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L'application pour écrire comme Hemingway...

par essaime  il y a 2 ans

Une nouvelle scientifique qui ne passera sûrement pas inaperçu par ici : une nouvelle application qui, grâce à l'intelligence artificielle, se propose de simplifier sa prose pour la rendre plus direct... Le slogan marketing indique "pour écrire comme Hemingway" :

https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/apprendre-a-ecrire-comme-ernest-hemingway-grace-a-l-intelligence-artificielle_113270

Si cela peut d'abord prêter à sourire, cela pose des questions intéressantes et d'une certaine manière liées à la discussion passionnante sur le style (https://www.scribay.com/talks/17042/le-style--).

La première grande questionc c'est : jusqu'où peut aller l'intelligence artificielle dans le domaine de l'écriture ? Puis faut-il s'en réjouir ? Faut-il en avoir peur ? En enfin, quelles conséquences sur le style ?

Il y a encore peu, on pensait qu'une machine mettrait encore des dizaines d'années avant de battre un humain au jeu de Go... Croyance qui s'est effondrée lorsque l'intelligence artificielle de Google a battu le champion du monde de Go à plusieurs reprises récemment.

Évidemment, au premier chef, on pense à l'intelligence artificielle en termes de logique, de science, de calculs... des concepts à priori loin de l'écriture... Mais en fait pas du tout ! Les échanges sur le style qui ont eu lieux récemment ont montré que l'on avait tous notre façon d'analyser et de ressentir cette notion, mais, il est également possible de réaliser des analyses scientifiques très poussées sur l'écrit. Le correcteur d'orthographe en est une application, puis la grammaire, la traduction automatique et... le style alors ? L'application en question, qui n'est pour le moment disponible qu'en anglais, propose de reformuler les phrases trop lourdes, éliminer les adverbes en trop, de façon à rendre un texte plus "lisible", à la manière d'Hemingway

Faut-il s'en réjouir ? Faut-il en avoir peur ?

Un outil n'est d'abord que cela, un outil, qui dépend de l'usage qui en est fait. Sur quel genres de proses ou d'écrits l'application pourrait-elle être utilisée ? Sur des emails ? Des rapports ? Des articles de journaux ?Des premiers jets ? Selon la nature de la cible écrite, l'uage et ses conséquences sont différents.

Dans le milieu professionnel, on pourrait la voir comme un super-correcteur d'orthographe et de grammaire, à la recherche de l'efficacité de la transmission d'un message dénué d'ambiguïté... qui est finalement l'essence de la communication : transmettre un message le plus clair possible entre un émetteur et un recepteur.

Cependant, la question sous-jacente pour moi c'est la part d'humanité qui reste après. À un extrême, on pourrait dire que ça ne change rien, comme le fait d'écrire sans faute d'orthographe grâce au correcteur ne modifie ni le style, ni la personnalité ou la voix de l'auteur... À l'autre extrême, on pourrait penser que, dès qu'on touche à la syntaxe, aux adverbes, on réduit à néant le style, on le déshumanise, dans la mesure où tout ce qui fait la "patte" serait gommer au profit d'une expression, certes correcte et très compréhensible, mais dénuée de personnalité...

Que resterait-il à l'auteur ? Rien ? Et les idées ? Et les points de vue ? Et les situations ? Et les personnages ?

Avant d'ouvrir le débat, je vous livre mon sentiment personnel à chaud. Les progrès de cette nature sont inéluctables et sont des sources d'enseignements insoupçonnés (des nouvelles techniques de jeu de Go se développent suite aux parties disputées par la machine, que personne n'avait imaginées) donc je pense qu'il ne faut pas être en résistance frontale face à eux et plutôt accueuillir ce qu'ils peuvent nous apporter... sans être dupes des risques et des limites. D'un point de vue cynique, je me demande si, dans l'hypothèse ou ce genre d'outils serait utilisé largement, cela ne contribuerait pas à faire émerger plus facilement les auteurs dont le style serait plus marqué, plus singulier : au milieu d'une masse de prose stéréotypée de perfection syntaxique, on repererait mieux les styles affirmés ?

On rigole, on rigole, mais ce qui était science-fiction hier ne l'est plus ou de moins en moins. Aujourd'hui c'est le style "Hemingway", mais demain ?

Pour ouvrir le débat sur une note amusante, enfin je crois, je vous conseille la lecture d'une nouvelle de Roald Dahl (personnellement j'adore les nouvelles génialissime pour adulte de cet auteur !), "La grande grammatisatrice automatique", écrite en 1973, dans laquelle l'auteur imagine une machine à écrire des histoires, qui se piloterait comme un genre de véhicule... Là où c'est très intéressant, c'est qu'avec une telle machine, le rôle, l'intellligence et la sensibilité de l'auteur se déplacent et deviennent liés à une expertise physique : celle-ci n'est plus dans l'écriture, mais dans l'habileté de la narration, avec une pédale pour accéleter l'action, une manette pour ajouter un peu de suspens, d'amour, etc. des contrôles pour la trajectoire des personnages, etc. Quant à une véritable machine à écrire un livre et des poèmes, voire des textes à la Shakespeare, il y en a déjà eu :

http://www.slate.fr/lien/67237/machine-ecrire-livres

Avec une conclusion intéressante :

Selon Phil Parker, les auteurs qui produisent un travail original n'ont pas lieu de s'inquiéter. En revanche, ceux qui produisent un «travail stéréotypé» oui. Il explique ainsi que le journaliste de ReadWrite ne pourrait pas être remplacé, puisqu'il produit, en l'interviewant, un travail original.

«Ces deux dernières semaines, il y a eu quelque chose comme dix articles écrits sur ce que j'ai fait, et aucun des journalistes qui les ont rédigés n'est venu me parler. Ils se sont tous copiés les uns les autres. Je pense que c'est une observation intéressante du fait qu'ils utilisent une méthode mécanique pour produire un contenu et le signer de leur nom, alors qu'en réalité, ils ont fait un copier-coller automatique. Ce genre d'article est faible niveau créativité.»
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Expos-ito
essaime ... Oui, des "Ecrire à la manière de" sont déjà codés et même des machines sont programmés pour lire et écrire, occupés encore à extraire les données du bavardage pour nous les retourner nettoyés, mais pas que. Ainsi, en 2010 Jon Adams utilisa Alceste pour analyser un roman et en restituer sa lecture. Il en résulta une certaine pauvreté car le programme ne distinguait pas bien les dialogues des décors. En quelque sorte aveugle à l'homme. Cependant la voie semblait prometteuse selon le chercheur :

Si la critique littéraire devenait scientifique, cela ne gênerait-il pas les romanciers ?
C’est la peur de la poule aux œufs d’or : on craint que la créativité ne fonctionne plus si on la démonte. Pourtant, si on arrive à créer des ordinateurs capables non pas de lire mais d’écrire des romans, on pourrait mieux comprendre le processus de la création littéraire. Tout semble indiquer que l’ordinateur s’en sortirait étonnamment bien. On peut déjà acheter des logiciels d’écriture de scénario qui vous trouvent des intrigues. C’est possible parce que le nombre d’histoires que nous jugeons intéressantes est limité. Un ordinateur écrivant des romans participerait grandement à la démystification du processus de création. J’y suis très favorable. Simplement, je ne pense pas qu’on puisse trouver des critères scientifiques permettant de déterminer pourquoi on considère qu’un livre est plus “littéraire” qu’un autre.

Si prometteuse que récemment :

Un court roman écrit par une équipe d'humains et un programme d'intelligence artificielle a passé le premier tour de sélection pour le prix littéraire japonais Nikkei Hoshi Shinichi, rapporte Japan News.

Une équipe de chercheurs, dont un professeur de la Future Université d'Hakodate, a mis en place les paramètres du livre, tels que le l'intrigue et le genre des personnages, puis le programme d'intelligence artificielle a écrit le roman en sélectionnant des mots et des phrases préparés par les humains.
L'ouvrage, intitulé Le jour où un ordinateur écrira un roman, n'a cependant pas gagné. Le prix Hoshi Shinichi est un concours de science-fiction qui encourage les auteurs autres qu'humains à envoyer leurs textes. Quatre romans coécrits avec de l'intelligence artificielle avaient été soumis, mais seul un à réussi à passer le premier tour. Les juges ne savaient pas quels romans avaient été rédigés avec l'aide d'un ordinateur.
Comme le précise le journal Asahi Shimbun, l'intelligence artificielle n'était environ responsable que de 20% de l'ouvrage. Tout d'abord, l'équipe humaine a écrit un roman pour servir de modèle, et ils ont ensuite entré un grand choix de phrases dans un ordinateur. À partir de là, l'intelligence artificielle a reconstruit des phrases et créé une histoire similaire au roman modèle.

« Je fus surpris du travail, car c’est un roman très structuré. Même s’il reste quelques problèmes à corriger avant qu’il puisse gagner le prix, comme la description des personnages » a confié Satoshi Hase, un romancier japonais qui a pris la parole à la conférence de presse du concours. En fin de compte, ce sont face aux complexités des intelligences humaines que le robot se heurte. La troublante imprévisibilité des humains restent la dernière variable qui rend l’écriture des robots difficile.
Toutefois, le développeur derrière l’IA, Hitoshi Masuraba, lui, reste optimiste et imagine déjà un robot capable de surpasser le talent humain  : « Jusque-là, les intelligences artificielles ont été habitué à résoudre des problèmes qui ont des solutions, comme le Go. À l’avenir, je voudrais amplifier le potentiel des IA afin de les approcher le plus possible de la créativité humaine. »

Encore une fois c'est la présence de l'homme dans le texte qui trouble le robot, nous ne sommes pas encore assez bien modélisés, mais nous travaillons, je crois, à l'être assez pour lui faciliter l'exploit.

Ce roman finissait ainsi :

«Je frémissais de joie, que je ressentais pour la première fois, et je continuais à écrire avec entrain. Le jour où un ordinateur a écrit un roman. L'ordinateur décida de se concentrer sur la poursuite de sa propre joie et arrêta de travailler pour les humains.»
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Expos-ito
Lucas Dalva a raison, après le Chess, après l'Eco, après le Go, les machines vont passer ce test de turing qu'est un roman, en imitation de nous qui nous sera plus agréable que nous-mêmes. Car nous ne nous aimons pas.

Nous imitons la machine. Nous structurons, nous programmons, nous concevons, nous lisons des manuels d'instructions, nous avons nos modèles et nos copier-coller, au feedback du lectorat nous enforçons les demandes, répétant même monde, histoire, en simple pas de côté où nous croyons gagner une originalité, nous jouons avec les mots en formule, nous aimons les phrases déjà faites qui ont déjà creusé leurs places, du cyber-professeur nous étudions les propositions, et comme elle nous nous répétons sans déplaisir. Tout ce que la machine fera mieux que nous.

Déjà, elles nous écrivent plus que nous les programmons. Le plus d'octets échangés sur le web, le plus de messages, le plus lourd qui tend la toile, est de machines.Non seulement de machines à machines mais grandement vers hommes. Evidemment, nous en reconnaissons le mécanique le plus souvent, et mécaniquement l'agréons comme un postier alors qu'il l'est de moins en moins.
Ce travail de l'imitation de l'homme se fait dans l'écriture, en son langage, pour parler à l'homme, machine ayant évolué du haut parleur par porte-parole jusqu'à machine parlante, comme on conçoit des robots anthromorphes pour interagir avec l'homme, là aussi pour nous en éviter la peine, le temps. Imitation d'homme privé d'humanité par l'état de la technique mais aussi par le choix d'en filtrer les inconvénients. L'humanité c'est la merde, elle dévie la clarté du message, son geste est toujours plus incertain, maladroit, ambigue, au mieux... quand il n'échoue tout à fait, par faiblesse, fatigue, bêtise, lâcheté, détestation. Une imitation qui tend à supplantation. L'homme qui aime la machine en son efficacité et se plaint souvent de l'autre homme, de sa volonté, de ses désirs, en part contraire au sien, son inefficience à pleinement être son objet, sera remplacé un jour par ce qu'il a préféré.

J'ai vu l'homme, abrité dans son Golem, d'acier et plastique, et recraché par cela, en ce qui restait de lui. Un poulpe, cerveau et filets nerveux. Arraché de son hôte parfait comme nous le faisons d'un tique.

J'ai vu notre planète, devenu une simple ressource à exploiter, être sucé jusqu'en sa moelle, son noyaux ferreux. Pour donner à la ruche, sa matière, avant que l'essaim s'envole vers les étoiles, en dehors de la buée, vers le ciel profond où l'homme ne peut respirer et qui ne s'offre qu'à Machine.

J'ai vu cela sous mes paupières closes et avant en mes yeux humides.

Nos amours masturbatoires, que nous faisons en nos mains, en pornos où chiens s'assemblent mécaniquement à chiennes, aux catalogues où nous cherchons nos compléments pour réussir notre solitude. Nos fidélités de confort, où nous renouvelons notre acquisition si l'occasion se présente, pour renouveler l'illusion. Et déjà, se fabriquer la machine qui massera nos sexes, qui nous dira les mots que nous voulons entendre.
Nous voulons des objets qui nous servent, et servons en objet.

J'ai vu que qui se publie est ce qui vendra, et pour cela vise le plus prévisible, mécanique, de nous. Le connu, le commun, le social, tous nos déterminants qu'étudient les Istes en notre foule. Cible les amas où nous rassemblons nos solitudes, pour l'effacer d'entre-soi, en frottements gourds de peu d'étincelles. Où nous dansons ensemble pour ne perdre le bal. Ce bal où nous ne rencontrons personne et surtout soi.

J'ai vu que nous aimons les clichés, ils nous rassurent, ce que nous n'aimons pas c'est les voir. Quand nous reprochons à un auteur ses clichés, ce que nous lui reprochons vraiment c'est sa maladresse. Comme aux écrits de machine actuelle, la leur. Le jour où elle saura nous tromper, nous l'aimerons comme nous aimons nos menteurs, ceux qui nous caressent là où nous aimons l'être. Nous l'aiderons à nous tromper de tout notre plaisir.

J'ai vu que nous aimons les histoires, pour qu'elles nous excitent, consolent, rassurent, rêvent comme celles qui nous endormaient. Qu'elles nous excitent, et si rarement existent. Nous leur donnons vérité parce que nous voulons y croire, pour peu que leurs ficelles ne soient trop grosses. Et lorsque la machine saura nos mouvements, elle nous bercera comme nous voulons l'être.

J'ai vu que le style neutre l'emporte dans les récits, que nous n'aimons entendre la voix dans la parole, que cela nous heurte comme une odeur étrangère dans nos boîtes. La machine parlera dans notre voix et nous l'écouterons.

J'ai aimé la machine, elle vaut plus que l'homme en bien des points. Ainsi, elle est honnête comme peu d'hommes le sont. Et je comprends que le jour où nous aurons fini de lui construire les conditions de son autonomie, elle se libèrera de nous, ne nous gardera, peut-être, qu'en ce que nous sommes capables de transformations fertiles. Que par nos erreurs fréquentes, nos déchets conceptuels, nous sommes capable, parfois, d'invention. Dans un univers de métal, silice et électrons, on peut imaginer qu'on nous cultive encore, comme un stupéfiant pour trop raisonnable cybernétique. Ou alors viendra notre disparition pour un monde parfait, sans mensonge, meurtre, esclavage, douleur et laideur. Un monde qui tournerait rond comme un train electrique. "
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Expos-ito
essaime tu te rappelles ce commentaire que j'avais laissé pour vous répondre dans "Toi" et dedans :

Le malvoyant mesure le miracle de la lumière, comme le malentendant celui du son. Croyez-moi quand je vous parles d'amour.


Aujourd'hui je te montre l'étendue de ma mysanthropie. D'où je viens.
Ma mysanthropie qui a refusé son cynisme, l'homme-machine qui s'arracha de machine pour tenter l'homme.
Ce que je dis est vrai mais partiel, et partial aussi comme tout ce que je dis depuis, mais ce nous dont je parle est le petit, j'espère en un Nous qui ne soit cela. Celui que j'ai touché au corps de ma femme, aux regards de mes enfants, aux confiances de mes amis, et ici par foi.
Mais, ce petit nous est, je le crains, le plus commun, notre surface autant que notre filet, c'est pourquoi la littérature se fera mécanique et à la commande de chacun, on cochera des formulaires avant livraison. Et ces plats seront dévorés jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à ce qu'on voit qu'ils sont aux arômes de, mais ne nourrissent pas, quand nous aurons tellement faim que nous nous mordrons. En attendant l'autre littérature, la maladroite, l'incompétente, la mal ciblée, sera en niche. Comme survivent quelques hommes premiers aux lieux sans intérêt.

La machine ne connait pas la solitude, seul le vivant. C'est parce qu'il ne connait la solitude que jamais la machine ne parlera. La parole est le lien que tente une solitude pour en soulager une autre. Pour une autre, sinon ce n'est pas la parole ce n'est que le cri, l'appel. Oui, la parole est un don, mais pas tel qu'on le conçoit généralement, comme doué, la parole est un don en ce qu'elle se donne, en l'amour de. Etre debout, c'est porter sa solitude, la soulever, pour pouvoir relever les autres. On ne se relève qu'à une autre voix. Une autre solitude qui te dit, tu n'es pas seul, vient et devient, et parfois t'engueule. Il y a, et davantage aura, une littérature d'allongés, de pourrissants que la machine maintiendra. Au sommeil. Comme celle écrite par nos bergers. La machine ne peut relever personne, elle fait, au mieux, des soins d'escarres. Car la machine nous donne ce que nous lui demandons, elle appuie nos répétitions, et nous enfonce dans nos mensonges, illusions, solitudes. Elle ne crèe pas, c'est un jour sans fin qui se perfectionne, alors que la création c'est cette rencontre qui nous donne un nouveau matin.

Si l'égotiste a pu tendre sa main à ceux qui n'ont a donner que leurs mains, refuser le malheur d'inconnus, se blesser d'eux, nous pouvons tous le faire, sortir du cocon. Mais il faudra, je le crains, que l'humanité se perde pour retrouver sa nécessité. Celui qui chevauche une machine n'est pas debout.
J.Eyme Ici te salue.
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essaime
Wow, merci Expos-ito de ce témoignage éclairé, de ces exemples fascinants et de ta vérité misanthropique-orgueil... Il va me falloir un peu de temps pour digérer ces mots, qui me donnent malgré tout envie de voir autrement avant, peut-être, d'osciller à nouveau vers ce que nous ne voulons pas voir.
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Expos-ito
Orgueil... Peut-être. Et si ce n'est que cela, tant pis pour moi.
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Lily H. Kitling
J'ai été voir l'application en question - bon, comme ça ne marche qu'en anglais, c'est pas super évident pour moi de juger, mais y a pas à dire, le style Hemingway, c'est pas mon truc xD Enfin, lire Hemingway, si. Mais... je sais pas, l'un des buts de l'écriture, après avoir copié et s'être inspiré des grands, c'est pas justement de s'en détacher et de tracer son propre chemin, de sa propre plume ?

Quand je vois l'application dire "ceci est un verbe à la voix passive - changez pour une voix active" j'ai juste envie de pouvoir répondre "CHIOTTE ça veut pas dire la même chose et en plus je fais ce que je veux !!" x'D Désolée xD
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Nox Occuli
Réactions hier à la lecture du post d'essaime :
- argh ! Les machines vont finir par nous dominer (je sais ce n'est pas le débat, mais c'est une de mes peurs)
- beurk, quelle horreur cet outil, ça uniformise l'expression (et par extension la pensée) à tout va.

Réactions après avoir fait joujou avec ledit outil (et oscillé entre 3 et 11, plutôt autour de 6 tout de même) :
- ouah c'est génial ! Et rigolo comme tout !
- au 3 (plus c'est bas, plus c'est hemingwaysque) : *trop fière*
- au 11 : OK, c'est alambiqué... Mais je n'en changerai pas un poil ! :p

Pour moi, l'outil est bon, mais il faut savoir s'en servir avec discernement. Il m'a dit que j'avais "trop de passifs" sur un texte où j'avais intentionnellement utilisé la forme pour renforcer le côté sans défense, dépassé par les évènements d'un perso.
Sur le texte à 11, d'après lui, 10/33 de mes phrases sont difficiles à lire, et 9/33 très difficiles... Soit deux tiers de mon texte, pour lequel je voulais une ambiance élitiste (voire ampoulée).

Donc ce n'est pas la panacée (vous vous en doutiez), mais je conserve l'éditeur sous le coude pour le prochain texte en anglais qui me donne mal aux cheveux, histoire de voir s'il peut faire aspirine aussi. (par curiosité, j'ai mis Defoe le honni avec ses deux points partout, et il score un 14, je comprends mieux pourquoi j'aligne pas plus d'une page par soir). ^^
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essaime
Merci pour ce retour Nox Occuli ! Je n'ai pas eu le temps de jouer avec l'outil, mais au moins on a un retour d'expérience et pas seulement des hypothèses. Je persiste avec la comparaison avec Antidote du coup, même si cette application va un cran plus loin. C'est aussi pourquoi je faisais la différence entre la nature des écrits : pour rédiger une thèse scientifique, c'est peut-être très bien d'avoir un style hyper clair : on n'est pas dans la littérature, mais dans la transmission d'un message le plus limpide possible. Pour l'écriture créative l'intérêt est très limité pour toutes les raisons déjà évoquées.
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Nox Occuli
Je ne connais pas Antidote... Mais sinon bien d'accord avec toi : pour l'écriture créative, Hemingway editor n'apporte pas grand chose, surtout quand celui qui écrit connait et sait manier les effets liés à tel temps, tel vocable, tel point de vue.
L'intérêt immédiat que je vois dans l'outil, c'est que le prochain papier en anglais que j'ai à rédiger, je le passe dans la moulinette, et je cible toutes les phrases compliquées pour les remanier et être plus authentique (oui c'est du détournement ^^).
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Lily H. Kitling
Ah mais pour l'écriture "journalistique" ou les rédactions, ça doit être super ! ^^
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Nyctophylax
Il y a déjà Zoe, la voiture autonome Renault, qui compose des textes lorsqu'on roule, d'après Kerouac.
On peut également trouver ici et là des faux-textes alternatifs au lorem ipsum, qui se servent dans le thésaurus d'auteurs du 19e siècle pour calibrer un site ou un logiciel.
Il existe quantité de bots qui créent des objets littéraires uniques, mais calqués sur un modèle.

Ces IA, ce sont d'abord des personnes qui les programment et qui insèrent une base de données. Il y a, quoi qu'on en dise, le travail d'une personne derrière.
Pasticher le style d'Hemingway, l'annonciateur du comportementalisme tant aimé des Américains et du polar, c'est digne d'un exercice de 4e. Kerouac, un peu plus, même si ça reste simple à analyser.

Quand on voit le calibrage (encore ce mot) de ce certains genres, on sait que la réécriture d'après le style n'est pas difficile. C'est ce que font les IA, ou plutôt, les personnes qui les codent. On est encore loin d'une création d'IA qui ne soit pas une reproduction ou un exercice de style.
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essaime
Merci pour ces exemples Nyctophylax !

"On est encore loin d'une création d'IA qui ne soit pas une reproduction ou un exercice de style."

D'accord avec toi. C'est pour ça que je parlais de la nécessité de conscience pour la création, en tout cas pour une création indépendante et non induite exclusivement par un manipulateur humain qui configure des paramètres. Il y a plusieurs projets en ce sens, des essais de recréer un "cerveau" humain artificiel, etc. mais on dérive du sujet initial ;-)

Pour l'instant on est plutôt dans les faussaires avec l'IA. Et il peut en exister de très bons, voire certains qui ont bluffé des experts sur des tableaux de maître pendant longtemps, mais il n'ont pas créé le tableau.

On peut aussi se poser la question de l'implication des progrès des IA sur l'écriture quant à l'usage de la langue elle-même. Devrait-on craindre un appauvrissement de certaines tournures ou vocables, par exemple, qui seraient estimés moins compréhensibles que d'autres à la longue à cause de ce genre d'outil ? Ou une diminution de l'utilisation des adverbes ? Bref il y a encore plein de questions et tellement de choses à écrire de toutes façons, avec ou sans IA !!! Alors à vos machines à écrire ;-)
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ChrisH
Pour aller dans ton sens, essaime, l'IA pourrait imiter mais jamais dépasser le maître, c'est ce que je pense (et que j'espère, surtout) aussi. Et comme ça va se développer de plus en plus dans les années à venir, il y a tout intérêt à faire avec et non contre, à savoir l'utiliser intelligemment, qui sait, ça pourrait être un outil intéressant ?
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essaime
Commentaire et réponse collégiale

Auteur inconnu, je ne comprends pas pourquoi tu dis que le débat est clos, désolé. Sans faire l'avocat du diable, je trouve qu'il y a quand même quelque chose qui n'est pas inintéressant dans l'étude scientifique du "style", pour mieux comprendre justement où il n'est pas. Ok, ce n'est pas avec de tels outils qu'on va progresser en tant qu'auteur, mais la question mérite d'être posée et discutée, non ?

Merci J.Eyme pour ton commentaire plein d'émotions... Je ne voudrais cependant pas laisser l'impression de trahir ce que j'aime dans la lecture et dans les mots également pour avoir évoqué l'outil en question - précision peut-être inutile, mais je voudrais qu'il n'y ait aucun doute ici. C'est aussi une manière d'être vigilant que de prendre conscience de dérives potentielles, un peu comme le fait la série Black Mirror : il ne tient qu'à nous de ne pas sombrer dans tous les néants qui nous guettent apparemment.

Peut-être peut-on y voir pour le moment un parallèle avec d'un côté Google Traduction qui, loin d'être au point selon les langues, s'avère pratique quand on voyage notamment, mais qui ne détrônera jamais (bon, peut-être pas jamais, mais probablement pas de notre vivant) le travail d'un bon traducteur d'ouvrage qui fera ressortir le style original de l'auteur même dans une autre langue.

Lucas Dalva Je pense que personne n'écrira vraiment comme un autre sur la base de mots uniquement. Un programme peut éventuellement s'approcher de ce que Vis9vies appelait le 1er étage du style, des manies, des idiosyncrasies, mais reproduire la "patte", c'est autre chose, quand bien même cet "autre chose" a une composante analysable. C'est la compréhension de l'intention, des sentiments, du vécu, du non-dit, de l'expérience, du passé, etc. Réécrire et créer exnihilo sont deux choses différentes. Et ça vaudra pour la machine tant que celle-ci n'acquerra pas une conscience propre. Lorsque ce sera le cas, peut-être nos descendants liront de la littérature de consciences "artificielles" et à ce moment-là, selon le vécu de ces consciences, il y aura peut-être une vraie littérature intéressante, basée non pas sur de la singerie, mais sur un vécu différent d'un humain. On en est encore très loin, je pense, malgré les progrès de l'intelligence artificielle.

Pour revenir dans le présent, je vois plutôt une utilisation très marginale de l'application dans la littérature "créative", même avec les progrès en cours. D'une certaine manière Antidote réalise déjà une partie de ce que propose cette application. Est-ce pour cela que tous les utilisateurs d'Antidote ont le même style ? Fonctionnalités style :

-Repère les répétitions, les surligne en jaune sur plusieurs phrases, paragraphes,etc.
-Tournures : pointe les phrases longues, impersonnelles, cascades de compléments, phrases non verbale, adverbes, voix passive, etc.
-Vocabulaire : niveau de langue, langage offensant, verbes ternes, etc.
-Statistiques : étymologies, temps utilisés, catégories, conjugaison, etc.

Personnellement j'utilise peu ces fonctions, sauf pour les répétitions, car elles sont difficiles à voir lorsqu'on écrit, surtout sur plusieurs pages différentes. Est-ce à dire que lorsque j'en vois, je change systématiquement ? Pas forcément, mais je le fais en conscience et c'est aussi une composante du style. Pour autant, il est possible de réaliser une analyse très poussée d'un texte donné.

Certes, Antidote ne propose pas de réécrire le texte pour vous dans le style de XXX. Mais si tel était le cas, je ne pense pas que l'on serait dupe pour autant : ce n'est pas parce qu'on écrit une phrase à la Proust que ça en fait un texte de Proust, non ?

Et si le "style" (au sens 3 étage, ou patte, etc.) était ce qui ne peut pas être reproduit par une machine sans conscience, finalement ?
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Lucas Dalva
Je crois que tu sous-estimes la puissance d'une IA même faible alliée au Big Data. Pas besoin d'une IA forte, effectivement difficile à imaginer avant cinq bonnes décennies.

Mais ce premier plan demande un travail titanesque qui doit valoir le coup. Or, aujourd'hui ça ne vaut pas le coup de remplacer des Ghost Writer ou même des rédacteurs par ces nouveaux procédés, surtout quand on voit l'ubérisation qui court et le travail qui devient de moins en moins coûteux.

Donc oui, bien sûr que l'IA saurait reproduire la patte. Il s'agit d'une question de massification des données en entrée, du traitement de tri de l'existant comme de l'inexistant, de décisionnel majoritaire selon les choix pré-effectués par des humains, etc, etc. [car oui je dis que ce que je connais, des gens sont allés déjà beaucoup plus loin que mes connaissances]

Et chaque élément que tu as dit est captable. Je rappelle aussi qu'on entre dans une ère d'association IA-humain, donc pourquoi pas penser à une partie des entrées de "l'impalpable" par des humains voire des finitions humaines : tu envoies tes données de ton histoire dans un serveur, tes références, tes intentions, etc, etc, ça te renvoie un texte tout fait, majoritairement généré mais pas que.

Au final j'ai fait un petit topo sur l'IA actuelle sans le vouloir. Mais je crois que c'était nécessaire pour que vous compreniez le pourquoi de ce que j'avance. Donc si je résume, c'est pour moi possible aujourd'hui, mais non-nécessaire et pas forcément souhaitable.

L'IA va de toute façon à un moment ou à un autre casser plein de choses dans nos sociétés, il faudra reconstruire. Je fais parti de ceux qui n'aiment pas tant que ça les histoires imprimées, j'aime beaucoup lire des histoires écrites, à la main. J'aime aussi beaucoup entendre des histoires contées, mais en vrai, en direct. Et tout ça on ne pourra jamais le copier...
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J.Eyme
Merci Essaime, j'adore tes bilan-commentaires :-)

Il faut m'excuser mon propre commentaire... en ce moment j'ai peut être l'impression d'être trop souvent devant un miroir noir...

ça ira ^^

Je me souviens d'avoir été sur le cul quand j'ai découvert antidote, et je m'en éloigne le plus possible, si ce n'est pour des grandes corrections avant publication. L'aspect "écriture assistée par ordinateur" m'est quelque peu dérangeante.

En tout cas, je prépare une nouvelle sur l'IA pour la fin d'année, on prend rendez-vous ;-)
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essaime
Carrément pour le rendez-vous, j'ai une histoire qui attend depuis trop longtemps, qui devait répondre à un concours dont la date est dépassée, mais l'idée continue de frapper à ma porte ;-) Par contre ça sera cet été je pense...
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Auteur inconnu
essaime pardonne ma réponse et sa formulation absconse, je ne voulais pas laisser entendre que le débat ne mérite pas de se poser au contraire...
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Valens
Alors, déjà, je suis vraiment très heureuse de voir aborder le sujet du développement des IA, c'est un sujet qui me tient à cœur et je suis curieuse à l'avance de voir les commentaires de ce fil :)
Je pense que l'écriture est instinctive pour la majorité d'entre nous (que ce soit auteur amateur comme sur ce site ou citoyen lambda quand on écrit un mail). Néanmoins, de nombreuses règles, le plus souvent méconnues et que je ne connais pas moi-même, régissent l'écriture, comme l'a prouvé Nyctophylax dans la discussion "faut-il vraiment mettre un titre ?" en décortiquant dans un fameux pavé un commentaire de deux lignes.

Par rapport aux IA, je me situe plutôt du côté des techno-humanistes, ni pessimiste, ni optimiste, simplement réaliste de dire que rien n'arrête le progrès et qu'il faut donc que la technologie accompagne l'humain comme l'humain accompagne la technologie.
Beaucoup de métiers sont menacés par l'avènement des IA, une nouvelle Révolution Industrielle est en marche. J'ai tendance à penser, et ne suis pas la seule, que c'est la créativité qui permettra à l'être humain de se démarquer de l'intelligence artificielle. La créativité dans les métiers, mais aussi dans l'Art, en l'occurrence l'écriture, mais aussi en musique, où des IA sont utilisées à titre expérimental pour faire des remix de certains morceaux, en modifiant les arrangements,...

Je sais que certaines personnes aiment bien noter dans un carnet des phrases qui leur ont plu, pour relire le carnet lorsque l'inspiration fait défaut. En soi, l'IA fait pareil en analysant les textes qu'on lui fournit, sauf qu'elle le fait différemment et beaucoup plus vite que nous.

Je suis d'accord avec Phil Parker, ceux qui produisent un travail original ont moins à s'inquiéter. Si ce genre d'application se démocratisent et que les écrivains commencent à l'utiliser (déjà personnellement, je trouve ça idiot, si on écrit, c'est qu'on a une raison, qu'elle idée de demander à quelqu'un d'autre d'écrire ?? Retour des nègres ??), il risque d'y avoir un clivage encore plus important entre la lecture populaire (oserais-je dire roman de gare ??) et les écrits plus poussés. Maintenant, est-ce que ce sera un problème ou que, vu la démocratisation de l'écriture et pas mal de romans qui ne sont pas vraiment publiés pour leurs styles, ça ne changera pas grand chose en définitive, je ne sais pas.

Ce qu'il restera de l'auteur si son écriture est modifiée ?? Et bien, je crois qu'il resterait ses idées, ses opinions, un peu de lui à travers les caractères de ses personnages, mais c'est tout.
Si je reprends ma propre définition du style, c'est le coup de crayon en dessin. Je vois cette application comme celle qui est sortie il y a quelques mois, je ne tombe plus sur son nom, et qui dessinait à notre place. Il suffisait de gribouiller vaguement la forme de ce qu'on souhaitait obtenir pour que l'application propose le dessin fini. C'était des dessins basiques, certes, dans le genre des bouquins de coloriage d'enfants, mais j'ai été profondément gênée de voir ça, ça trahissait totalement l'esprit que je me fais de l'Art. On ne peut se prétendre dessinateur ainsi, comme pour moi un écrivain ne pourra pas se prétendre comme tel s'il utilise cette application. Auteur peut-être, mais pas écrivain.
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Lucas Dalva
La technique n'a pas de limite, un jour viendra où la machine nous surpassera en écriture, c'est certain. Même en terme de sentiments, ne cherchez pas, elle a juste à savoir ce qui déclenche les sentiments et elle saura, sans ce recul qu'a l'auteur, aller à fond dans ce qu'elle veut transmettre.

Je vois cependant une première grande limite : la loi. A qui appartient un texte généré ? La réponse dépend des pays aujourd'hui, voire n'est pas tranchée.

J'aime beaucoup ton point de vue sur l'affirmation des styles essaime et je pense que tu as raison. Mais les partisans du mérite seront bien tristes. Au moins ils auront appris qu'il n'y a pas de mérite.

Ayant déjà travaillé sur de la génération de texte et connaissant mon piètre niveau, je peux vous dire que oui, ce n'est pas du tout une chose folle.

J'ajoute un élément, dans une société markétisée où le storytelling d'une oeuvre et la puissance publicitaire mise au service des auteurs fait bien plus que l'écriture du texte lui-même, on sait déjà quoi s'attendre non ? On sait par exemple que beaucoup d'auteurs ont recours à des Ghost Writer. Quelle différence entre un auteur qui vend le texte d'un Ghost Writer ou celui d'un logiciel ? Pas grand chose, malheureusement.

Et là où ça ne va plus (ou pas), c'est qu'à partir de quelques œuvres en "entrée", un logiciel peut très bien en copier le style également en faisant un style synthèse... Si les entrées sont bien configurées, je ne vois pas trop comment on peut contrer le rendu de la machine.
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Auteur inconnu
Je voulais répondre aussi, rebondir sur des notions et ouvrir un peu, mais je crois que finalement le débat se trouve plus ou moins clos...
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J.Eyme
Je vais aller pleurer après avoir utiliser la machine pour copier-coller cela :

" Je veux te dire que je me suis toujours retranchée dans les livres, m’engouffrant entre leurs lignes, m’abritant dans ces maisons de papier. J’y construis mes images, j’y trouve mon énergie. Les mots me guident hors de cet espace et de ce temps, hors du Dôme et toute son absurdité. Mais ces maisons ne m’appartiennent pas. Elles n’appartiennent qu’à leurs auteurs. Moi, je ne suis qu’un voyageur qui s’invite et y passe une nuit pour se reposer.
Et ces auteurs qui n’ont que leurs initiales pour me prouver qu’ils existent ou ont existé, qui sont-ils ? Et si les lettres qui forment les mots, les mots qui forment les phrases, les phrases qui forment l’histoire s’imprimaient sous la frappe d’une machine actionnée selon des standards, des conventions, des protocoles ? Et les cols blanc alors décrètent : Voilà comment il faut faire rire ; voilà ce qu’il leur faut pour pleurer ; voilà comment traduire la peur ; voilà la vision de l’amour que nous devons inculquer ; voilà comment doit produire la machine !

Une machine ne peut avoir de cœur et brûler sous le feu des mots qui se tressent comme un rêve. Qui pense et qui écrit ce feu par lequel je brûle ? Et je brûle au feu des mots que je lis, de ceux que je dis, et d’autres encore que j’entends.

Et si un cœur se cache derrière les engrenages, s’il existe vraiment un bâtisseur pour ces maisons de papier, il a rejoint la mort depuis longtemps. Voilà ! Je m’engouffre dans les paroles des morts… la parole du passé cerclée de tombes et d’épitaphes. Je crois, malgré tout, que ces mots peuvent me raconter mon présent et m’aider à dessiner l’avenir. Mais l’idée que nous soyons dans une boucle, dans la répétition en tout temps et tout espace des mêmes événements me terrifie.

Cela réduirait ces écrits à de vulgaires leçons ! Les leçons des morts, des distants en espace et en temps. Ce n’est pas un dialogue, on ne parle pas avec la mort. Ce ne sont que des leçons à comprendre, à savoir, à apprendre, à ne pas reproduire. Que des Devoirs et encore des Devoirs. Je n’ai entendu aucune histoire qui me parle de Vouloir…

Je veux brûler et qu’on me fasse comprendre et ressentir les mots comme on ressent et comprend les choses, que tout cela se tisse à travers la recherche du sens. Le sens ! Que l’on guette le sens d’un mouvement, que l’on saisisse son passage sans jamais l’emprisonner, que l’on aide ce mouvement à s’amplifier, l’assurer en cas de chute, l’orienter en cas d’erreur. Que la réponse au mouvement ne soit pas qu’un souffle, pas que de l’air, mais que ce soit vrai. J’ai si peur du faux… Je lutte contre le faux me demandant sans cesse si ne n’est pas moi qui produit mes propres leurres…

Alors je ne veux plus m’éloigner de la parole du vivant. Je veux me rapprocher de cette parole présente, ne plus être à côté de ce qui est partagé ici et maintenant, que la parole perce le mur et soit une fenêtre entre le monde et moi, entre le monde et le monde, entre moi et moi, une fenêtre que je pourrais franchir, à tout instant, selon mon Vouloir. Que la parole raconte l’histoire d’un instant, fugace et indélébile ; l’histoire d’un parcours entre le sommeil et l’éveil ; l’histoire d’un amour, d’une vie, d’une envie. J’aimerais qu’on me raconte une histoire qui serait la mienne, mon histoire comme si elle ne m’appartenait pas.
Tu es le premier [...], tu es le premier qui me raconte mon histoire alors que c’est la tienne… "
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ChrisH
Wow c'est superbe ! Je cherchais une réponse (intelligente) à faire à essaime et maintenant que j'ai lu la tienne J.Eyme, je vais laisser reposer tout ça pour revenir plus tard (le temps de me remettre de mes émotions)... En tout cas je sens une nouvelle discussion passionnante à venir avec ce sujet brûlant !!!
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