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Comment choisir son narrateur ?

par Sheya  il y a 2 ans

Bonjour à tous,

Je travaille en ce moment sur une histoire qui comporte plusieurs personnages principaux, et je me demande quel type de narration utiliser et quel statut donner au narrateur. D'un côté, un point de vue interne avec un narrateur à la première personne me semble être idéal pour plonger directement dans l'esprit de chaque personnage, et bien ressentir sa vision des choses, ses émotions… Mais d'un autre côté, je suis plus à l'aise avec la narration à la 3ème personne (en terme de temps, de conjugaisons, et aussi parce que c'est ce qui me vient instinctivement à l'esprit de manière générale).

Lorsque je pense à mes lectures, je me souviens plutôt bien du type de narration utilisé, sans pour autant réussir à cerner les raisons pour lesquelles ces narrations m'ont marquée. Parfois, j'ai l'impression qu'une histoire menée à la 1ère personne ne perdrait rien à être racontée à la 3ème personne, et inversement. Alors que pour d'autres, l'histoire est indissociable de son narrateur et je ne parviens pas à l'imaginer racontée autrement.

Vous êtes-vous déjà posé cette question ? Comment choisissez-vous la narration de vos histoires ? Quel point de vue adoptez-vous et quel statut donnez-vous à votre narrateur ? Je suis curieuse de connaître votre réflexion sur le sujet :)

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Stéph Loup'tout
Oui, très souvent :) Point de vue interne, externe, omniscient ? première personne ou troisième personne ? Du coup, le meilleur moyen de trancher c'est déjà de regarder son histoire en face et de peser le pour et le contre de chaque narration. La narration interne est à mon sens l'une des plus intéressantes. Déjà parce qu'on est dans la tête du perso et qu'on la narre à la première ou troisième personne, d'une les émotions sont plus intenses, donc le lecteur se sentira plus impliqué (encore plus avec la première personne) et de deux, avec ce type de narration, on peut facilement changer de point de vu d'un chapitre sur l'autre (pour la narration à "je", c'est aussi possible, même s'il est plus aisé de préciser du coup en titre de chapitre le changement de perso que de laisser le lecteur deviner qu'on a changé de personnage). Après, avec la narration interne à la troisième personne, ce qui est intéressant c'est de pouvoir changer de point de vu dans un même chapitre, par exemple donner les différents points de vu d'un groupe de personnages. Cette narration est aussi pas mal pour le suspens et le mystère : on peut par exemple savoir que le personnage porte une arme sur lui et on se demande quand est-ce qu'il va frapper mais comme on est du point de vu du personnage, on ne sait aussi que ce qu'il sait et une révélation pour lui est une révélation pour nous.
La narration externe permet de mettre le lecteur en tant que témoin, il voit l'action de loin, cependant cela permet de conserver du mystère quant aux pensées des personnages, à leur intention, on ne voit que leur extérieur et on ne peut faire que des suppositions...
La narration omnisciente est parfaite pour le suspens : le lecteur sait tout, il voit et connait les intentions et les actions de tous les personnages et donc attend le moment où untel va révéler à unetelle être le meurtrier de son frère, le moment où l'assassin va se rendre compte que le roi qu'il doit tuer est le type qui l'a sauvé de la noyade des années en arrière, le moment où tel royaume sera au courant que des armées du royaume ennemi avancent discrètement sur lui...
Bref, la question n'est pas tant de savoir quel scénario est le nôtre mais ce que l'on veut montrer.
Si on prend un "bête scénario" policier : un meurtrier tue une inconnue, un enquêteur tente de le boucler, l'enjeu est totalement différent en fonction de la narration choisie : à la première personne, on suit l'enquêteur, les sentiments et les rebondissements de l'enquête nous pousse à continuer notre lecture (ou alors on est l'assassin et on jubile à l'idée que l'enquêteur ne puisse nous boucler, on le tourne en ridicule etc) ; à la première personne on est au coeur de l'action, à la troisième personne, si on est toujours au coeur de l'action, on est un peu plus loin, on accompagne le personnage comme son ombre et son confident, cela donne un côté moins "spontanée" à l'histoire, que si on suivait un "je" :)
Si on opte pour une narration extérieure, on est alors juste témoin de l'avancement de l'enquête, pour le coup ce serait la narration parfaite pour un rebondissement du genre : "l'enquêteur est en fait le meurtrier", vu qu'on a pas les sentiments et ressentis de l'enquêteur, juste ce que les persos laissent paraître...
Avec un point de vu omniscient, là c'est à fond pour le suspense, l'enjeu n'est plus de savoir qui est l'assassin ou pourquoi il a fait ça ni comment il va échapper à l'enquêteur si on est de son point de vu, mais lequel des deux protagonistes va gagner la partie ? Là on est en mode jeu d'échec, on a toutes les pièces et toutes les cartes en main et on voit évoluer les personnages avec tension, ne sachant lequel va l'emporter sur l'autre...
Bref, il faut vraiment se demander quelle atmosphère on veut créer et dans quel état on veut mettre le lecteur ;)
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Harimax
Dans mon ouvrage en cours, j’utilise plusieurs narrateurs.
Les chapitres commencent par « Bertrand raconte » ou « Amandine raconte ». D’autres narrateurs peuvent s’exprimer ainsi à la première personne. Cela permet de ne pas dérouter le lecteur (enfin, je l’espère), et de mieux prendre en compte les pensées des personnages. J’écris parfois des chapitres courts pour donner la parole à un personnage secondaire. J’ai trouvé cette méthode dans un roman publié sur Scribay : deux protagonistes se partageaient alternativement la première personne.
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Marion H.
Bonjour,
Et merci d'avoir lancé ce sujet qui est très pertinent ;) C'est intéressant de voir les réponses des uns et des autres.
De mon côté, je trouve que les deux solutions ont des avantages et des inconvénients.
Le "il" du narrateur externe rend (un peu) moins évidente l'immersion dans ton personnage, ça peut créer une certaine distance par contre, cela permet de raconter des scènes auxquelles le personnage n'assiste pas... Et de garder un ton neutre, omniprésent.
Tandis que le "je" est plus de l'ordre de l'incarnation, car tu épouses à la fois le point de vue et les sentiments de ton personnage (et donc éventuellement ce qu'il ne comprend pas, ce qu'il ne connaît pas, ce qu'il interprète mal...) . Cela peut aider à donner du corps à ton personnage, à lui donner vie, mais pour jouer cette carte à fond il faut que le lecteur découvre les choses en même temps que lui ;)
A très vite !
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Méliné D.
Bonjour,

La narration doit servir le texte, elle doit être pertinente et logique afin que le lecteur s'identifie au(x) personnage(s) sans être perdu par l'histoire.

Récemment, j'ai lu un texte ou l'auteur changeait constamment de point de vue. Il variait entre un point de vue interne de plusieurs personnages et un point de vue externe. Par moment je ne savais plus qui je suivait parce que c'était confus.

Il faut savoir que tu peux être en point de vue narratif interne sans que ton narrateur soit ton personnage (écris donc à la troisième personne). Dans ce cas-là tu suis seulement les personnages que tu souhaite suivre, tu peux partager leurs pensées sans problème et le lecteur ne sait que ce que sait le/les personnage(s) suivis.

Ça me parait être un bon compromis quand il y a comme dans ton cas plusieurs protagonistes importants.

Personnellement, c'est souvent le type de narration qui me conviens le plus pour écrire mais comme je l'ai dis la narration doit servir le texte.

C'est pour cela que pour "Aïdosa" j'ai préféré écrire à la 1 ère personne. Je voulais que mon personnage principale raconte son vécu son histoire. Il fallait donc créer un proximité entre mon personnage et le lecteur.
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Témise
Bonjour,

J'ai remarqué qu'en tant que lectrice, je m'immerge beaucoup mieux dans les récits à la première personne.

Cela dit, j'ai également plusieurs personnages principaux, et je ne voulais faire l'impasse sur personne. J'ai donc plusieurs narrateurs !
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Totoj
Je suis en train de tester les deux. J'ai déjà terminé celui à la première personne (La Cité D'Elament, pas publié en entier) où j'avais vraiment envie que le lecture soit dans les yeux de mon personnage principal. Pour le deuxième (Drakhena, en cours), je suis à la troisième personne centré sur le perso principal car je vis mon histoire comme un film.
Passe faire un tour, et chez d'auteurs ici présent, pour voir la différence.
Mais c'est surtout à toi de décider comment tu veux que le lecture perçoit ton histoire.
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GoM
Dans le cadre des Terres reculées, j'ai choisi une narration omnisciente, mais qui peut rester centré sur un personnage et son point de vue pendant un moment. Je ne voulais pas être bloqué dans un personnage. Comme une caméra de film je veux pouvoir me déplacer dans l'action, où dans des scènes où mes personnages sont absents.
En revanche, pour une autre oeuvre pour le moment absente de sribay, j'ai choisi une narration à la 1ere personne. L'horreur se prête bien à ce type de narration, champs de vision réduit, connaissance limitée. De plus, cette narration prend sens tant elle accorde de place à l'intériorité.
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Aakash Ganga
Quand j'ai un seul personnage vraiment "principal" j'écris à la première personne et au présent. Comme s'il racontait son histoire en direct. Mais c'est vraiment pour les histoires où je suis sûre de pouvoir me passer du point de vue des autres personnages.
Quand j'ai plusieurs personnages principaux j'écris à la troisième personne et au passé pour pouvoir sauter d'un point de vue à l'autre.
Après j'ai souvent vu des "histoires dans l'histoire" où le narrateur est un personnage qui a reconstitué les faits après coup... je trouve le procédé casse-gueule même si ça peut ajouter une dose de réalisme. Parce qu'on ne peut pas s'empêcher de se demander "mais si c'est machin qui raconte, comment peut il savoir ce que truc pense à ce moment là? "
Bref je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez ^^
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Lily H. Kitling
J'écris généralement en focalisation interne, à la troisième personne du singulier, parce que c'est ce qui me permet d'être au plus près des personnages. Il n'y a donc généralement pas de narrateur apparent.

Je ne me pose presque jamais la question, c'est toujours assez évident pour moi. x)
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Gobbolino
Personnellement, je dirais : tout dépend de ce que tu veux communiquer et de la proximité que tu veux avec ton lecteur. Si tu veux que ton lecteur s'identifie au maximum, il vaut mieux, en général, un narrateur limité qui s'exprime à la première personne du singulier et qui nous fait voir par ses yeux (exemple canonique : Hunger Games).

Sinon, si tu veux filtrer les informations auquel ton lecteur a accès, je te conseille un narrateur limité à la troisième personne. Je joue beaucoup avec ça dans un de mes écrits. En fait, mon personnage titre n'est décrit que par mon personnage principal, ce qui crée une certaine inadéquation entre les impressions de mon personnage principal et la réalité des faits.
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Navezof
J'appuie également ce point. Il y a matière à "manipuler" le lecteur en filtrant les informations via les bons angles de narrations. Si tu as plusieurs narrateurs, l'un va trouver tel action choquante, l'autre amusante, ou bien leur vision du monde est différente.

Tu peux également forcer la sympathie que peux avoir le lecteur pour un personnage en narrant à la première personne, même si ce qu'il fait est horrible. Par exemple, en te mettant avec une narration à la première personne à "l'intérieur" d'un tueur en série, tu pourras expliquer le monde comme il le voit et potentiellement donner des éléments de justification. Et ce même si moralement ça reste un tueur en série.

Donc tout un tas de trucs sympa à faire :)
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Navezof
Pour commencer : https://fr.wikipedia.org/wiki/Point_de_vue_narratif

Ceci etant dit, je n'ai généralement pas trop de mal à choisir mes points de vue narratif. Bien souvent je privilégie le narrateur interne à la première personne pour avoir un maximum d'immersion et d'implication de la part du lecteur.

Dans un de mes textes j'utilise plusieurs narration à la première personne, ou chacun des personnages narrent une partie de l'action, que ce soit sur plusieurs page ou une page unique. Parfois la même scène, mais sous un autre angle. Ca me permet de varier le rythme de narration et d'ajouter de la profondeur au scènes.

Par contre cela demande un énorme travail que de réussir à faire plusieurs narrateurs qui sont chacun suffisament différent pour ne pas etre une simple caméra.

"l'histoire est indissociable de son narrateur"
Oui. Je pense que la narration est profondément lié à l'histoire raconté. A mon avis et sans vouloir te mettre la pression, le choix de la narration doit aller au delà de : "je l'ai choisi parce que j'ai l'habitude d'écrire comme ça."

Pour une histoire intimiste, plutôt une première personne interne. Pour une histoire qui mettrait en scène un homme qui raconte son histoire, première personne aussi mais omniscient. Pour une histoire grandiose avec des dizaines de caractères, peut etre qu'une narration omnisciente à la troisième personne serait plus indiqué, pour ne pas etre "bloqué" par la narration d'un personnage, etc.

Dans tout les cas tu as raison de te poser la question :)
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Sheya
Merci pour tes précisions ! J'avais effectivement oublié cette différence entre le point de vue et le statut du narrateur. J'écris toujours avec un point de vue interne sans m'en rendre compte, et la question qui me vient concerne la narration à la 1ère ou 3ème personne ^^ Mais il faut utiliser les bons termes, je vais corriger cela !

Je comprends que le choix de la narration ne doit pas uniquement découler de nos habitudes d'écriture, chaque décision concernant la façon de raconter nos histoires doit avoir un sens je pense. Il faut donc savoir ce que l'on veut vraiment raconter et choisir la narration en fonction, et pourquoi pas écrire une même scène en variant la narration pour voir ce qui fonctionne le mieux. Merci pour tes conseils en tout cas, ils vont alimenter ma réflexion :)
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Chuck Mac Cracker
Hello, Sheya

C'est une bonne question.

Pour mon roman qui possède plusieurs personnages principaux (4), j'ai décidé d'adopter la narration à la troisième personne, au passé. C'est-ce qui ma semblé le mieux à faire. Comme je raconte une histoire d'adolescents en hommage à celle des années 80 ( Les Goonies, Stranger Things, le roman "IT" de Stephen King"). J'ai repris le type de narration qu'on peut trouver dans ce genre de roman.
Pour les scènes de rêves, je passe au présent pour donner un sentiment d'immédiateté, mais je garde la troisième personne.
Ca donne une narration classique, peut-être un peu désuète, mais c'est ce que je recherchais : le classicisme de ce type de roman de divertissement.

En tous cas, je pense que tout type de narration, 1ère ou 3 ème personne est bonne. C'est plus une question de sensibilité. Moi je suis plus à l'aise comme toi avec la 3ème personne, aussi ai(je adopté pour celle-ci, tout simplement :)
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