Inscrivez-vous sur Scribay...

...et retrouvez une communauté soudée par l'amour de l'écriture, le partage et l’entraide entre auteurs.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
Image de profil de .

Poursuivre la Littérature

par .  il y a 4 mois

Bonjour à vous, auteurs,

Je voulais évoquer un thème, qui me tient à coeur, sur lequel j'écris et je lis beaucoup : poursuivre la littérature via la fictionnalisation de l'auteur (Borges, Cortazar, Nabokov, Bolano, Pahmuk, Pessoa).

Citons par exemple Borges et ses livres imaginaires : "Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire."

Beaucoup d'auteurs évoquent des auteurs inconnus ou ont des doubles, et la plupart de ces derniers, ces auteurs imaginaires ne parviennent pas à écrire des romans - quand ce ne sont pas les auteurs eux-mêmes qui disparaissent -, perdent leur roman, voire les détruisent. Et bien souvent, attraper la littérature, attraper ces romans imaginaires, conduit à la mort, la disparition, la fin. La conclusion du vrai roman. Quel est donc cette relation entre l'écrivain (fictif ?) et son matériel, qui pousse si souvent à le faire taire, à détruire le (son !) matériau : le langage, le livre, etc.

Or, nous ici, en tant qu'auteurs de romans inachevés, nous sommes aussi des détectives, qui courent après la fin d'un roman, cette fois-ci réel. Je vous pose donc la question : n'avez vous pas peur de la fin de cette poursuite, de la mort qui peut en découvre ?

Image de profil de JPierre
JPierre
Toute mort est une renaissance. La question est en quoi ? L'auteur n'y échappe d'où une possibilité, consciente ou inconsciente de ne pas "achever"… par peur de l'inconnu qui suivra, à (re)découvrir. Faut-il le craindre ? Je ne possède pas la réponse, sauf la mienne qui est non. L'écriture, comme la vie, est une aventure, sens noble. Libre à chacun de ne pas l'explorer. Je ne juge pas mais si je dois me cantonner, en tous sujets, je m'ennuie.
Image de profil de ....
....
Sinon on écrit et puis voilà.
Image de profil de Expos-ito
Expos-ito
Je t'ai lu. De suite je t'avoue que je lis mal, je lis comme je suis...mais beaucoup font ainsi. J'ai lu la sensorialité de tes personnages, la narration est faite d'instants, de ressentis qui s'ensuivent en une sorte d'errance. Ça laisse une impression, un sentiment parfois, mais c'est comme une aquarelle qui ne serait jamais sèche, dont l'eau toujours trouble la figure. Je ne sais si c'est le mot, mais c'est comme s'il n'y avait jamais de décision, comme si ce fluide ne faisait jamais sol. Alors malgré la sensorialité que j'ai goûté aussi fort que j'en suis peu pourvu, j'ai ressenti aussi au travers de ma lecture, une sorte d'angoisse. Celle d'une déperdition au laisser aller, d'une liberté sans...motif.
Ta question, alors, sur la beauté de l'inaccompli, sur le possible plus beau que l'existant, sur l'effacement de l'auteur, ma renvoyé au personnage qui ne veut pas être père. Comme une même question, un même recul, et probable lâcheté.
Alors le livre que l'on n'écrit pas ne serait-il pas plus beau que celui écrit ?
Oui. Mais il n'est pas.
Je suis un rêveur, je préfère mes songes à mes pages. Mais aussi j'aime la vie, ce qui est, ceux qui sont. Malgré l'imperfection. Et le courage d'écrire est comme celui de faire naître malgré le poids, la peine, le reproche, pour que se soit. Et enfin, l'accompli n'est-il pas jeté à la mort ?
Oui. Mais la seule éternité que nous ayons est au renouvellement de la vie, il faut la transmission malgré l'imperfection et la mortalité.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
J'allais justement t'appeler à venir jeter un oeil ici toi :-) décidément tu ne me déçois jamais !
Je vais prendre un café, j'ai une réponse à rendre un peu plus bas. :-)
Image de profil de AlexandraKean
AlexandraKean
Euh.....j’ai pas vraiment compris ta question
Image de profil de .
.
Ah mince désolé... je ne sais pas trop quoi répondre...
Image de profil de Guillaume Roussard
Guillaume Roussard
Tout texte traîne avec lui comme une ombre la masse des notes et textes préparatoires, les premières versions abandonnées et les repentirs, et toutes les branches que l'on a élagué à remords. Pour celles là, j'utilise pour ma part un second fichier où je les stocke, tous ces greffons et ces tuteurs jamais utilisés qui aurait chacun pu devenir de noveeaux chapitres, ou entraîner le texte dans des directions différentes.
La question est de savoir où est la flamme, dans le texte achevé ou dans ses notes préparatoires.
C'étaient les écrivains romantiques qui considéraient les premiières versions comme plus importantes que les oeuvres achevées. Et il y a quelque chose de troublant à perdre l'allant du début à mesure que l'on avance. Ce texte génial au ton particulier, qui laissait en nous une impression si nette à chaque fis que l'on y pensait, où est il passé ? Letravail prosaïque du romancier a estompé la certitude du rêve. Et peut être y aurait il une autre manière que le roman de transférr cette impression au lecteur, le roman avec ses ratures et ses ficelles. Je me souviens d'une directrice d'atelier qui utilisait pour ce barbouillage, le mot 'Nutella'. Barbouiller son texte de Nutella pour en faire un roman. Choses plaisantes, mais grasses et insipides. Dans ce cas, peut être faudrait il mieux pas.
C'est pourtant la seule technique. A défaut de chaman, envôuteur, enchanteur, être seulement illusioniste et faire passer quelque chose, même si nous sommes les premiers à savoir que notre projectile a mis à côté de la ciblle.
Je rêve d'un texte de traces qui permettrait au lecteur de reconstruire quelque chose autour, quelque gigantesque palais de fiction qu'il tirerait de son esprit. Certains y parviennent.

Il y a de longs développemnts sur le sujet dans 'Le feu et le récit' de Giorgio Agamben. Entre autres reprend t'il que la fin d'un roman ne serait dans le monde moderne que purement contingente. C'est à dire que n'est mis fin à un texte que par pur incident. Et la mort de l'auteur en fait partie. Autrement il aurait pu le retoucher et le retoucher encore. Ainsi l'édition contemporaine a renoncé aux éditions définitives avec la quête d'une idéale perfection. Il n'y aurait pas d'état de nature du texte, d'état vrai qui serait le but, l'idéal, la ligne d'arrivée. Il faudrait sans cesse voir les textes comme une oeuvre en devenir. Aussi le monde entier se construit il ainsi. Les héros ne meurent plus avec leur auteur. Lucky Luke, Spirou, Blake et Mortimer. Increvables. Et on reprend l'édition de Flaubert dans la Pléïade pour y ajouter une version liminaire de la tentation de Saint Antoine. Aussi n'en est on sans doute qu'au début. Pour mes livres publiés en ligne, j'en fais des versions périodiques. Je corrige, j'agrège ou je censure au gré de mes envies. Comme je suis mon seul lecteur, celà n'a pas une grande importance, mais l'outil est là. Aussi en fin de texte je note 'Commencé d'imprimer en 2019'. A cette date, la chose a commencé d'exister, et elle deviendra ce qu'elle deviendra.

Car il n'y aurait au final qu'une forme d'achèvement de l'oeuve, celle de la vie de l'auteur. Le texte cessant de se transformer sous sa forme actuelle. Dans une époque qui ne croit plus à la mort, rien d'étonnant à ce que l'achèvement d'une oeuvre se dilue, que nul n'ose plus poser sur ses étagères un livre achevé ni érire 'FIN' sur la dernière page.

Je vais essayer une réponse générale, le lien entre l'écrivain fictif et son matériau est là. L'écrivain fictif est celui que l'on sent en soi capable de réaliser l'oeuvre telle qu'on la porte. Celui qui a écrit le texte idéal. Et nous, pauvres hommes réels, de ce matériau protéiforme nous ne pouvons tirer qu'un pauvre livre, une seule histoire enfermée dans ses pages.
Image de profil de .
.
Merci pour cette belle réponse : "L'écrivain fictif est celui que l'on sent en soi capable de réaliser l'oeuvre telle qu'on la porte. " (et pour tout ce qui précède)

Je connaissais pas Le feu et le récit, j'y jetterai un oeil
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
Bon finalement j'interviens ^^!
Il y a une chose qui m'interpelle ici... deux plutôt.
1) C'est très intéressant ce que vous dites mais tout le propos se déroule sur la focale de l'oeuvre et non de l'auteur alors que vous pointez la fin du roman comme forcément la mort de son auteur dans une quête d'absolu, tentation de perfection qui ravirait Nietzche je pense.
Quid de l'auteur ? Non pas dans sa mort mais dans son inachevé ? Car ici plus qu'une plateforme peuplée d'auteurs d'oeuvres inachevée je crois que C'est une plateforme peuplée d'auteurs inachevés dans le processus de leur écriture
korinne l'annonce à sa façon qui est de ressenti : une fin de roman est la possibilité d'autres.
Chaque roman s'il porte la résolution de l'auteur doit en permettre son évolution, son devenir, enfantement et non avortement, de l'oeuvre comme de lui même et alors terreaux des suivantes. Dans les exemples cités je ne m'appuierai que sur Nabokov puisque je ne maîtrise pas les oeuvres des autres et je vois dans la mort de l'écrivain fictif non une fatalité de sa quête d'absolu romanesque mais un homme empêtré dans sa propre merde et qui utilise son oeuvre pour la justifier sa merde au lieu de s'en sortir. Écriture qui ne possède alors aucune direction sinon son propre embourbement, qui ne permet pas un devenir mais demeure une impasse. Je lis dans Nabokov la condamnation de cette impasse, d'une écriture pour elle même et qui ne s'adresse à personne, cette écriture conduit forcément à la mort de son auteur.
Ce qui me permet d'ouvrir sur le second point qui m'interpelle...
2) Faut il alors se poser la question d'une transitivité du verbe écrire qui permet de replacer l'auteur dans sa voix et dans son sens au sein de son oeuvre et qui ouvre vers un devenir perpétuel, une humanité peut être plus réelle dans ses failles et ses faiblesses, son statut d'être impermanent plutôt que vers une quête d'absolu quand dans la vie, le seul absolu de notre condition est la mort justement ?
C'est une écriture différente et différante qui n'est pas née aujourd'hui mais qui semble prendre de l'ampleur et je me questionne Williams quand je vois qu'à cette notion posée plus bas tu te refuses à répondre, comme une clôture de débat... sur un fil de discussion que tu lances avec une telle densité, avoue que c'est surprenant...
Image de profil de .
.
Comme je le dit plus bas, la réponse a attendu pour raison d'ordinateur en attente. Même si j'ai mis plusieurs jours à répondre (j'attendais d'autres réponses, à vrai dire)

Je ne sais pas si l'écriture pour soi-même mène à une impasse. Le partage de ses écrits, provient avant tout d'un questionnement personnel, de la peur d'une impasse, l'impasse de l'écriture inachevée. Celui qui écrit pour lui-même, c'est peut-être celui qui a terminé son processus d'écriture. Quand je vois Joyce, je me dis qu'il n'écrit que pour lui-même, qu'il est le seul à avoir les clefs de son langage et le lecteur n'est qu'un observateur, qui tente de comprendre, de faire résonner ce langage "imaginaire".

Est-ce que le roman porte l'enfantement d'autres ? Oui, l'écriture porte l'enfantement constant d'une autre écriture. Mais le roman porte-t-il l'autre roman ? Beaucoup d'auteurs ont écrit des romans en parallèle, sans jamais les finir. Un roman n'appelle pas nécessairement un autre, le roman est porté par le désir de continuer à écrire, pas par la fin du précédent.

Et 2... La question est très condensée... C'est souvent la longueur qui amène la faille, la quête qui emmagasine les défauts. Je ne sais plus quel auteur déplorait que l'on lise aujourd'hui de nombreux romans courts et parfaits tels que La Métamorphose de Kafa et Bartleby de Melville, mais que l'on délaisse les plus longs, Le Procès et Moby Dick ici, qui sont imparfaits. Dans un texte court, on cherche souvent à éliminer toute faille. Dans un roman long, on a tendance à les oublier. Est-ce qu'en écriture c'est pareil ? Poursuivre l'écriture (mais pas à la réécriture) c'est s'ouvrir à l'imperfection aussi. Plus on écrit, mieux on écrit, oui, mais le nombre de "faille" n'est pas pour autant plus faible, elle sont justes plus petites.
Du coup, je me suis un peu détourné, mais écrire est-ce replacer l'auteur dans une humanité plus réelle ? Oui, je pense. Mais c'est dans la poursuite d'une quête que s'effectue ce replacement, non ? Je ne sais pas si on peut séparer les deux. (peut-être que je ne réponds pas du tout à tes questions...)
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
En effet tu ne réponds pas tout à fait à mes questions sans doute parce que je dois les reformuler, peut être aussi parce que tu regardes dans une direction quand je te parle d'une autre et qu'il est donc difficile de voir de quoi je parle... (bon honnêtement je mise sur la première possibilité ^^!)

Je vais tenter une reformulation et peut être une ouverture qui reprend un peu ce que J.Eyme a pu te dire et ce que Expos-ito a complété, chacun avec sa verve particulière comme sa sensibilité et son vocable, je rajoute la mienne car je pense que ces questions que nous soulevons par l'intermédiaire des tiennes te nourriront bien plus que des annotations sur un de tes textes. Disons que tu as ouvert une porte sur toi et que nous sommes tous les 3 de ceux qui aiment à s'y engouffrer plutôt que te répondre par "moi je..." ;-)

Il est étonnant que tu n'aies jamais lu Barthes car il me semble que C'est lui qui le premier lança ce concept de mort de l'auteur dans un effacement de lui même, de sa trace, de sa voix, afin de laisser justement au texte la place totale au lecteur pour sa liberté d'interprétation. L'idée première était de ne s'appuyer que sur le texte pour en interpréter le sens et ne pas remettre dans son analyse le contexte de son auteur. Cela s'inscrit dans d'autres de ces notions comme "l'écriture bourgeoise" ou le "degrés zéro de l'écriture". Ce fameux degrés zéro est l'incarnation au sein du texte de la mort de son auteur.
Donc je comprends tout à fait que pour toi cela est vie car vie du lecteur... oui mais non ^^! Et pour te donner une autre vision je vais me permettre une analogue sauvage mais alors très sauvage !
Le degrés zéro de l'écriture représente pour moi le libéralisme à outrance. C'est à dire qu'il y a un désengagement complet de la responsabilité de l'auteur par rapport à son écrit. Le lecteur est libre d'y lire ce qu'il souhaite, C'est son problème. Désengagement de l'état...
Sauf que la littérature est dans une de ses définitions (vaste et diverses) un miroir de l'homme au sein de sa société. Les mouvements littéraires identifiés sont superposables aux crises sociales, bouleversements historique etc... aujourd'hui, il est bien difficile de définir une littérature contemporaine et de lui donner son sens de contemporain, d'actuel tant ce degrés zéro pour moi crée une absence de lien, de rencontre avec l'autre (auteur) vu que justement il a disparu de son texte.
Nous vivons dans la mutation que le libéralisme a engendré car il n'avait pas prévu une chose fondamentale : l'humain. Nous voici en plein neo libéralisme depuis les années 80 parce qu'on se rend compte que la mondialisation, la sur-communication, la vitesse engendre des crises existentielles majeures, des problèmes individuels et de masse considérable. L'homme connecté est déconnecté des autres et de lui. L'espèce humaine n'est pas faite pour le monde qu'elle a créé... C'est pour cela qu'il faut la reeduquer, la faire évoluer, dans une visée d'adaptation Darwinnienne. Ici apparaît alors la notion de conformisme, d'uniformisation et tout un travail de communication pour acquérir le consentement des masses. (Au passage je ne fais pas de politique, j'explique une doctrine qui est devenue hégémonique, partis confondus et qui repose sur une certaine bienveillance même si C'est discutable)
La littérature n'y a pas échappé. Nous avons tué l'auteur et uniformisé / conformité les textes. Un flux massif de parution, un renouvellement permanent, le livre est devenu plus tardivement mais il est aujourd'hui un produit de consommation comme un autre.
Alors se pose la question d'écrire... si on reste dans l'écrire pour écrire on tombe dans une impasse, une jolie boucle qui tourne en rond, un texte vide où le lecteur a toute sa place mais ne rencontre rien ni personne.
Écrire pour soi donne déjà une direction. Ce n'est pas une impasse.
Écrire pour le lecteur... n'en parlons pas, J. t'en as parlé, C'est un paraître absurde.
Écrire pour replacer le livre comme média entre l'auteur et le lecteur, une rencontre, toucher l'autre pour en saisir les limites et définir les siennes car personne ne peut se construire dans une liberté de mouvement absolu. Nous faconnons notre corps à nos sens, à nos contraintes et notre esprit de même.
Pour reprendre mon analogie : l'être humain n'est pas fait pour le monde qu'il a créé... C'est pour cela que le système se fissure et que ce degrés zéro de l'écriture fait de même.
Peut être qu'alors il sera possible de définir une littérature contemporaine car inscrite dans son mouvement sociétal, l'idée de ne pas être dans du théorique, de l'imaginaire mais dans du vrai, quelque chose qui se touche, se reconnaît au milieu du reste et puisse se saisir. L'idée de ne pas être dans l'idee mais dans le faire. Ça naît un peu partout autour de nous, pourquoi pas dans les livres ? Car l'être humain n'a pas besoin d'une quête d'absolu pour se fuir, il a besoin de l'autre pour se définir.
C'est une conception et je suis partie très loin je te l'accorde. Mais dans tes réponses je vois le mouvement actuel avec juste plus de "classe(s)" que d'habitude. Il peut être intéressant d'ouvrir sur un contre mouvement qui s'inscrit déjà dans nos vies et pas encore dans nos livres...
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
(je copie colle tout ça pour le ressortir le moment venu ;-))
Image de profil de Vicomte Bidon
Vicomte Bidon
J.Eyme :
- « Est-ce qu'il ne devient-il pas nécessaire de redonner au verbe écrire sa transitivité ? »
- « Une mort nécessaire, oui, je suis d'accord, mais UNIQUEMENT quand écrire est INTRANSITIF »
- « La nouveauté et contemporanéité de la littérature serait […] dans une quête de transitivité qui est une écriture adressé »

Isabelle K. : « Faut il alors se poser la question d'une transitivité du verbe écrire qui permet de replacer l'auteur dans sa voix et dans son sens au sein de son oeuvre et qui ouvre vers un devenir perpétuel, une humanité peut être plus réelle dans ses failles et ses faiblesses, son statut d'être impermanent plutôt que vers une quête d'absolu quand dans la vie, le seul absolu de notre condition est la mort justement ? »

Mais bordel que voulez-vous dire avec transitivité ? voulez-vous dire la même chose, d’ailleurs ?

En linguistique : j’écris un livre. Ecrire est un verbe transitif. Est-ce de cela dont vous parlez ? visiblement pas.

En math, la relation "supérieur à" est transitive, si a>b et b>c alors a>c. si jécris machin et que machin écrit truc alors j’écris truc ? (genre, j’écris sur un écrivain qui écrit un roman, alors j’écris son roman ?)

Parlons-nous philsophie ? « Se dit des causes qui modifient ou agissent sur autre chose que l'agent lui-même » je ne suis pas sûr de comprendre ce que cela veut dire, mais je ne vois pas bien le rapport non plus.

Normalement avec le contexte je devrais comprendre . « Est-ce qu'il ne devient-il pas nécessaire de redonner au verbe écrire sa transitivité ? » je comprends qu’à un moment donné dans le passé écrire était transitif et qu’il a cessé de l’être et qu’il faudrait qu'il le redevienne,… je ne vois pas du tout de quoi tu parles, aucun indice sur ce qu’est cette transitivité.

« Une mort nécessaire, oui, je suis d'accord, mais UNIQUEMENT quand écrire est INTRANSITIF » je reste toujours aussi perplexe.

« La nouveauté et contemporanéité de la littérature serait […] dans une quête de transitivité qui est une écriture adressé » Ah là, on a un indice « transitivité » serait lié à « adressé ». Si j’écris pour quelqu’un ou à quelqu'un ce serait une écriture transitive… ça me semble trop simple et pas coller à ce que vous dîtes.

Et d’après K « la transitivité du verbe écrire permet de replacer l’auteur dans sa voix et dans son sens… » snif, je comprends pas plus.

Ce serait pas mal que quand on utilise un mot (visiblement important) avec un sens qui n'est pas celui que donne les premières définitions du dictionnaire, on explique de quoi on parle, il me semble.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
Pardon vicomte, tu as tout à fait raison il s'agit de notion à expliciter et je vais prendre le temps de te répondre du mieux possible même si C'est une réflexion toujours en cours et qui est en gestation depuis près de 3 ans avec J. et expo.
Navrée d'avoir été obscure ^^!
Image de profil de Vicomte Bidon
Vicomte Bidon
Merci par avance,
parce que là une une question comme « Est-ce qu'il ne devient pas nécessaire de redonner au verbe écrire sa transitivité ? » est aussi limpide pour moi que :
- Est-ce qu'il ne devient pas nécessaire de redonner à l'acte d'écrire sa commutativité et son associativité ?
- Le renouveau de la littérature serait dans une quête opiniâtre de la distributivité de l'écriture sur la lecture
- faut-il se poser la question de la structure de la littérature ? est-elle un corps, un anneau intègre, un groupe abélien, un monoïde ou un simple magma ? ;-)
Image de profil de .
.
La théorie des groupes c'était une de mes matières préférées Vicomte Bidon

Je vois un peu mieux vos idées Isabelle K.. Et d'où vous ait venu cette collaboration de trois ans ?
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
Tardivement je réponds, toutes mes excuses à vous deux.

Vicomte Bidon en premier.
Tu as parfaitement senti le sens que nous mettons dans cette fameuse "transitivité" dont nous parlons en reprenant les définitions de ce mot.
Oui "écrire" à la base est un verbe transitif. J'écris un roman, une histoire, une fiction, ma vie, mon rêve, mon journal intime et que sais-je encore, la liste est vaste. Comme j'écris à ma mère, à mon amant, à ma maîtresse, à ma muse, et là aussi il y a foule.
Le rappel de la définition philosophique est très très pertinent : « Se dit des causes qui modifient ou agissent sur autre chose que l'agent lui-même » => écrire modifie l'histoire, comme l'auteur, comme le lecteur (?).
Depuis que la langue française et que l'écriture de littérature est entré dans son industrialisation (depuis la renaissance et l'imprimerie) elle a été régenté par des codes et des règles (académie française) (note pour moi-même : il va vraiment falloir que je remette ici ma Bibliothèque ^^!) Règles d'orthographe certes pour uniformiser le langage mais aussi de grammaire, ou du moins tentative quand la grammaire n'est pas de règles mais d'usage en fonction du sens.
La littérature et la façon d'écrire a alors acquis elle aussi un certains nombres de règles de "bien écrire", règles que la majorité des utilisateurs de cette plateforme se font un plaisir de rappeler lors des annotations. Ces règles sont devenues selon leurs époques un quasi dogme, une doctrine à suivre impérativement pour construire et bâtir un roman. (règles des trois unités de Boileau, règle du schéma quinaire, concordance des temps, vraissemblance des actions etc etc ... ) C'est règles visent à uniformiser l'écriture afin de proposer au lecteur une chose belle, harmonieuse, esthétique, parfaite. Pas de faille, pas d'incohérence, pas d'étrangeté. C'est lisse et très bien et ça nous vient du classicisme.
Pour que le lecteur saisissent alors pleinement l'histoire il faut la mort de l'auteur et de ses considération. L'auteur écrit. Il n'écrit plus ses tripes, ses failles, ses faiblesses, son humanité, il écrit un roman ou une pièce de théâtre, ça ne va pas plus loin. Il écrit comme écrit une machine à écrire. C'est en cela que ce courant a tuer l'auteur et a ôté au verbe écrire sa transitivité. Ces livres qui sont conformes à une idée de l'écriture peuplent encore aujourd'hui notre littérature contemporaine, sans doute avec plus de force encore. On cherche une oeuvre qui se suffise à elle même, qui n'a ni besoin de son contexte et encore moins besoin de son auteur pour se comprendre pleinement. Une oeuvre qui finalement aurait pu être écrite par n'importe qui d'autre que son auteur. Elle ne s'adresse à personne en particulier, elle ne modifie personne ni son auteur, ni son lecteur, ni son histoire. C'est ce qui est repris plus haut, un texte immodifiable. On est dans l'intransitivité du verbe écrire.
Et si ce mouvement d'écrire pour écrire, d'écrire sans complément derrière existe depuis le 17ème siècle, il a pris une ampleur considérable et surtout une forme qu'on ne soupçonnait pas aujourd'hui.
A l'origine, écrire (sans complément) permettait au lecteur de percevoir le langage de l'auteur dans sa plus pure manifestation, quelque chose qui ne souffre pas d'une interprétation personnelle mais qui peut alors toucher au plus vaste, au plus simple et direct le lecteur et transmettre le message, l'émotion, le déroulement de l'histoire. On est alors dans la fonction la plus basique mais aussi la plus primitive du langage écrit qui est la transmission d'un savoir, d'une connaissance. Les autres formes d'écrits (scientifiques, journalistique ou juridiques) ont cette fonction au coeur de leur modalité d'execution. Un article scientifique est co-écrit et l'auteur ne se reconnaît que par son nom sous le titre. Il y a un style commun, uniforme, conforme. C'est le degré zéro de l'écriture. Il n'y a pas d'auteur mais un contenu.
Dans la littérature actuelle, cette quête d'oeuvre absolue s'est heurtée à une chose bête et méchante mais terriblement actuelle : l'économie de marché. Le livre est devenu un produit de consommation comme un autre, pour se vendre au plus nombreux, il doit répondre à des critères. Wattpad a d'ailleurs pondu un algorythme de reconnaissance de best-sellers... on ne choisit pas le livre le plus original, le plus étrange, le plus atypique mais celui qui se vendra le mieux donc au plus grand nombre. Il faut pour plaire au plus grand nombre tuer l'auteur, écrire selon le même code, les mêmes règles où tout le monde se reconnaît et ôter tout ce qui fera l'humanité d'un texte avec ses forces et ses imperfections.
Nous sommes conditionnés à ce type d'écriture. Ici par exemple : l'académie de scribay est un produit de ce conformisme avec un plan, des cases à remplir, un modèle commun de structure littéraire pour écrire un roman.
Autre exemple toujours ici : les commentaires ou annotations. Si on les analyses en détails, on constate qu'on retrouve toujours les mêmes conseils d'écriture, les mêmes intolérances à certains "accents" de l'auteur, tiques de langage etc... Il y a très peu de cas par cas. En tant que lecteur, nous nous sommes habitués à cette écriture sans transitivité. Il est normal que nous corrigeons les textes avec ce prisme ou que nous écrivions avec cette intention afin de gagner notre lectorat. (C'est humain, il faut être honnête, si on publie c'est pour être lu, sinon on laisse nos mots dans un tiroir)

Dans le même temps de ce mouvement de mort de l'auteur et de perte de la transitivité du verbe écrire s'est opéré le contre-mouvement. Le romantisme par exemple tentait de replacer l'émotion, le mot non pas dans une définition unique mais dans la puissance de toutes ses évocations possibles. La bit-génération ou la littérature underground, était orientée vers la vie de l'auteur, avec un style très assumé et très fort. Citons aussi le nouveau roman, Joyce comme Williams le soulignait, Faulkner, l'auto-fiction, etc... des auteurs qui ont marqués la littérature et qui ont clairement freiné ce mouvement de mort de l'auteur. Des auteurs identifiables entre milles, impossible de dire qu'un autre qu'eux auraient écrit leurs oeuvres, des oeuvres qui se sont imprimés dans l'imaginaire et la culture collective, qui ont traversés les années, les frontières aussi (Kerouac, Hemingway, Duras, Céline, Thoreau, Kundera, etc...) mais qui aujourd'hui, on le sait, ne franchiraient peut-être pas la barrière de l'édition. Cette écriture qui est restée transitive se heurte à la masse, à l'économie de marché, au conformisme, à la mondialisation, à notre société et ses règles. Cette société qui a transformé une quête d'absolu en coquille vide, morte.
Aujourd'hui, c'est le triomphe de cette littérature creuse, de masse, de flux, c'est la mort de l'auteur.
Discuter de cette quête d'absolu, d'écrire pour écrire, qui date certes mais qui est arrivée à son terme il me semble, qui est arrivé à sa manifestation et ses conséquences concrètes et qui est bien loin de la belle idée de langage universel ou de liberté du lecteur avec une certaine nostalgie me paraît étrange. C'est ne pas voir l'impasse où cela mène. L'homme n'est pas un être absolu, et toute quête d'absolu est une tentation qui maintient hors du monde et de la vie. Pour cela que cette quête exige la mort métaphorique de l'auteur, l'effacement de sa singularité, de sa voix, de son individualité pour avoir une oeuvre capable d'être lue par tout le monde.
Alors peut-être oui qu'il faudrait retrouver cette transitivité du verbe écrire car elle s'est perdue, car elle est d'origine en linguistique, qu'elle a du sens en philosophie. Ecrire l'histoire permet de la penser autrement, d'en modifier le sens, de ne plus voir par un seul côté, une seule version. Ecrire notre histoire permet de s'en délivrer, de s'en grandir, de s'en renforcer de se transformer. Ecrire notre langage, notre identité à travers nos accents, nos formes, nos aspects, notre style, force le lecteur à se heurter à l'autre et non à son reflet, le force à percevoir ses propres limites, ses communs comme ses différences, que cela lui plaise ou non, il est forcé de prendre position, de se penser à travers la rencontre avec l'autre.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
Il ne s'agit peut-être pas de faire comme Joyce ou Faulkner, de cette écriture difficile et trop pour l'auteur justement, qui ne laisse aucune place au lecteur, qui demeure obscure, avec un sens qui peut complètement échapper. Cette écriture qui a lutté contre la mort de l'auteur" était devenue peut-être trop extrême pour réellement survivre dans le sens de perdurer aujourd'hui dans les nouveaux auteurs et non pas être cantonnée aux auteurs morts. Jugée trop éllitiste aussi, trop conceptuelle. Peut-être qu'un équilibre peut se trouver, se penser entre un vide de l'auteur et un trop plein de lui. Que le lecteur ne soit pas dans le livre comme dans un train vide, voyage sans effet notoire où il n'a qu'à attendre la fin en piquant un somme ; ni dans un train bondé où il descendra en cours de route car il n'a pu s'asseoir.
Peut-être que l'enjeu aujourd'hui est de placer le livre dans cet entre deux personnes, auteur et lecteur pour permettre une rencontre.


. "Et d'où vous ait venu cette collaboration de trois ans ?" => d'être justement dans nos textes. De chercher cette transitivité dans notre écriture et non d'écrire pour la beauté des phrases dans des histoires qui tournent en rond, belles mais creuses. ça aide en général à faire de vraies rencontres. Il n'y a que ça pour changer et changer nos vies, ça et les catastrophes bien sûr mais je préfère les rencontres.
Image de profil de ....
....
Peut-être que ces schémas, ces codes, permettent aussi à certains auteurs d'exprimer leurs idées sans qu'ils doivent se forcer. Peut-être que ce cadre, dans lequel ils peuvent expérimenter un foule de choses, convient bien à certains. Je ne sais pas.
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
Merci Isabelle. Je dois avouer mettre retenu de répondre, j’attendais tes mots :-)

Je crois maintenant qu’il appartient à chacun d’en faire l’épreuve. Écrire un livre ou raconter une histoire ? Question qui tournera encore et encore et encore :-)

(Faudra que je repense cette idée d’oeuvre qui se suffit à elle même, il y a une dissonnance dans ma petite tête a ce sujet)
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
merde ! ma réponse s'est effacée...
... en gros je disais que ta remarque ne fait que confirmer la mienne : l'outil dépend de son utilisateur et est indispensable à celui-ci mais quand l'outil devient loi parce que l'utilisateur s'efface, ça n'a plus de sens, ce n'est plus une zone d'expérimentation mais de répétition.

Autre chose, exprimer ses idées sans avoir à se forcer est exactement ce que je dis dans écrire pour écrire où seul le contenu compte qu'importe son auteur. Pas d'effort à rédiger, pas d'effort à lire, de la transmission d'information. Dans l'écrit scientifique ça a du sens car il contient des découvertes ou des nouveautés. En littérature, il n'y a pas d'idée nouvelle. Alors recevoir une idée qui existe déjà depuis des générations, la comprendre parce qu'elle est bien expliquée, ok... personnellement ça me tombe des mains. C'est ce qui se passe d'ailleurs actuellement, un livre qui devient insaisissable, qui marche par flux permanent comme notre toile, comme nos publications ici (il n'y a qu'à constater la multiplications des rentrées littéraire, à peine le livre est déposé en librairie qu'un nouveau flot le remplace...). Mais saisir l'auteur et son idée, l'éprouver au sein d'une histoire, s'y heurter, s'y confronter aussi, ne pas être d'accord, devoir se tordre dans ses convictions, dans ses croyances pour mieux percevoir ce qu'il se dit pourrait être bien plus intéressant. Je ne sais pas non plus, mais un livre écrit sans effort se lit sans effort. Et sans effort on ne retient pas grand chose, juste un sentiment de satisfaction immédiate. Sans effort on ne se confronte à rien, on ne rencontre aucune résistance, aucun débat, aucune ouverture de pensée comme le flux des réseaux sociaux dont les algorythmes nous entraînent vers ce qui nous ressemble et qui pense comme nous.
Alors oui, J. l'évoque un peu, c'est à chacun de l'éprouver, à chacun de définir son propre verbe "écrire" et de le rendre transitif, intransitif ou même pronominal. Chacun de sentir s'il y met quelque chose derrière ou juste un moyen de communication, un plaisir ou un travail, une envie ou une nécessité. C'est personnel et si je viens d'écrire des milliers de mots pour alerter sur le conformisme, ce n'est pas pour en lancer un autre ni pour dire qu'il faut faire comme ci ou comme ça. Mais je trouvais intéressant de replacer le débat vers un constat plus actuel et plus concret comme de montrer les différentes formes qui peuvent exister à cette quête d'écriture.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
J.Eyme je ne suis pas sûre qu'il y ait dissonance, je crois plutôt qu'il y a nuance. Il y a eu un extrême sur cette notion de "se suffire à elle-même" comme il y a eu extrême inverse d'oeuvre impossible à lire sans les clés de la préface. Mais il y a peut-être un juste milieu entre le fait de ne pas avoir besoin des explications de l'auteur pour comprendre l'essentiel, et avoir la possibilité de replonger dans le contexte pour en creuser les différents niveaux de lectures et donc d'interprétation personnelle. Niveaux non indispensables mais qui pourrait être présent et à la liberté du lecteur. Un peu comme une vraie rencontre. Soit ça reste superficiel, collègue de travail par exemple, ou connaissance avec qui on aime prendre un verre de temps à autre. Soit on creuse et on approfondi au risque d'aimer ou pas ce qu'on va découvrir. Seulement dans certains cas, on a rien à creuser... on le sent dès le début qu'on creusera pas pas parce qu'on ne veut pas mais parce qu'on voit déjà tout, pas besoin.
Image de profil de ....
....
J'entends bien, merci de répondre en tout cas. Je ne suis pas d'accord, je pense qu'il y a des idées nouvelles en littérature, pas des brouettes c'est sur, ais parfois il y en a. Mais il y a, en opposition à cette quête d'écriture, la quête de lecture. Parfois, le lecteur ne veut tout simplement pas, et c'est dommage hein, autre chose qu'une histoire. Tu considères la littérature comme un art, ou quelque chose d'approchant, et je respecte tout à fait ce point de vue, mais pour beaucoup de personnes, lecteurs en particuliers, il s'agit d'un loisir.
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
Dans le même ordre d’idee, il y a le tourisme et le voyage, et on a fait en sorte de croire soi même que l’on est pas des touristes, pourtant nous le sommes. Je faisais la remarque du problème qu’il y a à lire « sur la route » sur un transat du club med. Chacun se construira un monde pour répondre à ses enjeux.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
... je n'ai en aucun cas parlé de moi. Je n'ai a aucun moment dit comment je considérais la littérature. Comme je n'ai à aucun moment me semble-t-il porté un jugement sur ce qui est bien ou pas mais exposé ce qui se fait, ce qui se constate dans un sens comme dans un autre, exposé deux façons d'écrire, de soumettre l'idée d'un autre mouvement et de sa possible inscription dans nos sociétés actuelles. J'ai discuté de la légitimité de ce mouvement, pas de sa supériorité. Tout comme je n'ai fait que pointer du doigts ce qu'engendre l'écrire sans effort sans porter de jugement.
Ce petit paragraphe non pour te faire le moindre reproche mais pour soulever un point qui me questionne, m'interpelle aussi : le raccourci. Tu as de toi même mis une notion de valeur sur deux écriture/lecture différente. C'est intéressant je trouve, que tu me le prêtes alors que je me suis bien gardée de dire ce que j'en pense, mais que tu l'éprouves ainsi et que tu positionnes ta propre opinion en conséquence, non pas dans le rejet mais dans la défense ce que tu as toi-même placé comme de valeur inférieure.
Ces manifestations d'interprétations de propos me fascinent toujours, comme une faille dans le texte, une zone d'engouffrement possible dans laquelle se glisse le lecteur et qui se retrouve aussi dans les textes. Le débat se construit ainsi, de failles et de nuances, de temps de réponses aussi, un temps où le raisonnement peut prendre sa place au lieu de se faire dominer par l'émotion. Ici l'espace le permet par une largesse du commentaire même si la taille du coup pourrait rebuter, quand l'émotion au contraire prend une forme lapidaire. L'écrit force à bâtir son propre raisonnement.

Donc si tu veux savoir et pour clarifier mon propos, je considère la littérature non comme un art mais comme un ensemble. La considérer comme un art serait ne lui reconnaître que sa grandeur, ses classiques et lui délaisser cette littérature de loisir, celle genrée, celle de consommation ou la littérature érotique, de SF, policière bref l'ensemble de ses manifestations. Pour moi, la littérature est un reflet de nous, de nos vies, de nos existences, de nos besoins, de nos implications au monde. Qu'aujourd'hui la littérature soit devenue un objet de consommation comme les autres me paraît s'inscrire totalement et parfaitement dans sa fonction de reflet de notre société, elle en devient alors terriblement contemporaine. 50 nuances de Grey c'est de la littérature, révélateur de notre rapport au sexe, au corps, au livre, aux clichés, même la façon dont le livre a émergé est révélateur. Cela ne veut pas dire que j'aime ce livre, cela veut dire que je le considère comme partie prenante de notre histoire littéraire.
J'aime la littérature.
J'aime sa diversité, sa grandeur, sa décadence, sa force, sa faiblesse, son absolu, son vulgaire, son conservatisme comme ses révolutions. J'aime son humanité. De même je ne considère pas la littérature comme un art sacré, comme une muse réservée aux élites, mais je crois que la littérature se fait là où elle s'écrit. J'admire qu'elle porte en elle son propre anti-mouvement, que l'anti-littérature soit déjà une littérature.
D'un point de vue plus personnel encore, oui je tente de donner à "écrire" mon sens qui n'est pas celui d'un loisir mais bien d'un effort. Mais je ne méprise pas les autres si ils y mettent un sens différent. Ce qui peut, en revanche, profondément m'agacer est justement ce mépris de la littérature, ce mépris de ce que l'autre écrit différemment de soi et le dogmatisme sous toutes ces formes. Je ne méprise pas les gens qui lisent par loisir ou ceux qui écrivent ce genre de livre, j'attends d'eux qu'ils le fassent en pleine conscience, tout simplement. Car en ayant conscience de ce qu'on attend de notre écriture ou de notre lecture, nous prenons conscience de l'acte que nous réalisons et nous y sommes plus entiers, plus congruents, une cohérence qui redonne du sens je pense. C'est ce que dit J. en mettant la nuance entre voyage et tourisme. Deux enjeux différents, il faut juste savoir de quoi on parle pour savoir ce qu'on y met et ce que l'on attend.
Cet amour de la littérature me place dans une vision plus vaste, plus englobante et me force à une considération des différents possibles, cela me permet de choisir le mien et comment je m'inscris(rai) dans ce mouvement, comment j'oriente ma propre écriture. J'en ai choisi la direction en fonction de ma perception du monde qui m'entourre. Mais considérer la littérature comme un ensemble permet de jouir de ses multiples possibilités sans s'y sentir méprisé ou écrasé, sans souffrir du conformisme. La littérature pour moi, c'est l'humanité qui ose.
Image de profil de ....
....
Je ne prête pas de jugement ni n'essaie d'apercevoir tes opinion sur le sujet.
Pour le raccourci auteur/lecteur, oui c'est moi qui l'ait amené, je ne t'inclue pas non plus dans cette vision, c'est la mienne. Que tu en tires des conclusions sur mes croyances ou mes à-priori, libre à toi.

En ce qui me concerne, je n'écris pas pour me mettre à nu, pour permettre au lecteur d'entrevoir ma psyché ou mon âme. C'est pourquoi je considère la transitivité du verbe comme une notion égocentrique.
Ce n'est que mon avis.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
je n'en tire aucune conclusion, je remarque c'est tout. J'aime bien remarquer :-)

Ton avis je le comprends, il est partagé par beaucoup donc non, ce n'est pas que ton avis.
J'ai envie d'y répondre par un autre point de vue, pas sûr que j'y parvienne mais l'exercice peut être intéressant pour moi aussi.
Y voir une volonté de se mettre à nu et de laisser le lecteur nous examiner en tant qu'auteur, c'est peut-être un peu trop simple(iste)... Imagine alors la notion de métaphore. La métaphore est commune dans certains cas, au point qu'elle est passé au rang d'expression populaire, mais terriblement personnelle pour d'autres cas. A travers une image, on transmet un double sens, un contre sens, une nuance, une impression, une émotion. Cette métaphore sera propre à l'auteur, à son expérience personnelle comme à son lexique personnel. Elle va résonner sur le lecteur comme une étrangeté, il va comprendre le sens premier, le sens second qui justifie son emploi mais elle va s'imprimer différemment en fonction là aussi de l'expérience personnelle, du vécu, du champ lexical du lecteur. Et cette façon de recevoir cette métaphore qui ne met pas à nu, au contraire, qui révèle sans dévoiler justement, avec parfois beaucoup de pudeur, cette façon de la percevoir, de la ressentir, personne ne peut la prédire, ni l'auteur, ni le lecteur. La rencontre se fait parfois entre le lecteur et lui même.
La transitivité du verbe écrire n'est pas une orientation purement à soi, ça peut contenir cela mais ce n'est pas que ça. C'est un rétablissement de l'orientation de l'histoire que l'on écrit. Qui raconte cette histoire, à qui et pourquoi maintenant ? Répondre à ces trois questions donnera presque immédiatement la façon de la raconter, une façon qui sera alors spécifique, une voix particulière, parfois qui ne sera pas celle de l'auteur mais du narrateur. Qu'importe que l'on écrive son autobiographie ou le dernier space-opéra, qu'importe qu'on écrive une histoire ou son histoire, c'est ça le sens, la direction.
Ecrire sa vie peut se faire de manière très classique et mécanique et ne pas entrer dans cette notion de transitivité, car on écrit sur soi comme on écrirai sur n'importe quoi, on se retire de notre langage, de notre style, de notre oeuvre.
Pour illustrer le propos : imagine que tu racontes une blague à ta belle mère, une autre blague à ton meilleur pote. D'abord tu raconteras sans doute pas la même histoire, certainement pas de la même façon, pour l'un tu vas éviter le langage de chartier, pour l'autre tu vas te fendre en deux en lui tapant sur l'épaule. Quand tu sais à qui tu racontes, tu changes forcément ton langage, tu change forcément ta façon de raconter. Même le même sujet, la même idée sera véhiculée de manière totalement différente, avec une autres histoire, d'autres personnages etc. C'est cela la transitivité du verbe écrire, pas forcément écrire sur quelque chose de personnel mais écrire de manière personnalisée et cette personnalisation passe par un sens, une direction donné au verbe écrire : il est transitif.
Dans cette notion de direction il n'y a donc pas forcément d'égocentrisme mais aussi et même souvent, un rapport à l'autre au contraire.

Cela dit je ne cherche pas à te convaincre d'écrire ainsi, juste à bien prendre l'ampleur de la notion pour ne pas tomber dans sa réduction.
Image de profil de ....
....
Merci pour tes exemples et ton développement. J'avoue ne pas me poser trop ce genre de question quand j'écris. Cette dimension m'échappe, de même que les schémas, les codes, m'échappent également. Je n'ai jamais rien lu sur le sujet, sur les points de vue, les arcs ou autres grandes directions de la narratologie. Je considère que c'est dénaturer le processus, tout comme les considérations philosophiques que l'on cherche dans l'acte d'écrire. L'un comme l'autre ne m'intéresse guère. Et j'ai sûrement tort. J'écris c'est tout.
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
De rien.
En revanche, je doute que tu ne te poses pas de question ou que cela ne t'intéresse guère. Je pense et là je vais préjuger de façon sauvage, pardonne moi d'avance, mais je pense que tu sens une limite (dont j'ignore la nature) et que c'est elle qui t'a poussé à me répondre sur un topic qui justement pose une question philosophique. Si véritablement il n'y avait aucune interrogation en toi, pourquoi perdre ton temps à lire mes énormes pavés au lieu de passer ton chemin pour "écrire, c'est tout" ?
Tu écris d'une façon que jusqu'à présent tu n'as pas remis en question. Or quelque chose te remets en question sinon tu ne m'aurais pas lu ici. Cela ne veut pas dire que tu dois changer ta façon de voir ou d'écrire, mais cela veut peut-être dire que tu éprouves au moins le besoin de le questionner mieux, d'en avoir une meilleurs conscience.
Quand on ressent le besoin de se confronter à ce qui nous est vraiment différent (et c'est le cas ici) c'est soit pour se conforter dans sa pratique ou dans ses convictions, soit pour s'ouvrir à autre chose.
C'était mon interprétation sauvage, elle n'attend aucune réponse de ta part, mais je t'encourage à te questionner pour le coup pour la bonne et simple raison qu'écrire est personnel, qu'il existe autant de modalités que de personnes et qu'on ne fait pas que "écrire, c'est tout" quand on vient répondre à des pavés de commentaires. A dire vrai, la plupart des gens ici qui ne font "qu'écrire, c'est tout" ne m'adresse même pas la parole, je dois faire peur ;-D !!

PS : désolée si je tape complètement à côté, comme on dit le ridicule ne tue pas :-)

Sur ce bonne fin de journée.
K.
Image de profil de ....
....
Je suis désolé mais non, il n'y aucune interrogation en moi. Enfin si, plein, mais pas sur l'écriture.

Je te lis parce que j'aime tes réactions, parfois, sur certains sujets, d'autres fois moins, c'est normal, mais c'est toujours argumenté et je suis curieux.
Je lis les avis les chacun, parfois ils me font réfléchir, contredisent certaines de mes opinions, parfois me confortent dans ce que je pense déjà.
Mais je t'assure que "j'écris et c'est tout".

Bonne soirée
Image de profil de korinne
korinne
À moi oui, Isabelle K. tu me fais me poser plein de questions :)) Et même si c'est inconfortable, parce que déstabilisant : j'adore ça ! Bon et bien maintenant je vais aller ronger l'os que tu nous as offert...
Image de profil de Oreleï
Oreleï
Échange passionnant :)
Je m'incruste juste pour confirmer qu'il serait chouette de retrouver ta bibliothèque ici Isabelle !
Image de profil de korinne
korinne
Je comprends pas très bien ta question... :)

Est-ce que tu nous demandes si on ferait pas mieux de se contenter d'écrire un simple résumé de nos idées au lieu de perdre notre temps à les infuser en plusieurs centaines de page ?..
Tu ne lis pas ? Tu n'aimes pas lire ? ou tu as un coup de blues ? :))

Moi j'ai pas peur de la fin d'un roman, car la fin d'un roman c'est le début d'un autre, c'est pas la mort... c'est l'infini :D

Mais bon, je suis peut-être à côté de la plaque avec ma réponse...
Image de profil de .
.
Ah si je lis beaucoup. Non, ce que je voulais dire c'est qu'il y a un célèbre proverbe : le voyage importe plus que la destination. Et la poursuite de la littérature (du roman, du poème parfait, etc.) se finit lorsque l'on pose le dernier point. C'est aussi pour cela que de nombreux écrivains n'ont jamais fini leur roman (ah ! Kafka ! Le Procès et Le Chateau ont été commencé environ dix ans avant sa mort pour n'être jamais finis).

Ce que dit Borges, en soit, ce n'est pas de pas écrire de roman. Mais c'est qu'un roman imaginaire, que le lecteur imagine lui-même de toutes pièces à partir de quelques éléments, est très puissant car il n'a ni début ni fin, il n'est que la projection de l'imaginaire de chacun. Le livre imaginaire, le livre non fini est un espace de questionnement !
Image de profil de korinne
korinne
"Le voyage importe plus que la destination." je suis d'accord autant qu'il s'agisse d'écriture que de la vie elle-même ;)

La poursuite de la perfection (qui n'existe pas) peut effectivement expliquer que l'auteur ne finisse jamais rien ;))

Pour ce que dit Borges (que je n'ai jamais lu) c'est très beau et l'auteur capable dans un roman de fournir aux lecteurs justes assez d'éléments à partir desquels le lecteurs imaginera "sa" propre histoire est un auteur qui, à mon avis, a déjà bien avancé dans son voyage en écriture... Tiens ce matin je suis tombée là-dessus :
https://www.scribay.com/text/433170968/la-page-blanche-et-l-oiseau
Ça devrait te plaire !..
Image de profil de .
.
Borges est un sacré écrivain oui. Ses Fictions sont merveilleuses.

Oui je suis icila et je vais prendre le temps de lire ça !
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
Je suis un peu étonné, et en même temps pas du tout, de découvrir que tu es intéressé par cette thématique.

Le "pas du tout" vient du fait que tu explores en effet cette thématique dans ton oeuvre.
Le "je suis étonné" vient du fait que lorsque cette thématique t'as été proposé dans mon invitation à te questionner au travers de mon texte, j'ai eu le sentiment que tu l'avais rejeté (sentiment peut-être tout à fait faux, le texte n'est pas assez bon sans doute pour cela)

Aussi, je me demande, et surtout à travers la présentation de cette discussion, si ce ne serait pas une erreur de présenter cela ainsi. Et si tu inversais la question : qu'est-ce qui a fait que leur poursuite n'a-t-elle pas conduit à la vie ?

Me viennent alors des questions en associations d'idées :

- Est-ce l'inachevé le plus terrible ou le devenir ?
- Est-ce plus facile de détruire que de construire ?
- Est-ce la mort le plus terrible ou la co-naissance ?
- Est-ce que tous sont allés vers la mort car ont échoué, n'ont pas su faire de l'écriture un accouchement, leur propre accouchement ?
- Est-ce que la conclusion d'un vrai roman n'est-il pas, enfin, la possibilité de ne plus être à côté de la vie ?
- Est-ce qu'écrire un vrai roman n'est pas de réussir à quitter son propre spectacle, se faire saigner, pour naître enfin ?
- Est-ce qu'il ne devient-il pas nécessaire de redonner au verbe écrire sa transitivité ?
- Quand est-ce, bon sang, arrêterons nous de proclamer la mort de l'auteur ?

Tu auras compris que c'est la thématique inverse qui m'intéresse (qui fait aussi échos à l'inverse de nombreuses autres thématiques en littérature). Et je sens qu'il y aura un bel avenir là dedans, j'en ai fais le pari (affaire à suivre).

N'avons nous pas peur de la fin de cette poursuite, de la VIE qui peut en être révélée ?

Si, nous en avons peur, parce que le parcour sera notre épreuve, un combat qui exigera de lâcher prise, de déposer enfin les armes, quitter ce masque, quitter tout artifice, pour se "livrer" enfin, quitter le jeu, porter sa voix, se tendre vers l'Autre, nu, laid, faible, dégueulasse et beau, enfin vrai, n'ayant qu'un souffle, pas l'ultime, mais le tout premier !

En conclusion, ce n'est pas de la fin dont nous avons peur, mais d'une telle poursuite !
Tout cela reboucle à la question : c'est quoi écrie ?
Image de profil de Isabelle K.
Isabelle K.
J'ai voulu répondre et finalement je laisse tomber.
Tu vois ? je fais des progrès ;-)
Image de profil de .
.
(Ma réponse s'est effacée, je recommence...)
Désolé pour le temps d'attente, hier je n'avais que mon téléphone et la réponse attendait quelque chose d'assez long je suppose.

Je ne suis pas sûr que la mort de l'auteur est une fin de la vie, au contraire. La mort de l'auteur laisse son oeuvre inachevée (voire introuvable) et le lecteur s'en fait le nouveau créateur. Par ce roman imaginaire qu'il devine à peine, il prolonge l'ébauche qui lui est faite, il crée. La mort de l'auteur, c'est peut-être justement l'ouverture d'un nouvel espace, qui lui n'est pas fini, n'est pas concentré sur quelques centaines de pages.

Accoucher pour écrire un roman, oui. Mais peut-être la grossesse sans accouchement mène-t-elle à une idée plus grande que l'enfant... C'est très utopique et un peu daté, oui, le fameux chef d'oeuvre inconnu...

Après, je n'ai bien sûr pas de réponses à toutes les autres questions plus vagues que tu évoques (créer, écrire, détruire...). Mais tu demandes si nous n'avons pas peur de la poursuite ? Je te retourne la question. Personnellement, je n'en ai pas peur, au contraire, je poursuis ces poursuites, je m'élance sur divers chemins comme autant d'identités parallèles...

Du coup, oui, je serais plutôt du genre à proclamer la mort de l'auteur (fictif) parce qu'elle amène la vie. Dans énormément de romans, la mort de l'auteur fictif amène souvent un second auteur (le réel ou un autre fictif) à prendre sa piste.

Alors, écrire, c'est quoi... et bien c'est beaucoup disons, pour faire cliché.
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
Merci pour ta réponse. Je suis tellement fébrile à chaque fois que je prends la parole, si tu savais... et puis par rapport à toi (et certains autres), je crois. Je sais que j'envoie des scuds, que je cherche parfois à faire choc, parce que sinon, rien ne se passe.

Il est peut-être temps du pourquoi.
Ce que j'ai lu et deviné de toi, c'est que tu es en étude littéraire, prenant très au sérieux cette étude, prenant beaucoup de l'enseignement et étant toi même en quête cherchant dans la parole des morts ce qui convient à ton projet intellectuel.

Interagir avec un mort est simple, il n'y a aucune réponse, il est l'écran de toutes les projections possibles.

Je lis ici et que tu reconnais le côté poussiéreux de la démarche, et excuse moi d'être provocateur et de tant insister à essayer, à ma façon somme toute très maladroite et catastrophique d'intéragir avec toi, c'est que je vois parfaitement où tu vas, et que sur ce chemin tu ne découvriras qu'un tas de cendre.

Parce que tu es jeune, parce que tu écris très bien (excellement bien même), parce que tu es intelligent aussi, dans un mélange de sensibilité et de conceptualisation et de recherche esthétique, j'ai souhaité intervenir pour te montrer qu'autre chose est possible, que tu n'en as pas entendu parlé parce que ça n'existe pas encore dans les manuels ou trop peu dans les livres pour être enseigné ou discuté à la fac, avec tes pairs (là-bas comme ici) et même tes enseignants.

La mort de l'auteur est le point de départ d'une pensée en littérature instituée par Barthes, tu le sais vue que tu répètes l'argumentaire de sa pensée.

Une mort nécessaire qui laisserait alors place au travail d'écriture, qui laisserait alors place au lecteur. Et tu répètes cette vision de la littérature et de l'écriture qui est issus de ce petit article de Barthes, sans tenir compte qu'il est revenu dessus au cours de sa propre enquête, sans tenir compte d'autres tentatives (critiques et littéraire) pointant du doigt la limite de cette pensée.

Une mort nécessaire, oui, je suis d'accord, mais UNIQUEMENT quand écrire est INTRANSITIF (Thomas que tu es en train de lire excelle là dedans, c'est un parfait représentant de la mort de l'auteur mais aussi d'une conséquences plus avancée : la mort du lecteur (je suis le seul à le dire, et qu'importe mon délire, il pourrait être important de prendre mon délire au sérieux)).

C'est une incroyable astuce offerte à tout illusionniste. C'est justement la porte ouverte à tous les faiseurs, à la mascarade, à ce qui fait que la littérature contemporaine échoue encore et encore à s'inscrire véritablement dans son temps. Un temps qui n'est plus celui du cynisme ou le nihilisme (qui fut je pense nécessaire à une époque), mais celui d'un aujourd'hui déjà en train de se relever, ou en d'autres mots une littérature de la résilience. Et puis c'est beau de penser que le lecteur est tout puissant, ça permet de se débarrasser de la responsabilité du contenu, comme du contenant.

Et j'ai peur que tu n'ailles que dans la reproduction d'un même, certes avec ta patte, mais ça ne sera pas l'écart nécessaire (ce qui ne veut pas dire que ça échouera à trouver un public, le public est formaté à ce genre de littérature).

à te savoir poursuivre la poursuite, tu te lances comme tant d'autres dans une littérature de la paraphrase, et je lis surtout que c'est un moyen intellectuel de justifier sa propre fuite face à l'écriture, et pire encore, ce sera le pourquoi on passe à côté de l'histoire qui nous choisi. à écouter le vide, on n'écoute pas sa propre histoire.

Et je crois alors qu'il te faudra répondre à la question, c'est quoi écrire ?, (je m'en fous de ta réponse, c'est pas pour moi que je la pose, c'est pour toi et toi seul) sans faire de pirouette, au risque de te répéter sans cesse. Changer de masque ou de voix n'y changeront rien, ce sera toujours une dissimulation et une fuite de soi.

Quand je parle de "vie", je parle surtout d'individuation (voir Simondon), l'individuation d'une histoire comme devenant autonome et faisant le lien "vivant" entre un auteur (qu'il soit mort ou non) et un lecteur. L'individuation comme celle de l'auteur qui s'est transformé en écrivant. L'individuation du lecteur qui est transformé par son acte de lecture/écoute et l'histoire continuera car se prolongera à travers lui, d'écart en écart et de proche en proche.

L'avortement devenant chef d'oeuvre, c'est un peu comme se branler sur un foetus, non ? Je me souviens avoir dit : si l'histoire avorte, ce n'est pas grave, ce qui est compte est la tentative ; aujourd'hui je rajoute : "à condition que la tentative soit au service de la prochaine tentative. Avorter sans cesse (ce qui est, déjà, une pathologie dans la vraie vie) c'est jamais donner la vie, c'est donner la mort !"

Je ne retire pas la main que je te tends, j'ose être très désagréable et vulgaire et probablement dans le faux, j'ose aussi porter tout ce que j'ai dit, dans la vraie vie, pas seulement en petit délire sur une plateforme que je hanterais pour mon propre plaisir, et sache que le jour venu, je serai intéressé à te lire, toi, pas ta mort ni ces morts (personnages et sources d'inspiration) qui peuplent des oeuvres.
Image de profil de .
.
Je n'étudie pas du tout en lettres à vrai dire et je n'ai pas lu Barthes (je suis pas trop tourné vers les écrits philosophiques).
Pour préciser ma pensée, je ne pense pas que la mort de l'auteur soit nécessaire au contraire, mais que c'est en le saisissant qu'il meurt. Et je te rejoins (enfin je crois) en disant qu'il faut (vouloir) se saisir d'autre chose, pas d'une paraphrase, pas d'un auteur passé ou de quoique ce soit, mais d'un "autre chose". Mais n'est pas là écrire pour soi-même, donc ? J'ai l'impression de m'être bouclé...

Je ne réponds pas à ta réponse (tout de suite, du moins) parce que ça demande réflexion.
Image de profil de J.Eyme
J.Eyme
Je ne saurais dire s'il y a une réponse à apporter à ma réponse, par contre j'aime quand d'autres questions viennent sur les questions (d'ailleurs les miennes sont avant tout pour moi)

Il n'est pas vraiment nécessaire de lire Barthes tant ce qu'il a écrit en quelques pages s'est répandu dans toute les sphères de la littérature, de haut en bas et de bas en haut. Tu la reconstitues toi même, ce qui ne veut pas dire qu'il y a création ex-nihilo, mais avec ce que tu as lus ici ou là, un peu partout. Ceci est la pensée dominante actuellement (même auprès des plus profanes). Ce qui ne veut pas dire qu'elle est mauvaise, juste qu'elle ne répond plus aux enjeux actuels selon mon sentiment. La nouveauté et contemporanéité de la littérature serait, à mon humble avis de mec qui dit beaucoup de conneries, dans une quête de transitivité qui est une écriture adressé.

Ecrire pour le lecteur ? c'est se qui se fait déjà, et rien de mieux pour faire taire.
Ecrire pour dire des trucs ? quelle différence avec le bavarde ? le flux créant encore du flux...
Ecrire pour soi-même ? oui. Est-ce suffisant ?
Ecrire pour soi-autre, m'apparait plus prometteur. J'ai l'espoir que par cela on accède à une co-naissance. Encore faut-il être dans et avec ce que l'on écrit.

Faudrait-il alors remplacer la boucle par une spiral ? quitte à tourner, ne pas se replier en soi (tel narcisse qui fini par se noyer ; mais c'est vrai que l'on est tenté de croire que l'on peut s'auto-enfanter (la paraphrase est là de toute façon pour nous rappeler à notre humilité)), mais faire en sorte que ce soit avec un écart à chaque fois qui nous ouvrirait vers l'extérieur.

Enfin... excuse moi de t'imposer mes bêtises... cela mérite preuve et épreuve, surtout d'autres mots ailleurs que sur un forum sur internet.
Image de profil de .
.
Je ne vois aucune bêtise ici.
0