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Les anti-héros peuvent-ils être aussi clichés que les héros ?

par Brad Priwin  il y a 4 mois

Affirmer que les héros "classiques" et "vertueux" sont passés de mode serait un euphénisme. Il ne s'agit pas d'un reproche, bien sûr : les personnages avec des défauts sont plus intéressants que les héros parfaits qui réussissent sans sourciller tout ce qu'ils entreprennent.

Ces dernières années, en conséquence de cette lassitude, j'ai l'impression que de plus en plus de prétendus "anti-héros" émergent. L'idée n'est pas mauvaise en soit : plutôt que des gentils élus sans faille qui souhaitent sauver le monde, on préfère suivre des hommes et des femmes plus "réalistes", motivés par des intérêts personnels. Seulement, face à cete abondance progressive, certains auteurs ou scénaristes semblent "profiter" pour ajouter des anti-héros... qui n'en sont pas.

Parfois, vouloir combattre les clichés créé d'autres clichés. Quand on me présente un personnage solitaire, tout de noir vêtu, à la voix rauque, et surtout exagérement badass, j'ai de temps en temps envie d'expirer un soupir de lassitude, le même que pour les héros classiques. C'est bien beau de se vanter que son héros est "sombre" et "torturé". Il suffirait pour eux de crier haut et fort "Regardez comme mon personnage est un anti-héros" comme argument de vente pour que son écriture fonctionne. Sauf que, des fois, on insiste si lourdement dessus que ça en devient de la prétention assez vide. Ils croient avoir écrit un personnage "original" et le répète toutes les cinq minutes, mais non, ils réflètent juste une pâle copie d'autres anti-héros dont ils se sont inspirés.

Un anti-héros, à mes yeux, doit trouver le parfait équilibre entre le "bon" et le "mauvais". Et souvent je trouve que les auteurs ou scénaristes ne parviennent pas à l'obtenir. Soit ils n'assument pas que le statut "anti-héros" de leur personnage et finissent par le faire "bon". En général, ces protagonistes-là franchiront des barrières légales mais pas morales, et, s'ils viennent à tuer, ce sera toujours des "méchants qui l'ont mérité". Parfois aussi, l'excès inverse est obtenu : on suit des enfoirés psychopathes qui massacrent, violent et torturent à tout va. Suivre de tels personnages ne m'intéresse pas, mais là n'est pas la question : ce ne sont pas des anti-héros, juste des personnes mauvaises, et c'est différent.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je garde cette impression que cette recrudscence dissimule parfois des arguments de vente fallacieux et une écriture pauvre. Attention, j'aime beaucoup certains anti-héros, mais je n'aime pas qu'on me plaque à la figure combien le héros n'est pas classique pour que finalement il souffre d'autres clichés.

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Daegann
Je suis pas convaincu que ce soit toujours un argument de vente ou quoi. Je dirais que les héros sans aspérité, c'est effectivement passé de mode. Mais que l'on aime toujours que la morale soit globalement respecté...

Du coup effectivement, la plupart des "anti-héro" ne sont que des héros avec des défauts. Ou des anti-héro qui vont évolué en héro (han solo style). Et en soit je pense pas que ce soit un mal (même si effectivement, il y a bien sûr plein de cliché et c'est normal... le cliché vient avec la quantité d'oeuvre et plus il ya d'oeuvre qui présente des anti-héro ou des héros avec des défaut ou des anti-héro qui devienne des héros, plus il y a de cliché qui apparaisse...)

Après là où je te rejoint, c'est quand on te présente un perso qui est sensé être ni bon, ni mauvais via une scène faite exprès, et que dans le reste de l'histoire le perso est toujours plus du côté de la morale sans que ce soit lié à une évolution (là l'exemple qui me vient en tête c'est la série The Shield, où on tue un flic qui allait les faire tomber dans le premier épisode et où dans tous les épisodes suivant, même s'il font des truc border, sont beaucoup moins nuancé moralement parlant...)
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Méliné D.
Je trouve qu'on pardonne très facilement les agissements du personnage principale qu'on lise les aventures d'un héro ou d'un anti-héro. Nous trouvons toujours un moyen de justifier leurs actes même ceux qui sont à la limite du morale.
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Stéph Loup'tout
En effet, beaucoup "d'anti-héros"... n'en sont pas en fait ! Le cas le plus probant c'est celui du type bien sombre, désagréable au premier abord mais qui cache en fait un passé torturé et qui, finalement, n'est pas si mauvais que ça... Autrement dit, ce n'est un anti-héros que de façade, puisqu'il est gentil dans le fond...
Comme tu l'as si bien souligné, les anti-héros, ce ne sont pas des héros "sombres" ni des psychopathes sans foi ni loi ! Ce sont des personnes entre le bien et le mal. Pour moi, un bon anti-héros, c'est un personnage peu recommandable, qui aime par exemple la violence ou bien tuer ou asservir les autres, mais qui a aussi des limites (genre, il ne s'attaque jamais aux femmes, il refuse qu'on tue fasse du mal à des animaux quand, paradoxalement, torturer des humains ne le gêne pas etc.). C'est un personnage qui dépasse les limites morales tout en ayant ses propres limites et principes qu'il tente de respecter. Ce qui est intéressant avec un anti-héros, c'est sa lutte intérieure et son évolution vers le bien ou le mal... Cela peut aussi être un ancien héros, qui avec l'appât du gain ou des ennuis personnels ou encore une guerre qu'il a perdu, a sombré. Il y a tellement de possibilités que c'est désolant de voir tous ces personnages sombres et ténébreux dans la littérature qu'on dit "anti-héros" !
L'un des anti-héros les plus convaincants, pour moi, c'est le personnage principal de la série L'Empire Brisé (Le prince écorché). Là, on suit vraiment un personnage qui n'a que sa vengeance et sa soif qu pouvoir en tête, qui se moque des gens qu'il tue ou sacrifie pour sa cause mais qui, parfois, sous prétexte qu'il est fatigué ou que untel lui plait, décide d'épargner une vie ou même d'en sauver !
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Youg
Je ne suis pas loin de ne pas penser que je ne suis pas d'accord avec toi.
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Youg
De toute façon, toi, dès que je ne suis pas sûr de ne pas penser e pas être d'accord avec quelqu'un, tu es toujours d'accord avec moi, sauf quand je ne le suis pas.
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William-Taylor
Tu soulèves un point extrêmement intéressant ! C'est vrai que les anti-héros sont en vogue et que beaucoup présentent des caractéristiques grossièrement similaires.
À mon avis cela provient d'abord d'un plaquage d'éléments de forme sur le héros. En somme cela manque de fond.
Je crois qu'il y a aussi autre chose. Le référentiel a peut-être basculer en faveur du anti-héros. J'entends par là que si autrefois le héros présentait des caractéristiques bien identifiées qui suffisaient à en faire un héros convenable, l'anti-héros est né d'un désir de nuance. Aujourd'hui l'anti-héros et ces codes sont devenus communs auprès du public qui commence à l'identifier comme un véritable héros. Peut-être arrivons nous à une lassitude et une saturation pouvant générer certaines frustrations chez le lecteur.
Certainement que l'anti-héros va se réinventer, se préciser et pourquoi pas finalement se dépouiller de ce qui fait actuellement de lui un héros.
Les deux éléments les plus récurrents me semble-t-il sont le charisme et le tourment de l'anti-héros. J'ignore s'il faut s'en débarrasser (je n'irais pas jusque là) mais sûrement pourrait-on penser à les revisiter ou les suggérer autrement que part des scènes de domination humiliantes de l'environnement et de cauchemars torturés par un sombre passé.
Sur le plan actif, je pense qu'un bon anti-héros doit aujourd'hui être capable de commettre des erreurs et de poser des actes pouvant susciter une certaine antipathie ou au moins provoquer un questionnement moral ; sur le plan passif il me semble important qu'il soit doter de faiblesses profondes et qu'il penser en cohérence avec son univers afin que lecteur ne ressente pas une volonté impudique de l'auteur cherchant à en faire une icône.
Finalement comme l'ont très bien souligné les autres commentateurs ce n'est que la quête d'un héros réaliste et humain.
Vaste sujet !
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Youg
Il me semble que le sujet a déjà été abordé dans un autre topic, Brad
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Thalia Alexandra
Il faudrait rendre les personnages plus humain.
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Vis9vies
Ce que j'en pense ?

Je crois qu'un bon personnage, héros ou ant-héros, ou nullité parfaite, doit avant tout être une personne. Pas un personnage ;)
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Expos-ito
Oui. Héros, anti-héros, ne peuvent être que des clichés car cette distinction est en elle-même un cliché, et tout ce qui vient de s'hérite par. La vrai question du personnage est de choisir entre la marionnette qui sert le récit par le fil du cliché à nous attaché (nous aimons les clichés quelqu'en soit notre protestation, il suffit de compter ce qui se lit), ou la personnification par la métaphore du personnage d'une réalité portée ou rencontrée. L'avantage de la marionnette c'est qu'elle est connue et ne trouble pas le récit d'initiative alors que la personne tend à le contredire. De plus la marionnette par le fait de sa prévisibilité permet paradoxalement de mieux tendre des pièges au lecteur en la sortant de son rail dans un virage, même si cela est le plus souvent artificiel en même intention que l'artificier séquence ses feux. Par contre le personnifié a une plus grande vérité et profondeur et permet à son auteur de sortir parfois de son récit pour un meilleur. Qui veut la maîtrise, qui fait l'effet, choisit la marionnette. Qui veut l'aventure, qui cherche à découvrir, choisit le lien plutôt que le fil.
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