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Le point de vue du monstre: tolérable ou non?

par Victoria-Westhill  il y a 8 mois

Bonjour à tous!

Le sujet dont j'aimerais parler est très délicat, mais il me parait important de le mettre a jour pour être certaine qu'il n'y ait pas de confusion.

Pour vous placer dans un contexte précis: je suis en train d'écrire une nouvelle qui traite de pédophilie sous l'angle du vampirisme. Le point de vue adopté est celui du vampire, qui décrit son mode d'operation.
J'ai envie de publier cette nouvelle sur Scribay, mais je ne sais pas quel est le seuil de tolérance des lecteurs face à ce genre de personnage.

Ma question est: dans quelle mesure vous parait il acceptable que l'on traite de pédophilie et de viol en adoptant le point de vue de celui qui commet ces crimes?

Pour ma part, je considère qu'on a parfaitement le droit d'adopter ce point de vue, à partir du moment où on ne cherche pas à justifier les actes d'une quelconque façon. Le personnage peut très bien parler de son enfance, de ses propres traumatismes qui l'ont conduit à avoir ces penchants, mais ça ne doit pas être utilisé de façon à minimiser ses crimes.

Je pense également que les descriptions détaillées de l'acte ne sont pas utiles, et font plus de mal qu'autre chose. Je pense qu'il est judicieux dans ce cas de faire un parallele entre le plaisir du violeur et la souffrance de la victime, our montrer à quel point le rapport est inégal. Il faut garder à l'esprit que la victime doit être un objet dans les yeux du violeur, mais pas dans ceux du lecteur.

Voilà mon avis sur le sujet. Je serai très intéressée d'en débattre avec vous.

V.W.

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Mimlay
Il n'y a pas longtemps, j'ai regardé "EXTREMLY WICKED SHOCKINGLY EVIL AND VILE" (Netflix), qui traite du célèbre serial-killer Ted Bundy. Et, même si on ne voit pas à travers ses yeux, ça me fait pensé à ton problème. Il nous est présenté comme le perso principal, et on doute même de sa culpabilité ! Même si je savais très bien qu'il était coupable, il nous semble si aimable, séduisant et poli que j'en suis venu à l'apprécier, et à douter de sa culpabilité. Evidemment, lorsque la vérité éclate, toute ma sympathie pour lui s'est envolée. On suit son point de vue (sans voir les meurtres, évidemment). On voit les interrogatoires, l'arrestation, tout le procès de SON point de vue. Et c'est extrêmement troublant, car il est sympathique et on le prend en pitié. Cela a été évidemment vivement critiqué. Mais je trouve intéressant et vachement audacieux le choix du réalisateur.
Tout ça pour dire que si ça te permet de complètement abordé ton perso, malgré ses crimes odieux, fais-le de son point de vue. C'est bien plus original et tant que tu ne fais pas l'apologie de ses crimes, il n'y a pas de soucis.
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Victoria-Westhill
Faire l'apologie des crimes de mon personnage n'est absolument pas ce que je souhaite faire. J'ai envie d'analyser les mécanismes dont il se sert pour "conquérir" ses victimes.
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Mimlay
Alors, cela me semble tout à fait correct :)
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Guillaume Roussard
Vieux débat. Très vieux débat.
Je l'avais suivi il y a très longtemps dans une revue disparue. La question était quasiment la même. Quelqu'un se proposait de raconter l'histoire de loup garous à Auschwitz.
Une réponse à l'époque m'avait beaucoup marqué, au point que je m'en souviens encore vingt ans après.
"Ce matériau, c'est du radium. On peut l'employer, à condition de savoir ce que l'on fait. Mais on ne joue pas aux billes avec du radium."

Si tu écris quelque chose là dessus pour t'aguerrir la plume, ne le rends pas public.

Tu prévois de t'attaquer, en toute insouciance, à un des quelques tabous majeurs de l'époque ( qui plus est, déjà traité par Ann Rice )
@Vis9Vies@ en dessous parle de Nabokov, auteur talentueux. Mais une seule oeuvre a brûlé sa carrière. Qui a lu ses autres livres ? Je déconseillerais de te lancer dans ce projet. J'espère que tu ne le prendras pas mal - mais tu n'es pas Nabokov.
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Victoria-Westhill
Je vois ce que tu essaye de dire, mais je vais quand même écrire et publier ce texte, que ce soit pour m'entrainer ou pas. Je pense que c'est toujours important de s'exprimer sur ce sujet, ne serais-ce que pour avoir l'avis d'autres lecteurs sur comment la question à été traitée: est ce que j'ai bien fait de l'exprimer de cette façon? Quelles sont les choses à retenir de cette experience? Quelles sont les erreurs à ne pas reproduire?

Je ne prétend pas avoir le talent d'un Nabokov (D'ailleurs, qui ici pourrait le prétendre? ), mais pour moi, ça n'a aucune importance. Je ferai de mon mieux pour transmettre mon idée de la meilleure façon possible, et si je me suis trompée, j'apprendrai de mes erreurs. C'est comme ça qu'on avance.
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Un pseudo
Minimiser et justifier les pires actes n'est même pas un problème je pense, tant que cela est fait du point de vu très particulier d'un personnage (ça peut même être intéressant de découvrir de quelle manière un esprit peut justifier l'innommable) le tout est de confronter cette vision avec la réalité des faits et de ne surtout pas dédier son oeuvre à la défense de points de vus amoraux.

Après si tu vise à plaire à un large public ce n'est surement pas le meilleur moyen de se faire des copains, il y aura toujours des lecteurs incapable de faire la distinction entre ta narration et ton point de vu d'être humain dissocié de ton oeuvre.
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Victoria-Westhill
Pour le coup, ce personnage n'aurait pas d'empathie. Il ne cherche pas à justifier ces actes d'aucune manière. Il fait ces choses parce qu'il le désire. C'est tout.

Je suis bien consciente que ce sujet est compliqué à aborder pour beaucoup. C'est aussi pour ça que j'utilise le symbole du vampire. C'est triste à dire, mais c'est plus simple de déshumaniser le criminel.
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littlebirdwriter
Je pense qu'il n'y a aucun mal à partager quelque avis que ce soit. Si tu ne veux pas être accusée, cependant, mieux vaux prendre de la distance avec son texte et écrire de manière la plus objective possible. Après, c'est aussi un grand challenge... Nous sommes souvent loin d'imaginer et de comprendre ce qui se passe dans la tête de "monstres". Attention donc à être suffisamment informés.
Je pense également qu'aucun sujet ne devrait être tabou (tant que le lecteur est au courant du sujet en question car, après tout, c'est bien lui qui choisi de lire ou non) et qu'il n'est pas pour autant nécessaire de tout décrire, comme tu dis. Parfois même, le peu de mot ou silence est parfois plus frappant dans un texte qu'une longue et terrible description...
En bref, je pense que tu as déjà suffisamment réfléchi sur la question et tes propres réponses sont, selon moi, très pertinentes :)
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Victoria-Westhill
Merci :) J'ai encore un bon travail de recherche a faire pour savoir ce qui se passe dans la tête de ces personnes. Je m'occupe davantage du coté des victimes pour le moment, puisque c'est l'aspect sur lequel je suis le mieux renseignée.
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Erwan Barbedor
Pour moi, il faut trouver l'équilibre parfait entre deux énormes écueils.

Premier piège : tout le monde (enfin je pense) est d'accord pour dire que la pédophilie est immorale. Faire un récit centré sur un pédophile, si c'est pour dire que "les pédophiles sont méchant", ça sert à rien.
Ce genre de récit peut apporter quelque chose si il raconte l'histoire d'une victime, mais le récit d'un bourreau est inintéressant s'il se réduit à une lecture moralement orienté et manichéenne de ses actes.
Pour en tirer quelque chose, il faut aller plus en profondeur, être plus subtil : le pire des bourreaux reste un être humain, qui a son histoire, ses émotions et ses traumatismes.
On ne raconte plus l'histoire "d'un monstre", mais d'un être humain qui fait des choses monstrueuse.
Et là, autant la nouvelle devient beaucoup plus fouillé, autant on tombe dans le deuxième piège, très vicieux : celui de donner l'impression de légitimer l'acte, ou au moins de diminuer sa gravité.
Et cette chausse-trappe est extrêmement difficile à éviter, pour une raison très simple : elle dépend beaucoup de la sensibilité des gens.
On la retrouve à deux niveaux:
- L'idée reçu selon laquelle "expliquer, c'est excuser". Je suis parfaitement en désaccord, mais force est de constater que nombre de personne la tient pour vrai.
- L'impression que, si l'auteur ne condamne pas explicitement et sans ambiguïté un acte, alors c'est qu'il le cautionne. Le degré de condamnation attendu dépend du lecteur, je pense que cela est du à un sentiment de frustration : quand on lit quelque chose qui nous révolte, on s'attend à ce que "l'histoire soit d'accord avec nous";nous sommes donc énervés quand ce n'est pas le cas.

L'exercice est selon moi très intéressant, mais honnêtement je pense que c'est très dur de ne pas soit être un assemblage de condamnation morale manichéennes, soit être attaqué pour avoir donnée l'impression d'être pro- (truc méga horrible).
Un travail d'équilibriste!

HS : je trouve quand même la propension qu'on beaucoup de retirer le statut d'être humain à... des êtres humains un peu perturbant. (ici, le qualificatif de monstre, que tu as utilisé j'imagine pour que ton propos ne soit pas ambiguë.)
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Victoria-Westhill
Je pense que tu as raison quand tu dis que ça ne sert a rien d'écrire pour dire "la pédophilie c'est mal". Par contre, je pense qu'il peut être intéressant de développer les mécanismes qui conduisent un pédophile a passer a l'acte: comment il arrive a manipuler ses victimes notamment.
Pour ma part, j'ai choisi une solution simple: parler d'une catégorie de pédophile qui se rapproche davantage du psychopathe: celui qui ne ressent aucune empathie, qui fait le mal par curiosité, pour assouvir ses pulsions. (Après, je reste consciente que tous les pédophiles n'ont pas le même profil: il y a des hommes, des femmes, ceux qui regrettent, ceux qui considèrent ça normal de par leur éducation, ceux qui se jurent qu'ils ne céderont jamais à leurs pulsions, ect... ) Je ne cherche pas à trouver l'humain dans le violeur, mais plutôt à rendre ses mécanismes et la conséquence de ses actes sur ses victimes reconnaissables. Comme je l'ai dit dans un autre commentaire, l'acte n'est pas nuançable: on a un violeur et une victime. Tous les deux sont humains mais l'un fait le mal tandis que l'autre le subit. Difficile de ne pas être manichéen dans ce cas...

Effectivement, j'ai utilisé "monstre" pour ne pas créer d’ambiguïté (et, je l'avoue, parce que c'est un mot accrocheur ^^') . Je trouve ça aussi un peu facile de traiter de monstres ceux que l'on ne comprend pas et qu'on ne veut pas comprendre, après, dans le cas de mon texte, je traite d'un vampire, ce qui rend le qualificatif de monstre plus adéquat que si j'avais parlé d'un être humain.
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Vis9vies
On peut écrire sur tout, quel que soit le narrateur ;)

Sur le sujet de la pédophilie racontée par le pédophile, il y a un roman célèbre qu'on trouve dans toute bonne librairie : Lolita, de Nabokov ^^

Cette plateforme n'est peut-être pas la meilleure pour recevoir ce genre d'écrit, à cause des nombreux collégiens qui la fréquentent, mais tu peux classer ton texte en "texte sensible" et l'avertissement sera clair.

C'est à toi de nous faire entrer dans ton récit. Je ne vois pas ce que je pourrais apporter en te disant qu'il faudrait faire ci au lieu de faire ça. Présente ton texte, les lecteurs te diront ce qu'ils en pensent ;)
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Victoria-Westhill
Évidemment que je connais Lolita, c'est ma première référence pour le texte que j'écris ^^

Je compte mettre un contenu sensible. Après, je veux suggérer les actes plutôt que les décrire frontalement. Quelque part, j'aimerai que ce texte puisse être lu par un public jeune, qui aurait besoin de reconnaître les mécanismes d'un prédateur.
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Vis9vies
Pour un public jeune, malheureusement, pour bien, il faut être explicite. Les enfants ne captent pas -ou très mal- les sous-entendus à la lecture.
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Victoria-Westhill
Je ne pensais pas à un public d'enfants mais à un public d'adolescents. Effectivement ça serait beaucoup trop dur pour les plus jeunes!
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Andy Clarbann
Bien sûr que c'est acceptable, selon l'intention et l'exécution

En fait j'hésite depuis quelques jours à traiter le défi sur l'amour peu conventionnel sous l'angle de la pédophilie

Dans ces cas-là la plupart du temps ça se joue à la qualité du récit et à l'intention manifeste de l'auteur. Si tu as une idée répréhensible très claire derrière la tête et si elle est très visible, ou si le texte est franchement mauvais, tu rencontreras plus de soucis sur un sujet controversé que si tout est très bon. Il y a de la séduction dans l'écriture, et si tu as l'esprit assez galant pour traiter avec intelligence un sujet choquant, au final la balance penchera en ta faveur, puisqu'il y a des choses à tirer des bons récits, surtout lorsqu'ils touchent à du peu conventionnel.

Avoir certaines connaissances ne peut pas faire de mal non plus, par exemple dans le cas du viol pédophile c'est pas si répandu que ça la violence ou la souffrance extrême, dans la mesure où la victime est irresponsable, sans autorité sur elle-même et peu au fait de ce qui lui arrive. Ce qui fait qu'il y a bien des traumatismes qui proviennent, en fait, de la pression sociale exercée par le regard des autres sur ce qui s'est passé, des allers-retours dans les tribunaux, et de l'impression de ne pas être cru/crue, ou d'être accusé de ne pas avoir résisté, voire d'avoir apprécié (puisque plus la victime est jeune, moins elle sait que c'est une "mauvaise chose"). Comme toutes les réalités, ce sont des choses complexes qu'il n'est pas forcément sage de traiter avec un regard caricatural/manichéen.

Après il faut réussir à adopter de manière crédible le point de vue du "monstre", et là c'est une autre paire de manches, parce qu'avoir l'esprit assez vif pour ça c'est déjà dépasser certaines frontières. Il y a une proximité entre comprendre et excuser que certains ne pardonneraient pas, à mon avis
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Victoria-Westhill
" [...] j'hésite depuis quelques jours à traiter le défi sur l'amour peu conventionnel sous l'angle de la pédophilie".
Wow, moi qui pensait m'aventurer dans un terrain glissant je vois que tu es autrement plus audacieux!

Blague a part, je suis d'accord avec ce que tu dis sur la qualité de l'écriture. C'est un critère indispensable pour traiter de sujets délicats comme celui de la pédophilie. Après, comme tu l'as aussi dit, il faut faire attention à l'idée que l'on souhaite transmettre. Si c'est pour finir par faire une apologie de la pédophilie et du viol, alors autant ne rien écrire du tout. Par contre, on peut adopter le point de vue du monstre et être suffisamment subtil pour laisser le lecteur faire le travail moral. Dans Lolita, Humbert Humbert ne se présente jamais comme un monstre, et pourtant, nos codes moraux nous crient qu'il en est un.

Par contre, je comprend un peu moins ton deuxième paragraphe: est ce que tu voulais dire que l'enfant n'a pas les moyens de comprendre ce qui lui est arrivé et que, par conséquent, il n'en souffre pas aussi intensément qu'une personne mature sexuellement?
Je suis entièrement d'accord avec toi quand tu parles du traumatisme lié à la pression sociale. C'est le gros paradoxe du viol pédophile ou ephebophile: on le diabolise à l’extrême, mais quand il arrive, on cherche décrédibiliser la victime... Et pour la complexité de la chose, je sais aussi de quoi tu parles: beaucoup de victimes ne considèrent pas leurs violeurs comme tels, et mettent parfois des années à accepter ce qui leur a été fait. Néanmoins, je considère que l'acte lui même n'est pas nuançable: il y a une personne qui profite de la faiblesse d'une autre. Un criminel et une victime.
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Andy Clarbann
"Par contre, je comprend un peu moins ton deuxième paragraphe: est ce que tu voulais dire que l'enfant n'a pas les moyens de comprendre ce qui lui est arrivé et que, par conséquent, il n'en souffre pas aussi intensément qu'une personne mature sexuellement?"

Il était pas vraiment question d'hiérarchiser, mais le vécu est de nature assez différente si la maturité n'est pas là oui.
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Mansuz
C'est chaud, ce genre de truc. C'est comme marcher sur des braises. On peut s'en sortir indemne ou échouer et se brûler.
C'est une question d'angle, je pense.

Tu vas utiliser le je ou le il ?
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Victoria-Westhill
Je pense que ça vaut le coup de prendre le risque. C'est mieux d'en parler et risquer d'être mal interprété plutôt que de ne pas en parler du tout.

J'utilise le "je".
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