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La couleur de peau

par Grégory Bryon  il y a 2 ans
Salut !

Toujours dans mon roman (voir "faire parler des enfants" sur ce même forum) je me heurte au politiquement correct.
J'avoue être un peu dépassé par tout ça. Aujourd'hui, on n'a plus le droit de dire "arabe" ou "maghrében" mais il faut dire "reubeu". Tout comme il faut éviter "noir" et utiliser "black". Sinon, on choque les gens et on passe pour un raciste.

C'est bien joli, mais parmi mes 5 personnages principaux, il y a 2 "blancs", une "latino", un "reubeu" et un "black". Je fais comment pour les décrire ?
Alors OK, en soi, la couleur de peau importe peu et je pourrais m'en passer, voir préciser des origines ou autres. Mais le monde du roman n'est pas le nôtre, et donc pas les mêmes pays. De plus, j'ai envie que le lecteur puisse visualiser les personnages tels qu'ils sont.

Donc comment je m'en sors ? Perso, j'ai envie de me foutre du politiquement correct et de décrire les choses telles qu'elles sont. Mais j'ai pas envie non plus que mon roman fasse polémique à cause de ça à sa sortie.
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Lily H. Kitling
C'est un peu dans le sujet, alors j'en parle ici.

Je viens de réaliser, en fait, que j'ai des personnages concernés, moi aussi xD

Donc, comment j'ai fait pour les décrire, absolument sans prise de tête, c'est venu tout seul.
-> Dans le début de ma nouvelle "La Bête de Doramont", la narratrice est noire (et un vrai noir bien noir, pas un marron/chocolat/café/autre nuance que vous voulez) ; la première mention qui est faite de sa couleur de peau, c'est dans la réplique de son oncle qui l'appelle "noiraude". À ce moment-là, c'est évident que c'est dit d'un ton affectueux, que c'est un surnom qu'il lui donne. Plus tard, ils rencontrent un personnage clairement méprisant qui l'appelle "brûnarde" : j'ai joué volontairement sur la consonance du "brûnarde", à l'image des marâtres, bellâtres, etc. pour accentuer le côté méprisable. Juste après, elle explique le racisme ambiant en parlant elle-même de la "couleur sombre" de sa peau.
Apparemment, c'est passé crème. Peut-être parce que, finalement, on s'en fout ? Ça donne du caractère au personnage, et une ambiance à la ville, au contexte (parce que le racisme, c'est tellement facile de l'identifier, non ? :') )

-> Dans le premier chapitre de "Être l'Élu, ça craint", le personnage principal se fait agresser par une bande de jeunes, l'un d'eux est noir, et se moque de lui en mimant des pleurs de manière exagérée. Je l'ai dit comme ça : "Un noiraud à sa droite le singea en faisant semblant de pleurer" ; l'anecdote amusante, c'est que ma première lectrice a trouvé cette formulation (le "noiraud" associé au verbe "singer" qui n'a pourtant aucun réel synonyme :') #ToiAussiInsulteCetteLangueSiLacunaireQu'estLeFrançais) particulièrement raciste. J'ai entendu, assumé, posté. Personne n'a tilté à ce sujet. En tout cas, personne ne m'en a fait la remarque. Pourquoi ? Oui, peut-être que le terme "singer" est malheureusement trop connoté, et qu'associé à un personnage noir, c'est quand même poussé le bouchon un peu loin... Mais sur le moment, la scène se déroulait sous mes yeux et j'ai juste retranscrit comme c'est venu. Vous en pensez quoi ?
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Mel Espelle
Je suis une femme noire et franchement j'ai horreur qu'on parle de nous sous le terme "black" qui pour moi renvoie à un profond malaise. J'assume et ma couleur de peau et mes Origines! Vaste débat mais arrêtons de placer des mots anglais pour désigner les "noirs" ça frise le ridicule surtout quand il est employé par des personnes d'un certain âge qui veulent se donner un côté cool.
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Lily H. Kitling
Et voilà l'avis d'une personne concernée, je pense qu'on peut en tenir compte !! =P
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Ann Lovell
Oui et non.
Prenons exemple le terme cafre.
Ce terme est vu comme une insulte, me semble-t-il, dans une aire géographique donnée. Mais il est vu comme un terme affectueux dans une autre partie du globe, à tel point qu'il peut être appliqué aux blancs.
Il en va de même avec le terme de black. Certains vont le prendre bien, d'autres non.
Bref, on peut se prendre la tête longtemps à chercher quel terme froisse le moins qu'un autre, mais je pense que c'est une perte de temps.
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Lily H. Kitling
Bien sûr que ça dépend de la sensibilité de la personne. ;)

Tout ce qu'il y a besoin de faire dans nos romans, c'est d'être crédible et logique avec les personnages. C'est la seule chose qui importe.
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Ann Lovell
Juste fais-le comme tu le sens. Tu n'as pas à te justifier.
J'ai le même genre de questionnement que toi et je sais comment ça peut bouffer le cerveau. Les auteurs n'arrêtent pas de se remettre en question, quand le lecteur ne le fait que rarement, et pourtant, parfois, il devrait.

Tu ne pourras jamais contrôler la réception de ton oeuvre. Une fois lâchée, elle a sa vie à vivre. Des fois, elle rencontrera des lecteurs sympas, des fois, elle rencontrera de sombres crétins, mais tu ne peux pas la surprotéger. Si tu veux qu'elle trouve sa place dans un rayon de librairie, elle doit trouver elle-même son public.

Si tu veux vraiment publier, tu dois faire avec. Sinon, tu fais comme moi, tu publies pas. Ça résout un tas de soucis.
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Lily H. Kitling
Si on garde en tête que de toutes façons, on ne plaira pas à tout le monde, une grosse partie des soucis s'envole aussi !
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Eric Kobran
En fait, je ne vois pas pourquoi on doit dire "black, "rebeu" ou autre terme ? J'ai même des amis que ça énerve notoirement car ils trouvent ça encore plus raciste.

Ils sont noirs, ils sont (plus exactement d'origine) arabe, ils ont les yeux bridés (enfin nous avons...), ils sont petits, ils sont grands, ils sont roux, ils sont obèses... C'est un fait, une caractéristique physique, pas une insulte.

Le politiquement correct est tellement insupportable quand on se sent obligé de remplacer des termes objectifs par des paraphrases "cool" ou "djeuns" par peur de choquer. Choquer pourquoi ? A-t-on honte d'être blanc, chauve ou poilu ? Non. Pourquoi devrait-on penser qu'une personne aurait honte d'être noire et qu'il est insultant de le décrire ainsi ?

On vivra dans un monde enfin tolérant quand on pourra dire "cet homme noir là-bas est un gros con" comme on pourrait dire "cet homme qui porte des lunettes là-bas est un gros con" sans que ça ne choque personne. Le raciste n'est pas celui qui le dit pour désigner un gros con, mais celui qui tique sur le fait qu'il a entendu qu'il était noir.

La discrimination, c'est autant dire "les noirs" que "les petits", ou "les femmes". Et ce n'est pas évoquer la couleur, la taille ou le genre qui fait la discrimination, c'est le fait d'en faire une catégorie.

Dans un roman, on peut donc décrire comme on veut et ne pas censurer des qualificatifs. La clé, c'est d'éviter les clichés et les généralisations (qui vont souvent de pair).
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Mel Espelle
Oui surtout que ce vocabulaire n'existera peut-être plus dans une dizaine d'année au rythme où vont les choses!
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Stan Mercier
Salut ! Je pense que tu dois utiliser les termes comme tu le sens. Je me souviens d'un de mes clients africains qui n'hésitait pas à utiliser le terme "nègre" ! Attention... on ne doit plus dire "dame pipi" (je ne sais pas si cela existe encore) mais "chef de cabinet" !
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Grégory Bryon
Merci à tous pour vos retour. Ça confirme ce que je pensais. Je vais donc me contenter d'écrire les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'elles devraient être dites.
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essaime
Naïvement, je me dis qu'une façon de faire simple peut consister à faire "dire" ou véhiculer ces éléments par le dialogue de tes personnages plutôt qu'en tant que narrateur. Ça a le double avantage de décrire mais aussi de révéler quelque chose sur celui ou celle qui parle, son vocabulaire, sa façon de penser, etc. Ainsi c'est le personnage qui s'exprime. Je ne connais pas ton histoire, mais je pense à des choses comme : "toi, ça se voit que tu ne t'es jamais fait mater bizarrement parce que tu sors avec une blonde, mais crois-moi, même aujourd'hui, un black avec une blonde, ça fait tiquer"... Ou encore "tu sais, j'adore ta couleur de peau, je t'assure, on dirait du miel !". Évidemment ça peut être bien plus subtil, mais passer par le dialogue évite la pure description. Bon courage.
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Grégory Bryon
C'est ce que je fais, essentiellement. Mais j'avais quand même un doute avec la couleur de peau ^^
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Lily H. Kitling
Évidemment, tous les dialogues ne s'y prêtent pas, tous les personnages non plus, et à la lecture, je dois dire (de mon expérience de lectrice) que ça se voit quand le dialogue est forcé pour faire passer une info. La subtilité aide, bien sûr, mais... comment dire. Ça va dépendre beaucoup du personnage, je pense.
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vivikakashi
Je trouve cette notion de "politiquement correct" et de sens moral associé à des termes, particulièrement néfaste et nuisible. Ton problème n'est qu'une conséquence de cette dérive. On en arrive au point où on ne peut plus parler de certains sujets et pire encore, on ne peut plus utiliser certains termes au risque de "heurter" la sensibilité collective.
Un texte est une oeuvre littéraire et donc, soumise aux dogmes de la littérature. Un texte n'a pas à se soumettre au bon vouloir général et à l'interprétation plus ou moins détournée de certains. Oui, il faut respecter certaines règles évidentes qu'on n'explicitera pas mais la liberté d'écriture et d'expression doit rester une priorité. Si tu as un personnage à la peau noire et que tu veux le dire, dis le. Ca n'a rien de choquant et comme ça a été dit, c'est une description. Si tu préfères " C'est un noir", bien que très limité d'un point de vue littéraire, ça n'a rien de choquant en soi non plus. La seule attention doit être portée au contexte et si possible, éviter les clichés qui justement alimente cet excès de moralité qu'impose les lecteurs par la suite...
Une oeuvre est la vision de son auteur, pas le fruit de l'attente du lecteur qui désire un texte formaté à sa moralité. Si le lecteur n'est pas en accord, qu'il renonce à sa lecture et rien d'autre ( tant que le texte n'est pas contestable sur des points critiques de moralité bien sûr ). Si tu te calques sur les règles de "bienpensance", tu vas te heurter à un nombre infini de considérations qui vont juste dénaturer ton oeuvre initiale. A vouloir toujours contourner les problèmes, ça devient une horreur à rédiger et une gêne énorme pour le lecteur qui " sent " ta manière perpétuelle de contourner les faits. Un chat est un chat. Ca n'a rien de révoltant de le dire.
" Mais j'ai pas envie non plus que mon roman fasse polémique à cause de ça à sa sortie. " D'un point de vue purement commercial et pas très éthique, la polémique est un coup de pub extraordinaire en général !
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Grégory Bryon
Merci pour cette argumentation. Elle me conforte dans ma vision des choses.
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Lily H. Kitling
Fuck le politiquement correct. Dans quelques années, les normes auront encore changé. Il faut pas se baser là-dessus pour écrire quelque chose qui durera plus longtemps que ça.

Si ton personnage a la peau noire et que tu dis "il a la peau noire", c'est juste une foutue **description**.
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Grégory Bryon
Je suis d'accord. Mais comme ce sera ma première publication (enfin à part ce que j'écris ici, mais c'est pas vraiment pareil), j'avais quand même un doute.
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Lily H. Kitling
C'est normal d'avoir des doutes, même quand on publie sur internet - surtout quand on publie sur internet, en fait, la critique (justifiée ou non...) est beaucoup facile et libérée (l'écran et l'anonymat aident à dire de vilaines choses, parfois).

Mais en tant qu'auteur, tu dois écrire ce que TOI, tu as envie de dire, de la façon dont TU penses qu'elle doit être dite. Pas en te demandant ce qu'en penseront les lecteurs. C'est pas évident, mais crois-moi, quand tu fais ce qui te plaît, ça plaira. Si tu forces dans l'un ou l'autre sens, ça se sentira à la lecture.

Et comme ça a été dit, il y aura toujours des gens pour ne pas aimer ou pour critiquer gratuitement. Il ne faut pas penser à ça. Fais ce qui te plaît, c'est tout !
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Kiel Kinimo
Personnellement, je ne décris pas ce genre de choses si ça n'apporte rien à l'histoire. Mais si je le faisais, je dirais peu importe le politiquement correct, je fais ce que je veux ;)

Néanmoins, si tu veux te plier aux codes de la société, je pense que le mieux est de le décrire d'une façon détournée, avec des images, ou un soucis du détail. Si tu dis "c'était un noir.", ça éveille facilement les clichés racistes, Tandis que si tu décris "Son teint de peau était aussi sombre que l'ombre qui le précédait.", ça fait plus poétique, ça passera peut-être mieux.

La solution de Blakkat est bonne aussi, mais on risque de passer du racisme de couleur au racisme de nationalité, ce qui n'est pas plus sûr. (de toute façon, tu trouveras toujours quelqu'un pour te dire que tu es raciste. Quitte à finir raciste envers les racistes :P)

Bref dans l'ensemble, si tu n'as pas de mauvaise intention, je ne vois pas pourquoi on te reprocherait quoi que ce soit (excepté les trolls de passage)
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Grégory Bryon
Le soucis, c'est que je manque clairement de culture littéraire pour faire ce genre de descriptions. J'écris de manière brute, presque comme je parle. J'espère un jour en être capable, mais ça n'est pas le cas aujourd'hui.
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PoupyReveuse
Pour moi l'un des devoirs des écrivains est de faire changer les mentalement, idées reçues, etc. Alors ne te gêne pas et utilise "noir" , "arabe", "maghrébin” comme tu le souhaites. Après tout on peut être choqué car maintenant ces mots sont plus souvent utilisé dans un contexte insultent mais il faut que tu montres que leur place n'est initial n'est pas là. Regarde, on dit bien : espèce/sale handicapé" ou "mais t'es aveugle ou quoi ?!" Et pourtant ni "handicapé" ni "aveugle" n'est considéré comme une insulte (quoi que à ce jour je me pose la question. Mais ça ne devrait pas l'être)
Voilà donc rappelle nous que ces mots font avant tout partie de notre belle langue française et non pas du registre des insultes
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JPierre
Je serais tenté de dire peu importe l'incorrect politburo.
Sinon en précisant la nationalité, ça peut être un biais pour ne pas dire noir ou arabe. Dis pour ce que ça vaut!
Tu penses vraiment que ça pose problème où je suis dans ma bulle?
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Grégory Bryon
Vu les autres réponses, non non, tu n'es pas dans ta bulle ^^
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Dldler
Là, je sèche.
Je lis un peu de littérature africaine et je n'ai pas le souvenir que les personnages soient régulièrement décrits par leur couleur. Une fois, en présentation, oui. Ensuite prénom et patronyme font souvent la différence, un surnom, un métier va tisser une identité. Parfois pour un personnage "exotique" qui ne fait que passer (le videur, un grand black… cliché). Mais dans le cours du roman, sur les personnages principaux ? Mais je comprends ton questionnement.
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