air d'avoir été un homme très droit et honnête ! Pour moi cette lettre, sa valeur documentaire, est inestimable, il est rare d'avoir un point de vue si détaillé sur un poète comme Baudelaire, de la part de quelqu'un qui n'est pas homme de lettres et qui ne rentre donc dans aucune forme de "conflit d'intérêt" avec lui. Les avis des auteurs les uns sur les autres (qui sont les plus communs et presque les seuls qu'on puisse lire) sont toujours orientés par une forme de compétition, d'idolâtrie, de dédain, par toutes sortes de filtres causés par le caractère commun de leurs préoccupations littéraires.
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Assimiler l'esclave a un chat au pied de son maître, dans la passivité, l'inaction,sans souci, relève pour le moins d'une réflexion romantique.....
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Camille F.
C'est vrai que ce n'est habituellement pas ce qui vient tout de suite en tête quand on parle d'esclave ! Mais bon, Baudelaire était assez... particulier pour que ce genre de liens ne lui soit pas complètement étranger.
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Mina singh
Cette image m'interroge sur le rapport soumission / liberté.
Elle est me parait intéressante dans le sens qu'il n'y a pas plus indépendant qu'un chat. J'en ai connu quelque uns et me suis toujours posé la question à un moment si ce n'était pas eux les maitres et moi l'esclave.
Soumission et liberté flirtent souvent ensemble dans la vie. Quand on croit détenir ou "avoir atteint" une part de liberté, on a parfois la sensation qu'elle pèse comme une contrainte aussi lourde. Le plus criant des exemples pour moi est le travail. Aux premières heures de mon adolescence, j'ai établi comme principe intangible pour ma vie, de ne dépendre financièrement de personne d'autre que moi. Je ne regrette pas ce choix mais mon expérience m'a mené dans des aventures professionnelles aux confins de la soumission avec tout ce qu'elle amène de plus délétère : épuisement, abandon de tout sens critique... Il m'a fallu l'aide d'un ami pour en prendre conscience et pouvoir prendre à nouveau des décisions. J'en ai conclu qu'indépendance n'était pas liberté.
Je me fais souvent cette remarque quelle que soit le domaine : la liberté ne se laisse pas approcher facilement, elle pose le piège de la soumission un peu partout et nous impose cette lutte sans fin.
C'est peut-être cette lutte perpétuelle qui amène l'idée séduisante d'imaginer pouvoir se reposer, s'abandonner à la seule "volonté" d'une personne qui ne voudrait que le bien de l'autre.
Le mouvement "puppy play" a pris pour base cette idée. Bien qu'il paraisse original et en dehors de tout jugement, je vois ce jeu de rôle comme un affront à la société et une réaction mettant un temps en échec cette lutte perpétuelle.
Personnellement, je pense que c'est une utopie pour le genre humain car pour s'abandonner totalement à un autre, il faudrait imaginer un monde totalement bienveillant comme condition initiale et il me semble qu'on en est encore très loin.
Néanmoins, pouvoir se reposer sur l'autre, ça s'appelle aussi la confiance. La confiance en une personne (ou plusieurs) est pour moi une manière d'amener cet apaisement. C'est plutôt le lien que je cultive.

Comme tu vois, ce n'est pas si romantique que ça... Je ne sais pas si Baudelaire avait l'intention de nous faire réfléchir sur autant de questions... Merci Camille !
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Mina singh
Je me demande si je ne vais pas utiliser cette lettre. Je prépare une présentation en vue d'un congrès, sur l'impact des mots (des soignants) aux personnes malades. La tension éthique qui accompagne cette question est : être honnête (dire la vérité) / ne pas occasionner une violence qui ne ferait pas sens pour le patient, par les paroles prononcées. Si la médecine est un art, s'exprimer en est également un. C'est ce que cette lettre montre en fait. Le capitaine reste honnête (il dit la vérité sur le comportement de Baudelaire) et il trouve le ton juste pour dire les choses. On sent aussi qu'il ne prend pas parti pour dénigrer le personnage, pour ne voir qu'une seule vérité à son propos et il lui garde sa considération. J'ai envie de me servir de cette lettre pour introduire toutes ces idées.
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Camille F.
Ouah... Tu trouves cette lettre exemplaire à ce point ?

Et je reste bouche bée devant toute la réflexion que tu développes à partir de ce poème de Baudelaire, tu as vraiment l'esprit agile, c'est un bonheur d'en faire l'expérience !
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Mina singh
Oui et ce serait une manière d'amener le sujet différemment, prendre un exemple hors de la sphère médicale et amener une note culturelle un peu inattendue. Je ne pourrai pas la lire entièrement je pense mais pouvoir en extraire certains passages. En tout cas, je garde l'idée, d'autant que j'ai le temps d'y réfléchir, c'est pour novembre.

Je trouve qu'il y a matière à philosopher dans la poésie. Cela fait bizarre de te laisser bouche bée. Tu allumes souvent la mèche de ma réflexion, le bonheur est donc partagé.
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Camille F.
Bonjour à tous,

Suite au hasard où nous a menés une petite discussion ci-dessous, je suis heureux de vous présenter "Roman", d'Arthur Rimbaud. Je suis étonné qu'il n'ait pas déjà été publié ici, et plus encore ravi de pouvoir remédier à cela !


Roman

I

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
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Mina singh
Bienvenue Hel et merci pour ce texte. Comme toi, je le trouve magnifique.
Je crois que l'amitié intime résiste à toutes les saisons sans pommes. Le silence n'est pas un signe de désertion même si l'attention à l'autre dans ce lien sous-entend aussi qu'on le cultive.

Comme tu as déjà supprimé le texte, je laisse le lien vers la chanson d'Anne Sylvestre : Thérèse :
https://www.youtube.com/watch?v=YtjHApJEaT8
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Hel
Bah disons que j'ai vu après les avertissements en majuscule gras, et ça m'a fait peur ! ^^
(et lu après encore, je sais c'est mal)
J'aime beaucoup ce que tu en dis, je l'entends comme ça aussi, et c'est ce que j'aime particulièrement ;)
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Mina singh
Ah d'accord, j'ai mis en gras pour attirer l'attention et ne pas oublier de supprimer les textes qui entrent dans ce cadre. Je ne crois pas que c'est mal mais il vaut mieux être respectueux de la loi sur les droits d'auteur. Merci d'avoir été attentive.
Je suis contente d'être passée juste à ce moment-là pour lire ton texte.
Reviens quand tu veux.
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Camille F.
Coucou Mina !

Content de te retrouver ici Hel, en plus à l'occasion d'une musique qui, cette fois, nous met d'accord !! Je me doutais que c'était possible. C'est effectivement très très beau, je vois dans ce texte la persistance d'un profond sentiment de solitude malgré les amitiés effectives. Au niveau du style d'Anne Sylvestre, ça me rappelle un peu celui de certains poèmes d'Aragon mis en chansons par Ferré, dont je suis absolument fan ! Une même recherche un peu de tournures désuètes au charme médiéval et troubadouresque, irrésistible, merci pour cette très belle découverte !
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Hel
D'Aragon ou de Ferré ? J'aime beaucoup Aragon aussi, enfin j'en aime les petits bouts que je connais disons plutôt, pas assez pour faire les rapprochements que tu vois, mais dont je ne doute pourtant pas puisque l'amie qui m' a envoyée ça en est une grande fan aussi, d'Aragon, alors ça fait sens :)
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Camille F.
Je suis fan des deux, Ferré est pour moi l'artiste qui a le mieux mêlé poésie et musique, au point qu'elles ne font plus qu'une, comme il convient à mon sens ! L'album que Ferré a fait à partir de poèmes d'Aragon est une merveille absolue, comme celui qu'il a fait avec des poèmes de Rimbaud et Verlaine, si tu ne connais pas je te conseille vraiment :)

Et cette coïncidence de la référence à Aragon est drôle ! Je pense qu'Anne Sylvestre en était elle aussi une grande fan. En tout cas merci, tout ça a égayé ma soirée, qui était un peu triste (rien de grave, juste la vie qui, elle, ne fait pas toujours sens pour moi).
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Hel
:)
J'aime bien Ferré aussi, que je connais par petits bouts mais pas plus, alors de ce que je connais, poésie et musique oui, j'avais posté le texte d'une de ces chansons, je ne sais plus où et je ne me rappelle même plus grand chose sinon que je l'ai lue et écoutée en boucle un certain temps et que ça parlait de la mer, je sais même pas si j'en avais pas fait un défi, une sorte de chanson parlée-jouée, ah si ! La mémoire et la mer ! Ça me revient d'un coup ! merci à toi aussi, ça me ramène à un autre bijoux du coup !
[ah et je note, d'autant que Rimbaud oui, oui, je serais curieuse d'écouter, et en même temps peut-être craintive que ça n'enlève à la voix que je joue moi quand je lis ces poèmes ]
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Camille F.
Ah oui, La Mémoire et la Mer, sublime... Je l'ai écoutée en boucle aussi un moment, puis je crois que je l'ai trouvée trop douloureuse...

Pour Rimbaud, je te conseille sa mise en musique de "Roman", juste piano-voix, magnifique : https://www.youtube.com/watch?v=XuMmdj2kjwY
Et aussi celle de "Le Buffet" et de "Rêvé pour l'hiver", orchestration et musique incroyables, surtout sur "Rêvé pour l'hiver", ma préférée avec"Roman" je crois !
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Hel
Bon alors attention, parce que "Roman" est mon préféré des préférés, j'ai peur du coup, mais je vais l'écouter tiens !
Merci !
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Camille F.
Ah alors je suis curieux de savoir ce que tu en auras pensé ! À mon avis Ferré est à la hauteur !
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Hel
Je sais pas, je suis en train d'écouter, faut que je le repasse, ça fait bizarre...la mise en musique j'aime beaucoup, il y a quelque chose de très léger, qui rend le texte au texte, très fenêtre ouverte traversée par un courant d'air... mais je m'attendais pas à ce qu'il chante de cette façon, sans doute parce que j'apprécie Ferré "plus en force" si on peut dire ça comme ça, mais je ne l'attendais pas si feutré, quand bien même je le comprends, c'est ...étrange, mais comme tout texte que l'on a lu et relu, qu'on connait quasi par coeur, et qu'on entend d'une autre voix que celle qui se joue dans notre tête, ...
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Camille F.
Eh oui, les habitudes ont la vie dure ! Et c'est vrai qu'on connaît moins Ferré dans ce registre, mais il était aussi très bon dans des choses plus feutrées, comme tu dis. Personnellement, j'aime surtout ce qu'il a fait dans ce genre-là. Je l'ai découvert avec La Mémoire et la mer, Avec le temps, et puis après j'ai vu qu'il avait chanté la poésie des autres, un peu plus "sagement" va-t-on dire, et j'ai préféré ça, peut-être en partie à cause de mon caractère qui a tendance à fuir le bruyant et le spectaculaire, si beau soit-il. C'est comme Gainsbourg en fait, j'aime tout ce qu'il a fait en gros avant Bonnie & Clyde, je suis très chanson française à l'ancienne :p

Je suis au moins content que tu apprécies cette dimension de dépouillement qui laisse toute la place au texte, je trouve ça aussi très judicieux, très beau.
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Mina singh
Bonjour Camille,
Quel plaisir de lire votre conversation ce matin. Je suis ravie que le café poétique aussi virtuel soit-il, permette des retrouvailles. Merci également pour la chanson de Ferré sur un texte de Rimbaud. Magnifique : texte, interprétation et musique. Toute la délicatesse qu'il me fallait pour aborder ce début de semaine.
Je n'ai plus 17 ans mais toujours aussi sensible au parfum des tilleuls dans l'avenue. Dans la ville où j'habite, les travaux du tram ont condamné les grands platanes de l'avenue principale (je suis toujours triste lorsque des arbres disparaissent) mais ils ont été remplacés par des tilleuls et les tilleuls au mois de juin... c'est comme dans la chanson, ils changent jusqu'à notre humeur...
Camille, tu pourrais peut-être publié le texte de Rimbaud.
Hel, j'espère que tu reviendras souvent par ici.
Merci à tous deux.
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Oreleï
Mina, on a toujours 17 ans quand on lit et écrit de là poésie ;-)
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Hel
Bonjour tout le monde,

Mina j'essaierai de revenir oui :)
c'est chouette de partager, échanger.

[Gainsbourg après Bonnie &Clyde...il y a quand même Melodie Nelson, l'album, qui est monstrueusement intéressant et innovateur dans son genre, en tout cas je ne connais rien de semblable ]
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Mina singh
Tu as raison ;_)
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Camille F.
Bonjour bonjour !

Je suis ravi Mina d'avoir pu lire poétiquement une réalité de ta ville, grâce à l'entremise de Rimbaud, ce fut un petit voyage ! Et oui, tu as raison pour "Roman", je vais faire ça :)

Et oui, je fais quand même une ou deux exceptions bien sûr, Melody Nelson en fait partie !
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Mina singh
Vous m'avez donné envie de réécouter ma compil de Gainsbourg parmi lesquels : La recette de l'amour fou ; Black trombone ; Ces petits rien ; Ce grand méchant vous ; Ce mortel ennui...
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Camille F.
Ah j'adore Mina, je les connais toutes par cœur celles de cette époque !
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Mina singh
J'écoute "L'indifférente" en ce moment. C'est une que je gardé en mémoire particulièrement.
Je passe du coq à l'âne. Connais-tu le musicien Asaf Avidan ? Je l'ai découvert il n'y a pas longtemps, une voix très particulière, des textes intéressants, j'aime bien le rythme aussi.
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Camille F.
On reste dans la musique ! Je connais seulement de nom, j'ai sûrement entendu des choses de lui déjà, mais je ne me suis jamais plongé dedans ! Tu as un morceau à me conseiller ?
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Mina singh
Oui je vais chercher ceux que je retiens.
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Mina singh
Your Anchor
https://www.youtube.com/watch?v=xv_obIKYGN8
My latest sin
https://www.youtube.com/watch?v=67esDMs9s-o
Different Pulses
https://www.youtube.com/watch?v=wHyplEnrgQQ
Love it or Leave it
https://www.youtube.com/watch?v=qFxRxNYnuzI
Bang Bang (il déchire celui-là)
https://www.youtube.com/watch?v=BjZUAI32TK0
In a Box II - My Tunnels Are Long And Dark These Days (celle-ci pour l'intensité de sa voix)
https://www.youtube.com/watch?v=MT28Mdefxbc

Si tu aimes, je t'indiquerai d'autres morceaux. Je crois que j'ai écouté tout son répertoire.
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Grunni
Quand y'en a marre,
Y'a Malabar !

Je ne suis pas sûr que c'était vraiment un poème... mais y'a rime. Je n'ai jamais su l'auteur, un génie ! Mais ça a marqué mon enfance !
Et un conseil -- même sans en manger -- crier ça lorsque vous en avez -- donc -- marre, et ça fonctionne à tous les coups !
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Mina singh
Excellent Grunni ! Une devise qui va bien avec le dimanche soir, veille du lundi -:(
Bienvenue au café poétique. Qu'est-ce que tu bois avec ton Malabar ?
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Grunni
Bien entendu depuis mon enfance l'alcool a remplacé le Malabar.
Malheureusement, je sèche encore pour un truc percutant :

Quand y'a d'l'alcool,
Y'a...

et là je sèche pour la rime...
J'avais le "mal au crâne"
la "honte"
l'"humiliation"
le "plus jamais"
le "j'arrête de boire"
même le "non je suis SAM"

mais je n'ai pas la rime...
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Grunni
Un conseil par contre pour le dimanche veille de lundi : Travailler le dimanche !

On ne voit plus le lundi pareil :)
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Mina singh
J'ai déjà testé beaucoup de formules... notamment pour les vacances je pose 5 jours à cheval sur deux semaines, j'ai ainsi l'impression de partir 2 semaines, je pose des RTT mardi et mercredi, comme ça le lundi soir, on me dit bon week-end :-)
.... mais là pendant deux semaines, c'est effectif réduit... Je suis dans la configuration Malabar !! Tu m'as trop fait rire !
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Mina singh
Je peux pas t'aider pour la rime mais alcool est un mot qui a une très jolie histoire, aussi bizarre que ça puisse paraître, il vient de le Khol, le maquillage... il s'est donc bien transformé...
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Jacques IONEAU
Rimes pour Grunni :
Quand y'a d'l'alcool,
Y'a.camisole

ou Y'a pas d'bagnole
Y'a pas ras l'bol
:-D
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Mina singh
Les petits délires du dimanche soir au café poétique, c'est bon :-)
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Jacques IONEAU
Et j"en souris encore le lundi matin :-))
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Mina singh
L'humour à libération prolongée, ça fait du bien :-)
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Auteur inconnu
Ode à un Rossignol

I

Mon coeur souffre, une torpeur accablante s'empare
De mes sens comme si j'avais bu de la ciguë,
Ou vidé une coupe de puissant narcotique
À l'instant même et m'étais plongé dans la Léthé:
Ce n'est pas par envie de ton heureux destin,
Mais parce que je suis enivré de ton bonheur,-
Toi, qui, Dryade ailée des arbres,
Dans quelque mélodieux entrelacs
De hêtres verts et d'ombrages infinis
Chantes l'été à plein gosier, à ton aise.

II

Oh ! Qui me donnera une gorgée d'un vin
Longtemps refroidi dans la terre profonde,
D'un vin qui sent Flora et la campagne verte,
La danse, les chansons provençales et la joie ensoleillée !
Oh ! Qui me donnera une coupe pleine du chaud Midi,
Pleine de la véritable, de la rougissante Hippocrène,
Avec, sur le bord, des bulles d'écume entraînante,
Que, la bouche teinte de poupre,
Je puisse m'abreuver et, quittant le monde sans être vu,
M'égarer avec toi dans l'obscurité de la forêt :

III

Disparaître dans l'espace, me dissoudre, oublier
Ce qu'au sein du feuillage tu n'as jamais connu,
Le degoût, la fièvre et l'agitation,
Parmi les hommes qui s'écoutent gémir les uns les autres;
Où le tremblement secoue les vieux aux rares cheveux gris,
Où la jeunesse devient blême, puis spectrale, et meurt ;
Où rien que de penser remplit de tristesse
Et sur les paupières pèse d'un poids de plomb,
Où la Beauté ne peut conserver un jour ses yeux lumineux,
Sans qu'un nouvel Amour le lendemain en ternisse l'éclat !

IV

Loin, m'égarer loin ! car je veux voler vers toi,
Non pas traîné par les léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Malgré les obstacles et les retards de la sotte pensée :
Déjà je me sens avec toi ! tendre est la nuit,
Et peut-être la Lune Reine est-elle sur son trône,
Au milieu de son essaim d'étoiles Fées ;
Mais içi, il n'y a nulle clarté,
Sauf celle que le ciel souffle avec les brises
Sur les sombres feuillages et la mousse des sentiers sinueux.

V

Je ne peux même pas discerner les fleurs à mes pieds,
Ni quelles essences d'arbre dégagent d'aussi suaves senteurs,
Mais dans la pénombre embaumée, je devine chacune de ses odeurs
Dont ce mois de la saison parfume
Le gazon, le hallier, le fruit de l'arbre sauvage ;
La blanche aubépine et l'églantine des champs ;
La violette qui se fane si vite recouverte par les feuilles ;
Et la fille ainée de la mi-Mai,
La rose musquée en bouton, trempée de rosée vineuse,
Où bourdonnent les mouches par les soirs d'été.

VI

Plongé dans l'obscurité, j'écoute et plus d'une fois
J'ai été presque amoureux de la mort apaisante,
Je lui ai donné de doux noms en plus d'un vers pensif,
Pour qu'elle enlevât dans l'air mon souffle calme ;
Maintenant plus que jamais il semble délicieux de mourir,
De finir à minuit sans souffrance
Pendant qu'au-dehors tu répands ton âme
Dans une telle extase!
Tu chanterais encore; moi, j'aurais des oreilles qui n'entendraient
pas ?
Ton sublime Requiem résonnerait sur un tertre de gazon.

VII

Mais toi, tu n'es pas né pour la mort, immortel Oiseau !
Il n'y a pas de générations affamées pour te fouler aux pieds ;
La voix que j'entends cette nuit fut entendue
Dans les anciens jours par empereurs et manants :
Peut-être cette même chanson fit tressaillir
Le triste coeur de Ruth, lorsque regrettant sa patrie,
Elle se tenait en larmes parmi les blés de l'étranger ;
Peut-être est-ce toi-même qui souvent as
Charmé de magiques fenêtres, s'ouvrant sur l'écume
Des mers périlleuses, en de féeriques terres délaissées.

VIII

Délaissé ! Ce mot même semble une cloche
Qui sonne la séparation et me rend à la solitude !
Adieu ! l'imagination ne parvient pas à me leurrer autant
Que sa réputation le proclame, décevant elfe.
Adieu ! Adieu ! ton antienne plaintif va s'affaiblissant,
Il franchit la prairie voisine, le silencieux ruisseau,
Le sommet de la colline, puis s'anéantit dans les profondeurs
De la vallée prochaine.
Était-ce une vision, était-ce une rêve ?
La musique s'est envolée :- Suis-je éveillée, suis-je endormi ?

John Keats

Ici en anglais : https://bxscience.edu/ourpages/auto/2011/3/25/71221363/Ode%20To%20A%20Nightingale.pdf
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Jacques IONEAU
Très beau poème et traduction. John Keats, poète anglais romantique est mort très jeune (25 ans) de tuberculose, en laissant une œuvre marquante malgré son faible volume (54 poèmes publiés durant 4 ans)
Merci Aspho de l'avoir partagé ici.
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Mina singh
Merci pour ce partage Aspho. J'ai pris le temps d'apprécier ton poème en ce dimanche soir.
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Mina singh
Merci pour les infos complémentaires :-)
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Auteur inconnu
Heureuse que ça vous plaise :)
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Jacques IONEAU
Avec plaisir Mina :-))
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Camille F.
Bonjour bonjour !

Encore un petit poème de Racan, parce qu'on (je) ne s'en (m'en) lasse pas !
Celui est bien plus pittoresque et léger que les deux que j'ai partagés précédemment, mais tout aussi délicieux. Je trouve toujours qu'il a une espèce de côté fantastique, et très moderne. Il y a presque un peu de symbolisme là-dedans.

Vous qui riez de mes douleurs

ode

Vous qui riez de mes douleurs,
Beaux yeux qui voulez que mes pleurs
Ne finissent qu'avec ma vie,
Voyez l'excez de mon tourment
Depuis que cet esloignement
M'a vostre presence ravie.

Pour combler mon adversité
De tout ce que la pauvreté
A de rude, et d'insupportable,
Je suis dans un logis desert,
OÙ par tout le plancher y sert
De lit, de bufet et de table.

Nostre hoste avec ses serviteurs
Nous croyant des reformateurs
S'enfuit au travers de la crote,
Emportant ployé sous ses bras
Son pot, son chaudron, et ses dras
Et ses enfans dans une hote.

Ainsi plus niais qu'un oison,
Je me vois dans une maison
Sans y voir ny valet ny maistre,
Et ce spectacle de malheurs,
Pour faire la nique aux voleurs,
N'a plus ny porte ny fenestre.

D'autant que l'orage est si fort,
Qu'on voit les navires du port
Sauter comme un chat que l'on berne,
Pour sauver la lampe du vent,
Mon valet a fait en resvant
D'un couvre-chef une lanterne.

Après maint tour et maint retour,
Nostre hoste s'en revient tout cour
En assez mauvais equipage,
Le poil crasseux et mal peigné
Et le front aussi renfrongné
Qu'un Escuyer qui tanse un page,

Quand ce vieillard desja cassé,
D'un compliment du temps passé,
A nous bienveigner s'esvertuë,
Il me semble que son nez tors
Se ploye, et s'alonge, à ressors,
Comme le col d'une tortuë.

Force vieux Soldats affamez,
Mal habillez et mal armez
Sont ici couchez sur du chaume,
Qui racontent les grands exploits
Qu'ils ont fait depuis peu de mois
Avecque Monsieur de Bapaume.

Ainsi nous nous entretenons
Sur le cul comme des guenons,
Pour soulager nostre misere :
Chacun y parle en liberté,
L'un de la prise de Paté,
L'autre du siege de Fougere.

Nostre hoste qui n'a rien gardé,
Voyant notre souper fondé
Sur d'assez foibles esperances,
Sans autrement se tourmenter,
Est resolu de nous traitter
D'excuses et de reverences.

Et moy que le sort a reduit
A passer une longue nuict
Au milieu de cette canaille,
Regardant le Ciel de travers
J'escris mon infortune en vers,
D'un tison contre une muraille.

Honorat de Bueil, seigneur de Racan
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Mina singh
Merci Camille, je reviens ce soir pour lire plus tranquillement les écrits du seigneur de Racan.
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phillechat
pour les fans du japon / musique et poésie :

https://www.youtube.com/watch?v=YIkvlVeIsqE
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Mina singh
J'aime bien le Japon mais l'incompréhension des paroles associée à un univers musical très différent limite les capacités de mon oreille à apprécier...
Merci pour la découverte en tout cas.
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phillechat
avec plaisir !
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Auteur inconnu
Un bonsoir au passage accompagné d'un joli poème.

Le pardon

Pour peu que votre image en mon âme renaisse,
Je sens bien que c'est vous que j'aime encor le mieux.
Vous avez désolé l'aube de ma jeunesse,
Je veux pourtant mourir sans oublier vos yeux,

Ni votre voix surtout, sonore et caressante,
Qui pénétrait mon coeur entre toutes les voix,
Et longtemps ma poitrine en restait frémissante
Comme un luth solitaire encore ému des doigts.

Ah ! j'en connais beaucoup dont les lèvres sont belles,
Dont le front est parfait, dont le langage est doux.
Mes amis vous diront que j'ai chanté pour elles,
Ma mère vous dira que j'ai pleuré pour vous.

J'ai pleuré, mais déjà mes larmes sont plus rares ;
Je sanglotais alors, je soupire aujourd'hui ;
Puis bientôt viendra l'âge où les yeux sont avares,
Et ma tristesse un jour ne sera plus qu'ennui.

Oui, pour avoir brisé la fleur de ma jeunesse,
J'ai peur de vous haïr quand je deviendrai vieux.
Que toujours votre image en mon âme renaisse !
Que je pardonne à l'âme au souvenir des yeux !

René-François SULLY PRUDHOMME
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Jacques IONEAU
Magnifique, du coup je me suis souvenu que j'avais un échantillon de ta voix (si c'est bien toi qui récite mon poème?), mais, et c'est bien triste, elle n'a pas eu cet effet sur moi xxxD
PS : si, un peu quand même :-))
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Mina singh
Ça fait plaisir de te voir par ici :-) Merci pour ton poème. On retrouve comme dans plusieurs poèmes déjà cités ici, l'idée que les émotions se tarissent avec l'âge, "les yeux avares". Je pense à peu près le contraire, qu'il existe dans le corps des choses qui peuvent toujours évoluer : la voix, le regard en font partie. Je ne crois pas non plus que les émotions s'amenuisent avec l'âge.
Tu en penses quoi ?
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Auteur inconnu
C'est bien ma voix, Jacques.
Ah ouais ?
Je préfère ça ;)

Mina, je pense également que, ni les sentiments, ni les émotions ne tarissent avec l'âge. Je pense seulement qu'on sait mieux gérer les choses, ou du moins, les garder pour soi. Le sourire à l'extérieur, le chagrin à l'intérieur.
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Mina singh
Oui de ce point de vue, je te rejoins mais le regard peut toujours explorer des angles que la jeunesse n'a pas pu observer du haut de ses illusions, de son impatience et ce qu'on découvre de l'extérieur peut être surement surprenant, nouveau...
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Jacques IONEAU
Je pense, comme vous deux, que les émotions, les sentiments, le regard que l'on porte sur les autres ne s’affaiblissent pas et contrairement aux visages ne prennent aucune ride.
Ou du moins, je l'espère, je vous le confirmerai quand je serai (plus) vieux :-D
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Jacques IONEAU
Là, Mina, je retrouve ma philosophe préférée :-))
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Auteur inconnu
On ne voit certainement plus les choses sous le même angle, et c'est normal, mais je pense que les sentiments gardent toute leur intensité.
Mais ce n'est que mon point de vue.

Oui, Jacques.
OK, on attendra donc bien sagement.
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Mina singh
C'est gentil ça :-)
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Jacques IONEAU
Comme il se fait tard, je vous propose une infusion, verveine pour Mina, et pour Aspho ? Je sais que tu n'aimes pas le café, le chocolat, le persil, l'ail (normal)...
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Auteur inconnu
Je peux me servir directement à ta jugulaire... xD
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Mina singh
D'accord pour la verveine.
Tu as écouté la chanson de Brigitte Fontaine "C'est normal" ?
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Mina singh
Mdrrr Jacques, je mettrai quelques culots globulaires de côté au cas où tu souffrirais d'anémie :-)
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Jacques IONEAU
Tu peux , mais je te préviens, j'ai mangé de l'ail et je porte un petit crucifix sur une chaine autour de mon cou...
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Auteur inconnu
(rires) tu es sauvé Jacques.
Mina est prévoyante et je ne te mordrai pas si tu as mangé de l'ail. Quant aux crucifix, ils me plaisent, j'en ai même deux (et y'en a un gravé sur le cercueil que j'ai autour du cou)
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Auteur inconnu
a la place, je prendrais donc une infusion à la pêche, si tu as ;)
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Jacques IONEAU
Je pense qu'Aspho a rentré ses canines au vu du com suivant, merci quand même.
Oui bien sûr, j'ai écouté Brigitte, je t'ai d'ailleurs répondu.
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Jacques IONEAU
Mina, as-tu ce type d'infusion ? Pour moi, comme d'habitude :))
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Mina singh
Une infusion à la pêche oui tout de suite ! Aspho est servie et toi un café serré sans sucre à cette heure-ci ?
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Auteur inconnu
Merci :D
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Jacques IONEAU
Pas de problème pour moi, je suis habitué, il ne m'empêche pas de dormir. Quand j'ai décidé d'arrêter de fumer (je fumais 2 paquets par jour), j'ai remplacé la cigarette par le café, de 30 à 40 tasses par jour durant 2 mois et ensuite j'ai diminué le café peu à peu , aujourd'hui j'en bois cinq ou six, pas plus.
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Mina singh
J'ai la même impression aussi.
Quant aux visages, certaines rides d'expression valent mieux que ces visages lissés à l'acide botulique qui finissent par ressembler à des masques.
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Mina singh
Ah vu tes antécédents, je comprends mieux pourquoi tu reste sur le café et je comprends aussi le "sans sucre". Tu as bien fait de prendre la décision d'arrêter le tabac en tout cas.
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Auteur inconnu
Tout vaut mieux, de toute façon, qu'un visage botoxé ^^
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Jacques IONEAU
C'est le problème des gens "mal dans leur peau", mais le problème, en fait se situe dans leur tête, pas autour.
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Auteur inconnu
C’est un fait !
Mais je pense qu’elles le savent. Se faire refaire n’est, en fait, qu’un palliatif à leur souffrance.
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Mina singh
Je ne sais pas trop quoi penser, comme si ces femmes commençaient par un point du visage et ne pouvaient pas s'arrêter, ça devient addictif et je ne sais pas comment les médecins accèdent à leur demande lorsque le résultat devient cette absence d'expression. C'est terrible pour ces personnes.
ça discrédite aussi la chirurgie esthétique qui peut être d'un grand secours dans d'autres circonstances.
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Auteur inconnu
Il ne faut pas confondre esthétique et réparatrice. Que l’on veuille cacher quelque chose dé disgracieux, aucun souci, refaire son nez s’il ressemble à une patate, pourquoi pas. Mais, certains vont beaucoup trop loin. Certaines personnes en perdent leur identité.
Enfin, c’est comme ça que je le ressens....
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Jacques IONEAU
Un célèbre chirurgien racontait, au cours d'un débat télévisé, avoir reçu une jeune fille, 19, 20 ans qui avait un nez un peu disgracieux. Il pensait qu'elle venait pour ça, il la laissa parler et, surpris, il la voit ôter son chemisier puis son soutien-gorge pour lui demander de modifier sa poitrine qu'elle trouvait trop petite ce qui la complexait. Lui a précisé que sa poitrine était tout à fait normale, mais il l'a opéréé et la cliente en a été transformée psychologiquement en évacuant ses complexes. À aucun moment elle n'a parlé de son nez qui, apparemment lui convenait.
Édifiant non ?
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Auteur inconnu
Édifiant et effrayant !
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Mina singh
Oui la chirurgie réparatrice est aussi esthétique, c'est l'intention recherchée et beaucoup de progrès ont été réalisés dans ce domaine, en cas d'exerèse de tumeur par exemple. Les résultats sont spectaculaires.
Lorsque le visage devient inexpressif, c'est une intention autre que je n'arrive pas bien à saisir ni de la part de ces personnes ni de la part des médecins qui participent à cette réalisation. J'ai aussi l'impression que c'est une perte d'identité. En tout cas de l'extérieur, on ne les reconnait pas.
Cela reste un mystère pour moi, je n'ai jamais réussi à en parler de vive voix avec une d'entre elles et les chirurgiens esthétiques que je connais sont très loin de cela.
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Auteur inconnu
Je ne comprends pas non plus. Je ne saurais donc te dire...
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Mina singh
Oui édifiant ! La représentation que l'on a de soi-même peut être bien différente des personnes qui nous regardent.
Chaque cas doit être différent et je pense que les chirurgiens dans ce genre de demande, devraient proposer un accompagnement psychologique pour éviter de partir dans une escalade d'interventions. Ils ont parfois le bistouri un peu trop facile...
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Jacques IONEAU
Désolé mes amies, je dois vous quitter à regret, je vais me coucher, demain matin je prends un avion pour Valence (environ 500 km) afin de rencontrer les allemands qui viennent de racheter la boite française qui m'emploie ici. C'étaient nos concurrents et je pense que je vais être viré. LOL
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Mina singh
Il est l'heure effectivement.
Bonne nuit avant cette épreuve :-(
Ils seront peut-être sympas les allemands.
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Auteur inconnu
Bonne nuit à vous deux.
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Mina singh
A toi aussi !
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Auteur inconnu
Merci
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phillechat
un amour d'humour noir ^^
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Annick
J'aime beaucoup ce poète. Merci Auteur inconnu pour ce très beau texte.
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Mina singh
Alors cette entrevue avec les allemands ? Tu nous a rien raconté de ce voyage.
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Jacques IONEAU
Un long extrait du poème l’hiver de Jehan Rictus (1867-1933), poète oublié qui s’exprimait dans la langue populaire des années folles en utilisant l’argot et les tournures de phrases du début du vingtième siècle.
Il disait de lui : "Faire dire quelque chose à Quelqu’Un qui serait le Pauvre, ce bon pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours. Voilà ce que j’ai tenté."

L’Hiver

Merd’ ! V’là l’Hiver et ses dur’tés,
V’là l’ moment de n’ pus s’ mettre à poils :
V’là qu’ ceuss’ qui tienn’nt la queue d’ la poêle
Dans l’ Midi vont s’ carapater !

V’là l’ temps ousque jusqu’en Hanovre
Et d’ Gibraltar au cap Gris-Nez,
Les Borgeois, l’ soir, vont plaind’ les Pauvres
Au coin du feu... après dîner !

Et v’là l’ temps ousque dans la Presse,
Entre un ou deux lanc’ments d’ putains,
On va r’découvrir la Détresse,
La Purée et les Purotains !

Les jornaux, mêm’ ceuss’ qu’a d’ la guigne,
À côté d’artiqu’s festoyants
Vont êt’ pleins d’appels larmoyants,
Pleins d’ sanglots... à trois sous la ligne !

Merd’, v’là l’Hiver, l’Emp’reur de Chine
S’ fait flauper par les Japonais !
Merd’ ! v’là l’Hiver ! Maam’ Sév’rine
Va rouvrir tous ses robinets !

C’ qui va s’en évader des larmes !
C’ qui va en couler d’ la piquié !
Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes
C’est un vrai commerce, un méquier !

Ah ! c’est qu’on est pas muff en France,
On n’ s’occupe que des malheureux ;
Et dzimm et boum ! la Bienfaisance
Bat l’ tambour su’ les Ventres creux !

L’Hiver, les murs sont pleins d’affiches
Pour Fêt’s et Bals de charité,
Car pour nous s’courir, eul’ mond’ riche
Faut qu’y gambille à not’ santé !

Sûr que c’est grâce à la Misère
Qu’on rigol’ pendant la saison ;
Dam’ ! Faut qu’y viv’nt les rastaqoères
Et faut ben qu’y r’dor’nt leurs blasons !

Et faut ben qu’ ceux d’ la Politique
Y s’ gagn’nt eun’ popularité !
Or, pour ça, l’ moyen l’ pus pratique
C’est d’ chialer su’ la Pauvreté.
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phillechat
je connaissais le poème , mais pas l'auteur : merci !
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Mina singh
En lisant à haute voix, c'est marrant et le texte a un fond critique, j'aime bien cette alliance humour / critique.
"Pleins d’ sanglots... à trois sous la ligne !" ça n'a pas beaucoup changé...
La dernière strophe est pas mal non plus.
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Jacques IONEAU
Oui Mina, c'est aussi ce qui me plaît chez lui, son humanité. C'est tiré d'un livre qui s'appelle : Les Soliloques du Pauvre, publié aux éditions Seghers . 280 pages entièrement en vers, tous de la même veine. Je l'ai déniché chez un bouquiniste de Toulouse en parfait état.
Dans un autre texte intitulé "Espoir" on lit ce quatrain :
On croit s' battr' pour l'Humanité,
J' t'en fous... c'est pour qu'les Forts s'engraissent
Et c'est pour que l' Commerce y r'naisse
Avec bien pus d' sécurité.
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Mina singh
Tu en fais des découvertes intéressantes. Il doit être rare ce livre.
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Jacques IONEAU
Je ne sais pas, c'est une édition brochée et illustrée de 1965 que j'ai obtenu, après négociations, pour 22,87 € (prix de départ 35 €)
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Mina singh
Pas très cher finalement.
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Jacques IONEAU
Non en fait. Habituellement j'en trouve autour de 10 € chez les bouquinistes ou sur les marchés, mais j'en ai déjà acheté beaucoup plus cher, même en marchandant.
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phillechat
Sainte - beuve, : on a oublié qu'il fut un grand poète :

Les dimanches d’été, le soir, vers les six heures,
Quand le peuple empressé déserte ses demeures
Et va s’ébattre aux champs.
Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre,
Je regarde d’en haut passer et disparaître
Joyeux bourgeois, marchands,

Ouvriers en habits de fête, au cœur plein d’aise ;
Un livre est entr’ouvert, près de moi, sur ma chaise :
Je lis ou fais semblant ;
Et les jaunes rayons que le couchant ramène,
Plus jaunes ce soir-là que pendant la semaine,
Teignent mon rideau blanc.

J’aime à les voir percer vitres et jalousie ;
Chaque oblique sillon trace à ma fantaisie
Un flot d’atomes d’or ;
Puis, m’arrivant dans l’âme à travers la prunelle,
Ils redorent aussi mille pensers en elle,
Mille atomes encor.

Ce sont des jours confus dont reparaît la trame,
Des souvenirs d’enfance, aussi doux à notre âme
Qu’un rêve d’avenir :
C’était à pareille heure (oh ! je me le rappelle)
Qu’après vêpres, enfants, au chœur de la chapelle
On nous faisait venir.

La lampe brûlait jaune, et jaune aussi les cierges ;
Et la lueur glissant aux fronts voilés des vierges
Jaunissait leur blancheur ;
Et le prêtre vêtu de son étole blanche
Courbait un front jauni, comme un épi qui penche
Sous la faux du faucheur.

Oh ! qui dans une église, à genoux sur la pierre,
N’a bien souvent, le soir, déposé sa prière,
Comme un grain pur de sel ?
Qui n’a du crucifix baisé le jaune ivoire ?
Qui n’a de l’Homme-Dieu lu la sublime histoire
Dans un jaune missel ?

Mais où la retrouver, quand elle s’est perdue,
Cette humble foi du cœur, qu’un ange a suspendue
En palme à nos berceaux ;
Qu’une mère a nourrie en nous d’un zèle immense ;
Dont chaque jour un prêtre arrosait la semence
Aux bords des saints ruisseaux ?

Peut-elle refleurir lorsqu’à soufflé l’orage,
Et qu’en nos cœurs l’orgueil, debout, a dans sa rage
Mis le pied sur l’autel ?
On est bien faible alors, quand le malheur arrive,
Et la mort... faut-il donc que l’idée en survive
Au vœu d’être immortel !

J’ai vu mourir, hélas ! ma bonne vieille tante,
L’an dernier ; sur son lit, sans voix et haletante,
Elle resta trois jours,
Et trépassa. J’étais près d’elle dans l’alcôve ;
J’étais près d’elle encor, quand sur sa tête chauve
Le linceul fit trois tours.

Le cercueil arriva, qu’on mesura de l’aune ;
J’étais là... puis, autour, des cierges brûlaient jaune,
Des prêtres priaient bas ;
Mais en vain je voulais dire l’hymne dernière ;
Mon œil était sans larme et ma voix sans prière,
Car je ne croyais pas.

Elle m’aimait pourtant... ; et ma mère aussi m’aime,
Et ma mère à son tour mourra ; bientôt moi-même
Dans le jaune linceul
Je l’ensevelirai ; je clouerai sous la lame
Ce corps flétri, mais cher, ce reste de mon âme ;
Alors je serai seul ;

Seul, sans mère, sans sœur, sans frère et sans épouse ;
Car qui voudrait m’aimer, et quelle main jalouse
S’unirait à ma main ?...
Mais déjà le soleil recule devant l’ombre,
Et les rayons qu’il lance à mon rideau plus sombre
S’éteignent en chemin...

Non, jamais à mon nom ma jeune fiancée
Ne rougira d’amour, rêvant dans sa pensée
Au jeune époux absent ;
Jamais deux enfants purs, deux anges de promesse
Ne tiendront suspendu sur moi, durant la messe,
Le poêle jaunissant.

Non, jamais, quand la mort m’étendra sur ma couche,
Mon front ne sentira le baiser d’une bouche,
Ni mon œil obscurci
N’entreverra l’adieu d’une lèvre mi-close !
Jamais sur mon tombeau ne jaunira la rose,
Ni le jaune souci !

- Ainsi va ma pensée, et la nuit est venue ;
Je descends, et bientôt dans la foule inconnue
J’ai noyé mon chagrin :
Plus d’un bras me coudoie ; on entre à la guinguette,
On sort du cabaret ; l’invalide en goguette
Chevrote un gai refrain.

Ce ne sont que chansons, clameurs, rixes d’ivrogne,
Ou qu’amours en plein air, et baisers sans vergogne,
Et publiques faveurs ;
Je rentre : sur ma route on se presse, on se rue ;
Toute la nuit j’entends se traîner dans ma rue
Et hurler les buveurs.
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Mina singh
Merci pour la découverte. Je ne connaissais pas ce texte ni son auteur. Des pensées qui naissent à travers un moment de contemplation où l'idée de la mort apparait et donc le sens de la vie aussi.
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phillechat
oui, un beau poème !
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Blue Cat
C'est un poème tellement sincère et douloureux ! Merci de l'avoir partagé, il m'a fait quelque chose.
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Mina singh
Bienvenue au café poétique !
Si tu as des textes à partager, n'hésite pas...
A bientôt j'espère.
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Camille F.
Effectivement, le Sainte-Beuve a été totalement décrédibilisé par Proust et son "Contre Sainte-Beuve", par ses erreurs monumentales sur les auteurs de son temps qui devaient, selon lui, passer à la postérité. Il n'a pas reconnu le génie de Stendhal, Balzac, Baudelaire... Ce qui ne l'a pas empêché d'être le critique le plus influent de son temps, et de loin ! Quand on sait que Baudelaire était un admirateur de Sainte-Beuve, de la poésie des "Rayons jaunes" dont il a dit qu'elle était le modèle des "Fleurs du mal", on ne sait plus trop quoi penser de ce personnage un peu bizarre...
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Mina singh
Bonsoir Camille,
Quel plaisir de lire tes commentaires. J'adore les petites histoires qui font partie de la grande.
Personnage un peu bizarre en effet.
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Mina singh
je dormais dans les racines d'un arbre
et faisais beaucoup de rêves :
un langage étrange, bien étrange
comme un millier de feuilles frémissantes

J'ai rêvé que mes yeux
étaient sortis de ma tête
ils étaient partis se rouler
dans les vagues de la mer
ils me sont revenus plus verts

j'ai rêvé que mes os
étaient sortis de mon corps
pour danser une gigue
sur une montagne couverte de neige
ils me sont revenus plus blancs, plus forts

Kenneth White
Territoires chamaniques - extraits
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phillechat
une splendeur !!
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Mina singh
Merci de ton passage, les poètes sont discrets en ce moment...
Un petit saké ?
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phillechat
Pas de refus !
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Mina singh
A ta santé !
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Jacques IONEAU
Je ne devrais pas, mais j'en prends un aussi, je viens d'apprendre que je risque d'être sacqué !
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phillechat
ou joyeux ^^
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Mina singh
Allez moi aussi !
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phillechat
Plus on est de fous ^^
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Mina singh
C'est bon de rire et avec le saké virtuel on ne craint pas de s'enivrer :-)
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Jacques IONEAU
C'est aussi le cas de la poésie, encore que certains disent que ça les soûle...
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phillechat
ou les enivre ^^
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Mina singh
Ben c'est pour ça qu'on a ouvert notre café... S'enivrer de poésie sans déranger personne !
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Jacques IONEAU
Vous avez raison tous les deux, mais je faisais référence à ceux qui disent que la poésie les ennuie (en employant souvent un terme moins poétique :-D)
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Mina singh
Je peux comprendre qu'on puisse ne pas tous être sensibles à la même forme d'expression écrite. J'aime autant que les gens soient honnêtes dans leur ressenti. Et puis on peut toujours les faire changer d'avis.
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Jacques IONEAU
On peut essayer, car s'il ne suffit pas de poétiser pour devenir poète (comme disait Vian et il ajoutait , mais ça peut aider), je suis sûr qu'on finit par apprécier la poésie à force d'en lire.
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Mina singh
Oui elle peut prendre tellement de formes différentes... et puis elle nous relie pratiquement tous à notre enfance. Je n'aimais pas réciter les poésies devant tout le monde mais cela ne m'a pas empêchée de toujours l'apprécier.
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Mina singh
La symphonie Pastorale - Brigitte Fontaine

Je suis la Liaison Dangereuse
Entre les astres vénéneux
Aspirée par les nébuleuses
J'ai le Diable au Corps ou c'est Dieu
Errant entre les murs de feu
D'un antre Au Dessous du Volcan
Crachant la limonade bleue
Je fuis les Hauts de Hurlevent

Où se cacher dans ce pays
Que règlent le Rouge et le Noir

Pas une porte de sortie
De l'Autre côté du Miroir
Je suis la Machine Infernale
Et la Symphonie Pastorale
J'aspire aux matins en enfance

Où se calment les Possédés
Les matins transparents
Qui dansent
Balayés d'un vent d'Odyssée
Je rêve d'une sieste jaune
Dans le Gai Savoir de l'été
Loin de l'autel pervers où trônent Les Fleurs du Mal carbonisées
Et je m'en vais sur d'autres ailes
Laissant sans vice ni vertu
Aux Petites Filles Modèles
La Recherche du Temps Perdu

Je suis la Machine Infernale
Et la symphonie Pastorale
Dame à la licorne enivrée
Je vis ma Saison en Enfer
Et puis je joue à chat perché
Dans le Silence de la Mer

Je suis le Lys dans la Vallée
Evanouie sous les baisers
Je suis la voiture d'Orphée
Parlant le langage des fées
Je conduirai Les Misérables
Aux palais des rois trépassés
Nous ferons des statues de sable
Aux Chemins de la Liberté

Je suis la Machine Infernale
Et la Symphonie Pastorale

En musique :
https://www.youtube.com/watch?v=doFpQ2DYhcM
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Jacques IONEAU
Brigitte Fontaine : tout un poème :-))
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Mina singh
Oui c'est sûr :-)
J'ai bien aimé ce texte écrit avec des titres d'oeuvres.
Celle-ci me plaît aussi beaucoup : "C'est normal"
https://www.youtube.com/watch?v=r-YWuJ05Qew
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Jacques IONEAU
Ah, ah ! J'adore, c'est normal, c'est Brigitte ! Elle ne pourra d'ailleurs pas s'écraser au sol, elle mourra cramée avant étant donné son taux d'alcool dans le sang...
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Mina singh
Elle m'éclate cette chanson, je m'en lasse pas..
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Jacques IONEAU
Ce n'est ni un poème ni une chanson, une sorte d’œuvre d'art hors des canons habituels, surréaliste et pourtant très réaliste un peu comme le tableau de Magritte représentant une pipe et dont le titre est : "Ceci n'est pas une pipe" !
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Mina singh
Oui c'est ce qui me plaît surréaliste et réaliste en même temps.
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Sacha Choufre
Poèmes à Lou Apollinaire: je ne sais plus quel poème!
Je tourne vire
Phare affolé
Mon beau navire
S'en est allé

Je crois que çela m'as donné envie d'écrire.
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Mina singh
Bienvenue au café poétique !
J'espère que tu y liras des poèmes qui poursuivront ton envie d'écrire.
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Camille F.
Honorat de Bueil, seigneur de Racan

Stances sur la retraite

Thirsis, il faut penser à faire la retraite :
La course de nos jours est plus qu’à demy faite.
L’âge insensiblement nous conduit à la mort.
Nous avons assez veu sur la mer de ce monde
Errer au gré des flots nostre nef vagabonde ;
Il est temps de joüir des delices du port.

Le bien de la fortune est un bien perissable ;
Quand on bastit sur elle on bastit sur le sable.
Plus on est eslevé, plus on court de dangers :
Les grands pins sont en bute aux coups de la tempeste,
Et la rage des vents brise plûtost le faiste
Des maisons de nos roys que des toits des bergers.

Ô bien-heureux celuy qui peut de sa memoire
Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire
Dont l’inutile soin traverse nos plaisirs,
Et qui, loin retiré de la foule importune,
Vivant dans sa maison content de sa fortune,
A selon son pouvoir mesuré ses desirs !

Il laboure le champ que labouroit son pere ;
Il ne s’informe point de ce qu’on delibere
Dans ces graves conseils d’affaires accablez ;
Il voit sans interest la mer grosse d’orages,
Et n’observe des vents les sinistres presages
Que pour le soin qu’il a du salut de ses bleds.

Roy de ses passions, il a ce qu’il desire,
Son fertile domaine est son petit empire ;
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ;
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Se contente chez luy de les voir en tableau.

Il voit de toutes parts combler d’heur sa famille,
La javelle à plein poing tomber sous la faucille,
Le vendangeur ployer sous le faix des paniers,
Et semble qu’à l’envy les fertiles montagnes,
Les humides vallons et les grasses campagnes
S’efforcent à remplir sa cave et ses greniers.

Il suit aucunesfois un cerf par les foulées
Dans ces vieilles forests du peuple reculées
Et qui mesme du jour ignorent le flambeau ;
Aucunesfois des chiens il suit les voix confuses,
Et voit enfin le lievre, aprés toutes ses ruses,
Du lieu de sa naissance en faire son tombeau.

Tantost il se promene au long de ses fontaines,
De qui les petits flots font luire dans les plaines
L’argent de leurs ruisseaux parmy l’or des moissons ;
Tantost il se repose avecque les bergeres
Sur des lits naturels de mousse et de fougeres,
Qui n’ont autres rideaux que l’ombre des buissons.

Il souspire en repos l’ennuy de sa vieillesse
Dans ce mesme foyer où sa tendre jeunesse
A veu dans le berceau ses bras emmaillottez ;
Il tient par les moissons registre des années,
Et voit de temps en temps leurs courses enchaisnées
Vieillir avecque luy les bois qu’il a plantez.

Il ne va point foüiller aux terres inconnuës,
À la mercy des vents et des ondes chenuës,
Ce que Nature avare a caché de tresors,
Et ne recherche point, pour honorer sa vie,
De plus illustre mort, ny plus digne d’envie,
Que de mourir au lit où ses peres sont morts.

Il contemple du port les insolentes rages
Des vents de la faveur, auteurs de nos orages,
Allumer des mutins les desseins factieux,
Et voit en un clin d’œil, par un contraire eschange,
L’un deschiré du peuple au milieu de la fange,
Et l’autre à mesme temps eslevé dans les cieux.

S’il ne possede point ces maisons magnifiques,
Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques,
Où la magnificence estale ses attraits,
Il jouit des beautez qu’ont les saisons nouvelles,
Il voit de la verdure et des fleurs naturelles,
Qu’en ces riches lambris l’on ne voit qu’en portraits.

Croy-moy, retirons-nous hors de la multitude,
Et vivons desormais loin de la servitude
De ces palais dorez où tout le monde accourt.
Sous un chesne eslevé les arbrisseaux s’ennuyent,
Et devant le soleil tous les astres s’enfuyent,
De peur d’estre obligez de luy faire la court.

Aprés qu’on a suivy sans aucune asseurance
Cette vaine faveur qui nous paist d’esperance,
L’envie en un moment tous nos desseins destruit.
Ce n’est qu’une fumée, il n’est rien de si fresle ;
Sa plus belle moisson est sujette à la gresle,
Et souvent elle n’a que des fleurs pour du fruit.

Agreables deserts, sejour de l’innocence,
Où loin des vanitez, de la magnificence,
Commence mon repos et finit mon tourment ;
Valons, fleuves, rochers, plaisante solitude,
Si vous fustes tesmoins de mon inquietude,
Soyez-le desormais de mon contentement.
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Mina singh
Bonjour Camille,
He bien, la réflexion sur les temps de la vie du seigneur de Racan reste très actuelle. Il y a la perception de la mort qui se rapproche et l'idée de se retirer du monde "tumultueux", voir la vie qui reste différemment. La 2e, la 8e et la dernière strophes sont mes préférées.
Merci pour ce partage.
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Camille F.
Bonsoir Mina ! Ravi de te retrouver :)

Eh oui, à toutes les époques on a pu vouloir, comme Racan, aller plutôt vivre dans une cabane au fond des bois ! Et personnellement, ça ne me prend pas aussi tard qu'à l'approche de la mort :p

Je suis content que ce poème te plaise, je trouve une grande paix, une grande quiétude dans cette évocation d'une vie simple et champêtre, où l'on "tient par les moissons registre des années" (j'adore ce vers).

Merci pour ta lecture et ton commentaire !
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Mina singh
Moi aussi ravie de te retrouver :-)
Tu as bien raison de ne pas attendre ! C'est, je trouve, l'enseignement de ce poème, la question que l'on se pose à la fin, pourquoi attendre plus de la moitié de sa vie ? Il y a beaucoup de force dans cette capacité de contemplation, hors du tumulte et de l'action. Personnellement, j'ai toujours eu besoin de ces moments de recul qui permettent de se resituer.
Je vais chercher un texte à partager pour demain dans la continuité de cette réflexion.
Au fait, que bois-tu à cette heure-ci ?
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Camille F.
Pareil pour moi, je ne peux même pas imaginer ma vie sans. Si je n'ai pas un minimum de calme et de solitude très régulièrement, je me sens très vite complètement vidé et étranger à moi-même...

Je vais juste prendre un verre d'eau cette fois merci, je venais surtout pour la poésie :)
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Mina singh
Double dose de poésie alors :-)
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Lucivar
Jules Barbey d’Aurevilly :

Treize Ans.

Elle avait dix-neuf ans. Moi, treize. Elle était belle;
Moi, laid. Indifférente, -et moi je me tuais...
Rêveur sombre et brûlant, je me tuais pour elle.
Timide, concentré, fou, je m'exténuais...
Mes yeux noirs et battus faisaient peur à ma mère;
Mon pâle front avait tout à coup des rougeurs
Qui me montaient du cœur comme un feu sort de terre!
Je croyais que j'avais deux cœurs.

Un n'était pas assez pour elle. Ma poitrine
Semblait sous ces deux cœurs devoir un jour s'ouvrir
Et les jeter tous deux sous sa fière bottine,
Pour qu'elle pût fouler mieux aux pieds son martyr!
Ô de la puberté la terrible démence!
Qui ne les connut pas, ces amours de treize ans?
Solfatares du cœur qui brûlent en silence,
Embrasements, étouffements!

Je passais tous mes jours à ne regarder qu'elle...
Et le soir, mes deux yeux, fermés comme deux bras,
L'emportaient, pour ma nuit, au fond de leur prunelle...
Ah! le regard fait tout, quand le cœur n'ose pas!
Le regard, cet oseur et ce lâche, en ses fièvres,
Sculpte le corps aimé sous la robe, à l'écart...
Notre cœur, nos deux mains, et surtout nos deux lèvres;
Nous les mettons dans un regard!

Mais un jour je les mis ailleurs... et dans ma vie
Coup de foudre reçu n'a fumé plus longtemps!
C'est quand elle me dit: « Cousin, je vous en prie... »
Car nous étions tous deux familiers et parents;
Car ce premier amour, dont la marque nous reste
Comme l'entaille, hélas! du carcan reste au cou,
Il semble que le Diable y mêle un goût d'inceste
Pour qu'il soit plus ivre et plus fou!

Et c'était un: « Je veux! » que ce: « Je vous en prie,
Allons voir le cheval que vous dressez pour moi... »
Elle entra hardiment dans la haute écurie,
Et moi, je l'y suivis, troublé d'un vague effroi...
Nous étions seuls; l'endroit était grand et plein d'ombre,
Et le cheval, sellé comme pour un départ,
Ardent au râtelier, piaffait dans la pénombre...
Mes deux lèvres, dans mon regard,

Se collaient à son corps, -son corps, ma frénésie! -
Arrêté devant moi, cambré, voluptueux,
Qui ne se doutait pas que j'épuisais ma vie
Sur ses contours, étreints et mangés par mes yeux!
Elle avait du matin sa robe blanche et verte,
Et sa tête était nue, et ses forts cheveux noirs
Tordus, tassés, lissés sans une boucle ouverte,
Avaient des lueurs de miroirs!

Elle se retourna: « Mon cousin, -me dit-elle
Simplement, -de ce ton qui nous fait tant de mal! -
Vous n'êtes pas assez fort pour me mettre en selle?... »
Je ne répondis point, -mais la mis à cheval
D'un seul bond!... avec la rapidité du rêve,
Et, ceignant ses jarrets de mes bras éperdus,
Je lui dis, enivré du fardeau que j'enlève:
« Pourquoi ne pesez-vous pas plus? »

Car on n'a jamais trop de la femme qu'on aime
Sur le cœur, -dans les bras, -partout, -et l'on voudrait
Souvent mourir pâmé... pâmé sous le poids même
De ce corps, dense et chaud, qui nous écraserait!
Je la tenais toujours sous ses jarrets, -la selle
Avait reçu ce poids qui m'en rendait jaloux,
Et je la regardais, dans mon ivresse d'elle,
Ma bouche effleurant ses genoux;

Ma bouche qui séchait de désir, folle, avide...
Mais Elle, indifférente en sa tranquillité,
Tendait rêveusement les rênes de la bride,
-Callipyge superbe, assise de côté! -
Tombant sur moi de haut, en renversant leur flamme,
Ses yeux noirs, très couverts par ses cils noirs baissés,
Me brûlaient jusqu'au sang, jusqu'aux os, jusqu'à l'âme,
Sans que je leur criasse: « Assez! »

Et le désir, martyre à la fois et délice,
Me couvrait de ses longs frissons interrompus;
Et j'éprouvais alors cet étrange supplice
De l'homme qui peut tout... et pourtant n'en peut plus!
A tenir sur mes bras sa cuisse rebondie,
Ma tête s'en allait, -tournoyait, -j'étais fou!
Et j'osai lui planter un baiser... d'incendie
Sur la rondeur de son genou!

Et ce baiser la fit crier comme une flamme
Qui l'eût mordue au cœur, au sein, au flanc, partout!
Et ce baiser tombé sur un genou de femme
Par la robe voilé, puis ce cri... ce fut tout!
Ce fut tout ce jour-là. -Rigide sur sa selle,
Elle avait pris mon front et avait écarté
De ses tranquilles mains, ce front, ce front plein d'elle,
Rebelle qu'elle avait dompté!

Et ce fut tout depuis, -et toujours. Notre vie
S'en alla bifurquant par des chemins divers.
Peut-être elle oublia, cet instant de folie,
Où de la voir ainsi mit mon âme à l'envers!
Elle oublia. Moi, non. Et nulle de ces femmes
Qui, depuis, m'ont le mieux passé les bras au cou,
N'arracha de ma lèvre, avec sa lèvre en flammes,
L'impression de ce genou!
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phillechat
Un bijou !
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Lucivar
Un de mes coups de coeur aussi, tellement puissant *-*
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Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun
Aux fleurs de pruniers
je parsème de sardines
la tombe de mon chat

Issa (1763-1828)
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phillechat
Un peu de Boileau, pour se rendre compte qu'il n’y a "nihil novi sub sole "
Remplacez l'actualité par Trump et les auteurs par Houellebecq et Tesson, et vous vous retrouvez en 2020 ! :

Et la troupe à l’instant, cessant de fredonner,
D’un ton gravement fou s’est mise à raisonner.
Le vin au plus muet fournissant des paroles,
Chacun a débité ses maximes frivoles,
Réglé les intérêts de chaque potentat,
Corrigé la police, et réformé l’Etat,
Puis, de là s’embarquant dans la nouvelle guerre,
A vaincu la Hollande, ou battu l’Angleterre.
Enfin, laissant en paix tous ces peuples divers,
De propos en propos on a parlé de vers.
Là, tous mes sots, enflés d’une nouvelle audace,
Ont jugé des auteurs en maîtres du Parnasse :
Mais notre hôte surtout, pour la justesse et l’art,
Elevait jusqu’au ciel Théophile et Ronsard ;
Quand un des campagnards relevant sa moustache,
Et son feutre à grands poils ombragé d’un pennache,
Impose à tous silence, et d’un ton de docteur :
Morbleu ! dit-il, La Serre est un charmant auteur !
Ses vers sont d’un beau style, et sa prose est coulante.
La Pucelle est encore une œuvre bien galante,
Et je ne sais pourquoi je bâille en la lisant.
Le Pays, sans mentir, est un bouffon plaisant :
Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture.
Ma foi, le jugement sert bien dans la lecture.
A mon gré, le Corneille est joli quelquefois.
En vérité, pour moi j’aime le beau françois.
Je ne sais pas pourquoi l’on vante l’Alexandre,
Ce n’est qu’un glorieux qui ne dit rien de tendre,
Les héros chez Quinault parlent bien autrement,
Et jusqu’à Je vous hais, tout s’y dit tendrement.
On dit qu’on l’a drapé dans certaine satire ;
Qu’un jeune homme… Ah ! je sais ce que vous voulez dire,
A répondu notre hôte : « Un auteur sans défaut,
« La raison dit Virgile, et la rime Quinault. »
- Justement. A mon gré, la pièce est assez plate.
Et puis, blâmer Quinault !… Avez-vous vu l’Astrate ?
C’est là ce qu’on appelle un ouvrage achevé.
Surtout « l’Anneau royal » me semble bien trouvé.
Son sujet est conduit d’une belle manière ;
Et chaque acte, en sa pièce, est une pièce entière.
Je ne puis plus souffrir ce que les autres font.
Il est vrai que Quinault est un esprit profond,
A repris certain fat, qu’à sa mine discrète
Et son maintien jaloux j’ai reconnu poète,
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Jacques IONEAU
Ah, ah ! Superbe, Phil, le café du commerce revu et corrigé en vers par Boileau, mettant en scène nos politiciens et auteurs "favoris". Belle trouvaille !
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phillechat
Intemporelle !!
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Jacques IONEAU
Comme aurait dit Béart
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phillechat
Exact, après on peut se lancer dans une réécriture :
https://www.scribay.com/defis/defi/1498523546/paraphrase-poetique
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Lucivar
Jules Lefèvre-Deumier

Les Stalactites


Comme un collier sans fin s’enchaînant goutte à goutte
Les étincelles d’eau qui perlent à la voûte,
S’y sculptent d’elles-mêmes en nuage argenté,
Et donnent pour coupole, à ce temple enchanté,
Un ciel de marbre blanc semé d’astres de neige.
Les songes ciselés des piliers de Jumiège
Dorment là sans lumière, attendant nos flambeaux.
Les panneaux ouvragés des gothiques tombeaux,
Ces nielles de fleurs, ces milliers d’arabesques
Dont l’Espagne a brodé ses églises moresques,
Demeurent là sans air, sans témoins, sans soleil.
Ces trésors, dont le jour respecte le sommeil,
Sont peut-être les pleurs de l’esprit de la terre,
Qui poursuit dans la nuit son oeuvre solitaire.
A quels miracles d’homme ici-bas comparer
Ce chaos d’où le monde est encore à tirer ?
Ne ressemble-t-il point au rêve du poète,
Demi-dieu prisonnier, dont la fièvre inquiète
Fuit le stérile éclat qui brûle nos chemins,
Et travaille, dans l’ombre, invisible aux humains ?
Vous admirez les fruits, que l’imprudent hasarde !
Qu’est-ce auprès cependant des richesses qu’il garde,
Nuages merveilleux de chefs-d’oeuvre perdus,
Comme un brouillard de l’âme au cerveau suspendus !
Ces ombres de prodige à nos yeux interdites,
Et du génie en deuil pensives stalactites,
Ces grappes de trésors sous nos fronts déposés,
Ce sont peut-être aussi des pleurs cristallisés.
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Camille F.
Excellent ! Malgré mes études littéraires et ma passion pour la poésie classique, je n'avais jamais entendu parler de ce poète, merci pour cette très belle découverte !
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Orion
Extraordinaire ! Je vais de ce pas à sa rencontre !
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Lucivar
Content de vous l'avoir fait découvrir :)
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Mina singh
En vacances, je perds tout repère temporel et ne vis à aucun rythme mais celui de la poésie est enchantant. Merci pour cette belle découverte.
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Lucivar
François Coppée :

Les Larmes

J’aurai cinquante ans tout à l’heure ;
Je m’y résigne, Dieu merci !
Mais j’ai ce très grave souci :
Plus je vieillis, et moins je pleure.

Je souffre pourtant aujourd’hui
Comme jadis, et je m’honore
De sentir vivement encore
Toutes les misères d’autrui.

Oh ! la bonne source attendrie
Qui me montait du cœur aux yeux !
Suis-je à ce point devenu vieux
Qu’elle soit près d’être tarie ?

Pour mes amis dans la douleur,
Pour moi-même, quoi ? plus de larme
Qui tempère, console et charme,
Un instant, ma peine ou la leur !

Hier encor, par ce froid si rude,
Devant ce pauvre presque nu,
J’ai donné, mais sans être ému,
J’ai donné, mais par habitude ;

Et ce triste veuf, l’autre soir,
― Sans que de mes yeux soit sortie
Une larme de sympathie, ―
M’a confié son désespoir.

Est-ce donc vrai ? Le cœur se lasse,
Comme le corps va se courbant.
En moi seul toujours m’absorbant,
J’irais, vieillard à tête basse ?

Non ! C’est mourir plus qu’à moitié !
Je prétends, cruelle nature,
Résistant à ta loi si dure,
Garder intacte ma pitié…

Oh ! les cheveux blancs et les rides !
Je les accepte, j’y consens ;
Mais, au moins, jusqu’en mes vieux ans,
Que mes yeux ne soient point arides !

Car l’homme n’est laid ni pervers
Qu’au regard sec de l’égoïsme,
Et l’eau d’une larme est un prisme
Qui transfigure l’univers.
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Mina singh
Je suis en vacances... je prends le temps de savourer ton poème de la nuit avec deux cafés très longs.
C'est vrai que 50 ans, c'est une étape !
Etonnante cette réflexion à propos des larmes et ce constat de moins pleurer plus on vieillit. Il veut sans doute parler d'une sorte d'endurcissement face aux souffrances de la vie.

Peut être en raison de mon métier (je suis exposée à la souffrance d'autrui physique et psychique), je n'ai ressenti aucune différence de perception qu'elle soit liée à l'âge ou à l'expérience. Chaque personne a son histoire, il n'y a jamais de redondance, c'est pourquoi, on ne peut se lasser de cette aventure humaine, comme l'auteur semble l'imaginer par cette comparaison sentiment / corps.
"Le coeur se lasse, / comme le corps va se courbant."
Se "blinder" contre la souffrance peut être une défense pour qu'elle nous atteigne moins. Ce point de vue rejoint le constat de l'auteur dans sa dernière strophe lorsqu'il parle d'égoïsme et redécouvre la vertu d'une larme.
C'est ce que je retiendrai de ce poème, la vertu d'une larme. Je vois aussi dans ma pratique que les larmes d'autrui déconcertent beaucoup de soignants. Vu les situations, elles sont pourtant bien légitimes et souvent libératrices d'une trop grande tension. Elles créent aussi un lien très particulier, je dirais intime, avec la personne qui les reçoit.
Il n'est pas rare qu'on nous appelle "en urgence" devant une personne qui pleure alors qu'il suffit de lui parler et que c'est le geste humain le plus naturel au monde.

Depuis l'âge de 50 ans, je me suis lancée à la recherche des choses qui ne se détériorent pas en soi, on peut en trouver pas mal finalement. Pour moi, la sensibilité en fait partie.

... Heureusement que j'avais plus de temps aujourd'hui pour lire ce poème.

Merci :-)
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Lucivar
Bonnes vacances, profite bien :)

Je n'ai pas l'impression qu'il s'endurcisse, je le vois plus affolé de sentir sa sensibilité physique s'accoutumer à la douleur, et son âme de se rebeller contre ce constat. Il le dit au deuxième couplet, qu'il souffre encore et ressent de l'empathie. Mais nos émotions sont aussi chimiques, gérées par tout un tas d'hormones et de réactions, et notre corps, je pense, peut développer une accoutumance face aux stimulis qui les provoqueraient. Lorsque les émotions vives deviennent habituelles, elles perdent en impact, il est facile de devenir habitué, moins touché... Et que ce soit par la souffrance d'autrui comme par des émotions plus positives. Hélas, les 140 000 sans abri de France font moins d'effet que s'ils étaient 140, et à en voir chaque jour, l'on s'habitue, cela devient normal, ça fait partie du paysage. Et la petite attention d'un être cher, qui nous comble de bonheur, répétée chaque jour, deviendra une simple habitude agréable, un privilège établi. Et notre cerveau est ainsi fait qu'il n'aime pas souffrir, et donc de nous protéger des effets de notre sensibilité, en nous offrant de superbes névroses et faux-fuyants.

A nous alors, en tant qu'êtres d'esprit, d'émotion et d'âme, d'en être conscient et de laisser notre sensibilité, notre bonté d'âme, prendre le relai lorsque le corps fait défaut, se souvenir de la force des émotions primaires et savoir apprécier leurs tempêtes en soi à leur juste valeur.

Aujourd'hui encore, comme pour beaucoup de choses contagieuses, on essaie de nous vacciner contre les émotions, quelque part, comme s'il fallait développer notre système immunitaire contre le chagrin, la colère ou le rire. Quand en plus, on genrifie ces émotions, qu'est ce que cela donne ? Des lopettes, des hystériques, des fous... ?

Bref, je retiens surtout de ce poème, comme toi, l'éloge des larmes, et j'aime cette importance qu'il leur donne dans sa vie, son désarroi à l'idée d'en être privé, je trouve ça beau et touchant.
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Jacques IONEAU
Bonjour Mina et Lucivar, je trouve vos commentaires aussi poétiques que les textes dont vous parlez.
Textes que j'aime beaucoup, au demeurant, vous en avez déjà tout dit.
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Lucivar
Bonsoir Jacques, j'essaierai de ne point trop en dire alors, que tu puisses venir les commenter avec nous, ce serait avec plaisir :)
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Jacques IONEAU
Je passe de temps en temps boire un café et déposer une contribution, mais entre le travail, l'écriture et la vie... Je ne sais pas comment fait Mina, notre tenancière préférée...
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phillechat
j'aime beaucoup !
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Jacques IONEAU
En relisant ce matin, je m'aperçois qu'après mon interrogation : " Je ne sais pas comment fait Mina, notre tenancière préférée...", Lucivar apportant un texte semblait répondre également : "Elle écarte en passant".
Bon, d'accord, un rien m'amuse... Je sors !
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Lucivar
Elle écarte en passant, de Renée Vivien

« Her gentle feet tread down the weeds
« And give more place to flowers.

Elle écarte en passant les ronces des chemins.
Au geste langoureux et frôleur de sa main
Eclosent blanchement les frêles églantines…
Mais sa chair s’est blessée à tant d’âpres épines !
J’ai vu saigner ses pieds aux buissons du chemin.

Son lent sourire tombe au sein d’or des corolles.
L’évanouissement de ses vagues paroles
Remplit de bleus échos les jardins d’aconit
Sous les rayons cruels de la lune au zénith.
Son lent sourire tombe au sein d’or des corolles.

Dans l’ombre de ses pas pleurent les liserons…
Le jasmin, diadème aux délicats fleurons,
Cet astre atténué, la chaste primevère,
Parent son front de vierge à la beauté sévère…
Là-bas pleurent d’amour les simples liserons.

Son être, où brûle encor l’ardeur des soifs divines,
S’est blessé trop souvent aux sauvages épines, ―
J’ai vu saigner son cœur aux buissons du chemin.
Elle va gravement vers le lourd lendemain,
Inlassable et gardant l’ardeur des soifs divines…

J’ai vu saigner son cœur aux buissons du chemin.
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Mina singh
Fort beau ce poème. Si je devais résumer en deux mots : délicat et cruel. Depuis toute petite, je regarde les fleurs d'églantines qui laissent penser à ce double aspect des choses. Les primevères, je les trouvais un peu mièvre à côté mais elles étaient en nombre dans les prés et j'aimais ce qu'elles annonçaient. Les liserons s'agrippent à tout, je ne me rappelle pas les avoir vu pleurer mais je me disais souvent qu'ils cachaient la misère des lieux abandonnés.
J'ai choisi un chemin où il y a pas mal de buissons mais je le préfère à une grande voie toute tracée.
Les deux derniers vers traduisent bien notre condition.

Merci Merci !
Pleine d'ardeur des soifs divines... je vais bosser ;-)
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Lucivar
Où j'ai grandis, il y avait ce terrain en friche, où fleurissaient, dès mars, les églantines, si fragiles et délicates derrière les griffes de leurs épines et où, à l'automne, les fruits rouges scintillaient dans les feuillées, comme autant de gouttes de sang arrachées au cœur des promeneurs.
J'ai pour le primevère, je l'avoue, un amour un peu vache, comme mes amies à cornes j'aime les boulotter. Et je suis triste de voir le beau liseron étiqueté de mauvaise herbe, parce qu'il résiste encore et toujours à la botte et à la houe du jardinier. Lui, le cousin malheureux, dont les corolles virginales ne connaissent pas le succès de la belle de jour, et dont le piètre rhizome n'a pas la générosité de la patate douce.

Je préfère, en bon renard, les égarements buissonniers aux sentiers battus, puis je suis contre la violence, alors...

Tiens ça me fait penser à cette belle image qu'ont les bretons pour parler de l'école buissonnière, skol louarnig, l'école du petit renard *-*
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no97434
A découvrir Hovhannès Chiraz

Impromptu

« Nous étions en paix comme nos montagnes
Vous êtes venus comme des vents fous.

Nous avons fait front comme nos montagnes
Vous avez hurlé comme les vents fous.

Éternels nous sommes comme nos montagnes
Et vous passerez comme des vents fous. »
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Mina singh
Merci pour cette découverte.
Les vents fous je les vois comme des modes qui viennent on ne sait d'où, auxquelles il faut se plier pour rester dans la mouvance. Les montagnes je les vois comme des valeurs acquises au fil de l'expérience, durables qui constituent les piliers de notre personnalité...
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Lucivar
Retournons en france avec une anecdote que j'ai trouvée fort amusante concernant le poète révolutionnaire Fabre d'Eglantine (déjà le nom est parfait) à qui l'on doit "Il pleut bergère" et le calendrier révolutionnaire (avec les thermidor, germinal et autres vendémiaire). Notre bon Fabre, comme beaucoup d'autres à l'époque, finit donc sur l'échafaud. Sur la charrette qui l'y mène, poète jusqu'au bout, il compose et s'énerve. A Danton qui lui demande s'il a peur, il répond que non, mais qu'il lui manque un vers pour finir son poème. Et ce brave Danton, si caustique, de lui répondre : Ne t'inquiète donc pas, d'ici huit jours, des vers, tu en auras fait des milliers. *-*

Sur ces bonnes paroles, le poème de la nuit :

Les Fenêtres :

A François Coppée.

Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons;
À l’heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de ténèbres le Rêve frileux.
Mais le soleil les fait épanouir comme des fleurs, – avec leurs rideaux blancs, rouges ou roses, -
Le long des boulevards et le long des rues.
Et tandis que la vitre miroite comme de l’eau dormante, que de charme inquiétant et que de confidences muettes, entre les plis des rideaux blancs, rouges ou roses.
Les arabesques des guipures chantent les existences heureuses,
Les feux joyeux dans les cheminées,
Les fleurs rares aux parfums charrieurs d’oubli,
Les fauteuils hospitaliers où sommeillent les voluptueuses songeries et – dans la splendeur des cadres – les évocations de pays rêvés.
Mais comme ils pleurent les lamentables rideaux de mousseline fanée,
Que de plaintes et que d’angoisses dans le lambeau de percale salie qui semble pris à un linceul;
Et comme elles sont tragiques les fenêtres sans rideaux, -
Les fenêtres vides comme des yeux d’aveugles, -
Où sur la vitre brisée, le morceau de papier collé plaque des taies livides…
Parfois pourtant elle est radieuse la pauvre fenêtre, au bord du toit,
Quand, pour cacher sa triste nudité, le ciel la peint tout en bleu.
Avec son pot de géranium chétif, elle semble alors – la pauvre fenêtre, au bord du toit, – un morceau d’azur où pousseraient des fleurs.
[...]

Marie Krysinska
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Mina singh
Il y a des questions comme ça que l'on ne se pose jamais, mais je suis contente de savoir qui a écrit "il pleut bergère"... Fabre d'Eglantine, on peut pas l'oublier. Excellente l'anecdote !

Et ton poème de la nuit, il est magnifique :-)
Lorsque je me promène en ville (ou même à la campagne), mon regard se pose souvent sur les fenêtres, ce que l'on aperçoit de la rue, ce que l'on imagine être l'intérieur, mon imagination vagabonde.

Merci encore d'enchanter mes matins :-)
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Lucivar
La prochaine fois que j'irais siffler là-haut sur la colline,
je sifflerai Il pleut bergère de Fabre d'Eglantine... ça pourrait presque faire une chanson, tiens :p

Je le trouve magnifique aussi, les fenêtres peuvent être tellement belles ou tellement tristes, elles ont tellement d'histoires à raconter. Je suis comme toi, j'ai l'oeil attiré par les reflets qui s'y posent et par l'intimité qu'elles dévoilent. Si les yeux sont les fenêtres de l'âme, les fenêtres offrent aux notres l'âme des maisons, peut-être...

Avec plaisir :)
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Orion
Quel sublime poème ! Je le relirai pour sûr ! C'est incroyable Jusqu'où ça va chercher. Je suis epoustoufflé. Mon dieu quel bonheur, ça fait du bien pour l'esprit !
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Mina singh
Mdr oui d'autant que les renards savent bien siffler. L'été dernier, j'ai dormi dans une cabane, un renard est venu siffler sous la cabane, c'était étrange.
J'ai raconté ton anecdote à mes collègues, personne ne savait qui avait écrit "Il pleut bergère". On va s'en rappeler maintenant.
Fabre d'Eglantine c'est quand même un joli nom.
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Lucivar
Ho ça devait être une expérience, j'aimerais bien me faire un ami renard, un jour, si j'habite à la campagne et qu'il y en a autour.

Haha, trop bien, oui, c'est dommage d'oublier un nom comme celui-ci :)
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Lucivar
Bonsoir,

Encore un peu de poésie russe, à consommer avec du thé noir au samovar :)


SOUVENIR D’UN SOIR


Je me souviens de l’heure heureuse…
Reviendra-t-elle ? Qui le sait ?
Nous étions seuls, au soir tombant, Fée amoureuse !
Le fleuve, en bas, s’assombrissait.

Toi, sur la colline où décline,
Géant que le temps fit plier,
Le burg aux blancs débris, tu souriais, câline,
Le coude au marbre d’un pilier.

Tu chatouillais d’un bout de tresse
Les décombres en désarroi ;
Et l’adieu du soleil attardait sa caresse
Sur le mont, la ruine, et toi !

Le vent qui se lève à la brune
Frôlait ta jupe d’un flou-flou
Et prenait aux pommiers des fleurs l’une après l’une
Qu’il soufflait sur ton jeune cou.

À l’horizon le soleil rouge
S’enfonçait en des brouillards d’or,
Et le fleuve profond qui toujours gronde et bouge
Roulait des flots plus noirs encor.

Et toi, tu regardais, ravie,
Et je t’aimais à deux genoux,
Et l’ombre, doucement, doucement, de la vie
Fugitive passait sur nous…

Tiouttchev



LA NUIT DANS L’IZBA


D’azur glacé mi-voilée,
La lune allume en passant
Le ramage éblouissant
Qu’aux vitres mit la gelée.

Longs soirs d’automne ou d’hiver !
On a froid jusqu’à la moelle.
Le grand-père sur le poêle
Bâille en rampant comme un ver.

La mère aussi s’est couchée ;
Les petits, en priant Dieu,
Tout près du poêle sans feu
Se serrent, pauvre nichée.

Sous la loutchina qui luit
Si peu, les pieds dans la paille,
Seule la fille travaille,
Travaille toute la nuit.

Le vieux, un instant, grommelle,
Et dort. La fille écoutait.
Puis dans l’izba tout se tait
Sinon la rumeur que mêle

Aux plaintes dans le closeau
Du vent d’hiver ou d’automne,
La quenouille monotone,
La quenouille et le fuseau.

Ogarev
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Mina singh
Merci pour tes poèmes déposés dans la nuit (je vais finir par m'habituer :-) Le thé est si noir qu'on dirait du café (ça marche aussi !).
Dans le premier j'aime beaucoup le mouvement et la douceur qu'il laisse, dans le second, c'est l'ambiance à l'intérieur de l'Izba (j'aime bien ce style d'habitation). Je me demande pourquoi la fille travaille toute la nuit ?

Bonne journée et Merci !
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Orion
Le premier est je trouve doux et réjouissant. J'ai bien accroché.
Le second est une ambiance plus interne au coeur du foyer plus familière. Rampant comme un ver, ça manque de finesse.
Un peu pénible à mon goût.
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Lucivar
C'est comme un petit rituel du soir de passer déposer quelques vers, et c'est plus doux au yeux que le sable ^^

J'aime aussi la douceur du premier , avec des vers que je trouve très beaux. Le second j'aime l'ambiance et la façon de la décrire, sans lyrisme, sans chaleur, du coup on sent bien le froid souverain. Quant à la jeune fille et ses travaux de couture, le mystère reste dans la pénombre.
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Mina singh
Oh c'est beau ça !
Je risque de m'habituer ;-)
Tu n'a pas non plus d'explication pour les travaux de couture la nuit. J'imagine aussi que la lumière devait être faible et qu'elle devait s'arracher les yeux à filer toute la nuit. Il doit y avoir pourtant une raison.
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Mina singh
Bonjour à tous,

En ce début d'année, le café poétique doit prendre de bonnes résolutions !

Le respect de la loi sur les droits d'auteur nous impose de modifier les habitudes de lecture prises en ce lieu.

Selon l'Article L. 123-1:
L'auteur jouit, sa vie durant du droit exclusif d'exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants-droits pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent.

Les lectures n'étant ici pas simplement orales, nous vous demandons, si vous présentez l'oeuvre d'un auteur décédé après 1949, de bien vouloir supprimer le texte de la discussion 48 heures maximum après sa lecture. Lors de la suppression du texte, vous pourrez alors laisser en référence : titre du poème - auteur afin que les commentaires émis lors de sa lecture puissent se rapporter au texte cité.
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Concernant les textes déjà publiés écrits par des poètes décédés après 1949 ou encore vivants, ils doivent être retirés selon le même principe sauf à avoir obtenu l'autorisation de l'auteur de le publier.

"Voyage en poésie" reprendra uniquement les textes libres de droit.

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Nous comptons sur votre compréhension.
A très bientôt pour de nouveaux échanges poétiques :-)

Jacques et Mina
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phillechat
Et si on laisse un lien vers un site avec le poème ?
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Mina singh
ça me semble possible. Je ne sais pas ce qu'en pense Jacques IONEAU. Par contre, c'est étonnant que le site ait l'autorisation de le publier plus que nous... En même temps, nous ne sommes pas responsables de ce que ce site présente en public sur Internet.
Je suis partagée. Attendons son avis ou l'avis de quelqu'un compétent en droit.
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Jacques IONEAU
Bonjour Mina, bonjour Phil
Je ne vois rien qui empêche d'indiquer un site qui publie un texte. On est en droit de supposer que ce site a obtenu les autorisations nécessaires et en tout cas ce sera vers se site que se tournera l'auteur si nécessaire. Cela ne change rien à l'obligation précisée par Mina de supprimer le texte du poème si besoin est.
De toute façon, il existe des centaines de milliers de poèmes écrits par des milliers d'auteurs décédés avant 1949 et ne posant donc pas de problème légal à leur diffusion, pourquoi tenter le diable ?
Amitiés
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Jacques IONEAU
Pour le plaisir, un sonnet de Shakespeare :

Shall I compare thee to a summer's day?
Thou art more lovely and more temperate.
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer's lease hath all too short a date.

Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm'd;
And every fair from fair sometime declines,
By chance, or nature's changing course, untrimm'd;

But thy eternal summer shall not fade
Nor lose possession of that fair thou owest;
Nor shall Death brag thou wand'rest in his shade,
When in eternal lines to time thou grows't:

So long as men can breathe or eyes can see,
So long lives this, and this gives life to thee.

Et sa traduction (qui n'est pas de moi) :

« Devrais-je te comparer à une journée d'été ?
Tu es plus tendre et bien plus tempérée.
Des vents violents secouent les chers boutons de mai,
Et le bail de l'été est trop proche du terme.

Parfois trop chaud l'œil du ciel brille,
Et souvent sa complexion dorée ternie,
Et toute beauté un jour décline,
Par hasard, ou abîmée au cours changeant de la nature ;

Mais ton éternel été ne se flétrira pas,
Ni perdra cette beauté que tu possèdes,
Et la Mort ne se vantera pas que tu erres parmi son ombre,
Quand en rimes éternelles à travers temps tu grandiras ;

Tant que les hommes respireront et tant que les yeux verront,
Aussi longtemps que vivra ceci, cela en vie te gardera. »
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Mina singh
Oui je partage ta réflexion :-)
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Mina singh
J'apprécie beaucoup ton sonnet de Shakespeare que je découvre en ce dimanche matin. Je ressens quelque chose d'apaisant et de tempéré. Ce qui est exprimé rejoint souvent une pensée qui me vient lorsque des personnes me disent "je vieillis" en l'exprimant sur le ton du regret. Je vois tellement de jeunes personnes qui n'ont pas cette chance... Il suffit donc de tourner notre regard ailleurs pour penser différemment.

Je vais garder ce vers et cette strophe en mémoire.
"Quand en rimes éternelles à travers temps tu grandiras" fait partie d'un ressenti, l'idée de quelque chose en nous peut toujours grandir même si par ailleurs nous devenons plus vulnérables aux yeux d'une société qui prône l'image du corps parfait, de la performance, de la force.
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Jacques IONEAU
Merci Mina, d'aimer également ce sonnet dont la traduction a bien rendu la beauté et le rythme et surtout le message.
J'ai lu, je ne sais plus où, qu'il avait écrit plus d'un millier de poèmes en plus de ses pièces.
Ce sonnet m'a toujours fait penser à "Marquise", le poème de Corneille mis en musique par Brassens (avec l'addenda de Tristan Bernard) et à Ronsard, ce constat de la fuite du temps et du naufrage d'André Malraux, "lla vieillesse est un naufrage", mais chez Shakespeare, il est sublimé par le souvenir de la beauté qui reste éternelle dans la poésie.
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Mina singh
Tu pourrais nous le lire le poème de Corneille un de ces jours...
Après le café poétique, je vais faire un tour au bord de mer avec un détour dans une librairie.
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Jacques IONEAU
Voici le poème de Pierre Corneille, Brassens a utilisé les 3 premiers couplets, pour sa chanson, auxquels il a ajouté un couplet humoristique rédigé par Tristan Bernard.(le lien pour la chanson :
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=chanson+marquise+brassens).

Stances à Marquise

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j'ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n'avoir pas trop d'alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu'on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle
Où j'aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise,
Quoiqu'un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu'on le courtise
Quand il est fait comme moi.

Pierre Corneille - 1658
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Jacques IONEAU
Je dois préciser que Corneille a 52 ans lorsqu'il courtise Marquise (qui est une actrice qui doit avoir à peu près 25 ans) et, lorsqu'on regarde ses portraits de l'époque, il ne semble pas vraiment ragoûtant.
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Mina singh
"J'ai 26 ans et je t'emmerde en attendant mon vieux Corneille"... c'est bien ce que j'aurais eu envie de répondre au vieux Corneille si j'avais été la Marquise.
Ah mais quel argument de drague pourri :-)
Il court à sa tragédie le pauvre !
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Jacques IONEAU
Cette Marquise (c'était son prénom, pas un titre), devait être très belle car fort courtisée à l'époque et si Corneille n'eut (semble-t-il) aucun succès, Racine qui avait lui 20 ans à l'époque en eut peut-être plus quand il flirta (fleureta) avec l'actrice.
Un comble pour Corneille déjà jaloux du succès théâtral de son jeune concurrent.
Même en amour, il faut savoir rester à sa place
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Mina singh
J'adore la petite histoire écrite au décours de ce poème :-)
Autant je crois possible des histoires d'amour sincères entre des personnes ayant une grande différence d'âge, autant je considère l'argument avancé par Corneille comme malsain et déplacé oui. L'histoire confirme qu'il s'est pris un râteau à cause de Racine en plus...
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Jacques IONEAU
Issu de la bourgeoisie, il avait été anobli par Louis XIII, je pense qu'il en était fier et sans doute très imbu de lui même d'où cette stance qui le met en avant sans la finesse que l'on pourrait attendre de la part de cet auteur : "Quand il es fait comme moi" ! Il ne devait pas se regarder dans un miroir, ou alors déformant :D
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Mina singh
Oui et c'est son dernier vers en plus ! On ne peut pas dire que ce poème traduise l'âme d'une "noble" personne. Comme quoi les titres...

Shakespeare, c'est quand même autre chose !
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Jacques IONEAU
Et pour faire oublier ma longue absence voici un poème que m'a rappelé Charlotte Miller et qui s'inscrit, je pense dans le droit fil de ce qui précède :
de Jehan Tabourot, dit Thoinot ARBEAU
1520 - 1595

Pavane

Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l'âme ravie
D'un souris gracieux.
Viens tôt me secourir,
Ou me faudra mourir.

Pourquoi fuis-tu, mignarde,
Si je suis près de toi ?
Quand tes yeux je regarde,
Je me perds dedans moi !
Car tes perfections
Changent mes actions.

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os.
Ils ont rempli mon coeur
D'une amoureuse ardeur !

Approche donc ma belle,
Approche-toi mon bien !
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon coeur est tien...
Pour mon mal apaiser
Donne-moi un baiser !
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Jacques IONEAU
Et pour clore mon passage aujourd'hui un sonnet pétrarquiste d'Alfred de Musset extrait de son conte "Le fils du Titien"

Lorsque j’ai lu Pétrarque, étant encore enfant,
J’ai souhaité d’avoir quelque gloire en partage.
Il aimait en poète et chantait en amant ;
De la langue des dieux lui seul sut faire usage.

Lui seul eut le secret de saisir au passage
Les battements du cœur qui durent un moment,
Et, riche d’un sourire, il en gravait l’image
Du bout d’un stylet d’or sur un pur diamant.

Ô vous qui m’adressez une parole amie,
Qui l’écriviez hier et l’oublierez demain,
Souvenez-vous de moi qui vous en remercie.

J’ai le cœur de Pétrarque et n’ai point son génie ;
Je ne puis ici-bas que donner en chemin
Ma main à qui m’appelle, à qui m’aime ma vie.

Bon dimanche.
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Mina singh
Tu voilà tout pardonné de ton absence... Un bisou et un café serré sans sucre...
Tu peux te pavaner ;-)

"Je me perds dedans moi !
Car tes perfections
Changent mes actions".
On dirait un langage actuel. C'est super flatteur pour la dame dis-donc !
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Jacques IONEAU
Je t'adore ! Merci pou le café. Magnifique la poésie de la renaissance, j'aime cette période et oui, on pourrait dire ça aujourd'hui si l'on cherchait à séduire, la poésie peut encore servir...
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Mina singh
:-)
Elle est très actuelle puisqu'on a réussi à en écrire pendant 52 semaines d'affilée.
On peut même dire qu'elle crée des liens.
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Mina singh
Un bien bel hommage !
Merci pour toutes ces lectures.
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Annick
Jacques IONEAU. J'adore ! (Pavane). Et plus que ça encore ! (Il y a une version plus longue.) Voilà ce poème mis en musique. https://www.youtube.com/watch?v=O1X2_srtJnE

Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l'ame ravie
D'un souris gracieux,
Viens tot me secourir
Ou me faudra mourir.
Pourquoi fuis tu, mignarde,
Si je suis pres de toi?
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfection
Changent mes actions
Tes beautes et ta graces
Et tes divins propos
Ont echauffe la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon coeur
D'une amoureuse ardeur.
Mon ame voulait etre
Libre de passion,
Mais l'amour s'est fait maitre
De mes affections
Et a mis sous sa loi
Et mon coeur et ma foi.
Approche donc ma belle,
Approche toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon coeur est tien,
Pour mon mal appaiser
Donne moi un baiser.
Je meurs, mon Angelette,
Je meurs en te baisant
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant
A ce coup mes esprits
Sont tous d'amour epris.
Plutot on verra l'onde
Contremont reculer,
Et plutot l'oeil du monde
Cessera de bruler,
Que l'amour qui m'epoint
Decroisse d'un seul point.
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Jacques IONEAU
Merci Annick, je ne connaissais ni les versions chantées ni les deux derniers sizains (ignorés également des interprètes). Je trouve que cette musique va bien avec les paroles, comme resurgi du seizième siècle, superbe.
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phillechat
Un beau poème qui ne cesse de me hanter ce matin :


Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire,

Que draines-tu au fond de tes sourdes contrées ?

Est-ce là ce peu que tu donnes à boire

Ces gouttes d’eau, le vin que je te confiai ?



Que vas-tu faire encor de ce beau jour d’été

Toi qui me changes tout quand tu ne l’as gâté ?

Soit, ne me les rends point tels que je te les donne

Cet air si précieux, ni ces chères personnes.



Que modèlent mes jours ta lumière et tes mains,

Refais par-dessus moi les voies du lendemain,

Et mène-moi le cœur dans les champs de vertige

Où l’herbe n’est plus l’herbe et doute sur sa tige.



Mais de quoi me plaignais-je, ô légère mémoire…

Qui avait soif ? Quelqu’un ne voulait-il pas boire ?

(…)



Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,

Avec tant de départs comment faire un retour,

Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose

Et tant d'obscurité simule mal le jour.


Ecoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,

Sans crainte libérez l'aile de votre coeur

Et que dans l'ombre enfin notre mémoire joue,

Nous redonnant le monde aux actives couleurs.



Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine,

Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ?

Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne

Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis !



Mémoire, sœur obscure et que je vois de face

Autant que le permet une image qui passe...


Je ne cesse de songer à ce poème de Supervielle, car j'ai demandé de l'aide à nos amis de scribay , pour terminer une romance teintée de poésie :

https://www.scribay.com/defis/defi/1298018477/--il-faut-savoir-terminer-un-roman--

Et soudain cette poésie s'est imposée à moi !


Saké pour toutes et tous !
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Lucivar
Waow, j'adore, magnifique et tellement riche d'image, merci *-*
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phillechat
Supervielle est un enchanteur !
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Mina singh
Merci beaucoup pour ta lecture et la tournée de Saké à l'heure du thé. Je vais être pompette moi :-)
Comme il n'est pas libre de droit, n'oublie pas de le supprimer dans 48 heures... et je crois que tu en as publié d'autres, si tu peux vérifier lorsque tu auras un moment à moins de te transformer en Robin des bois de la poésie !
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phillechat
Ah Heredia !!
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Mina singh
Merci pour ce poème du matin. Je repasserai un peu plus tard.
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Lucivar
Quid de la traduction en poésie ? L'exercice me semble difficile, traduire c'est déjà un peu trahir, travestir, mais c'est aussi offrir et faire voyager. Faut-il être poète pour traduire de la poésie ? Ou faut-il mieux être traducteur ?

Je voulais vous partager un poème que j'aime beaucoup : La petite fleur, de Pouchkine (dont je ne mettrai pas le texte original, en cyrillique, huhu). Donc deux traductions, l'une d'une traductrice contemporaine, appelons la Christiane, l'autre d'un poète du 19ème, appelons le Catulle.

La petite fleur

Petite fleur, sans odeur, toute fanée
que je trouve dans ce livre, oubliée
et déjà me voilà parti
en toutes sortes de rêveries :

Où a-t-elle fleuri ? En quel printemps ?
Combien de temps ? Cueillie par qui :
une main étrangère ou amie ?
Et pourquoi l’a-t-on mise ici ?

En mémoire de tendres entrevues,
d’une rupture inéluctable ?
Ou fruit d’une promenade solitaire
par les champs et par les bois ?

Tous les deux sont-ils encore en vie ?
En quel coin de terre aujourd’hui ?
Ou seraient-ils déjà tout flétris
comme la petite fleur inconnue ?



La petite fleur

Fleurette sans parfum, flétrie
En ce vieux livre où nul ne lit.
Mon âme en te voyant s’emplit
D’une inquiète rêverie.

Où t’ouvris-tu ? sous quelle aurore ?
Pour plus d’un jour ? ou sans demain ?
Une étrangère ou tendre main
Te mit-elle où tu meurs encore,

En souvenir d’une première
Caresse ou d’un suprême adieu
Ou d’un retour sous le ciel bleu
Dans les bois d’ombre ou de lumière ?

Vit-il, joyeux ? Vit-elle, heureuse ?
Où le sort les a-t-il menés ?
Ou bien sont-ils déjà fanés
Comme toi, fleur mystérieuse ?