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Comment écrire un antagoniste ?

par Brad Priwin  il y a 1 mois

J'ai l'impression que la question se pose plus rarement dans le cas de l'écriture de romans que pour les films, séries et jeux vidéos par exemple. Si l'on reprend le schéma "littéraire" que nous avons tous vus, au parcours d'un protagoniste s'oppose un (ou plusieurs) antagoniste(s), et je me demandais s'il était possible de partager quelques réflexions sur ces personnages.

Dernièrement, j'ai noté deux tendances dans les récits de fiction, sans doute biaisées par ma propre vision. La première consiste à effacer cette binarité "bien/mal" et à plutôt écrire des personnages "teintés de gris". Dans les faits, cette approche est assez réaliste (ou je dirais "crédible" quand on évoque des mondes imaginaires) et peut amener à des personnages complexes, torturés, voire surpenants. Il arrive cependant que parfois, ces soi-disant personnages gris soient en réalité des gentils et des méchants "non assumés." J'en viens donc à la seconde tendance, qui consiste à assumer justement cette opposition entre "gentils et méchants", un schéma que l'on retrouve typiquement dans les blockbusters américains. Bien sûr, il existe beaucoup de variantes, ce pourquoi ma perspective peut paraître simpliste.

Or dans ce second cas (et parfois dans le premier), le rôle de l'antagoniste devient soit flou, soit juste un outil scénaristique, une "épreuve" que le protagoniste doit vaincre comme pour assurer le cahier des charges. Selon moi, l'écriture de (ou des) antagoniste(s) est au moins aussi important que les héros. Sans verser dans le manichéisme ni dans la caricature, il existe des hommes et des femmes sadiques, génocidaires, malintentionnés, cruels, et il est intéressant de voir comment ils peuvent être développés, ou ce qui les a menés à être ainsi. Bien sûr il ne faut pas faire non plus l'amalgame entre antagoniste et méchant, car le simple fait de s'opposer au protagoniste ne le rend pas mauvais (même si c'est souvent le cas).

En particulier, la façon dont l'arc narratif des antagonistes s'achève me déplaît souvent. La mort les attend au tournant, considérée alors comme "le meilleur moyen de se débarrasser de lui". Soit le protagoniste, déjà prompt à massacrer ses sbires, le tue sans sourciller, soit son code moral l'interdit à tuer, et alors l'antagoniste mourra accidentellement (d'un suicide "involontaire" si le terme est correct). Et je trouve qu'il s'agit dans beaucoup de cas d'une facilité. Il existe beaucoup de moyens de punir un antagoniste pour ses méfaits, voire, si le ton négatif l'emporte, de le faire gagner...

Je ne sais pas si je suis clair à ce propos mais mon principal souhait était d'ouvrir une discussion au sujet des antagonistes, pour voir si je suis le seul à avoir ces impressions ^^

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Daegann
Je suis assez d'accord. Et c'est un peu en partant de ça que j'ai choisis de structurer l'oeil maudit comme ça. Je voulais que protagoniste et antagoniste se confondent en suivant les deux personnages via leurs point de vue. Bon, je pense que l'idée aurait pu être nettement mieux traiter que ce que j'en ai fait, mais c'est l'idée de départ. Après, il y a un troisième protagoniste / antagoniste mais comme on voit moins ce personnage et que d'un point de vue manichéen il se place plus du côté des méchants (même si en mon fort intérieur elle ne l'est pas et le spin off qui lui est consacré le montre un peu je pense), le traitement est un peu différent. Du coup on se retrouve avec 3 "camps" dont deux peuvent apparaître comme étant les "gentils" mais qui s'opposent pourtant (même si on comprend pas forcément avant la presque fin). Bref, je trouvait ça interessant à développer...

Après, sur ce que j'ai pu écrire d'autre, j'avoue ne pas avoir suffisamment travailler les antagonistes. Encore que, dans Wildcards, Dunn est assez travaillé en amont, mais dans la réalisation, je suis pas convaincu que ça sorte de ce qu'on voit d'ordinaire.
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Brad Priwin
Il est vrai que j'aime moi aussi opposer des personnages de camp adverse au travers de POV différents. Est-ce une manière d'exploiter le concept de "l'antagonisme". Dans ce cas, ne peut-on pas affirmer que les protagonistes et antagonists deviennent tout relatifs, "fusionnent" selon la perspective considérée ?
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Daegann
Clairement oui. Chaque protagoniste devient l'antagoniste de l'autre personnage...
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Stéph Loup'tout
Lisant beaucoup de romans fantasy, je me retrouve assez dans tes propos... En effet, dans la plupart des livres, on retrouve soit des méchants gris mais quand même méchants, soit de vrais méchants (haha, je veux détruire le monde !)... et dans les deux cas de figure, ça finit mal pour eux à la fin.
Je comprends que l'idée que punir le méchant, c'est donner une morale (le bien triomphe du mal etc.), mais d'un autre côté cela me dérange. D'une, dans la vraie vie, très très peu de personnes sont méchantes à fond les ballons au point de vouloir éradiquer toute vie sur la surface de la planète, de deux il y a toujours des raisons qui nous poussent à être gentil ou méchant puisqu'on ne naît pas ainsi (l'environnement, l'éducation, l'époque sont quand même des facteurs importants dans l'évolution d'un être), de trois même si on est "gentil" au quotidien, il nous arrive tous d'avoir des moments où on est énervé, fatigué, triste et où du coup on peut faire de mauvaises choses... Bref, cataloguer un personnage direct dans la case "gentil" ou "méchant", c'est trop facile.

Perso, je réfléchis énormément à mes héros et à mes antagonistes et je fais généralement en sorte que la seule différence entre les premiers et les seconds se soit soit les moyens pour parvenir à un même but, soit une rivalité entre eux (pour devenir héritier d'une même magie lors d'un tournoi de mage par exemple), soit des parcours de vie différents qui les ont mené à avoir des visions différentes. De plus, mes "héros" n'en sont pas vraiment (je pense notamment à mon personnage principal de mon plus ancien roman qui a tendance à tuer un peu tout ce qui est à sa portée quand il est énervé, même si en tant que créature non-humaine, ce comportement est tout à fait justifié de son point de vue). Pour moi, un "bon" antagoniste doit avoir une raison profonde pour faire ce qu'il fait. S'il veut sauver quelqu'un qu'il aime d'une mort certaine, qui sommes-nous pour le juger puisque dans son cas, nous ferions sans doute comme lui voire pire ? S'il a dû se battre toute sa vie, lutter pour vivre, dans un royaume en proie à l'oppression et à l'injustice, n'est-ce pas normal qu'il fomente un complot pour renverser le pouvoir de ce pays ? Si s'opposer au héros est sa seule solution pour obtenir ce qu'il désire ou ce qu'il veut accomplir, pourquoi doit-il forcément échouer et mourir ?
Au lieu ne n'être qu'un obstacle que le héros doit franchir, pourquoi ne pourrait-il pas être une étape de son voyage ? Après tout, le héros peut se retrouver en lui voire changer de point de vue à son contact et se rallier à sa cause... (si on reprend l'exemple de l'antagoniste qui a grandi en luttant pour survivre dans un royaume chaotique, si le héros est chevalier du roi, il peut croire que la cause de son roi est juste, car peut être aveuglé par ce qu'il croit savoir et ne pas voir ce qui se passe vraiment, dans ce cas la rencontre avec son opposant peut lui ouvrir les yeux et le révolter). C'est pourquoi je suis plutôt contre la mort de l'antagoniste, sauf si c'est un vrai connard de première, là pourquoi pas. Si en revanche c'est le genre d'antagoniste qu'on adore détester, pourquoi forcément le tuer ? Il pourrait être emprisonné, exilé pour expier ses fautes, contraint d'aider et de soigner ceux qu'il a blessé, de se mettre au service de ceux qu'il a voulu asservir pour être amener à changer et à s'améliorer... Non seulement cela montre que l'on peut changer, que rien n'est perdu et qu'il n'est jamais trop tard pour s'amender, mais en plus cela montre que le héros est capable de compassion et de réflexion envers son principal ennemi et qu'il cherche d'autres solutions que la mise à mort... ^^

Bref, il y a tellement de façons de rendre un antagoniste intéressant, complexe et humain, pourquoi diable n'en retrouve-t-on pas beaucoup dans nos lectures ?
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SaltyKimchi
Pour moi un bon antagoniste, plus que juste être méchant pour être méchant, doit avoir des motivations crédibles. Qu'il soit bon ou mauvais, ce n'est pas forcément la question. Ce qui compte, c'est que ses convictions s'opposent au protagoniste et que les deux soient amenés à la confrontation.

Un dark méchant qui veut détruire le monde pour la beauté de détruire le monde, c'est bon pour les RPG sur NES. Un antagoniste profond qui a ses raisons d'agir comme il agit, et qui fonctionne comme un oignon tout au long permet de mieux apprécier ce conflit entre les personnages.

D'ailleurs, parfois les antagonistes ne sont pas toujours ceux que l'on croit (#jesuisrogue)

Je pense que toute histoire mérite un antagoniste principal aussi complet que son protagoniste. Sans quoi on va se retrouver avec des persos à la Snoke ou le Roi de la Nuit, en mode build up et puis à la fin prout, ça se termine en quelques enjambées. Tout Thor mérite d'avoir son Loki.

'fin bref, tldr : pour bien construire un antagoniste, selon moi, il faut tout d'abord lui trouver des motivations cohérentes à ses actes, rattachées à l'intrigue, puis lui créer une personnalité qui colle avec ses motivations/actes.
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Gigi Fro
Intéressante réflexion. Je pense que tu as bien résumé les principaux axes et apporté même un plus : l'antagoniste n'est pas forcément le méchant, mais une épreuve.

Je pense que la tendance (que je trouve nouvelle) du "gris" est bien, car personne n'est ni tout blanc ni tout noir, et le méchant type Orangina (parce queeeeeee !) ça passe pour les enfants, mais pas dans une histoire pour les "grands". Après il y a des abus et des maladresses (genre, le méchant qui déteste les roux car un roux lui avait tiré la langue quand il était petit). Quoique... il paraît que les vrais psychopathes disjonctent pour un truc tellement con et peuvent passer des mois à planifier leur vengeance.

Bon, je n'apporte rien au débat :) (à part l'ouvrir XD) mais je dirai que l'antagoniste c'est relatif, tout dépend de quel point de vue on se met : pour le "méchant", le "gentil" est son antagoniste et l'inverse aussi. Dans une romance, les rivaux amoureux sont des antagonistes aussi, non ? (mince, pourquoi je ramène tout à la romance ? XD).
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Brad Priwin
Personnellement je différencie quand même les rivaux des antagonistes, d'une part car normalement ils représentent une menace moindre par rapport aux antagonistes, d'autre part car leur alignement est souvent plus "flou" (et s'oriente souvent davantage du côté du bien que du mal). C'est là que la distinction entre méchant et antagoniste peut apparaître... Après tout, dans Pokémon Rouge et Bleu, c'est ton rival qui devient maître de la ligue et donc l'antagoniste final, sans que pour autant il puisse être considéré comme un véritable méchant à l'instar de la Team Rocket (vive mes références XD)

C'est vrai que tu as rebondi aussi sur "le passé tragique" d'un méchant qui explique ce qu'il est devenu. Forcément parfois ça en devient caricatural et maladroit, mais je pense qu'il faut au moins saluer la tentative, là où dans d'autres cas le méchant est juste méchant parce qu'il est méchant (quoique parfois c'est bien amené donc pourquoi pas). Maintenant les antagonistes ne sont pas tous des psychopathes, et parfois ce sont des gens "de la vie de tous les jours" qui peuvent être responsables des pires atrocités.

Cela m'amène une réflexion vis à vis de ma propre écriture, puisque souvent dans mes récits mes personnages les plus mauvais sont ceux ayant déjà subi des horreurs par le passé...
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Gigi Fro
Vive tes références en effet (ça ne me parle mais paaaaaaaaaaaas du tout XD). Mais je ne comprends pas pourquoi dans ton exemple tu vas jusqu'à l'affrontement final, alors qu'en fait l'antagonisme démarre dès la première "bataille" (donc rivalité ^^), puisque antagonisme = opposition. Alors il est vrai, mea culpa je suis parti chez les psychopathes pour rebondir sur ta seconde question.
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Brad Priwin
Je pensais que Pokémon c'était connu comme référence :o

D'autant que dans ce jeu, le principe est que ton rival évolue en parallèle de ton personnage, et tu l'affrontes régulièrement... Donc oui ici le rival peut être considéré comme un antagoniste. Et même dans d'autres histoires, il arrive que le protagoniste affronte des "petits" antagonistes avant de se mesurer à l'antagoniste final... Finalement la définition de "antagoniste" paraît un peu flou :o

Pas de problème pour les psychopathes, en soit l'exemple était bon, je voulais juste voir plus large ^^
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